Posts filed under ‘Francis Wurtz Le Blog’

Les nouvelles voies d’une politique étrangère de gauche…

165 personnalités progressistes originaires de 32 pays ont récemment signé un appel international en faveur du Front de gauche. Elles y déclaraient vouloir se solidariser avec une France qui s’inscrive « dans la tradition des Lumières, de la Révolution de 1789, de la Commune,du Front populaire,de la Résistance. » Ce type d’initiative,qui traduit une attente perceptible dans bien des régions du monde,révèle « a contrario » les frustrations sinon le dégoût suscités parmi les nombreux amis de la France par l’image déplorable qu’en aura répandue Nicolas Sarkozy durant son quinquennat. De l’alignement servile sur Washington (dès l’ère Bush) à la complaisance ostentatoire affichée à l’égard des dirigeants israéliens quel qu’ils fûssent; de la circulaire Guéant contre les étudiants étrangers à la stigmatisation des migrants et à l’expulsion des Roms ; de la poursuite de la « Françafrique » au déshonorant « Discours de Dakar » méprisant « l’homme africain insuffisamment entré dans l’histoire », l’on ne compte plus les occasions où cet avocat décomplexé de cet « Occident » jugé supérieur aux autres « civilisations » ,adepte des coups médiatiques mais dépourvu d’éthique autant que de vision,a fait honte au pays qu’il était censé représenter.En politique étrangère aussi, les scrutins à venir doivent permettre de changer la donne.

Il faut donc souhaiter, non seulement que le prochain Président soit de gauche,mais que celui-ci se sache porteur d’un mandat exigeant de son peuple. Il aura,en effet,à peine élu,à prendre ses responsabilités.

Ainsi, dès le mois de mai, se tiendra un important Sommet de l’OTAN à Chicago.Pour le nouveau Président ,ce devrait être l’occasion d’ annoncer ne serait-ce que le retrait de la France du commandement intégré de l’Organisation,autrement dit la simple mais symbolique annulation de la décision de Nicolas Sarkozy. Le même mois (20-21 mai),se tiendra par ailleurs, toujours aux États-Unis, à Camp David,un Sommet du G8,en marge duquel doit être relancé le projet ultra-libéral de création d’un gigantesque « marché transatlantique ». Le nouveau chef de l’État a le devoir de s’opposer radicalement à ce saut sans précédent dans un monopoly planétaire touchant les marchandises,les produits agricoles,les services,les produits culturels,les investissements,la propriété intellectuelle,l’accès aux marchés publics…Un mois plus tard (20-22 juin),aura lieu au Brésil le nouveau « Sommet de la Terre »,appelé « Rio + 20 » parce qu’il se déroule vingt ans après la grande Conférence des Nations Unies sur le changement climatique,la biodiversité et le développement durable.La nouvelle voix de la France devra exprimer une ambition forte, tant auprès de ses partenaires européens que dans le cadre du Sommet lui-même, pour la défense des biens communs de l’humanité et l’exigence d’avancées réelles vers une gouvernance écologique de la planète.

Ce ne sont là,évidemment, que quelques exemples de défis immédiats et déjà programmés qui attendent le futur locataire de l’Elysée. D’autres s’imposeront d’eux-même, hors de tout calendrier pré-établi. Parmi eux,celui des conséquences imprévisibles mais à coup sûr dramatiques de l’aventure militaire occidentale en Libye dont Nicolas Sarkozy fut si fier d’être l’initiateur.En fait de « protection de la population », ce conflit aura non seulement fini par plonger la Libye dans le chaos,  mais  il est en passe de conduire à la déstabilisation du Mali, voire -dans le contexte d’une crise alimentaire déjà tragique en elle-même- des autres pays de la région,en particulier le Niger. Le futur Président devrait,espérons-le,tirer comme leçon de ce nouveau bourbier,après le fiasco afghan et face aux menaces d’une intervention militaire contre l’Iran,que les problèmes du monde ne se règlent décidément pas par la guerre. Aura-t-il,par ailleurs,le courage de prendre le taureau par les cornes sur la question ,aujourd’hui scandaleusement reléguée à l’arrière-plan, de la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967, en paix durable avec son voisin israélien ?

A plus long terme,la France sera jugée sur son engagement,par elle-même comme dans le cadre européen,dans la construction de relations internationales plus justes avec ses partenaires du Sud et les pays émergents,y compris sur le terrain ardu mais crucial de la lutte pour en finir avec la domination du dollar,au profit d’une véritable monnaie commune mondiale mise au service de l’émancipation humaine. En politique étrangère aussi: « l’humain d’abord » !

19 avril 2012 at 9:23 Laisser un commentaire

« GEL DU BUDGET EUROPEEN » : ENTOURLOUPE SARKOZYSTE

« Je vous annonce que la France demandera à ce que sa contribution au budget européen soit gelée, ce qui représentera une économie de 600 millions d’euros par an » a claironné le Président-candidat, à deux semaines d’une élection qu’il sait difficile pour lui.Pour la plupart des observateurs,Nicolas Sarkozy espère , par ce type de propos, »réconcilier la France du NON avec celle du OUI ». Pour faire clairement partie de la première, je me crois autorisé à dire tout le mépris que m’inspire cette opération à tous égards démagogique.

D’abord,dans la phrase prononcée par le Chef de l’Etat,chaque expression contient une inexactitude calculée.Ainsi,en fait d’ « annonce » ,cela fait en réalité déjà seize mois que Nicolas Sarkozy , avec Angela Merkel et le très réactionnaire Premier Ministre britannique,David Camerone, flanqués pour l’occasion de quelques autres chefs de gouvernement conservateurs, se font ,ensemble, les hérauts du gel (hors inflation) du budget européen jusqu’en 2020.Pour prétendre séduire des partisans du NON de gauche,il y a meilleur affichage!C’est pourquoi Nicolas Sarkozy le tait.De même, affirmer que « la contribution française » devra être gelée vise à flatter le NON de droite,nationaliste,mais cela ne correspond pas à la réalité: la négociation du budget européen se menant -côté Conseil-  à 27 Etats,, c’est au gel global du budget européen que veulent aboutir les trois poids lourds de l’UE et leurs alliés. Quant à « l’économie de 600 millions d’euros »  promise,elle est purement virtuelle,puisqu’elle est calculée par rapport à la proposition faite par la Commission européenne à l’ouverture de la procédure budgétaire, qui n’est jamais adoptée telle quelle à l’arrivée! D’ailleurs,un « gel » des dépenses,par définition, ne représente pas une « économie »,mais un statu quo…
Mais l’essentiel est ailleurs.Demander le gel d’un budget européen atteignant péniblement 1% des richesses produites tout en soutenant le modèle européen en vigueur n’a guère de sens.C’est ce qui est fait de cet argent qui pose problème ! Or, de cela, Nicolas Sarkozy ne dit mot,et pour cause!

Tenter d’orienter la colère de citoyens écrasés par la politique d’austérité vers la « contribution française au budget européen » est d’autant plus malhonnête de sa part que celle-ci est ,en définitive, très faible.La France « verse »,certes, 19 milliards d’euros à Bruxelles (chiffres de 2011), mais « reçoit » presque l’équivalent (dont 10 milliards au titre de la seule PAC). Le solde effectif tourne autour de…0,1 à 0,2% des richesses produites chaque année! Où serait sans cela « l’esprit de solidarité » que revendique la « Communauté » européenne?

Autre mensonge par omission du Président de la République: le silence sur la ristourne concédée chaque année à la Grande-Bretagne depuis 1984,quand les dirigeants européens de l’époque ont honteusement cédé au chantage de Madame Thatcher, dont Nicolas Sarkozy s’inspire aujourd’hui. La France a ainsi reversé à Londres , l’an dernier, la coquête somme de…823 millions d’euros (et même 4 milliards en 2010!), bien plus donc que les « économies  » fictives brandies par le candidat dans son accès de populisme électoral.

La morale de cette histoire, c’est que le NON de gauche à l’Europe actuelle -celui  qu’incarne le Front de Gauche- n’est en aucun cas récupérable par des appels au repli égoïste. L’Europe nouvelle que nous voulons repose sur des valeurs décidément non solubles dans le sarkozysme.

12 avril 2012 at 9:26 1 commentaire

EN EUROPE AUSSI IL SE PASSE QUELQUE CHOSE

« Le 15 janvier dernier,nous décidions,au Parti de la Gauche Européenne (PGE),de tenir ce « Sommet européen alternatif ». Pour atteindre cet objectif ambitieux,dix semaines,c’est peu de temps. Or,c’est une réussite.Elle en dit long sur l’espace qui s’ouvre aujourd’hui pour travailler à des convergences et à des actions communes. »En concluant par ces mots,samedi dernier à Bruxelles,onze heures d’intenses débats entre quelque 200 représentants de forces de gauche -politiques,syndicales ou associatives- de 23 pays européens,Pierre Laurent,actuel président du PGE, traduisait un sentiment général.La diversité des participants,et donc des approches,n’a fait que mettre en lumière l’avancée que représente une telle rencontre (tout à fait inédite) et les potentialités qu’elle révèle pour faire face à l’offensive de la coalition des puissants et poser ensemble les jalons d’une alternative.

Réunir partis et syndicats relevait encore il y a peu de la prouesse.Là,on a vu et entendu,fût-ce comme observateurs, des amis de la CGT, de la FSU, de Solidaires,de la DGB allemande,des Commissions ouvrières espagnoles, de la FGTB belge,des syndicats grecs,de la CGIL italienne…au côté du Front de Gauche,de Synaspismos de Grèce,de la Linke d’Allemagne,de la Gauche Unie d’Espagne,de la Fédération de la Gauche d’Italie,du Bloc de Gauche du Portugal…On se souvient également de la méfiance qu’inspirait naguère à certains mouvements sociaux, notamment altermondialistes,tout interlocuteur politique.Ce hiatus dommageable appartient également pour une large part au passé.En témoignent les interventions,lors de ce « sommet alternatif »,de personnalités aussi représentatives du mouvement associatif engagé que Gus Massiah,du Conseil international du Forum social,de Raffaela Bollini,figure emblématique de la grande ONG italienne ARCI ou du représentant de la  » Joint Social Conference « ,collectif de 40 organisations syndicales,écologistes,féministes,visiblement à l’aise au milieu de cette assemblée pluraliste,respectueuse de l’identité de chaque participant,réunie à l’initiative du PGE avec la précieuse coopération de la Fondation « Transform ».

Quant au choc des cultures et des sensibilités politiques qui a longtemps suscité tant de blocages entre différentes forces de transformation sociale en Europe,il semble lui aussi en passe d’être surmonté. Une éminente représentante du « Transnational Institute », la Néerlandaise Brid Brennan, a bien résumé cette évolution prometteuse: »Nos passés ne sont pas les mêmes » -a-t-elle déclaré à la tribune de la rencontre de Bruxelles- « Nous avons tous notre histoire. Face aux défis énormes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui,des choses ont été mises au placard »,avant de qualifier de « bon signal » une initiative comme celle de ce sommet alternatif,et de conclure sous les applaudissements: »On y va,on avance! »

Les combats qui s’annoncent ne seront,certes,pas un long fleuve tranquille. Nul  ne peut pour autant être indifférent au chemin parcouru qui nous permet de faire le constat de convergences sur des priorités telles que « le refus absolu du nouveau traité Merkel-Sarkozy » (Horst Schmitthenner, IG-Metall); la volonté de « chasser la troika,cette nouvelle trinité, de son piédestal » ( Brid Brennan, Transnational Institute),ou l’appel à s’unir dans l’action pour prévenir « l’implosion démocratique de l’Europe »(Rinaldi Gianni, de la FIOM,syndicat italien de la métallurgie ). Laissons le mot de la fin à Raffaela Bollini: »Aujourd’hui,le vent est en train de tourner. »

5 avril 2012 at 1:17 1 commentaire

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