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FAUT-IL BRULER LE « MODELE SOCIAL EUROPEEN » ?
Mario Draghi,le nouveau président de la Banque centrale européenne, celui-là même qui,par deux fois en quelques semaines,a usé du pouvoir illimité de son institution de créer de la monnaie pour mettre,chaque fois,quelque 500 milliards d’euros à la disposition des banques,au taux de 1% -sans aucune condition- ,vient de laisser tomber le couperet sur toute ambition sociale en Europe,à l’avenir: »Le modèle social européen est mort » a-t-il asséné,le 24 février dernier,dans le Wall Street Journal.Et le grand argentier de l’Europe libérale de prévenir solennellement les responsables politiques soumis aux pressions de leur peuple:inutile de chercher une quelconque « échappatoire » à l’austérité! Tout relâchement à cet égard déclencherait aussitôt les foudres des marchés financiers.
Jamais encore,le tournant « austéritaire » de l’Union européenne n’avait été aussi cyniquement officialisé.Il est vrai que M. Draghi possède l’atout suprême pour un dirigeant européen par les temps qui courent: il n’a pas de comptes à rendre aux électeurs ni même aux gouvernements.Il est libre! C’est l’homme par excellence qui sait parler à l’oreille des « investisseurs ». Avec ses alliés Merkel et Sarkozy,il pense avoir trouvé la parade absolue aux tentations laxistes de quiconque voudrait revenir aux temps anciens où les Européens – raille Draghi – passaient pour « payer les gens pour ne pas travailler ». Cette assurance-tout-risque contre le gaspillage social,c’est le nouveau traité instituant durablement une discipline budgétaire de fer et des « réformes structurelles » à même de rétablir la confiance des marchés.
C’est dire si le positionnement de la gauche vis à vis de ce projet de traité constitue un enjeu de société : oui on non,faut-il brûler le modèle social européen?Comment comprendre dès lors que François Hollande considère -pour justifier son refus d’organiser,s’il est élu,un référendum sur ce traité- que celui-ci « ne marque pas de vraie rupture »?Certes,ce traité se situe dans le prolongement des précédents,mais il vise à en radicaliser comme jamais tous les effets pervers! C’est si vrai que le candidat socialiste souhaite sa « renégociation ». Soyons donc clairs: quel serait le contenu à donner à ce bras de fer avec les dirigeants européens les plus intraitables? Pour François Hollande,ce traité « devra être renégocié dans un sens qui permette aussi qu’il y ait, EN PLUS DES DISCIPLINES BUDGÉTAIRES INDISPENSABLES,un volet de croissance et d’emploi. »(Journal de France 2,le 8/2/2012)Son directeur de campagne enfonce le clou: c’est une « renégociation qui ne tourne pas le dos à la philosophie de la discipline budgétaire. »
En quoi pourrait bien consister un « volet de croissance et d’emploi » sans une remise en cause de la « philosophie de la discipline budgétaire » dont la Banque centrale européenne reconnait qu’elle vise à enterrer le modèle social conquis au fil des générations depuis un demi-siècle?A Bruxelles,au demeurant, tout le monde a « la croissance et l’emploi » à la bouche dès lors que cela ne conduit pas à toucher a la « philosophie » de l’austérité.Pour la Commission européenne, »relancer la croissance ( suppose ) de relancer le marché unique »(c’est à dire la concurrence libre et non faussée). Pour l’Italie et l’Espagne, la croissance nécessite de faciliter les licenciements. Pour la Grande Bretagne,on stimule la croissance en multipliant les accords de libre échange avec les pays à très bas salaires.
La gauche a un tout autre combat à mener! Il passe par la mise en échec de ce traité diabolique et de sa « philosophie ».Il n’est pas trop tôt pour ouvrir en grand ce débat.
RETRAITES: UNE ILLUSTRATION DE LA LOGIQUE DU TRAITÉ MERKOZY
La Commission européenne vient de publier,le 16 février dernier,un « Livre blanc » sur les retraites. Un « Livre blanc » est un document qui énonce des idées et formule des propositions susceptibles de donner lieu ,par la suite,à des directives,autrement dit à des lois européennes.Cela vaut donc la peine d’y regarder de près… Certes,le choix des systèmes de retraites relève de la responsabilité de chaque Etat, et non de l’Europe. Mais,rappelle la Commission,le Traité de Lisbonne « exige de l’Union européenne qu’elle soutienne et complète l’action des Etats membres dans le domaine de la protection sociale ».Ce « Livre blanc » vise donc à préciser dans quel sens la Commission Barroso entend « soutenir et compléter » les « réformes » déjà entreprises sur le plan national, comme ce fut le cas en France en 2010. Car,à la Commission,on en est convaincu: »Il est nécessaire que des mesures supplémentaires soient prises,sans attendre. »(!)
L’on peut résumer l’approche de l’exécutif bruxellois,en matière de « modernisation des régimes de retraite », en trois axes essentiels.Le premier (Qui en doutait ?) vise une fois de plus à « relever l’âge de la retraite ».Cet objectif lui semble valable partout,mais,magnanime,la Commission laisse à chaque pays le choix des moyens.Soit,comme en France, »en augmentant le nombre d’annuités requis pour obtenir une pension complète »; soit,comme au Portugal,en établissant « un lien entre le niveau des prestations de retraite et les augmentations de l’espérance de vie »; soit,comme en Allemagne,en faisant « dépendre le niveau des prestations de l’équilibre financier du régime de retraite. »La préférence de Bruxelles va à un mix de ces différentes recettes,ce qui compte avant tout à ses yeux étant que les pensions de retraite soient payées de plus en plus tard.
Le deuxième axe des « propositions » de l’Union européenne est « l’égalisation des âges ouvrant droit aux prestations pour les femmes et les hommes. »Voilà une « disparité » insupportable à la sensibilité de la Commission Barroso! Cette égalisation « devrait être réalisée dans les plus brefs délais »,rappelle-t-elle aux rares pays ne l’ayant pas encore accomplie ni programmée.(La Pologne,modèle en la matière,vient de décider de faire passer ,d’ici les années 2020,la retraite des femmes de 60 à…67 ans,rejoignant ainsi l’Allemagne,pionnière sur ce terrain!) L’âge de départ à la retraite est ainsi l’un des rares domaines -à la différence de celui des salaires- où l’UE agit résolument pour une harmonisation par le haut entre les genres comme entre les pays!
Troisième axe du « Livre blanc »: la généralisation des systèmes privés d’assurance,l’ « épargne-retraite privée » visant à « s’assurer un revenu de retraite adéquat ».La Commission préconise carrément des « incitations fiscales visant à favoriser les régimes de retraites par capitalisation »(Demandez donc aux Britanniques ce qu’ils en pensent…).On le voit:la logique libérale est implacable.Vous y mettez le doigt,et tout le bras y passe.Plus vous cédez à ses pressions,plus elle accentue son emprise.Certes,à ce jour,il ne s’agit que de « recommandations ».Mais la Commission prévient:dans le contexte (apparemment providentiel) de la « crise de la dette »,de la nécessité de réaliser « des économies budgétaires » ,et de la décision du Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement de « renforcer la coordination des politiques économiques »,les réformes des retraites « doivent faire l’objet d’une étroite surveillance » (de sa part).
Un citoyen prévenu en vaut deux! Voilà une illustration concrète de ce que nous réserverait le nouveau traité européen imaginé par le couple infernal Merkel-Sarkozy.Le NON du Front de Gauche à ce projet mortifère signifie : rompre cet engrenage et construire du neuf en Europe sur la base de « l’humain d’abord ».
Droite, PSE et Verts unis pour le traité Merkozy !
L’Europe est décidément un élixir de vérité sur les grands choix stratégiques des différentes familles politiques.La dernière illustration spectaculaire de cette évidence date du 2 février dernier. Ce jour-là,le Parlement européen était appelé à se prononcer (informellement car il s’agit d’un traité intergouvernemental) sur le projet de traité cher à Angela Merckel et à Nicolas Sarkozy et visant à instituer une « règle d’or » contraignant durablement les gouvernements à respecter une sévère « discipline budgétaire » sous peine de se voir infliger des « sanctions automatiques ».

Dans ce cas,chaque groupe politique prépare en principe son propre projet de résolution exprimant sa position sur le sujet,avant de négocier,le cas échéant, un texte de compromis avec certains autres groupes ( aux positions compatibles avec les siennes) pour tenter d’obtenir une majorité des votes.Rien de tel ne s’est produit cette-fois-ci.
Incroyable mais vrai: le Parti Populaire Européen (PPE où siège l’UMP);les Libéraux (où siège le MODEM); le groupe des » Socialistes et des Démocrates »; et le groupe des Verts ont fait cause commune en présentant d’emblée une résolution unique! Elle l’emporta évidemment,par 443 voix contre 124 et 75 abstentions. On y cherchera vainement,et pour cause, la moindre critique de fond de ce traité,qu’il s’agisse de son essence-même (l’abandon de toute ambition sociale et la pérénisation d’une politique d’austérité) ou des moyens prévus pour remplir ses « missions »(en particulier la violation d’un principe démocratique fondamental,en retirant aux parlements nationaux leur droit souverain de maîtriser le budget ).
Les quatre groupes en question tiennent même à mettre en exergue des « améliorations par rapport au texte initial » tel que « l’ajoût d’une référence aux objectifs (du traité) que représentent la croissance durable,l’emploi,la compétitivité et la cohésion sociale »(!) Ils n’hésitent pas non plus à rendre hommage au Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement pour avoir reconnu qu’il fallait « renforcer la solidarité ». Le seul « regret » explicitement exprimé est qu’il ne soit pas tenu compte…de la demande du Parlement européen que son président participe pleinement aux réunions informelles des sommets de la zone euro. On croit rêver.
Oui,vous avez bien lu:telle est la substance de la position commune du PPE,des Libéraux,des Socialistes et des Verts au Parlement européen sur le traité Merkozy! Courageux mais pas téméraires, la plupart des députés socialistes et verts français (campagne électorale oblige) se sont abstenus sur le texte co-signé par leur groupe.
Le seul texte alternatif fut celui de notre groupe de la « Gauche unitaire européenne » (GUE-NGL): celui-ci a rappelé les causes profondes de la crise; fustigé les gouvernements qui « ont accepté les diktats des marchés financiers »;souligné la « crise de légitimité » de l’Union européenne actuelle; »rejetté le traité » après en avoir décrypté les ressorts;réclamé une série de mesures fortes et notamment une refonte des missions de la Banque centrale européenne et le « contrôle public des banques »; et exigé des consultations populaires par voie de référendum sur le traité en question. Une fois encore,le groupe GUE a sauvé l’honneur de la gauche au Parlement européen.Sa composante française s’appelle le « Front de Gauche. »




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