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LES TROIS « AXES DE BATAILLE » DU PARTI DE LA GAUCHE EUROPEENNE
Mais dans quel monde vivent les dirigeants de l’Union européenne!La Commission Barroso tout d’abord:le déficit public de la Belgique risquant d’être cette année de…3,1% (des richesses produites),soit de 0,1% supérieur à la limite imposée par le pacte de stabilité, le gouvernement a été sommé de geler immédiatement 1,2 milliard de dépenses publiques, mesure qui s’ajoute à la baisse des allocations-chômage,à la réforme du système des retraites et à une série de privatisations!
Le Conseil (représentant les gouvernements),ensuite: sa nouvelle présidente par rotation (de janvier à juillet 2012),la Première ministre ,social-démocrate,danoise,a décrété, à peine arrivée,que la crise actuelle était avant tout une « crise de discipline ». Son pays, bien qu’il n’ait pas adopté l’euro,soutiendra donc à fond le projet de nouveau traité de « discipline
budgétaire »!
La Banque centrale européenne (BCE), enfin: elle vient de prêter près de 500 milliards aux banques de la zone euro au taux de 1% sans aucune condition d’utilisation. Résultat: cette manne colossale n’a pas servi à relancer l’économie ni à promouvoir l’emploi. Les banques l’ont tout simplement déposée en lieu sûr…auprès de la BCE pour assurer leur propre avenir! Rappelons que celle-ci se refuse toujours à prêter de l’argent, dans les mêmes conditions, directement aux Etats eux-mêmes pour les libérer de la domination des usuriers du marché financier.
Ce fossé entre les dogmes de l’Europe actuelle et les réalités vécues par les peuples est aujourd’hui si béant que des voix s’élèvent, y compris parmi les hommes du sérail,pour alerter qui de droit sur l’exaspération des populations et crier au feu. Ces jours-ci, Mario Monti lui-même,l’ancien commissaire européen libéral devenu Président du Conseil italien pour « rassurer les marchés »,s’est fendu d’une mise en garde publique à son amie Angela Merckel et à son compatriote Mario Draghi,le nouveau président de la BCE: » Si les Italiens ne voient pas,dans un avenir proche,de résultats tangibles (des lourds sacrifices qu’il leur impose)-a-t-il déclaré au quotidien allemand « Die Zeit » (11/1/2012)- un mouvement de protestation contre l’Europe va voir le jour en Italie, dirigé aussi contre l’Allemagne vue comme l’instigatrice de l’intolérance de l’Union européenne, et contre la Banque centrale européenne. »Qu’en dit le fidèle second de la Chancelière de fer?
C’est dans ce contexte explosif que le Parti de la Gauche Européenne (PGE) s’est réuni le week-end dernier à Berlin sous la présidence de Pierre Laurent et a défini trois « axes de bataille » pour toute la prochaine période.
En premier lieu, des initiatives d’information et de mobilisation seront engagées contre la ratification du nouveau traité européen en cours d’élaboration. En deuxième lieu,une « convention européenne pour l’alternative » sera organisée fin mars.Elle visera à faire converger le plus de forces possibles pour opposer à la politique européenne actuelle une logique profondément nouvelle.En troisième lieu, le lancement d’une « initiative citoyenne européenne » visant à collecter un million de signatures (en faveur de la création d’une sorte de banque publique européenne dont la mission exclusive soit de prêter de l’argent aux Etats à un taux très faible,à la CONDITION EXPRESSE que ces crédits servent au financement de projets précis de développement social et de solidarité) va pouvoir se concrétiser dès que cette nouvelle disposition entrera en vigueur, vraisemblablement au mois de mai. Travailleurs de tous les pays…
LES LECONS DU « PROBLEME » HONGROIS
« Il y a un problème aujourd’hui en Hongrie » vient de reconnaître fort tardivement Alain Juppé. C’est le moins que l’on puisse dire! Revenu triomphalement au pouvoir en avril 2010 (après une première expérience malheureuse en 2002-2003), Viktor Orban n’a cessé, depuis, de faire voter des lois soumettant les medias, la justice et le parlement lui-même au parti qu’il dirige en autocrate, le FIDESZ. Cela n’a pas empêché cet apprenti-dictateur de présider, avec tous les honneurs dus à cette fonction, le Conseil européen pendant tout le premier semestre 2011. C’est que M. Orban n’est pas n’importe qui. Vice-président du PPE (principal parti de droite européen, qui compte notamment la CDU de Mme Merkel et l’UMP parmi ses membres), il fut, il y a un peu plus de vingt ans, l’une des principales figures de l’opposition anticommuniste au régime précédent. En outre, sa politique d’austérité, d’une brutalité inouïe (TVA à …27%; impôt sur le revenu à 16% pour tous; guerre aux pauvres…) n’est pas faite pour émouvoir les dirigeants européens.
Ce qui a surtout fait « problème » pour ces derniers a été la décision du maître de Budapest de remettre en cause la sacro-sainte indépendance de la Banque centrale ou de nationaliser des fonds de pension. Pris à la gorge par une lourde dette publique, l’effondrement de la monnaie nationale, le Forint, et la difficulté croissante à lever des fonds, même à un taux de plus de 10%, sur les marchés financiers, Orban a, en effet, brisé quelques tabous libéraux. C’est cela, d’abord, qui ne passe pas à Bruxelles, et non la dérive autoritaire du régime. Beaucoup de voix s’élèvent donc légitimement pour demander à l’Union européenne, toujours prompte à glorifier les « valeurs » de l’Europe », d’exercer toutes les pressions possibles sur ce gouvernement pour l’amener à annuler les mesures liberticides, y compris, sa récente révision constitutionnelle qui (entre autres) enterre symboliquement la notion de « République » au profit d’une référence appuyée à Dieu! Seulement voilà…
« Gare à l’ingérence! » avertit, à l’inverse, mais tout aussi légitimement, un ancien « dissident » de premier plan de l’ex-régime socialiste, aujourd’hui proche du Parti de la Gauche européenne (PGE), Tamas Gaspar-Miklos. En effet, la désillusion et le ressentiment de la majorité de la population vis à vis de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) sont tels que des « leçons de Bruxelles » auraient sans nul doute un effet dangereusement contre-productif! Viktor Orban a appris à saisir cet atout pour se maintenir au pouvoir malgré son bilan désastreux. Il surfe allègrement sur le souvenir cuisant laissé par les politiques libérales impitoyables de ses prédécesseurs « socialistes » et de droite; par leur soumission zélée aux injonctions européennes; par les multiples humiliations et les frustrations rentrées; par l’insupportable sentiment d’impuissance. Cocktail potentiellement dévastateur!
Comment aider, dans ces conditions, le peuple hongrois à se libérer du piège mortel dans lequel tous les gouvernements qui se sont succédé depuis deux décennies l’ont jeté? Et comment éviter, à la faveur de la crise, l’apparition d’autres « Hongries » dans les pays européens économiquement les plus éprouvés et politiquement les plus fragiles? Bref, comment rendre à l’idée et à la parole européenne une légitimité aujourd’hui perdue? Comment, sinon en crédibilisant un projet européen en rupture avec le modèle actuel et en permettant au plus grand nombre de citoyens de se l’approprier? Tel est notamment l’ambition du Front de Gauche en France et du PGE à l’échelle européenne.
CE QUE NOUS APPREND L’EXPERIENCE DU CERN
Pour cette première chronique de l’année,je souhaitais relater l’un des événements heureux qui se sont produits en Europe ou l’un des actes marquants ayant honoré un grand Européen durant l’année écoulée. Autant dire que ce n’est pas du côté de Bruxelles que je l’ai trouvé…Je me suis, en revanche,d’emblée rappelé le courage et la dignité d’Irina Bokova,la directrice générale -bulgare- de l’UNESCO,accueillant chaleureusement la Palestine comme nouveau membre,malgré les très lourdes sanctions financières américaines que ce geste entrainait contre son organisation. Je me suis également souvenu de l’engagement du remarquable leader du Sinn Fein irlandais, Gerry Adams, dans des initiatives politiques visant à garantir que l’ETA basque dépose définitivement les armes. Je n’ai pas oublié non plus l’exposition décapante de Lilian Thuram au musée parisien du quai Branly sur les « zoos humains » : véritable cri antiraciste et anticolonialiste qui interpelle l’Europe entière.Mais c’est sur une expérience collective très particulière dont on a (re)parlé récemment que je veux m’arrêter: celle du … »boson de Higgs ». C’est ainsi que les chercheurs du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) appellent la particule élémentaire qu’il reste à découvrir pour tenter de percer le mystère des débuts de l’univers… Vaste programme,aux retombées indirectes considérables,qui mobilise d’innombrables équipes dans ce haut lieu de la recherche fondamentale (et exclusivement civile),situé à cheval sur le département de l’Ain et le canton de Genève. Pourquoi diable évoquer ce type d’expérience dans une chronique en principe consacrée à l’Europe?
C’est que le CERN représente à mes yeux toute une conception de l’Europe,qui est à bien des égards aux antipodes de celle incarnée par les Sarkozy-Merkel,Trichet,Draghi,Juncker ou autre Barroso. Certes, cette expérience n’est pas transposable,mais il n’est pas interdit de méditer ses règles et son éthique lorsqu’on réfléchit à la refondation de la construction européenne qu’appelle son actuelle descente aux enfers.
Ainsi,au CERN,l’aiguillon du travail accompli n’est pas le profit financier mais l’avancée des connaissances pour le progrès de l’humanité. Les chercheurs appartiennent à plus de vingt nationalités européennes sans hiérarchie ni discrimination.Leur rayonnement est tel que les plus grandes nations du monde ont décidé d’associer la crême de leurs scientifiques à cette expérience. Nul conflit géopolitique ou ethnique ne vient troubler leurs relations de coopération. Ici, la » règle d’or », c’est le partage des informations entre tous les chercheurs. C’est à cette fin qu’ils ont inventé il y a vingt ans un instrument devenu,depuis,indispensable à nous tous:le web.La mission du CERN est d’encourager contacts et echanges,de dispenser des formations,d’opérer des transferts de technologies. Elle n’est pas de dominer,mais d’associer. Une vraie approche alternative de la coopération européenne!
Pendant ce temps,à Bruxelles,on travaille sur un traité visant à faire rêgner la discipline budgétaire, à sanctionner les récalcitrants,à rassurer les marchés, dans une économie ouverte où la concurrence est libre.




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