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ITALIE: TROIS HOMMES ET UN COUP FOURRÉ

Trois hommes viennent, à des titres divers, d’œuvrer au changement de gouvernement en Italie: Silvio Berlusconi, en acceptant de démissionner; Mario Monti, en acceptant l’idée de remplacer le sortant; et Giorgio Napolitano, en mettant sa fonction de Président de la République, ses compétences et son prestige au service d’un règlement rapide de la crise politique de son pays. Il se trouve que, de par mes anciennes responsabilités au Parlement européen, j’ai eu l’occasion de côtoyer le premier, d’affronter le deuxième et de bien connaître le troisième. Je ne résiste donc pas à l’envie de commenter cette rencontre inattendue et très éloquente de trois visages fort contrastés d’un pays qui m’est cher.

Le « Cavaliere » tout d’abord. Il incarne tout ce qu’une frange d’hyper-privilégiés sans scrupule peut avoir de caricatural et de méprisable au milieu d’une société pourtant largement cultivée, subtile et solidaire. Certes, pour trouver des individus fortunés ignorant autant l’éthique que la bienséance et pouvant, le cas échéant, se livrer à des frasques peu reluisantes, inutile de franchir les Alpes… Mais dans l’échelle de l’affairisme louche; de l’étalage du luxe de mauvais goût; des abus de pouvoir et des mœurs repoussantes, cet ancien animateur de boîte de nuit devenu patron de presse puis Président du conseil a su gravir des sommets. Aucun démocrate ne pleurera sa chute. Bon débarras. La question est: sur quoi débouche ce changement?

Mario Monti est, quant à lui, aussi austère que le précédent est bouffon. Nul ne met en cause son sérieux. Cela étant, cet ancien de la tristement célèbre banque d’affaires américaine Goldman Sachs devenu ensuite Commissaire européen à la concurrence dans les années 2000, illustra son orthodoxie libérale, par exemple dans l’ « affaire Alstom » en contestant d’abord radicalement l’entrée de l’Etat au capital d’un groupe stratégique qui employait alors des centaines de milliers de salariés en Europe et dans le monde et se trouvait en grande difficulté financière, puis en mettant comme conditions à ce sauvetage, d’une part qu’un grand groupe privé remplace au plus vite l’Etat eu sein d’Alstom, de l’autre que ce dernier cède, en contre-partie de l’ « aide d’Etat » de 200 millions d’€, plusieurs de ses fleurons industriels à ses concurrents directs, notamment l’Allemand SIEMENS. Pour « rassurer les marchés », il était l’homme qu’il fallait… C’est bien là le problème!

Giorgio Napolitano, pour sa part, est carrément aux antipodes, du populiste débauché qui dirigea quatre gouvernements successifs à Rome. Ancien résistant dans sa jeunesse; éminente figure du Parti Communiste Italien jusqu’à la malheureuse dissolution de cette puissante force de gauche; député national puis européen très écouté, l’actuel Président italien est un homme cultivé, élégant et à tous égards respectable. Dans un moment historique où l’essentiel de la « classe politique » de son pays a failli, il sauve, d’une certaine manière, l’honneur de l’Italie officielle. Les divergences politiques qui nous ont, quelques fois, opposés au Parlement européen, notamment au sujet du traité constitutionnel, n’entravent pas mon estime pour cette personnalité d’exception.

Le problème est que le changement ainsi opéré n’épargnera nullement au peuple italien la violence des mesures exigées dès le 5 août dernier par la BCE dans la fameuse lettre « secrète » alors adressée au gouvernement italien – un diktat effarant que le successeur de Berlusconi et ses nombreux soutiens de droite et « de gauche » se sont engagés à respecter scrupuleusement. « Une telle situation ne ferait que renforcer la Ligue du Nord et Berlusconi » craint légitimement le dirigeant communiste Paolo Ferrero. La lutte continue de plus belle.

19 novembre 2011 at 3:56 Laisser un commentaire

Un véritable coup d’État financier

L’interview paru le  14 novembre 2011 dans l’Humanité

Dans deux pays de la zone euro, dont l’un est fondateur de la Communauté européenne, les marchés ont réussi à propulser leurs hommes. Les deux sont des anciens de Goldman Sachs, l’une des plus puissantes banques d’affaires américaines au cœur des manipulations financières colossales à l’origine de la crise du système. C’est un véritable coup d’État financier. Les marchés ont utilisé leur arme, à savoir la hausse vertigineuse des taux d’intérêt, pour menacer d’étranglement un pays qui ne répondrait pas à leurs injonctions. C’est extrêmement grave du point de vue démocratique. Aujourd’hui, Mario Monti et Lucas Papademos sont pressentis pour répondre aux exigences des marchés et ont exigé, pour y parvenir, d’avoir le soutien des principaux partis politiques. Les pires partis de droite vont utiliser le mécontentement qui naîtra de ces politiques pour dénoncer ces orientations, l’illégitimité de ces gouvernements non élus et les atteintes à la souveraineté. On imagine à partir de là ce que représenterait le fameux saut fédéral. Si l’on veut préparer une sortie par le haut de cette crise, il faut absolument se détacher de cette dépendance absolue aux maarchés. Ce qui ramène à nos propositions sur un tout autre rôle pour la Banque centrale européenne qui doit utiliser son pouvoir illimité de création monétaire pour financer les investissements publics de création sociale à l’opposé des mesures d’hyper-austérité qui sont aujourd’hui la condition de l’aide financière. Il faut enfin récuser cette violation énorme de la souveraineté populaire et travailler à l’implication des citoyens et à la conquête de pouvoirs d’intervention.

Propos recueillis par Lina Sankari

16 novembre 2011 at 2:32 Laisser un commentaire

UNE EUROPE DEMOCRATIQUE EST-ELLE POSSIBLE ?

Un quarteron de puissants s’attribuant le droit d’humilier toute une nation,de placer sous tutelle ses institutions,de sommer son peuple de « choisir » entre la soumission et l’exclusion : le spectacle hideux qu’offre l’ « Union » européenne,aux prises avec la plus grave crise de son histoire,met une fois encore,et plus vivement que jamais,à l’ordre du jour la question de sa légitimité démocratique.

Mais qui donc dirige aujourd’hui l’ « Europe »? Le Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement? Ce serait en soi le fruit d’une super-délégation de pouvoir fort contestable. Mais tel n’est même pas le cas! En réalité,les rênes sont tenus par la dirigeante de l’économie la plus riche -cautionnée par le soutien inconditionnel de son fidèle allié, flatté de jouer ainsi dans la cour des grands- auxquels s’ajoutent le président « indépendant » de la Banque centrale et le coordinateur des ministres des finances de la zone euro. Le fait que la seule évocation d’un référendum mette ce petit monde en transe en dit long sur une pierre angulaire de leur construction: la peur des peuples. Ce n’est pas chose nouvelle. Depuis qu’ont été posés les premiers jalons de ce projet, les affaires de l’Europe ont été jugées trop sérieuses pour être confiées aux Européens. Ceux-ci sont traités en « consommateurs » et, le moment venu, en électeurs,bien plus qu’en citoyens. La « méthode Monnet » (du nom du principal « père de l’Europe ») consistait dès le début à éluder tout débat politique,à tenir les peuples à l’écart des choix cruciaux,à mettre en place un « engrenage » (spill over) conduisant subrepticement d’une étape à l’autre,le tout étant gravé dans le marbre de traités réputés intangibles…

Alors,une Europe démocratique est-elle possible et à quelles conditions ?En accordant plus de prérogatives au Parlement européen? Il est déjà co-législateur et peut utilement voir encore élargir ses compétences.Mais il  ne saurait à lui seul combler la carence rhédibitoire de cette construction en matière de démocratie, d’autant qu’il est tenu de respecter les traités… En impliquant effectivement et non symboliquement les parlements nationaux dans les décisions essentielles? C’est indispensable mais tout aussi insuffisant pour changer la donne en profondeur.

Le maillon manquant, ce sont les citoyens eux-mêmes, et il est décisif. La rupture radicale à opérer est bien de créer les conditions de leur intervention politique éclairée, comme en 2005,en France, mais de façon durable et non limitée à un seul pays. La profondeur de la crise du modèle libéral européen et la force des aspirations au changement dans toute l’Europe donnent à cette perspective une crédibilité absolument sans précédent. La question est:d’où peut partir l’impulsion d’un tel mouvement? Un gouvernement clairement de gauche, en France en 2012,pourrait prendre l’initiative de réunir des « Etats généraux de la refondation européenne » en y invitant toutes les forces politiques, syndicales et associatives disponibles en Europe pour dégager les axes majeurs d’un nouveau cours européen. Cette idée, familière aux lecteurs de cette chronique est désormais une proposition officielle du Front de gauche. Et un espoir de renouveau démocratique pour l’Europe.

10 novembre 2011 at 9:53 2 commentaires

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