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L’ARCHET CONTRE LE « KARCHER » ou LA MUSIQUE AU SERVICE DE L’EMANCIPATION SOCIALE

Nous venons de célébrer la Fête de la musique.  A cette occasion, je voudrais m’arrêter sur le cas d’un concert hors du commun: celui que vient d’offrir à celles et ceux qui ont eu la chance de pouvoir y assister l’ « orchestre des jeunes DEMOS ».   Dans la mythologie grecque, Démos fut l’un des fils d’Aphrodite, la plus aimée des déesses.  Dans le cas présent, le sens du nom choisi est plus prosaïque: « Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale ».  Mais l’expérience qu’il désigne suscite l’émerveillement.

Résumons: 450 jeunes Franciliens de 7 à 12 ans, habitant des quartiers souvent en difficultés, suivent depuis des mois un apprentissage intensif – quatre heures par semaine, en plus des exercices en famille – de pratique orchestrale.  Ils n’ont pas de connaissances musicales au départ et ne se destinent pas à une carrière musicale.  Et pourtant, il faut voir leur sérieux, leur discipline collective, leur  application, leur fierté!  Et quel répertoire! Haydn, Borodine, Moussorgski, Bizet, Gustav Mahler, Tchaïkovski, Stravinski, Bernstein, Haendel, Dvorak…  On reste sans voix en voyant, tour à tour, la centaine d’enfant de chacun des quatre orchestres qui se succèdent au cours de la soirée s’installer en bon ordre, prenant grand soin de leur instrument, puis se concentrer, chacune et chacun, sur son rôle, le tout sans stress apparent.  Ils s’appellent Yacine, Farah, Christian ou Youri; ils vivent à Aubervilliers, Stains, Colombes ou Ivry.

Et les voilà réunis à la Salle Pleyel, l’une des  plus prestigieuses salles de concert de la capitale – dont le Président, Monsieur Laurent Bayle, a beaucoup œuvré à la réussite de ce beau projet -, avec deux jeunes et brillantes chefs d’Orchestre, qui se succèdent au fil des quatre parties: Debora Waldmann et Zahia Ziouani (dont les lecteurs réguliers de cette tribune connaissent la personnalité attachante et le bilan déjà exceptionnel à seulement 33 ans).  On imagine la somme de travail mais aussi de plaisir que traduit un tel résultat!

Par dizaines, musiciens – de l’Orchestre de Zahia Ziouani, « Divertimento » ainsi que de l’Orchestre de Paris – et autres professionnels font partager leur expérience, semaine après semaine, à ces jeunes, par petits groupes de quinze, avant de les réunir tous ensemble, pour des répétitions ou des concerts.  La motivation que ces garçons et ces filles tirent de leur création commune, la confiance qui leur est témoignée et le respect qui les entoure dans ce lien social fabuleux font le reste.  Les familles de ces enfants, loin de se désintéresser de cette expérience, s’y investissent elles aussi.  C’est dire si celle-ci mérite d’obtenir les moyens publics de sa pérennisation, non seulement en Ile de France, mais à l’échelle du pays.  Souhaitons que l’effet « archet » remplace au plus vite l’effet « Karcher »…

 

Il serait intéressant de connaître les éventuelles expériences similaires ayant cours dans d’autres pays européens.  Dans un passé désormais lointain, la Hongrie, sous l’impulsion du grand compositeur Zoltan Kodaly, était à l’avant-garde à cet égard.  Dès la fin des années 60, on y enseignait quotidiennement la musique dans un grand nombre d’écoles et on croisait fréquemment des classes entières au concert ou à l’opéra.  Est-il permis d’espérer que la France donne bientôt l’exemple, à son tour?

24 juin 2011 at 3:00 Laisser un commentaire

« L’EUROPE »!, C’EST DU CONCRET!

         La Conférence nationale du PCF, qui vient de se réunir le week-end dernier, n’a pas discuté que du candidat à l’élection présidentielle.  Le projet de programme élaboré en commun par les partenaires du Front de gauche, et qui va être, à présent, soumis à la discussion de nos concitoyens et enrichi par leurs observations, a également occupé une partie des débats.  C’est cet engagement très concret qui sera la colonne vertébrale de la campagne en vue de la double échéance de 2012: législative (élection des députés appelés à voter les futures lois) et présidentielle.

Pour approfondir les échanges à ce propos, une séance de travail a été organisée sous forme de « ruches »: entre 60 et 70 tables rondes regroupant chacune une dizaine de participants ont ainsi discuté de l’un ou de l’autre des thèmes centraux du projet de programme, pour en souligner tant les points forts que les lacunes.  J’ai moi-même pris part à l’une de ces « ruches », dont le sujet était « l’Europe », mais pas en général et dans l’abstrait!  Chacune et chacun de nous devait s’efforcer d’illustrer, à partir de son expérience et de sa réflexion personnelles, le type de questions que le programme du Front de gauche devait aborder pour avoir une chance de devenir « populaire », c’est à dire, « être partagé » non seulement par les trois partis du Front de gauche mais par de larges secteurs du « peuple de gauche » dans sa diversité.

Expérience concluante!  Jean-François, du Nord, évoqua d’emblée le « pacte pour l’euro+ », ce projet global lancé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en cours de finalisation dans les institutions européennes, et qui vise à installer durablement un régime de régression sociale au nom de la lutte contre les « déficits publics ».  Il montra pourquoi ce pacte a besoin d’être révélé, décrypté, combattu et mis en échec.  Avec raison a été souligné l’atout que représente pour cette contre-offensive la levée de bouclier contre cette lourde menace de tout le mouvement syndical européen. Un postier de Haute Savoie a, quant à lui, attiré l’attention sur l’enjeu des services publics, qui se pose, lui aussi, à l’échelle européenne.  Il cita l’exemple d’une conquête des postiers allemands – un salaire minimum pour ce secteur, en l’absence de tout SMIC national – menacé d' »illégalité » par la Cour européenne de Justice, car considéré comme un obstacle déguisé à la libre concurrence au détriment d’un groupe privé néerlandais qui envisageait de ravir une partie du marché postal allemand, mais en payant des salaires plus bas! Hervé, de Seine-Saint-Denis, mit l’accent, à partir de son expérience d’élu territorial, sur la nécessité de « réhabiliter les dépenses publiques utiles » face à la diabolisation de celles-ci au nom de la chasse indistincte aux « déficits »;  Jean-Noël, des Bouches du Rhône et Claire de l’Aude, insistèrent sur l’exigence de substituer à la mise en concurrence des universités « un processus solidaire d’échange des savoirs ».  Liliane, de l’Allier, aborda le sujet de la politique agricole commune et expliqua l’importance de « prix rémunérateurs » pour perpétuer l’agriculture paysanne.  Une nouvelle élue du Conseil régional des Pays de la Loire et Bernard, de l’Aisne illustrèrent le poids que prend l’enjeu d’une « autre utilisation de l’argent » et, en conséquence, la bataille pour « changer l’euro », sans tomber dans le piège de sortir de la monnaie européenne.etc… Une leçon de choses à méditer!

9 juin 2011 at 1:44 Laisser un commentaire

Les indignés: la démocratie limitée, ils n’en veulent plus

L’Interview paru le   le 6 juin  2011 dans l’Humanité

Ce qui rapproche les manifestations de la jeunesse des différents pays n’est-il pas une aspiration très forte à la démocratie ?

Francis Wurtz. 
Je le crois profondément. D’ailleurs, le mot d’ordre vedette de la place 
de la Puerta del Sol, est « démocratie maintenant ! » Au moment où en Espagne on assiste à l’éclosion de ce mouvement citoyen, Jean-Claude Trichet a déclaré qu’il faudrait aller vers une autorité centrale européenne en matière budgétaire avec droit de veto sur les décisions budgétaires de chaque pays. C’est le contraire absolu de la démocratie citoyenne réclamée avec force par le mouvement des indignés On ne peut mieux illustrer le divorce entre les aspirations des citoyens d’Europe et la fuite en avant centralisatrice des autorités actuelles de l’UE. Elles ont véritablement peur des peuples, elles relancent cette vieille antienne des puissants, à savoir la limite « souhaitable » de la démocratie. Tout cela pour faire passer les exigences des marchés financiers. Il y a un vice de fabrication dans la construction européenne actuelle : elle est fondée sur les marchés et parallèlement, à cause de cela, elle se fait en dehors des peuples et des citoyens. Mais ce qui pouvait être accepté dans les années 1950 devient insupportable pour la grande majorité des citoyens européens.

Peut-on dire qu’une partie importante de la population entre en conflit avec les dirigeants de l’UE ?

Francis Wurtz. C’est un conflit ouvert avec toutes les structures qui visaient à court-circuiter l’expression démocratique des citoyens. Je pense au fait que la BCE soit mise à l’abri de toute intervention émanant d’institutions publiques, au pacte de stabilité dont le but est de contraindre chaque gouvernement à rationner les dépenses publiques. À tout cela s’ajoutent l’obligation faite aux États de soumettre aux institutions européennes les projets de budget avant de les faire examiner par les parlements nationaux, et l’inscription dans la Constitution d’engagements contraignants en matière de réduction des déficits publics, au plan pluriannuel que les États se sont engagés à présenter sur les réformes structurelles, sur les retraites, les salaires. Il y a aussi les six règlements en discussion au Parlement européen pour renforcer le pacte de stabilité et le pacte pour l’euro, la mise sous tutelle des pays très endettés. Tout cela fait que la cocotte-minute explose. Nous sommes entrés dans un engrenage sous la pression des marchés financiers. Les principaux dirigeants européens sentent qu’ils ont de plus en plus de mal à maîtriser le contrôle des peuples. Il faut aller vers des ruptures avec une politique qui nous entraîne effectivement plus vite que prévu vers la catastrophe. Je pense à des ruptures dans trois directions et qui recouvrent ce que l’on rencontre dans tous les mouvements sociaux actuellement : une réorientation des priorités européennes en faveur du développement social, une plus grande indépendance vis-à-vis des marchés financiers pour financer le développement et la démocratie.

Les élections en Espagne et au Portugal le montrent, les électeurs sanctionnent les sortants quitte à choisir la droite. Un sentiment anti-européen peut-il aussi se développer?

Francis Wurtz. Si la seule hypothèse plausible d’union européenne est celle que nous connaissons, les peuples, tout à fait logiquement, la rejettent. Ce serait dramatique si cela conduisait à une sorte de repli sur soi face aux marchés qui continueraient de sévir. Il faut absolument faire grandir au milieu de ces contestations légitimes l’idée d’une construction européenne alternative. Priorité à la sécurisation de l’emploi, de la formation, aux pouvoirs nouveaux des salariés. Nous devons travailler à une autre façon de produire. Orienter l’argent vers l’emploi et la recherche, à la promotion des services publics. La coopération doit s’imposer contre la guerre économique. Une réforme du système monétaire international peut être mise en chantier. Toutes ces questions doivent être débattues pour montrer qu’une autre voie est possible, que nous représentons ensemble une force considérable. Il faut se faire entendre nos seulement pour protester mais pour ouvrir des pistes de transformation. C’est l’enjeu que doit affronter la gauche européenne digne de ce nom.

8 juin 2011 at 3:40 Laisser un commentaire

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