Posts filed under ‘Francis Wurtz Le Blog’

Le « 7 septembre » de M. Barroso

Le 7 septembre, pendant qu’une marée humaine battait le pavé dans toutes les villes de France pour la défense de la retraite à 60 ans, M. Barroso, le président de la Commission européenne, s’est essayé à un nouvel exercice prévu dans le traité de Lisbonne : tenir, à l’instar du président américain, un discours annuel sur « l’état de l’Union ». Sous les huées d’une partie de la gauche européenne, il a lancé, à cette occasion, dans l’Hémicycle de Strasbourg : « Il faut avoir le courage de dire que si l’Europe veut gagner la bataille de la compétitivité face à certains pays émergents, il faut travailler plus, il faut travailler plus longtemps », avant d’ajouter, en vrai homme de dialogue, que « ceux qui vous disent le contraire ne vous disent pas la vérité », pour la simple raison qu’il est « évident » qu’il faut « faire des réformes ». Fermez le ban.

Nicolas Sarkozy a les soutiens qu’il mérite ! Mais tandis qu’à Paris ses ministres nous expliquent laborieusement que c’est en raison de « l’évolution démographique » que nous serions obligés de reculer l’âge de départ, le président de l’exécutif européen évoque crûment la « compétitivité » face aux pays à bas salaires et aux acquis sociaux limités pour justifier les « réformes ». C’est ce qui s’appelle « manger le morceau »… Le problème, c’est que si on accepte cette logique, il n’y a aucune raison de s’arrêter à 62 ans ni même à 67 ! Ouvrez la vanne de la « compétitivité face à certains pays émergents » et c’est tout ce qui reste du modèle social européen qui va à vau-l’eau ! Les législations adoptées ou en cours de discussion chez nos voisins sont éloquentes à ce propos. Si rien ne venait contrecarrer les plans des gouvernements en place – souvent de droite… et parfois socialistes –, la situation après 2020 serait la suivante : l’âge légal de départ à la retraite passerait progressivement à 67 ans en Allemagne et en Espagne, à 68 ans en Grande-Bretagne, à 69 ans en Italie ! Qui dit mieux ? Lequel sera plus « compétitif » encore ?

En tout cas, le message de M. Barroso est sans ambiguïté : il prône « l’accélération des réformes » (au nom de l’Agenda 2020, nouveau programme commun des dirigeants européens pour la décennie à venir) ; la « stimulation de la compétitivité des entreprises » (voir plus haut…) ; l’« approfondissement du marché unique » (comprenez : l’aiguisement de la concurrence entre les peuples européens) ; « l’assainissement des finances publiques » (autrement dit, l’austérité sociale pour payer les dégâts des orgies financières) ; la « gouvernance économique » (c’est-à-dire le renforcement du pacte de stabilité, le contrôle des budgets avant leur examen par les Parlements nationaux et l’aggravation des sanctions pour les contrevenants). Voilà le programme que le président de la Commission européenne appelle, sans rire, « la modernisation de notre économie sociale de marché » !

Quelles conclusions tirer de ce véritable défi qui nous est ainsi lancé ? D’abord, qu’il y a vraiment intérêt à bloquer cette offensive sans attendre en faisant front jusqu’au bout contre la « réforme » Sarkozy. Ensuite, que nous avons tout à gagner à travailler au maximum de convergences européennes comme la grande journée d’action internationale du 29 septembre nous en donnera l’occasion. Enfin, que l’initiative prise par le PCF d’ouvrir un vaste débat public sur le projet alternatif dont doit être porteuse la gauche est décidément bienvenue.

16 septembre 2010 at 8:58 Laisser un commentaire

TOBIN OR NOT TOBIN…

Peut-être certains d’entre vous s’en souviendront-ils: au début des années 2000, le Parlement européen avait été amené à s’exprimer sur la proposition – avancée par notre Groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE – NGL) – de charger la Commission européenne de réaliser une étude de faisabilité d’une taxe sur les transactions financières (symboliquement appelée « Taxe Tobin », du nom de l’ancien Nobel d’économie qui avait lancé l’idée d’une telle mesure concernant le marché des devises).

          A la « Conférence des Présidents » où se retrouvent les leaders des différents groupes politiques pour fixer l’ordre du jour des sessions du Parlement, j’avais pu, de justesse, obtenir l’inscription de ce sujet à l’agenda de nos travaux.  Le jour venu, la droite se mobilisa en séance plénière pour tenter de retirer ce point de la liste des débats.  On vota et – divine surprise! – nous gagnâmes encore une fois … d’une voix.  Le débat pu donc recommencer au grand dam des conservateurs et des libéraux de tout poil.  Mais quand vint l’heure du vote de la résolution enjoignant à la Commission de Bruxelles de préparer un rapport circonstancié sur le sujet, les voix de l’extrême gauche – LCR et LO – nous ont fait lamentablement défaut (la taxe Tobin n’étant pas assez « révolutionnaire » puisqu’elle ne vise pas à renverser le capitalisme…).  Résultat: notre proposition fut rejetée à quelques voix près.  La droite exulta.  Et on ne reparla plus de taxation des transactions financières pendant une dizaine d’années.  J’ai bien tenté ma chance, en interpellant un jour Jacques Chirac sur ce sujet à l’occasion d’une présidence française de l’Union européenne.  Mais celui-ci balaya l’idée d’un revers de main sur le thème du  » Hélas, cher Monsieur, c’est une belle utopie! ». 

          Or, qu’apprend-t-on cette semaine?  La Commission européenne vient de soumettre aux ministres des Finances des « 27 » un document sur les différentes voies qui s’offrent à eux pour taxer les transactions financières!  Il aura donc fallu le désastre de la crise de 2008-2009 et la montée de la colère des opinions publiques pour qu’une « belle utopie » devienne l’objet d’une étude officielle.  On dira: mieux vaut tard que jamais!  Tout à fait d’accord pour accepter cet hommage tardif involontaire à la lucidité de notre Groupe parlementaire.  Cela dit, il y a encore loin de la coupe aux lèvres: plusieurs pays y sont opposés tandis que d’autres veulent exonérer les « produits dérivés », c’est à dire les instruments financiers les plus sophistiqués et les plus « juteux »!  Cela ramènerait les recettes attendues de cette taxe de 372 milliards d’euros …à 18! 

          En tout état de cause, une sortie de crise effective et durable appelle de toutes autres transformations: celles, en particulier, touchant aux missions de la Banque centrale européenne tout comme aux critères de gestion des entreprises.  Cela étant, nous ne laissons pas les dirigeants européens enterrer une seconde fois cette mesure, certes seconde et partielle, mais potentiellement significative.  Rien de tel qu’un premier succès pour aller de l’avant.  A suivre!

10 septembre 2010 at 12:25 Laisser un commentaire

La face cachée du « modèle allemand »

«C’est une expansion de taille XL », s’est exclamé, triomphant, le ministre allemand de l’Économie en commentant les chiffres flatteurs enregistrés par son pays pour le deuxième trimestre 2010 : une croissance de plus de 2 % ! Il n’en fallait pas plus pour faire fantasmer l’équipe Sarkozy : voilà plus que jamais l’exemple à suivre ! Vraiment ? Rappelons quelques aspects de la face cachée du « modèle allemand ».

Premier constat : les Allemands, eux, ne s’y re-trouvent pas. La chancelière, qui incarne cette politique, est au plus bas dans les sondages. Plus profondément, le taux record de l’épargne populaire allemande (plus de 15 % du

revenu disponible) traduit une profonde peur de l’avenir, sentiment que reflète aussi le durablement faible taux de natalité. Le nombre de naissances en 2009 est même le plus bas de l’histoire de

la République fédérale…

L’apparente solidité de l’économie s’accompagne, en effet, d’un envol de la précarité et de la pauvreté. Les « mini-jobs à 1 euro » de l’heure y sont l’héritage de l’ère Schröder (SPD), tout comme l’absence persistante d’un salaire minimum. Sa successeur de droite y a ajouté la retraite à 67 ans, l’augmentation de la TVA et les coupes drastiques dans les prestations sociales. Ce terrible coût social n’est certes pas le seul moteur de la puissance exportatrice allemande, mais il en constitue une composante essentielle. Tout cela peut conduire à de bons chiffres, mais certainement pas à un bon modèle !

D’autant moins que, jugée « injuste » par 79 % des Allemands et « cruelle » par les syndicats, cette politique n’est pas sans risque pour l’économie elle-même, tant celle-ci devient dépendante de la bonne santé de ses « clients ». Or ne dit-on pas les États-Unis à la veille d’une possible rechute (les ventes de

logements viennent d’y subir une baisse historique de plus de 27 % !) et le Japon en mauvaise posture ? Quant aux « partenaires »

européens de Berlin, si la vague de rigueur annoncée n’y est pas mise en échec, ils risquent de basculer dans la récession. Comme quoi, l’obsession de la compression des coûts salariaux à l’intérieur, articulée à

une stratégie non coopérative au détriment des voisins, peut avoir sur l’Allemagne un effet boomerang auquel devraient réfléchir et madame Merkel et ses admirateurs prêts à lui emboîter le pas dans notre pays. Dernière observation, réjouissante elle : non seulement les revendications salariales refont surface en Allemagne, au point que le président du « Conseil des sages » s’étrangle en appelant à « ne pas casser les succès remportés grâce à la modération des salaires et aux réformes structurelles », mais la conscience de la nécessité d’engager une rupture avec le modèle libéral européen progresse dans le mouvement social outre-Rhin. Ainsi la confédération syndicale DGB analyse-t-elle à présent la soumission de chacun de nos pays aux marchés financiers comme « une des plus grandes fautes de naissance de l’Union monétaire européenne ». On ne saurait mieux dire.

Retrouvons-nous dans la contestation des « fautes de naissance » des traités européens et des « réformes » Merkel-Sarkozy qui s’yinscrivent. Et travaillons ensemble à un modèle social digne de ce nom !

5 septembre 2010 at 7:39 Laisser un commentaire

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