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NOTRE AMI GERRY ADAMS : HOMME DE PAIX; ARTISAN DE L’UNIFICATION DE L’IRLANDE; FIGURE DE LA GAUCHE EUROPEENNE
Il y a peu de dirigeants politiques en Europe qui peuvent se targuer d’avoir autant marqué l’histoire contemporaine de leur pays que Gerry Adams , le Président du parti de gauche irlandais Sinn Fein depuis 35 ans. Il était donc logique de s’arrêter sur son parcours exceptionnel alors qu’il s’apprête à passer le relai, le 10 février prochain. Ce jour-là, le congrès de la formation républicaine élira une nouvelle dirigeante. Le choix annoncé sera en soi un symbole du rayonnement que Gerry Adams aura grandement contribué à assurer à son parti. Il devrait, en effet, se porter sur l’ actuelle Vice-présidente du parti , une femme de 48 ans, originaire, non plus d’Irlande du Nord, comme l’étaient traditionnellement la plupart des responsables de Sinn Fein, mais de la République d’Irlande elle-même. La promotion de Mary-Lou McDonald, hier déjà première parlementaire européenne de son parti ( en 2004 ), aujourd’hui ( depuis 2011 ) députée au Parlement de Dublin, illustrera ainsi à elle seule l’une des réussites les plus importantes de l’action de Gerry Adams : faire de Sinn Fein un acteur politique de premier plan dans toute l’Irlande et crédibiliser , par là même, toujours plus, l’objectif stratégique central de son parti, qui est la réunification du pays .
Un petit rappel historique s’impose à ce propos : lors de la création du nouvel Etat libre d’Irlande, en 1922, les « Unionistes », descendants des colons anglais et écossais, majoritaires dans la région du nord du pays, avaient décidé de rattacher « leur » province à la Grande-Bretagne. Depuis lors, Londres considère cette partie de l’Irlande comme l’une des quatre « nations » constitutives du Royaume-Uni. Dès lors, les républicains d’Irlande du nord, favorables au retour de la province dans la nation irlandaise, engagèrent le combat que l’on sait -y compris, par la voie militaire avec l’IRA , opposée à la « Royal Ulster Constabulary »- contre les forces d’occupation. Sinn Fein fut longtemps présenté comme la « vitrine politique » de l’IRA, et Gerry Adams comme un membre clandestin de l’IRA, ce que l’intéressé a toujours démenti.
C’est, au contraire, dans son action inlassable pour que soit définitivement tournée la page de la lutte armée au profit de la seule lutte politique que Gerry Adams a acquis sa stature de leader incontournable , tant en Irlande-même que , progressivement, vis-à-vis des dirigeants britanniques successifs. Et les succès enregistrés sur cette voie sont spectaculaires. L’étape-clé de ce défi historique fut, on le sait, le fameux « Accord du Vendredi saint » du 10 avril 1998, par lequel « unionistes » et « républicains » d’Irlande du nord ouvrirent la voie à une co-gestion de la province dans des institutions spécifiques ( Conseil des ministres et Assemblée propres à l’Irlande du nord) et à la création d’instances de coopération entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord. En outre, Londres et Dublin s’engagèrent à reconnaître la double citoyenneté -irlandaise et britannique- aux habitants de l’Irlande du nord. Cet accord fut massivement approuvé tant par les citoyens de l’Irlande du nord que par ceux de la République d’Irlande. Encore fallait-il s’assurer, côté républicain, du respect durable de la décision arrachée deux ans auparavant à l’IRA de renoncer à la lutte armée, et, dans le même temps, arriver à gérer tant bien que mal la cohabitation plus qu’atypique avec les chefs unionistes , souvent ultras et anciens ennemis jurés . Or, si cette expérience ne fut évidemment pas exempte de crises (comme c’est le cas en ce moment-même) , elle aura permis d’instaurer la paix dans la province et de déplacer le conflit sur le seul terrain acceptable en démocratie : celui de la politique. « Nous allons modifier le paysage politique du tout au tout -déclara Gerry Adams- Nous allons réussir ». Depuis lors, en effet, lui qui avait subi la sinistre prison de Long Kesh -sans jugement- ; qui fut victime de deux attentats qui ont failli lui coûter la vie; lui dont même la voix fut bannie de la radio britannique par Margaret Thatcher, fit preuve d’un détermination sans faille pour faire « réussir » cette métamorphose. Aussi, lorsque, quatre mois à peine après ce fameux « Vendredi saint » , un groupe dissident de l’IRA opposé au processus de paix fit exploser une bombe tuant 29 personnes, il se montra d’une fermeté implacable dans la condamnation de ce crime. Gerry Adams est aujourd’hui reconnu comme un homme de paix.
CONTRE LA GUERRE : STOP ERDOGAN !
La première chose à rappeler à propos de l’offensive militaire turque contre la région de Syrie tenue par les Kurdes, c’est qu’il s’agit d’une « violation flagrante des principes du droit international » et d’un « acte d’agression pour lequel Erdogan et d’autres fonctionnaires de l’Etat (turc) devraient être tenus pénalement responsables » (1)
Circonstance aggravante: elle n’est pas le résultat d’une crise conjoncturelle, mais s’inscrit dans un projet stratégique affirmé du Président turc : empêcher à tout prix, dans cette région kurde du nord de la Syrie, la jonction de l’enclave d’Afrin (500 000 civils dont un grand nombre de réfugiés d’autres régions syriennes) avec les deux autres districts peuplés majoritairement de Kurdes, Kobané et Qamishli. L’émergence d’une entité autonome gérée par les Kurdes du Parti PYD, proche du PKK , à proximité de la Turquie, est le cauchemar d’Erdogan.
Ces combattants -que les Etats-Unis eux-mêmes considèrent être le meilleur rempart contre les « djihadistes » de Daesh, au point de vouloir les intégrer dans une force de 30 000 hommes chargés d’empêcher le retour de « l’Etat islamique »-, le dictateur d’Ankara n’y voit qu’une « armée de terroristes » qu’il s’est juré de « tuer dans l’œuf ».
En outre, tout opposant à cette guerre en Turquie-même subira le même sort : « Nous écraserons quiconque se dressera contre nous dans cette lutte nationale » avait prévenu Erdogan ! De fait, nombre de « traitres à la patrie » sont arrêtés, tandis que des « recommandations » sont transmises à la presse pour qu’elle livre à l’opinion un « journalisme patriotique »…Un vent de folie ultra-nationaliste et militariste souffle sur tout le pays.
Mais le maître d’Ankara ne limite pas ses menaces à ses compatriotes : « Si la France ou un autre pays porte l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la Turquie considèrera qu’elle prend parti pour une organisation terroriste et agira en conséquence », a-t-il froidement asséné à l’adresse de la communauté internationale, pourtant, à ce jour, fort mesurée dans ses critiques.
Ajoutons que cette aventure sanglante , non seulement perturbe la poursuite des combats anti-Daesh en Syrie -les Kurdes défendant désormais prioritairement leur propre territoire contre l’armée turque et ses supplétifs-, mais risque de compromettre les tentatives de négociations (dites d’Astana) en vue d’une transition politique entre Damas, les rebelles et les puissances engagées dans la tragédie syrienne. « Des zones de désescalade redeviennent des zones de conflits. Donc, naturellement, cela pose un problème au processus d’Astana » affirme le Général Trinquand, ancien chef de mission militaire de la délégation française à l’ONU.
Un dernier rappel s’impose: la France et l’Allemagne comptent parmi les pourvoyeurs d’armes du sinistre promoteur de l’opération « rameau d’olivier » ! Comme l’a souligné , non sans courage, un quotidien turc : pour les Occidentaux, « Les armes et l’argent sont prioritaires. Si l’on rappelle des principes politiques du bout des lèvres, c’est uniquement pour sauver les apparences ». (2) Assez d’hypocrisie ! Stop Erdogan !
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(1) Déclaration de l’Association internationale des juristes démocrates.
(2) Hürriyet Daily News 8/1/2018




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