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A QUOI SERVENT NOS PARLEMENTAIRES EUROPÉENS ?

Cela se joua à 24 voix seulement, sur 704 votants ! 24 voix qui ont permis aux dirigeants européens d’ouvrir la voie à la libéralisation intégrale des chemins de fer dans l’Union européenne ! Revenons un instant sur ce vote très éclairant du Parlement européen , le 14 décembre 2016. Les députés étaient appelés à adopter la directive organisant l’ouverture à la concurrence du « marché des services nationaux de transport de voyageurs par chemin de fer ». Une fois n’est pas coutume : face à l’intégrisme libéral de la Commission en matière de transports, notre groupe de la « gauche unitaire européenne » (GUE) avait, cette fois, de nombreux alliés , tant socialistes que verts, unis sur un amendement de rejet pur et simple de la directive. Or, peu s’en fallut que nous arrachions ensemble ce succès d’envergure : 330 députés se prononcèrent pour le rejet ; 354 contre ; 20 s’abstenant ! Une poignée de voix de plus, et la directive était bloquée ! Comme c’est sur ce texte européen que le gouvernement Macron-Philippe se fonde aujourd’hui pour justifier son entreprise de casse du service public de la SNCF, cela vaut la peine d’y revenir. (1)

Cette directive n’était pas la première à s’attaquer au service public des transports. L’acharnement de l’exécutif bruxellois sur ce dossier durait déjà depuis 15 ans. Étape par étape, on avait libéralisé le fret, puis le transport international de voyageurs, avant de s’attaquer au noyau dur du secteur : les transports intérieurs, des trains régionaux aux TGV. Et tout cela, sans jamais accepter de procéder à une évaluation des conséquences d’une « réforme » avant de lancer la suivante. Quand se manifestaient des pressions suffisamment fortes contre cette fuite en avant libérale, les commissaires successifs lâchaient un peu de lest, avant de reprendre l’initiative quand les rapports de force leur redevenaient plus favorables. Trop souvent, ces reculs partiels ou ces manœuvres dilatoires suffisaient à la Commission pour obtenir le soutien du groupe socialiste.

Quels enseignements tirer de cette expérience ? Le premier est que l’ idée reçue : « Le Parlement européen n’a aucun pouvoir ! » est fausse. Certes, l’ assemblée de Strasbourg a des prérogatives limitées , voire nulles, dans certains domaines, comme la politique étrangère et de défense, ou encore la fiscalité , qui sont considérés comme des « domaines réservés » des Etats membres. Plus généralement, un quarteron d’Etats puissants -et tout particulièrement l’Allemagne, en tant que « principale créancière de l’Europe »- s’est arrogé de plus en plus de pouvoir depuis la crise financière de 2008-2010. Il demeure qu’en ce qui concerne l’adoption des lois européennes ( les fameuses « directives » telles que celle dont il est question ici ) , rien ne peut être décidé contre la volonté de la majorité des parlementaires européens. Pour entrer en vigueur, ces directives doivent, en effet, être adoptées à la fois -et dans les mêmes termes- par le Conseil (les représentants des gouvernements de l’UE) et…une majorité de députés européens ! Une autre leçon à retenir est que le combat pour changer la politique européenne ne peut se résumer à un « coup » de temps en temps, mais doit se mener dans la durée et en relation permanente avec les citoyens , les syndicats, les associations, les élus nationaux et locaux. Enfin, cette expérience est à méditer d’ici aux prochaines élections européennes tant du point de vue de l’intérêt à aller voter que de celui de choisir sa liste en pleine connaissance de cause.

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(1) Voir blog de Patrick Le Hyarick, 14/12/2016

1 mars 2018 at 10:11 Laisser un commentaire

NOTRE AMI GERRY ADAMS : HOMME DE PAIX; ARTISAN DE L’UNIFICATION DE L’IRLANDE; FIGURE DE LA GAUCHE EUROPEENNE

Il y a peu de dirigeants politiques en Europe qui peuvent se targuer d’avoir autant marqué l’histoire contemporaine de leur pays que Gerry Adams , le Président du parti de gauche irlandais Sinn Fein depuis 35 ans. Il était donc logique de s’arrêter sur son parcours exceptionnel alors qu’il s’apprête à passer le relai, le 10 février prochain. Ce jour-là, le congrès de la formation républicaine élira une nouvelle dirigeante. Le choix annoncé sera en soi un symbole du rayonnement que Gerry Adams aura grandement contribué à assurer à son parti. Il devrait, en effet, se porter sur l’ actuelle Vice-présidente du parti , une femme de 48 ans, originaire, non plus d’Irlande du Nord, comme l’étaient traditionnellement la plupart des responsables de Sinn Fein, mais de la République d’Irlande elle-même. La promotion de Mary-Lou McDonald, hier déjà première parlementaire européenne de son parti ( en 2004 ), aujourd’hui ( depuis 2011 ) députée au Parlement de Dublin, illustrera ainsi à elle seule l’une des réussites les plus importantes de l’action de Gerry Adams : faire de Sinn Fein un acteur politique de premier plan dans toute l’Irlande et crédibiliser , par là même, toujours plus, l’objectif stratégique central de son parti, qui est la réunification du pays .

Un petit rappel historique s’impose à ce propos : lors de la création du nouvel Etat libre d’Irlande, en 1922, les « Unionistes », descendants des colons anglais et écossais, majoritaires dans la région du nord du pays, avaient décidé de rattacher « leur » province à la Grande-Bretagne. Depuis lors, Londres considère cette partie de l’Irlande comme l’une des quatre « nations » constitutives du Royaume-Uni. Dès lors, les  républicains d’Irlande du nord, favorables au retour de la province dans la nation irlandaise, engagèrent le combat que l’on sait  -y compris, par la voie militaire avec l’IRA , opposée à la « Royal Ulster Constabulary »- contre les forces d’occupation. Sinn Fein fut longtemps présenté comme la « vitrine politique » de l’IRA, et Gerry Adams comme un membre clandestin de l’IRA, ce que l’intéressé a toujours démenti.

C’est, au contraire, dans son action inlassable pour que soit définitivement tournée la page de la lutte armée au profit de la seule lutte politique que Gerry Adams a acquis sa stature de leader incontournable , tant en Irlande-même que , progressivement, vis-à-vis des dirigeants britanniques successifs. Et les succès enregistrés sur cette voie sont spectaculaires. L’étape-clé de ce défi historique fut, on le sait, le fameux « Accord du Vendredi saint » du 10 avril 1998, par lequel « unionistes » et « républicains » d’Irlande du nord ouvrirent la voie à une co-gestion de la province dans des institutions spécifiques ( Conseil des ministres et Assemblée propres à l’Irlande du nord) et à la création d’instances de coopération entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord. En outre, Londres et Dublin s’engagèrent à reconnaître la double citoyenneté -irlandaise et britannique- aux habitants de l’Irlande du nord. Cet accord fut massivement approuvé tant par les citoyens de l’Irlande du nord que par ceux de la République d’Irlande. Encore fallait-il s’assurer, côté républicain, du respect durable de la décision arrachée deux ans auparavant à l’IRA de renoncer à la lutte armée, et, dans le même temps, arriver à gérer tant bien que mal la cohabitation plus qu’atypique avec les chefs unionistes , souvent ultras et anciens ennemis jurés . Or, si cette expérience ne fut évidemment pas exempte de crises (comme c’est le cas en ce moment-même) , elle aura permis d’instaurer la paix dans la province et de déplacer le conflit sur le seul terrain acceptable en démocratie : celui de la politique. « Nous allons modifier le paysage politique du tout au tout -déclara Gerry Adams- Nous allons réussir ». Depuis lors, en effet, lui qui avait subi  la sinistre prison de Long Kesh -sans jugement- ; qui fut victime de deux attentats qui ont failli lui coûter la vie; lui dont même la voix fut bannie de la radio britannique par Margaret Thatcher, fit preuve d’un détermination sans faille pour faire « réussir » cette métamorphose. Aussi, lorsque, quatre mois à peine après ce fameux « Vendredi saint » , un groupe dissident de l’IRA opposé au processus de paix fit exploser une bombe tuant 29 personnes, il se montra d’une fermeté implacable dans la condamnation de ce crime. Gerry Adams est aujourd’hui reconnu comme un homme de paix.

Ces vingt années furent naturellement semées d’embuches. Plus d’une fois, en Irlande du Nord, de vieux démons de l’ex-IRA surgirent à nouveau, aussitôt exploités par les irréductibles adversaires de Sinn Fein. Mais jamais Gerry Adams n’a renoncé devant l’obstacle : « Nous avons perdu l’initiative ; il faut vite la reprendre ! » m’avait-il expliqué un jour, avec sa calme assurance. En République d’Irlande, les coups reçus ne sont pas moindres . C’est que, sous la conduite de son emblématique leader, Sinn Fein est devenu un authentique parti de gauche, proche du peuple et investi dans toutes les grandes questions sociales : « Ce qui inquiète les partis traditionnels, c’est que Sinn Fein a réussi à capter l’électorat ouvrier et populaire au détriment des partis centristes , ce qui introduit une logique de classe dans la politique irlandaise » notait fort justement,  à la veille des dernières élections générales dans la République d’Irlande, il y a tout juste deux ans, un éminent universitaire de Dublin (1). De fait, Sinn Fein est aujourd’hui un acteur majeur de la gauche irlandaise et européenne . « Il y a 20 ans, nous n’avions qu’un député. Aujourd’hui,  nous en avons 23 en Irlande et 27 en Irlande du nord » rappelait Gerry Adams en annonçant son prochain départ. De fait, Sinn Fein, seul parti présent dans les deux parties du pays, est la deuxième force politique en Irlande du nord et la troisième en République d’Irlande. Ses parlementaires européens siègent au groupe de la gauche unitaire européenne (GUE). « L’idéologie du républicanisme irlandais trouve ses racines dans la Révolution française : liberté, égalité, fraternité ! » déclarait Declan Kearney, un élu de l’Assemblée d’Irlande du nord , lors d’une récente rencontre avec Pierre Laurent au siège du parti communiste français.
Le « Brexit » constitue le dernier défi majeur auquel se sera attelé le président de Sinn Fein : plutôt que de le subir (puisque la future frontière extérieure de l’UE risque en principe de couper l’Irlande en deux !), il a, là encore, choisi l’offensive en soulignant que la réunification des deux Irlandes était la vraie solution au problème. « Le Sinn Fein fera campagne pour la tenue d’un référendum et pour la victoire dans les cinq prochaines années ! »
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(1) Aidan Regan,  professeur à l’University Collège of Dublin (« La Tribune » 22/2/2016)

11 février 2018 at 8:55 Laisser un commentaire

CONTRE LA GUERRE : STOP ERDOGAN !

La première chose à rappeler à propos de l’offensive militaire turque contre la région de Syrie tenue par les Kurdes, c’est qu’il s’agit d’une « violation flagrante des principes du droit international » et d’un « acte d’agression pour lequel Erdogan et d’autres fonctionnaires de l’Etat (turc) devraient être tenus pénalement responsables » (1)

Circonstance aggravante: elle n’est pas le résultat d’une crise conjoncturelle, mais s’inscrit dans un projet stratégique affirmé du Président turc : empêcher à tout prix, dans cette région kurde du nord de la Syrie, la jonction de l’enclave d’Afrin (500 000 civils dont un grand nombre de réfugiés d’autres régions syriennes) avec les deux autres districts peuplés majoritairement de Kurdes, Kobané et Qamishli. L’émergence d’une entité autonome gérée par les Kurdes du Parti PYD, proche du PKK , à proximité de la Turquie, est le cauchemar d’Erdogan.

Ces combattants -que les Etats-Unis eux-mêmes considèrent être le meilleur rempart contre les « djihadistes » de Daesh, au point de vouloir les intégrer dans une force de 30 000 hommes chargés d’empêcher le retour de « l’Etat islamique »-, le dictateur d’Ankara n’y voit qu’une « armée de terroristes » qu’il s’est juré de « tuer dans l’œuf ».

En outre, tout opposant à cette guerre en Turquie-même subira le même sort : « Nous écraserons quiconque se dressera contre nous dans cette lutte nationale » avait prévenu Erdogan ! De fait, nombre de « traitres à la patrie » sont arrêtés, tandis que des « recommandations » sont transmises à la presse pour qu’elle livre à l’opinion un « journalisme patriotique »…Un vent de folie ultra-nationaliste et militariste souffle sur tout le pays.

Mais le maître d’Ankara ne limite pas ses menaces à ses compatriotes : « Si la France ou un autre pays porte l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la Turquie considèrera qu’elle prend parti pour une organisation terroriste et agira en conséquence », a-t-il froidement asséné à l’adresse de la communauté internationale, pourtant, à ce jour, fort mesurée dans ses critiques.

Ajoutons que cette aventure sanglante , non seulement perturbe la poursuite des combats anti-Daesh en Syrie -les Kurdes défendant désormais prioritairement leur propre territoire contre l’armée turque et ses supplétifs-, mais risque de compromettre les tentatives de négociations (dites d’Astana) en vue d’une transition politique entre Damas, les rebelles et les puissances engagées dans la tragédie syrienne. « Des zones de désescalade redeviennent des zones de conflits. Donc, naturellement, cela pose un problème au processus d’Astana » affirme le Général Trinquand, ancien chef de mission militaire de la délégation française à l’ONU.

Un dernier rappel s’impose: la France et l’Allemagne comptent parmi les pourvoyeurs d’armes du sinistre promoteur de l’opération « rameau d’olivier » ! Comme l’a souligné , non sans courage, un quotidien turc : pour les Occidentaux, « Les armes et l’argent sont prioritaires. Si l’on rappelle des principes politiques du bout des lèvres, c’est uniquement pour sauver les apparences ». (2) Assez d’hypocrisie ! Stop Erdogan !

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(1) Déclaration de l’Association internationale des juristes démocrates.
(2) Hürriyet Daily News 8/1/2018

2 février 2018 at 1:25 Laisser un commentaire

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