Posts filed under ‘Francis Wurtz’

« SAUVER L’EUROPE !  » : REPONSE A HUBERT VEDRINE.

wurtz-l-humanite-dimanche« Amis, redescendez sur terre. Le moment est venu de penser tout à fait autrement pour sauver l’idée européenne ». Venant d’un ancien ministre des Affaires Etrangères dans le gouvernement Jospin, qui demeure aujourd’hui encore une voix écoutée sur les enjeux tant européens que mondiaux, cette interpellation très pertinente mérite attention ! Elle est tirée du dernier livre d’Hubert Védrine, intitulé « Sauver l’Europe ! » (1) Et, pourquoi ne pas le dire franchement : malgré mon net désaccord sur la vision d’ensemble de la construction européenne qui y est défendue, je considère qu’il s’agit d’un ouvrage qui stimule utilement le débat. L’auteur rompt, en effet, avec la langue de bois ambiante des « milieux autorisés » de Bruxelles aussi bien que des sphères gouvernementales à Paris. Védrine appelle un chat un chat et n’hésite pas à briser des tabous. Non seulement, il parle de « crise existentielle » de l’actuelle UE -le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, en convient désormais lui aussi- , mais il situe lucidement les origines du « décrochage de plus en plus manifeste » des Européens bien avant le « Brexit ». Il pointe, comme nous-même le faisons depuis longtemps, le vice de fabrication essentiel de la construction européenne : elle s’est faite sans les peuples. Et de citer, comme illustration du « mépris agressif envers les votes populaires », le cas du sort réservé au référendum français de 2005, qualifié à juste titre de « véritable insurrection électorale » : le TCE rejeté par la porte était revenu par la fenêtre sous la forme du traité de Lisbonne.

Autres formes d’arrogance insupportable de la classe dirigeante européenne légitimement fustigée dans ce livre : la confusion délibérément entretenue entre « vrais anti-européens » et partisans d’un projet européen alternatif à l’actuel, ou encore la propension des mêmes à « jeter la suspicion sur tout désir bien naturel de conserver une certaine souveraineté sur son destin et son identité dans la mondialisation, à balayer avec mépris toute critique ». D’autres idées émises dans le livre sont également frappées au coin du bon sens, comme le constat selon lequel le projet -cher, notamment, à François Hollande- « d’intégrer plus encore la zone euro » ( en la dotant d’un ministre des finances, d’un budget propre, d’un Trésor ) ne rendrait en rien plus légitimes aux yeux des peuples des « réformes » dont ils ont abondamment montré qu’ils n’en voulaient pas ! Nous ne bouderons pas non plus notre intérêt pour les passages suggérant à l’UE de « recouvrer, sans agressivité, une autonomie de pensée par rapport aux Etats-Unis » et de « reconstruire la relation Europe-Russie ».

On s’en doute : tout l’ouvrage en question ne suscite pas les mêmes éloges de notre part ! Ainsi, la fuite en avant néolibérale, la mise en concurrence des travailleurs, une utilisation de l’euro qui tourne le dos aux besoins de solidarités des peuples face aux marchés financiers, et le fiasco social qui en résulte sont à peine effleurés , voire carrément escamotés dans le bilan de l’UE que dresse l’auteur ! Pire : les « réformes » Schroeder sont citées en exemple ! Nous ne nous retrouvons pas davantage dans son souhait ambigu de voir « reprise en main (…) la question des flux de réfugiés et de migrants ». Enfin, sa conception de la « refondation » de cette « Union en état d’hébétude » n’est guère convaincante : Védrine suggère de décréter une « pause qui serait brève » pour réfléchir, suivie d’une « conférence refondatrice » entre « Etats volontaires ». Les citoyens ne seraient conviés qu’à avaliser ou à rejeter le compromis qui sortirait de ce conclave au sommet. De vraies contradictions, propices à un vrai débat…

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(1) Editions Liana Lévi (2016)

15 décembre 2016 at 11:50 1 commentaire

HONTEUSE INERTIE DE L’UE FACE AU COUP DE FORCE D’ERDOGAN !

wurtz-l-humanite-dimancheDepuis le calamiteux accord de mars dernier entre Angela Merkel et Recep Tayyp Erdogan, les dirigeants européens sont plus paralysés que jamais face aux dérives dictatoriales, nationalistes et criminelles du maître d’Ankara. Faute de se montrer capables d’accueillir sur leur vaste territoire une ( petite ) partie des réfugiés fuyant la guerre et la misère  ( rappelons qu’un million de demandeurs d’asile représente…0,2% de la population de l’Union européenne ! ), les Etats de l’UE sont  tétanisés par la peur de voir le maître-chanteur du Bosphore relacher ces « intrus » à la moindre incartade de leur part à son égard. Dès lors, le tyran mégalomane a beau s’employer à liquider méthodiquement les fondements de la démocratie en Turquie : ils adoptent un honteux « profil bas », se contentant jusqu’ici de se déclarer « extrêmement inquiète » ( Moghérini, en charge des affaires étrangères pour les 28″ ) ; « alarmée » ( Merkel ) ; ou « vivement préoccupé » ( Ayrault ) , sans autre initiative commune voire internationale à la hauteur du coup de force en cours.

Avant même la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, ce potentat néo-ottoman avait pourtant déjà ordonné les massacres de civils kurdes à Cizre et organisé de véritables pogroms contre ce peuple martyr : silence assourdissant en Occident ! Et ce malgré les preuves accablantes de ce forfait, fournies par des ONG, publiées et même déposées au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ! L’honneur fut sauvé par les manifestations de solidarité des forces progressistes dans toute l’Europe et par des parlementaires allemands ( de Die Linke ) qui ont déposé plainte pour crimes de guerre devant le parquet fédéral de leur pays.

Un mois après le putsch raté, la même complaisance coupable s’est manifestée en Europe lorsqu’Erdogan entreprit de « nettoyer » -comme il le déclara- le nord de la Syrie des forces kurdes du PYD , dont la courageuse et efficace offensive contre Daech contrecarrait sa volonté d’empêcher à tout prix l’émergence d’une entité kurde à la frontière de la Turquie. Depuis l’été , l’inertie des gouvernements européens s’est poursuivie tandis que le putsch raté fournissait à l’aspirant-sultan un prétexte en or pour engager l’éradication de toute opposition en Turquie même, et singulièrement de celle qui fait obstacle à la réalisation de son obsession hégémoniste : conquérir une majorité suffisante au parlement pour changer la Constitution et instituer un régime ultra-présidentiel lui conférant les pleins-pouvoirs. Cette suprématie, le parti HDP et son remarquable leader Selahattin Demirtas l’ont empêché de la conquérir par les urnes en 2015, en le privant pour la toute première fois de majorité absolue et en faisant, à l’inverse, émerger une nouvelle et prometteuse force progressiste. Ce qu’il n’a pu conquérir par les élections, Erdogan se l’est accordé par la force en instaurant l’état d’urgence. On connaît la suite : arrestations massives d’élus notamment du HDP, de journalistes, de syndicalistes, d’intellectuels, de magistrats; purge systématique des opposants dans l’administration ; réécriture réactionnaire de l’Histoire; annonce du rétablissement de la peine de mort…Et , comme un point d’orgue, incarcération de la figure emblématique du renouveau démocratique : Selahattin Demirtas ! La Turquie bascule vers une dictature obscurantiste où tout devient possible. L’heure n’est plus à l’expression de son « inquiétude » mais à l’action politique pour sauver la démocratie.

10 novembre 2016 at 8:04 Laisser un commentaire

CETA : MERCI ( QUAND MÊME ) A NOS AMIS WALLONS !

Wurtz-L-humanité-dimancheAinsi, le traité UE-Canada (CETA) a-t-il finalement été signé par les 28 Etats membres -y compris, donc, la Belgique après l’accord arraché aux autorités de la région wallonne par le gouvernement fédéral de ce pays. Nous regrettons tous ce revirement, fruit des pressions inouïes exercées sur les récalcitrants . Faut-il, pour autant, après avoir dit « Bravo aux courageux députés » wallons, fustiger le lendemain ces mêmes « socio-démocrates qui, quoiqu’ils vous disent, finissent toujours par céder » -comme on l’a entendu dire ici ou là, à gauche ? Je ne le pense pas.

Tout d’abord, la messe est loin d’être dite. Après la signature des Etats va venir le temps de la ratification des parlements : européen, nationaux, et même régionaux dans les pays à structure fédérale comme la Belgique. Or, les députés du parlement de Wallonie ont conditionné leur future vote en faveur du traité à l’obtention de changements, au premier rang desquels figure le fameux « système de règlement des différends » entre les multinationales et les Etats (tribunaux d’arbitrage) -question centrale s’il en est. Voilà un sacré caillou dans la chaussure pour les  dirigeants européens -à commencer par le gouvernement et la majorité des parlementaires français !

Ensuite, j’estime que les Wallons -les citoyens en grand nombre, les forces de gauche les plus avancées, et, grâce à eux, la majorité socialiste de la région- ont, en tout état de cause, rendu un immense service à tous ceux qui, dans l’UE, cherchent à sensibiliser les gens aux dangers que recèle ce traité CETA. En France, comme ailleurs, tout avait été fait pour faire passer « en douceur » ce cheval de Troie du TAFTA, le traité UE-USA, dont les négociations doivent reprendre après l’installation de la future administration américaine. En focalisant toute l’attention sur le TAFTA pendant cette pause, on espérait en haut lieu faire avaliser l’autre « traité commercial de nouvelle génération » dans l’indifférence générale. Grâce à nos amis wallons, c’est raté ! De plus, le fait que les critiques du CETA aient été exprimées, cette fois-ci,  par des élus connus non pour leur opposition à l’Union européenne mais pour leur attachement traditionnel à celle-ci n’a fait qu’élargir l’espace de la contestation de la dérive libérale et autoritaire de l’UE. C’est essentiel !

Enfin, l’extrême brutalité des réactions de toute la classe dirigeante de l’UE à l’exercice, par les représentants des citoyens de Wallonie, de leurs droits constitutionnels est, aux yeux d’innombrables Européens, une nouvelle leçon de choses sur les ruptures à opérer pour avancer dans le sens d’une démocratisation de la construction européenne. Ainsi du mépris hautain à l’égard de cette quantité négligeable de « 3,6 millions » d’habitants qui osent défier le demi-milliard d’Européens ! Quand on sait qu’un pays membre sur quatre est moins peuplé que la Wallonie, on a une idée de l’égalité entre les nations au sein de cette « Union » ! Curieusement, personne ne s’était ému lorsque -fort légitimement d’ailleurs- , le 13 octobre dernier, la Cour constitutionnelle allemande a exigé la garantie que Berlin pourra à l’avenir quitter l’accord sur le CETA si elle le demandait : selon que vous serez puissant ou misérable…Pas étonnant qu’ « En 10 ans, la confiance dans la capacité de l’UE à traiter les problèmes a diminué de moitié » (1). Aussi, plutôt que de jeter la pierre aux Wallons, attachons-nous à faire converger, dans le respect de nos différences, les aspirations à une « Europe » nouvelle.

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(1) Pascal Lamy lui-même (Ex-commissaire européen et ex-Directeur général de l’OMC). « L’Express-L’Expansion » 27/10/2016

3 novembre 2016 at 10:26 Laisser un commentaire

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