Posts filed under ‘Francis Wurtz’
« LE MONDE », « LES GAUCHES » ET LA GUERRE EN UKRAINE
Par antiaméricanisme, antimilitarisme ou détestation de l’OTAN, dans plusieurs pays, des courants situés à gauche de la tradition sociale-démocrate sont hostiles ou réticents à aider militairement Kiev » : c’est par cette enfilade de vocables délibérément négatifs que le journal « Le Monde » (2-3 avril 2023) a résumé les positions de partis de gauche -pour l’essentiel membres du groupe « The Left« (anciennement « Gauche unitaire européennne ») au Parlement européen- sur la guerre russo-ukrainienne, avant de les détailler dans un long article qui mérite quelques observations.
Soulignons tout d’abord le choix des auteurs de cette enquête de prendre insidieusement pour référence, à gauche, un courant présumé favorable à « la montée en puissance de l’OTAN », au « compagnonnage (sic) avec les Etats-Unis », à l’augmentation massive des dépenses militaires ou à l’envoi de chars en Ukraine, et, à tout le moins, sceptique et réservé sur le plan de paix de la Chine. Toute autre tradition de gauche est, dès lors, ramenée à une « mouvance politique » hors norme, dont le « credo » est un anti-impérialisme « inspiré du marxisme »; un antiaméricanisme « hérité de la guerre froide »et un antimilitarisme « viscéral ».
Parmi ces dissidents de la gauche de référence, sont citées d’authentiques formations progressistes, comme Podemos et la Gauche unie en Espagne; Syrisa en Grèce; Die Linke en Allemagne; le Parti du travail de Belgique; l’alliance Sinistra-Verdi en Italie; la LFI en France…mais aussi le « Mouvement 5 étoiles » italien (fondé jadis par Bepe Grillo), qui est à la gauche ce que le théâtre de boulevard est à la tragédie grecque !
Mais, foin de polémique ! Les valeurs de gauche appliquées à la situation actuelle appellent à mon sens une condamnation radicale de l’agression criminelle de la Russie de Poutine contre l’Ukraine et l’exigence du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La question est : quelle voie préconiser pour avancer dans les moins mauvaises conditions vers cet objectif ? Est-ce « de gauche » d’apporter son soutien à un affrontement militaire de fait entre l’OTAN et la Russie, au coût humain incommensurable et au prix d’une militarisation à outrance de tout l’Occident et d’un alignement complet sur la stratégie dominatrice de Washington ? Et surtout au nom d’une hypothétique « victoire » à la Pyrrhus de l’Ukraine face à une imprévisible puissance nucléaire en crise ? Je le pense d’autant moins qu’existent -de la part de la Chine, du Brésil de Lula et d’autres pays à même d’influer sur les deux protagonistes du conflit- des chances non explorées à ce jour d’ envisager un règlement politique global de ce conflit mondialisé. Un règlement « global » signifiant d’apporter, parallèlement aux garanties de souveraineté dues au peuple ukrainien, des garanties de sécurité à tous les peuples de la région -y compris le peuple russe, une donnée que les dirigeants occidentaux ont négligée depuis la chute de l’Union soviétique, malgré les mises en garde répétées d’anciens hauts responsables américains eux-mêmes. Avec Jaurès, travaillons à une « paix durable entre les nations, la paix definitive ».
NETANYAHOU : L’IMPUNITÉ ALIMENTE L’ESCALADE
Chaque année, le 30 mars, les Palestiniens commémorent la « Journée de la Terre ». Cette journée de lutte fait référence à une puissante grève des Palestiniens d’Israël qui eut lieu ce même jour en 1976 pour protester contre la confiscation de 2500 hectares de terre en Galilée par le gouvernement de l’époque. L’armée réprima dans le sang cet acte de résistance avec une violence inouïe : c’est cette tragédie, et la cause à laquelle elle est intimement liée -la défense de leur terre au sens le plus large- , qui réunissent en cette journée l’ensemble des Palestiniens.
C’est la proximité de ce moment emblématique -et du début du ramadan…- qu’a choisie la coalition d’extrême-droite au pouvoir en Israël pour voter, à la Knesset, le 21 mars dernier, l’annulation de la loi ordonnant en 2005 l’évacuation de quatre colonies de Cisjordanie. Cette décision est ouvertement provocatrice. Il s’agit, en effet, de revenir 18 ans en arrière, quand le pourtant très réactionnaire chef du gouvernement d’alors, Ariel Sharon, partisan du « Grand Israël », s’était senti contraint de faire un geste vis-à-vis de ses parrains occidentaux , dans un contexte de fortes pressions internationales contre la prolifération des colonies dites « sauvages », car établies sans autorisation préalable des autorités .
Parmi les rares ministres qui s’étaient alors opposés à Sharon figurait un certain Benjamin Netanyahou. Celui-ci entend signifier aujourd’hui qu’il se sent assez fort pour casser la timide concession de son lointain prédécesseur. Les colons évacués en 2005 pourront donc se réinstaller sur des terres privées palestiniennes. Parmi eux figure une députée proche du ministre suprémaciste Ben Gvir, en charge de…la Sécurité nationale et de la Cisjordanie ! Le ministre des finances, l’ultra-orthodoxe Smotrich, s’était, quant à lui, illustré deux jours plus tôt dans une « cérémonie » aux allures de meeting d’extrême-droite, à Paris, par son abjecte sortie raciste sur le thème : « Il n’y a pas de Palestiniens. Ils n’ont ni histoire, ni culture ». Pour avoir prouvé le contraire, près d’une centaine d’entre eux sont morts depuis le début de l’année…
L’impunité alimente l’escalade : Netanyahou -ce personnage massivement contesté dans la rue par la population israélienne, fut salué dès son investiture comme son « ami depuis des décennies » par Joe Biden , avant d’être reçu en grande pompe par Emmanuel Macron, une semaine après le funeste assaut de l’armée israélienne sur le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, en Cisjordanie, qui avait fait onze victimes.
Même le putsch judiciaire que tente Netanyahou en soumettant la Cour suprême -seul contrepoids institutionnel du pays- à sa majorité parlementaire ne suffit pas aux dirigeants occidentaux pour se décider enfin à réagir au danger : celui d’une immunité totale pour Netanyahou et d’une voie libre aux pires ambitions de sa coalition raciste et ultra-nationaliste en matière d’occupation, de colonisation et d’annexion. La France est, paraît-il, « extrêmement préoccupée » par la situation en Israël, exactement -au mot près- comme les Etats-Unis…Aveugles ou complices, jusqu’où ?
20 ANS APRÈS, L’AMER SOUVENIR DE LA GUERRE D’IRAK
Quiconque s’interroge encore sur les raisons du profond scepticisme, sinon de la défiance, qui traverse nombre de sociétés à travers le monde à l’égard des Etats-Unis et de leurs alliés, gagnerait à se rappeler les traits essentiels de l’une des aventures les plus désastreuses dans lesquelles ceux-ci se soient lancés : la guerre d’Irak il y a tout juste 20 ans. Pour aller vite, on peut en retenir cinq caractéristiques majeures : les contrevérités ; l’illégalité ; les complicités ; l’irresponsabilité et finalement l’impunité .
Les contrevérités au sujet des buts de guerre de Washington restent dans toutes les mémoires. Des instituts indépendants ont recensé 935 mensonges de toute l’équipe dirigeante des Etats-Unis !
L’illégalité de cette guerre au regard de la Charte des Nations-unies fut officiellement confirmée par le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Aucun résolution ne fut soumise au Conseil de sécurité, la France ayant menacé d’user de son droit de veto.
Les complicités avec les agresseurs furent, néanmoins , nombreuses. Le 30 janvier 2003, les dirigeants de huit pays européens -Grande-Bretagne, Danemark, Pologne, Hongrie, République tchèque, Italie, Espagne et Portugal- appellent à l’unité derrière les Etats-Unis, au nom de nos « valeurs communes ». Le 5 février, c’est autour de l’Albanie, de la Bulgarie, de la Croatie, des 3 pays baltes, de la Macédoine, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Slovénie (dits « Groupe de Vilnius ») de faire allégeance aux Etats-Unis. Le 16 mars, un Sommet réunit aux Açores, autour de George. W. Bush, l’Anglais Tony Blair, l’Espagnol Aznar et le Portugais Barroso pour annoncer leur engagement dans la guerre contre l’Irak.
L’irresponsabilité de cette invasion se mesure d’abord au nombre de victimes qu’elle aura provoquées : 655 000 morts selon la revue médicale « The Lancet » (2006) et même plus d’un million selon l’Institut britannique « IIACSS » (2007), en sachant que le conflit fit encore de nombreuses victimes les années suivantes. On se rappelle les exactions tant de l’armée américaine (Abou Graïb …) que des 160 000 mercenaires de Blackwater. S’y ajoutent l’exil de 2,5 millions d’Irakiens (chiffre de 2006), l’enlèvement de 10 000 femmes victimes de la traite (selon le « Minoritory Rights Group ») et, pour toute la population, l’enfer généré par l’implantation progressive d’Al-Qaeda puis de Daech, les violences endémiques, les luttes d’influence, l’instabilité, la corruption , la pauvreté.
Enfin, l’impunité est, en l’occurrence, un mot faible. Non seulement, aucun des fauteurs de guerre ne fut inquiété, mais beaucoup d’entre eux furent récompensés : le très dévoué Premier ministre danois, Fogh Rasmussen, qui se qualifia lui-même de « faucon », devint Secrétaire général de l’OTAN; le Premier ministre portugais, Barroso, initiateur du Sommet des Açores, fut nommé Président de la Commission européenne; le fidèle entre les fidèles Tony Blair obtint le titre d’envoyé spécial au Moyen Orient où il fit de juteuses affaires. Quant à Joe Biden, alors Président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat et « fervent partisan de l’invasion américaine de l’Irak » (Jean-Pierre Filiu), il poursuivit une brillante carrière…




Commentaires récents