Posts filed under ‘Francis Wurtz’
BORIS JOHNSON : RETOUR SUR LA CHUTE D’UN POPULISTE
Boris Johnson n’aura mis que deux ans et demi à passer d’une « victoire triomphale » -qu’il avait modestement qualifiée de « tremblement de terre » politique- à une chute humiliante précédée par la démission sans précédent de …60 membres de son gouvernement, manifestement effrayés de voir leur parti dévisser dans les sondages, son booster d’hier étant devenu son boulet ! L’élégance du commentaire attribué à l’un des ex-Ministres à propos de cette débandade -« Pour la première fois de l’histoire, c’est le navire qui quitte le rat »- permet de prendre la mesure de la profondeur de la crise parmi les Tories, qui fustigent volontiers aujourd’hui des pratiques populistes portées aux nues tant qu’elles permettaient de berner des millions de citoyennes et des citoyens britanniques.
A l’origine du système-Johnson, il y eut une inextinguible soif de pouvoir et de domination, avec, pour corolaire, une détermination sans scrupule à se servir du peuple pour y parvenir. Se donner une image « populaire », tranchant avec celle des élites politiques traditionnelles, fut, dès lors, une posture obligée. L’excentricité affichée par « Boris, le bouffon » -bourgeois formé à l’Université d’Oxford, l’ENA anglaise- en dit long, à cet égard, sur le mépris de classe dans lequel il tenait les travailleurs dont il briguait le suffrage. Le discours politique qu’il leur a tenu durant la campagne du Brexit obéissait à la même logique condescendante : offrir aux populations abandonnées par les gouvernements successifs un exutoire à leur légitime colère. « L’Europe » fut le bouc-émissaire idéal. Il lui était difficile de critiquer le cours néolibéral de celle-ci, en partisan invétéré qu’il était (et demeure) de la financiarisation et de la déréglementation de l’économie ! Il entreprit donc de flatter un sentiment solidement ancré dans la culture anglaise : la souveraineté nationale , quitte à la pousser dans les ornières du nationalisme et de la xénophobie.
Une fois fixé ce cap, tous les moyens furent bons pour gagner son pari. À commencer par le mensonge pur et simple -véritable seconde nature chez ce politicien sans vergogne. Nul besoin, avec Johnson, d’attendre ses dénégations récentes au sujet des 16 fêtes au « 10 Downing Street » pendant le confinement ou de la nomination d’un responsable politique qu’il savait coupable d’attouchements sexuels, pour le prendre en flagrant délit de boniment ! Pour le champion du Brexit , il s’agissait d’une véritable marque de fabrique, à l’instar de son slogan de campagne : « Reprenons le contrôle sur les 350 millions de Livres qui partent chaque semaine à Bruxelles » -la contribution britannique au budget européen étant en l’occurence allègrement multipliée par trois pour les besoins de la cause. Il n’hésita pas davantage à s’affranchir unilatéralement du « protocole sur l’Irlande du Nord » , pourtant signé de sa propre main lors des négociations post-Brexit avec l’UE. Il ne recula même pas devant l’instrumentalisation d’événements dramatiques -comme la guerre en Ukraine- pour détourner l’attention des conséquences de sa politique, regagner du crédit et se maintenir au pouvoir. Il est réconfortant de voir la baudruche se dégonfler. Mais, d’une part, le mal est fait, concernant un Brexit vraisemblablement arraché par la démagogie plus que par la démocratie ; d’autre part, il y a peu de chance que de ce pugilat entre conservateurs sorte un progrès pour le peuple britannique.
A suivre.
UN « 14 JUILLET » DÉDIÉ À L’OTAN !
Au début de son premier quinquennat, Emmanuel Macron avait ébloui Donald Trump en l’invitant au défilé militaire du 14 Juillet : « Ce fut l’un des grands jours de ma vie ! », commenta même le « Chef du monde libre ». À l’aube de son second mandat, le Président de la République se devait de rééditer son exploit, en mettant à l’honneur, cette fois, d’une part, les troupes de la mission « Aigle » -la Force de réaction rapide de l’OTAN déployée en Roumanie, dont la France assure le commandement du « bataillon d’alerte »- et, de l’autre, des soldats de pas moins de 9 pays d’Europe centrale et orientale, parmi lesquels les plus fervents supporters de l’Alliance militaire occidentale. On espère en haut lieu que cette démonstration de force -6300 soldats, 71 avions, 25 hélicoptères, 221 véhicules et 200 chevaux de la Garde républicaine, sans oublier le nouveau commandement de l’espace ni l’équipage d’un sous-marin nucléaire d’attaque…- aura ancré dans l’esprit de ces alliés suspicieux l’image d’une France de 2022 n’ayant décidément plus rien à voir avec celle de 2021 qui jugeait l’OTAN « en état de mort cérébrale », mais bien celle d’un allié de poids au service d’une OTAN forte et unie.
C’est que son rêve de puissance se heurte, dans le nouveau contexte stratégique européen, à forte compétition. « La France doit redevenir une grande puissance (…) Notre armée (…) demeurera la première armée européenne, la deuxième armée du monde libre », proclamait-il peu après son élection (1). La cause semblait entendue avec la proclamation, le 14 juillet suivant, par le Président de la République, de la Loi de programmation militaire 2019-2025, prévoyant la mobilisation inouïe de 295 milliards d’euros « pour réparer et moderniser les armées » (soit l’équivalent d’une année entière de recettes fiscales nettes de l’Etat : impôt sur le revenu, TVA, impôt sur les sociétés…) ! Mais c’était sans compter avec la militarisation galopante des principaux Etats européens, engagée depuis plusieurs années mais accentuée par la guerre russo-ukrainienne… et l’instrumentalisation de ce conflit au service de la même illusion de « puissance » que celle crânement affichée par Emmanuel Macron dès 2017.
À l’instar d’un Le Drian se bombant le torse, naguère, en annonçant, sans craindre le ridicule : « En 2019, nous aurons 187 000 soldats, alors que la Grande-Bretagne n’en aura que 145 000 et l’armée allemande moins aussi », le Chancelier allemand, Olaf Scholz, fort de son « fonds spécial » de 100 milliards d’euros au profit de la Bundeswehr, a annoncé fin juin, avant de s’envoler au Sommet de l’OTAN, que son pays allait se doter de « la plus grande armée conventionnelle dans le cadre de l’OTAN en Europe »…Quant à Boris Johnson, il n’avait pas attendu l’invasion de l’Ukraine, pour décider d’augmenter de 45% l’arsenal nucléaire britannique ! Il n’en fallait pas plus pour qu’Emmanuel Macron prévoie une « réévaluation » supplémentaire du budget des armées ! Où va s’arrêter cette surenchère suicidaire ? « C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles » (William Shakespeare).
——-
(1) Entretien dans « Le Point » (31/8/2017)
COMBIEN DE KURDES COÛTE UNE PLACE DANS L’OTAN ?
Erdogan s’est dit convaincu d’obtenir le renvoi en Turquie des « terroristes » réfugiés en Suède et en Finlande. Il répète à l’envi sans être démenti par les dirigeants concernés : « Ils les renverront, ils l’ont promis. Cela figure dans des documents écrits. Ils tiendront leur promesse ». Sans extradition, en particulier, des Kurdes désignés, bénéficiant actuellement du droit d’asile dans leur pays d’adoption, le Président turc menace de bloquer à nouveau l’adhésion des deux pays scandinaves à l’OTAN. Les deux Premières Ministres (sociales-démocrates !) concernées vont-elles perdre tout honneur en troquant effectivement des réfugiés politiques contre un strapontin dans l’organisation militaire occidentale ? Pour tenter de justifier l’injustifiable, la dirigeante suédoise n’a pas hésité à reprendre à son compte le qualificatif dont le Président turc affuble les militants et combattants kurdes de Syrie (du PYD, de l’YPG et de l’YPJ ) en déclarant : « Si on ne se consacre pas à une activité terroriste, il n’y a aucune raison d’être inquiet « , et en s’engageant, de concert avec son homologue finlandaise, à « ne pas fournir de soutien » à ces organisations.
Terroristes, les membres ou sympathisants de ces organisations ? Rappelons qu’il s’agit, ni plus ni moins que des alliés auxquels avaient fait appel les Etats-Unis et l’Union européenne dans la lutte contre les (vrais) terroristes de Daech en Syrie ! Les héros et les héroïnes de Kobane infligeant sa première défaite au groupe « État islamique », ce sont eux ! Ceux et celles qui, au prix de la vie de nombre d’entre elles et d’entre eux, ont permis de sauver 200 000 personnes de la minorité Yézidie menacée de génocide par la milice islamiste dans les Monts Sinjar, en Irak, ce sont encore eux ! Les cibles de l’offensive militaire de l’armée turque et de ses supplétifs du groupe djihadiste Tahrir Al-Cham (émanation d’Al-Qaida) dans le Nord de la Syrie, ce sont toujours eux ! Le premier Chef d’Etat occidental à les avoir trahis fut Donald Trump -retirant ses troupes de la région kurde de Syrie pour laisser la voie libre à l’armée turque- dans le cadre d’un de ses tristement fameux deal , en l’occurrence avec Erdogan, déjà à propos d’un différend au sein de l’OTAN. Désormais, c’est au tour de dirigeants européens de piétiner leurs « valeurs » pour renforcer à tout prix l’Alliance militaire transatlantique.
Loin d’avoir été offusqués par cet abaissement des autorités de Stockholm et d’Helsinki, tant Joe Biden qu’Emmanuel Macron ont tenu à remercier le Président turc d’avoir accepté -à ses conditions- le nouvel élargissement de l’OTAN. Le premier l’a fait sur le mode emphatique : « Je veux vous remercier pour ce que vous avez fait pour arranger la situation en ce qui concerne la Suède et la Finlande », ajoutant, en connaisseur : « Vous faites du bon boulot ! » Le second a préféré une formulation plus évasive (ou plus hypocrite) en saluant, lors de son entretien avec Erdogan, le « consensus » trouvé en marge du Sommet de l’OTAN. Ainsi va le monde libre…




Commentaires récents