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HOMMAGE À ROLAND WEYL
Le Parti communiste français vient de perdre, avec Roland Weyl, l’un de ses plus prestigieux avocats et le Barreau de Paris son infatigable doyen.
J’ai eu le privilège de suivre plusieurs décennies de sa longue carrière. Sa forte personnalité, son engagement sans relâche -au côté de son épouse Monique- au service de grandes causes comme la défense des droits fondamentaux du peuple palestinien, son plaidoyer rigoureux pour le respect des principes de la Charte des Nations unies… sont quelques uns de ses traits emblématiques que retiendra quiconque l’ayant côtoyé. Le dernier souvenir que je garderai de Roland WEYL est impérissable : c’est celui de l’impressionnante prestation qu’il offrit -mêlant, tantôt avec gravité, tantôt avec humour, évocations historiques, hommages confraternels et anecdotes savoureuses- à l’occasion de son centenaire, à un public ébahi, dans l’ancien cœur judiciaire de la capitale, le mythique Palais de Justice de l’Ile de la Cité.
Roland est un homme que l’on n’oublie pas.
J’adresse à ses enfants France, Danielle et Frederick, ma profonde sympathie.
WAOUH: « LA COMMISSION ASPIRE À UNE EUROPE SOCIALE » !
« La Commission rappelle aujourd’hui qu’elle aspire à une Europe sociale forte » : tels sont les premiers mots du « Plan d’action » que vient de publier l’exécutif bruxellois en vue du « Sommet social » des 27 Chefs d’Etat ou de gouvernement, qui se tiendra le 7 mai prochain à Porto (Portugal).
Elle fait bien de nous « rappeler » cette « aspiration », car on l’avait oubliée, après une décennie de ravages sociaux à coup de « Troïka » -qui ne se rappelle le désastre grec !- et autre « Semestre européen », planifiant, pays par pays, les restrictions budgétaires et les « réformes structurelles » touchant en particulier le « marché du travail » et les systèmes de retraites afin de doper la « compétitivité » de l’économie en prenant exemple sur les « meilleures pratiques » de nos voisins…
Alors, quoi de neuf sous le soleil, cette fois-ci ? Parmi les « grands objectifs » que l’Union européenne veut atteindre d’ici 2030, retenons tout d’abord qu’ « au moins 78% »des personnes de 20 à 64 ans « devraient avoir un emploi » dans dix ans. Outre l’ambiguïté de la formulation (quel type d’emploi : stable et qualifié ou précaire et « atypique » ?), notons que ce chiffre ne varie guère de celui avancé il y a dix ans pour 2020 (75%) -un objectif d’ailleurs jamais atteint !
Autre « ambition commune à l’horizon 2030 » affichée : « le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale devrait diminuer d’au moins 15 millions ». Dans ce domaine, la comparaison avec les perspectives annoncées en 2010 pour 2020 est encore plus cruelle pour la Commission. Alors que le taux de pauvreté (personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté) a légèrement… progressé dans l’UE entre 2010 et 2020 (avant même le début de la crise sanitaire, on comptait officiellement 72 millions de personnes pauvres dans les 27 Etats membres) , auxquelles s’ajoutent plus de 20 millions de personnes « menacées de pauvreté » (soit, au total, plus d’un citoyen ou d’une citoyenne de l’UE sur cinq, en majorité des femmes et des jeunes ! ), l’objectif de réduction de ce nombre effrayant est aujourd’hui…inférieur à celui d’il y a une décennie : 15 millions contre 20 il y a 10 ans.
Est-ce à dire que rien ne se fait, tant au niveau de l’UE qu’à celui de chaque État membre ? Évidemment non . Sans le Fonds social européen, l’ Initiative pour l’emploi des jeunes, le Fonds européen d’aide aux plus démunis et surtout les systèmes de protection sociale des États, c’est un quart (!) de la population de l’UE qui vivrait sous le seuil de pauvreté ! Chaque acquis de ce type est donc à défendre, chaque nouvelle conquête à saluer, mais il n’y aura pas d’ « Europe sociale » tant que nous n’aurons pas réussi à imposer des ruptures avec la racine du mal : cette « économie de marché ouverte, où la concurrence est libre et non faussée », qui fait du social une variable d’ajustement de la « compétitivité » à l’échelle mondiale.
Ce combat est devant nous.
GEORGES MONSONEGO, UN SCIENTIFIQUE PASSIONNÉ ET PASSIONNANT
J’ai connu Georges Monsonego depuis le début des années 70. De réputation, d’abord : son aura de Professeur d’Université, de Directeur de recherche du CNRS, de Directeur du Centre de calcul de Cronenbourg…impressionnait beaucoup l’étudiant que j’étais. Puis, jeune communiste strasbourgeois, j’eus le privilège de côtoyer cette personnalité admirée et respectée par tous ses camarades. Je me souviens avoir été impressionné par la facilité avec laquelle on pouvait l’aborder. De nature réservé, presque timide, il était aux antipodes de ces « sachants » imbus de leur savoir et prompts à vous faire sentir que vous ne faites pas partie de leur monde. Georges était « quelqu’un ».
Les circonstances nous ont, par la suite, conduits à nous voir plus souvent. Toujours disponible malgré ses lourdes charges de Délégué régional à la recherche puis de Conseiller auprès du ministre de la recherche, il ne m’a jamais refusé un service : avis sur un texte, rédaction d’une note ou échange sur une question délicate touchant à ses compétences. C’était un scientifique passionné et passionnant. Il ne manquait pas une occasion de fustiger les nombreuses marques de désinvolture envers l’esprit scientifique qu’il regrettait de constater dans le débat public.
J’associe le souvenir de Georges Monsonego , dont je m’honore d’être devenu un ami, à celui une autre figure emblématique du monde scientifique, communiste lui aussi : le grand mathématicien Jean-Pierre Kahane. Puisse leur riche héritage intellectuel et humain continuer de nourrir la culture des nouvelles générations.
Strasbourg, le 1 avril 2021
FRANCIS WURTZ




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