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AVEC LES FEMMES POLONAISES : SOLIDARNOSC !

« C’est une attaque qui vise à détruire la Pologne ! » Le chef de la réaction polonaise, Jaroslaw Kaczynski, n’en revient toujours pas : voilà deux semaines que les femmes de son pays tiennent la rue, bloquent les centre-villes, font grève ! Et surtout, elles réussissent à mobiliser une claire majorité de leurs concitoyennes et concitoyens pour le droit à l’avortement et le respect de leurs droits en général. Voilà un face-à-face sidérant entre ce que ce pays produit aujourd’hui de pire et de meilleur. D’un côté, l’intégrisme obscurantiste et machiste des ultra-conservateurs qui tirent le pays le plus en arrière possible; de l’autre l’irruption de ce mouvement de femmes, souvent jeunes, qui forcent le respect par leur détermination absolue à stopper cette spirale régressive. Et, à ce titre, par-delà même les droits des femmes, cette mobilisation, d’une ampleur et d’une radicalité exceptionnelles, est peut-être en train d’ouvrir une perspective de progrès à toute la société polonaise.
Il devenait tout simplement vital de créer ce type de rapport des forces -une « révolution » selon Marta Lempart, porte-parole du mouvement- , tant le rouleau compresseur réactionnaire du PiS balayait tout ce qui subsistait encore de droits essentiels, tels l’indépendance de la justice et des média , voire l’abrogation de la peine de mort ! Mais c’est le traitement de la question de l’avortement qui est, à cet égard, l’obsession la plus emblématique de la triste équipe qui dirige le pays. Bien que la législation polonaise en la matière fût, depuis le changement de régime de la fin des années 80, l’une des plus restrictives d’Europe, diverses officines liées au PiS ont tenté, à plusieurs reprises depuis le retour de ce parti au pouvoir en 2015, d’interdire l’avortement, même dans le cas d’un fœtus présentant des malformations irréversibles, sous peine de risquer cinq ans de prison ! Le gouvernement avait, chaque fois, dû y renoncer sous la pression de manifestations massives de femmes. Ajoutons à cet acharnement indigne la sortie ahurissante du ministre de la justice plaidant, en juillet dernier, pour que la Pologne se retire de la Convention d’Istambul sur les violences faites aux femmes : un texte qui fait figure de « bête noire » aux yeux du gouvernement comme de l’Eglise polonaise, car il fixe des normes contraignantes contre la violence sexiste ! Mais là encore, le PiS a dû temporiser en attendant des jours meilleurs…
C’est dans ce contexte que le Tribunal constitutionnel polonais, désormais contrôlé par le PiS, décida, le 22 octobre, que la loi actuelle autorisant l’avortement de fœtus mal formés était « incompatible » avec la Constitution du pays ! Hier, patrie de Marie Curie et d’Helena Rubinstein, de la championne sportive Irena Swewinska et de la poétesse nobélisée Wislawa Szymborska, de la réalisatrice Agnieszka Holland et de l’artiste peintre Tamara de Lempicka, la Pologne ne pouvait poursuivre ainsi sa descente aux enfers !
Aujourd’hui, à toutes ces femmes polonaises qui relèvent courageusement le défi, nous disons un chaleureux : SOLIDARNOSC !
« PASSEPORTS DORÉS »: VERS LA FIN DU SCANDALE ?

Enfin ! Cela fait des années qu’on attendait que la Commission européenne prenne des mesures pour mettre un terme au scandale des « passeports dorés » : autrement dit la vente, par des Etats membres, de passeports à de riches « investisseurs » ne résidant pas dans l’UE mais ayant des raisons… « particulières » de vouloir y circuler librement sans éveiller de soupçons ! Cette pratique est vite apparue pour ce qu’elle est : une machine à faciliter l’évasion fiscale, à blanchir des personnages sulfureux et à alimenter la corruption. La Commission se contentait, jusqu’ici, de la regretter ou de la dénoncer, mais sans la sanctionner, la citoyenneté étant, en principe, du ressort de chaque État membre et non de l’UE. Or, le 20 octobre dernier, coup de théâtre : la Commission européenne a lancé des « procédures d’infraction » contre deux des Etats membres de l’UE particulièrement impliqués dans ce trafic : Malte et Chypre. Les suites à cette mise en demeure sont à observer de près, tant il aura fallu de batailles politiques et médiatiques -jusqu’au sacrifice de la vie d’une journaliste d’investigation !- pour en arriver à ce premier succès.
Rappelons que cette pratique douteuse a cours depuis 2013. Elle devint une « affaire » lorsqu’en 2017, la journaliste maltaise, Daphné Carmana Galizia , qui travaillait sur ce dossier, fut assassinée ! En 2018, un Rapport explosif de deux grandes ONG anti-corruption, Transparency International et Global Witness, mit au jour l’étendue de ces pratiques dans l’Union européenne et épingla particulièrement Malte et Chypre. La Commission de Bruxelles annonça alors pour début 2019, une… »étude en profondeur » de ces pratiques, au nom de la lutte contre le blanchiment d’argent. En juillet de la même année, celle-ci fit un pas de plus en qualifiant pour la première fois les « passeports dorés » de « graves menaces » en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. En décembre, le Parlement européen, quant à lui, vota une résolution mettant en cause le Premier Ministre maltais en personne, lequel devra démissionner ! Les choses s’accélèrent enfin cette année. En août dernier, la chaîne qatarie « Al Jazeera » révèle que les autorités de Chypre ont vendu plus de 3500 passeports à des individus -dont certains faisaient l’objet d’une enquête pénale , voire purgeaient une peine de prison- dès lors qu’ils se disaient prêts à « investir » 2,5 millions de dollars dans l’île. En septembre, c’est autour de Malte d’être sur la sellette : le Chef de cabinet de l’ex-Premier Ministre, Keith Schembri, est arrêté et tous ses avoirs directs et indirects sont gelés. Dans le même temps, la justice maltaise annonce l’inculpation du commanditaire présumé du meurtre de la journaliste, l’entrepreneur Yorgen Fenech. L’Union européenne se considère désormais habilitée à sévir dans la mesure où ces « passeports dorés » ouvrent « le droit de circuler, de séjourner et de travailler librement au sein de l’Union ». Jusqu’où ira-t-elle, vis-à-vis de tous les gouvernements complices de ces pratiques ? C’est en tout cas l’honneur du parti AKEL, la puissante force communiste et progressiste de Chypre, de placer en toute clarté le Président du pays face à ses responsabilités.
RETOUR SUR UNE BONNE NOUVELLE !

Une actualité chassant l’autre, nous sommes passés un peu vite sur un fait particulièrement réjouissant -qui plus est en Europe, où les occasions d’applaudir à un événement politique ne sont pas pléthoriques ! Le 11 octobre dernier, lors des élections municipales à Vienne, capitale de l’Autriche (près de 2 millions d’habitants), le FPÖ, l’un des plus puissants partis d’extrême-droite en Europe, s’est littéralement effondré, passant de 32% en 2015 à un peu plus de 7% aujourd’hui . Quant à l’ex-chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, qui dut quitter son poste de…vice-Chancelier d’Autriche (!) en même temps que son parti, l ‘année dernière, après un retentissant scandale de corruption, il s’est présenté cette fois sous une autre étiquette d’extrême-droite. Celui qui fut naguère le leader le plus haut placé de sa mouvance politique en Europe recueille aujourd’hui 3% et ne siègera même plus au Conseil municipal.
Jusqu’à ce qu’il doive piteusement quitter son prestigieux poste au Sommet de l’Etat , Strache et son parti avaient droit à un chapelet de louanges de sa proche complice, Marine Le Pen: « Bravo à nos amis et alliés du FPÖ et à leur leader Heinz-Christian Strache pour ce résultat aux législatives (…), nouveau signe de l’attachement des peuples européens à leur liberté et à leur identité » écrit-elle en 2017. « Merci à Heinz-Christian Strache et à nos alliés patriotes du FPÖ autrichien pour leur soutien ! » avait-elle tweeté avant les élections européennes de 2019″. C’était l’époque où Le Pen paradait fièrement avec l’hyper-xénophobe autrichien et l’Italien Salvini, aujourd’hui poursuivi pour avoir bloqué des migrants en mer.
Un bémol, cependant, dans ce nouveau paysage politique de la capitale autrichienne : une grande partie des électrices et électeurs qui ont, cette fois, sanctionné le FPÖ, se sont réfugiés dans l’abstention. Le danger demeure donc qu’un FPÖ « relooké » ou un nouvelle formation politique, semblable au FPÖ, mais temporairement « dédiabolisée », réussisse dans l’avenir à entraîner à nouveau tout ou partie de cet électorat.
La balle est dans le camp des forces décidées à ancrer la démocratie -et son corollaire, le social- dans la vie politique du pays. C’est là que le bât blesse ! Rappelons que le gouvernement est dirigé par le jeune et très réactionnaire leader chrétien-démocrate, Sebastian Kurz, en alliance avec l’extrême-droite jusqu’en 1979, puis avec… les Verts depuis le départ forcé des précédents ! La première priorité du Chancelier n’a, du reste, pas varié : la lutte -féroce- contre l’immigration . Dans la capitale, surnommée « la rouge », le maire est traditionnellement socialiste (plus de 46% aux dernières élections). Pour composer sa coalition, il a le choix de sa force d’appoint : les conservateurs, les libéraux ou les Verts…
Face à cette constellation politicienne, un petit mouvement progressiste tente d’émerger : LINKS (la gauche) n’a, certes pas atteint les 5% de moyenne nécessaires pour siéger au Conseil de la métropole viennoise, mais a réalisé ce score parmi les jeunes et vient de faire entrer 23 élus et élues dans des conseils d’arrondissements populaires ! Encore une bonne nouvelle ! La suite reste à écrire .



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