Posts filed under ‘Francis Wurtz’

« LORSQU’ UNE IDÉE S’EMPARE DES MASSES… »

Marx avait raison :« Lorsqu’une idée s’empare des masses, elle devient une force matérielle ». C’est ce qui s’est produit en France avec l’exigence, devenue incontournable, d’une rupture avec les politiques de rationnement des dépenses publiques pour sortir de la crise où ont été plongés les hôpitaux et le système de santé. Sur le plan européen, c’est l’absence totale d’anticipation d’une crise sanitaire, malgré les mises en garde répétées de l’Organisation mondiale de la santé, qui a soulevé la colère de millions de citoyennes et de citoyens, sidérés par le manque criant de coordination puis le déni de solidarité entre Etats membres de l’UE au plus fort de la crise, et enfin par la concurrence sauvage entre « partenaires » européens dans la course aux masques ! 
C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’initiative conjointe d’Emmanuel Macron et Angela Merkel, mais aussi, cette fois, de l’Espagnol Pedro Sanchez, de la Belge Sophie Wilmes, de la Danoise Mette Frederiksen et même du Polonais Mateusz Morawiecki , le 9 juin dernier. Dans une lettre à la Commission européenne, ils soulignent… les nombreux manquements de l’UE face à la pandémie du Covid-19 et avancent une série de propositions pour y remédier à l’avenir. C’est que, désormais, sur ce terrain crucial, les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se savent surveillés par leurs concitoyens. C’est le moment de se manifester : battons le fer tant qu’il est chaud ! 

Comment ne pas retirer de cette expérience la conviction que  la même implication massive et déterminée des citoyens sur d’autres grands enjeux européen pourrait produire les mêmes effets ! L’un d’entre eux va se poser dès le 19 juin prochain. Ce jour-là , un Sommet des « 27 » aura à trancher le vif débat en cours sur la façon de concevoir le projet de « Plan de relance » de 750 milliards d’euros avancé par la nouvelle Présidente de la Commission européenne. 
On connaît les dilemmes qui divisent profondément à ce propos les dirigeants des pays membres : quelle en sera la part de dons et la part de prêts ? 2/3 -1/3, comme prévu ? Ou l’inverse, voire pire ? Quels en seront les principaux bénéficiaires ? Les pays les plus en difficulté ou chacun selon son PIB, ce qui reviendrait à favoriser les plus riches ? Ces crédits seront-ils conditionnés par la mise en œuvre des « réformes structurelles », véritable repoussoir pour les pays du Sud de l’Europe qui les ont déjà subies durant la crise des années 2010-2015 ? Quant au remboursement de ce méga-emprunt , sera-t-il à la charge des Etats, au prorata de leur richesse ou se fera-t-il  par l’instauration de taxes : sur les entreprises du numérique, sur les multinationales, sur les émissions de CO 2 , comme on l’entend dire ? Et surtout : à quel type d’investissements iront ces sommes colossales et quel sera leur impact sur l’emploi, les systèmes de santé, les services publics, l’aide aux collectivités et au monde associatif, l’environnement ? Peut-on encore longtemps accepter que des décisions de cette importance se prennent en dehors de toute délibération préalable avec les citoyens et leurs élus ? N’oublions pas la leçon de Marx…

18 juin 2020 at 5:44 Laisser un commentaire

L’EUROPE FACE À TRUMP : QUELLE PUSILLANIMITÉ !

Face à l’indignation mondiale causée par la mort de George Floyd dans les circonstances que l’on sait, les « 27 » se sont contentés jusqu’ici de dénoncer un « usage excessif de la force » et un « abus de pouvoir », de condamner « tout acte de violence et de racisme » et d’appeler « à la désescalade des tensions ».

Rien dans ces mots, qui traduisent le faible  consensus entre les États membres, ne prend la mesure du double tournant que nous sommes en train de vivre. D’abord, aux Etats-Unis mêmes, avec un mouvement de protestation d’une ampleur qui rappelle celle de la grande lutte pour les droits civiques des années 60. Ensuite, en Europe, avec un impressionnant courant de solidarité contre les discriminations et l’humiliation du racisme qui en dit long sur les frustrations et la colère qui grondent au cœur de nos sociétés. Les jours et les semaines à venir nous renseigneront sur la capacité de nos  gouvernements à entendre enfin ces appels à des changements radicaux en matière de justice, d’égalité et de dignité.

Quant aux relations entre l’UE et son « allié historique » nord-américain, n’est-il pas plus que temps d’envisager d’en redéfinir la nature et les ambitions ? N’y-a-t-il rien à dire d’un système prétendant servir au monde entier de phare de la démocratie, quand 40 millions de citoyens, parce qu’ils sont  Africains-Américains, y sont  à la fois les plus pauvres et les plus précarisés du pays; les premières victimes d’emprisonnements abusifs, la communauté la plus durement touchée par le coronavirus et, en prime, celle qui court 2,5 fois plus le risque de se faire tuer par les « forces de l’ordre » que leurs concitoyens blancs ? L’ « Europe » peut-elle banaliser le recours d’un Président américain -qui prétend au leadership mondial « ad vitam aeternam »- aux slogans des pires suprémacistes blancs et à la menace d’en appeler à l’armée contre son peuple ? Jusqu’à quelle extrémité le « Chef du monde libre » doit-il en arriver pour que, de ce côté-ci de l’Atlantique, l’on se résigne à appeler un chat un chat et le locataire de la Maison-Blanche un danger pour son pays et pour le monde ? Si encore Trump se contentait de traiter l’UE d’ « ennemi », de se réjouir de la perspective d’un « Brexit » sans accord; d’exercer un chantage économique permanent à l’égard de nos pays ; de fermer les frontières des Etats-Unis aux ressortissants de l’UE; d’apporter son soutien aux leaders nationalistes européens etc…, on pourrait le traiter en simple adversaire ou en concurrent malveillant. Mais, en retirant son pays de l’accord international sur le climat, en torpillant celui sur le nucléaire iranien, en jetant -et de la pire des manières- de l’huile sur le feu au Proche-Orient, en exacerbant toujours plus la guerre économique mondiale, en cessant de financer des agences vitales de l’ONU ou en sortant les USA de trois traités sur le désarmement, ce n’est pas seulement l’Europe que Trump veut disloquer, c’est le monde qu’il déstabilise ! Face à tant de périls, l’on ne peut rester neutre. Si l’Union européenne veut se montrer utile à l’humanité et reconquérir ainsi  de la crédibilité et une raison d’être, voilà un défi stratégique à relever. Mais en est-elle seulement encore capable ?

11 juin 2020 at 6:22 Laisser un commentaire

LES « MILLIARDS » DE L’UE : UN ÉVÉNEMENT, OUI, MAIS…

Le plan de relance de 750 milliards d’euros, proposé la semaine dernière par la Commission européenne constitue incontestablement un événement politique. Ce qui retient l’attention dans ces annonces n’est, à vrai dire, pas l’ampleur -pourtant considérable- des sommes évoquées (plus de deux fois le budget de la France !). Une opération de cette envergure n’est, en effet, pas sans précédent. En revanche, les modalités de la répartition de ces fonds puis de leur remboursement envisagées par l’exécutif européen dérogent clairement aux pratiques en vigueur entre Etats membres de la zone euro ! Comme on sait : chaque pays bénéficierait de ces crédits en fonction des difficultés qu’il rencontre et rembourserait au prorata de sa richesse nationale. Concrètement, cela veut dire que les pays riches -Allemagne et pays du Nord de l’Europe, en tête- accepteraient de rembourser sensiblement plus que ce qu’ils ont reçu, tandis que les pays les plus vulnérables -tels l’Italie ou l’Espagne, en particulier- auraient, à l’inverse, nettement moins à débourser demain que ce qu’ils auraient perçu. À cette disposition exceptionnelle s’en ajouterait une autre : ces emprunts colossaux seraient contractés par la Commission, au nom de tous les « 27 »,  donc à un taux bien plus avantageux que celui que subirait, seul, un quelconque État du sud de l’Europe. Nous sommes donc en face d’une forme de mutualisation des emprunts et de leur gestion solidaire : une approche jusqu’ici toujours repoussée avec force, tant par l’Allemagne d’Angela Merkel que par ses alliés néerlandais, scandinaves ou autrichiens, au nom du refus de glisser vers une « Union de transferts »(financiers).  
On comprend, dès lors, aisément que l’ Italie, très hostile à « l’Europe » ces derniers temps, salue aujourd’hui quasi-unanimement sa générosité. N’espère-t-elle pas  toucher plus de 20% de ces aides européennes alors que sa contribution au budget de l’UE est de moins de 10% ? C’est pourtant aller un peu vite en besogne, tant les inconnues restent nombreuses à ce stade. Rappelons qu’il ne s’agit que d’une proposition: reste à voir à quel compromis final arriveront les Etats membres qui devront en décider à l’unanimité ! Quand l’argent sera-t-il disponible : en 2021, comme prévu, quand les besoins sont immédiats ? À quel usage devra-t-il être consacré ? « La relance économique », c’est vague ! Ces fonds seront-ils conditionnés à la mise en œuvre des fameuses « réformes structurelles » de sinistre réputation ? Ce serait un repoussoir absolu ! Quelle sera la part d’aides directes et la part de prêts ? C’est crucial ! Comment fera-t-on pour éviter que ces prêts n’alourdissent la dette des pays concernés ? La Commission propose d’échelonner les remboursements d’ici à 2058. Qu’en sera-t-il ? Etc…

Un argument de poids pèse néanmoins en faveur d’une issue positive de ce que nombre d’observateurs appellent déjà un « tournant historique » de l’UE : la peur des pays riches de voir s’effondrer des pans entiers de leurs marchés à l’exportation, sinon d’assister à l’éclatement de la zone euro s’ils ne viennent pas sérieusement en aide aux États membres en situation critique. Et d’abord, à l’Italie. Cela ne s’appelle pas de la générosité, mais de la gestion de ses intérêts bien compris. Rendez-vous sous peu.

4 juin 2020 at 3:16 Laisser un commentaire

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