Posts filed under ‘Francis Wurtz’

CES EXIGENCES DE CHANGEMENT QUI NOUS RASSEMBLENT

La douloureuse expérience que nous vivons en ce moment est en train de rendre évidentes au plus grand nombre quelques vérités essentielles sur ce qui ne peut plus durer dans le système en vigueur dans nos pays. Le grand défi politique de l’après Covid-19 sera de faire en sorte que ces désormais fortes convictions s’affirment jusqu’à devenir autant d’exigences à même de s’imposer à nos gouvernants. Encore faudra-t-il développer des arguments à même d’ éviter que la gravité de la crise, et notamment la récession sans précédent qui s’annonce, ne parviennent ni à freiner ni à dévoyer cet appétit de changement.

Parmi les exigences qui montent si fort de la société que mêmes les habituels porte-voix de l’idéologie néolibérale doivent  reconnaître leur pertinence, la première est -et pour cause !- celle d’ une profonde révision des politiques en matière de santé publique. En France, les  annonces faites à plusieurs reprises, à ce propos, par Emmanuel Macron en disent long sur la force des pressions populaires qui s’exercent sur tous ceux qui incarnent les « réformes » successives ayant conduit à l’affaissement  progressif de « l’un des meilleurs systèmes de santé du monde ». Par delà le domaine de la santé, les revendications dominantes -pas seulement en France !- sont celle d’une vraie priorité au social en général, par opposition aux politiques d’austérité, de précarité et de privatisation ; celle d’un retour aux valeurs collectives prenant le contre-pied des prétendument incontournables « lois du marché »; celle d’une vision à long terme tournant le dos à la recherche du profit immédiat sacrifiant l’avenir. On peut raisonnablement penser qu’un large rassemblement peut s’opérer autour de telles idées.

En revanche, d’autres enjeux majeurs dans la période à venir risquent de faire l’objet de controverses à la suite de l’épreuve que nous subissons. C’est notamment le cas de l’attitude à observer vis-à-vis de la mondialisation. Il ne faudrait pas que le rejet -plus que jamais légitime et nécessaire- de l’actuel désordre capitaliste mondial (dictature du néolibéralisme, financiarisation galopante, libre-échange échevelé , irresponsabilité climatique, course au moins disant social ou environmental, excès de dépendance de pays tiers…) soit si peu que ce soit confondu avec une tendance au repli cher aux « trumpo-lepenistes » !  Il est, au contraire, vital d’affermir notre conscience d’une communauté de destin planétaire pour tous les humains. L’interdépendance mondiale est économique, elle est environnementale, elle est -on ne le voit que trop aujourd’hui- sanitaire, etc…A défis communs, réponses communes : il est donc indispensable d’agir pour l’émergence d’un pilotage solidaire de ce « village global » . Appelons cela comme on veut ! Mais il faut s’ouvrir au monde, coopérer, se coordonner. C’est à cela que doivent contribuer des nations démocratiques et une « Europe refondée ».

[JE VEUX RENDRE UN FRATERNEL HOMMAGE À MON AMI JEAN-CHARLES NEGRE, DONT LA DISPARITION M’A PROFONDÉMENT ATTRISTÉ]

2 avril 2020 at 5:49 Laisser un commentaire

PARLONS DE COMBAT MONDIAL, PAS DE « GUERRE » !

Dans toute l’Europe, des dizaines de millions de personnes vivent confinées, les relations sociales sont drastiquement réduites. Des mesures contraignantes, sans précédent sur notre continent, sont prises un peu partout. La situation appelle de la part de chacune et de chacun esprit de responsabilité et de solidarité. Mais, ne parlons pas de « guerre » ! Car, dans le meilleur des cas, il s’agit d’un abus de langage, peu respectueux des peuples soumis à une guerre réelle. Et dans le pire, d’une tentative de susciter des réflexes de discipline aveugle, de culte du chef et de repli sur soi.

Nul ne pouvait être surpris d’entendre Marine Le Pen marteler avant tout le monde : « Nous sommes en guerre ! » Mais, si l’on imagine aisément la délectation que peut procurer une ambiance guerrière à des politiciens d’extrême-droite, on est en droit d’attendre plus de circonspection de la part d’un Chef d’Etat. Aussi ne cacherais-je pas le malaise ressenti en entendant Emmanuel Macron reprendre à son compte, avec une lourde insistance, la formule en question.

Interrogé sur l’opposition entre la posture délibérément martiale du Président français et celle de la Chancelière allemande, évoquant, quant à elle, « le plus grand défi » que son pays ait à relever depuis la seconde guerre mondiale, un expert reconnu des affaires militaires de ce côté-ci du Rhin a apporté sur la question un éclairage qui doit nous faire réfléchir. Selon lui, « la France est une nation guerrière (…) L’Allemagne a rejeté la guerre depuis 1945. Son image reste très négative dans la psyché des Allemands, alors qu’elle peut être productive dans celle des Français » ! (1)

Gardons-nous de nourrir, fût-ce à notre corps défendant, une « image productive » de la guerre dans notre société en crise ! La guerre doit être un repoussoir ! Pensons-y quand des ministres ou des commentateurs s’enorgueillissent du record historique enregistré par notre pays en matière de ventes d’armes ! Réévaluons à cette aune la spécialité revendiquée par la France en matière d’intervention militaire, en particulier en Afrique ! Quand la sixième puissance économique du monde s’avère incapable de fournir des masques de protection aux personnels soignants en prise directe avec le coronavirus, il est temps de redéfinir les priorités : pour la France-même, pour notre rôle en Europe et pour notre coopération internationale, en particulier vers les pays du Sud !

Non, décidément, nous ne sommes pas « en guerre », mais nous sommes engagés dans un combat mondial, qui ne s’arrêtera pas avec la fin de cette pandémie.

NB : AU-DELÀ DE LA FRANCE, L’UE CONNAÎT, AVEC CETTE CRISE SANITAIRE INÉDITE , UNE ÉPREUVE DE VÉRITÉ DÉCISIVE  : L’ITALIE AUJOURD’HUI, D’AUTRES PAYS DEMAIN LA JUGERONT DURABLEMENT SUR LA SOLIDARITÉ EFFECTIVE QU’ELLE SERA CAPABLE DE LEUR APPORTER DANS LES JOURS SOMBRES QU’ILS TRAVERSENT !

——
(1) Général Vincent Desportes, ancien directeur de l’Ecole de guerre (Figaro, 20/3/2020)

26 mars 2020 at 3:03 Laisser un commentaire

LA PERNICIEUSE « SOLIDARITÉ » DE L’UE AVEC LA GRÈCE

« Je remercie la Grèce d’être en ce moment notre bouclier européen » a lancé, le 3 mars dernier la nouvelle Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. En effet, précisa-t-elle, « Notre première priorité est de nous assurer que l’ordre est maintenu à la frontière extérieure (de l’UE) ». Aussi s’est-elle déclarée « pleinement engagée à mobiliser tout le soutien opérationnel nécessaire aux autorités grecques » pour renforcer le « bouclier » et garantir « l’ordre ». Des promesses en l’air, comme cela est trop souvent le cas ? Pas cette fois.  Bruxelles va bel et bien débloquer 700 millions d’euros d’assistance financière à la Grèce -dont 350  immédiatement- et envoyer sur le terrain 100 garde-frontières européens supplémentaires (qui s’ajouteront aux 530 déjà en fonction). Cette généreuse « solidarité » à la Grèce ne s’arrête d’ailleurs pas là : s’y ajoute en particulier l’envoi de sept bateaux, dont un patrouilleur de haute mer, un avion, deux hélicoptères et trois véhicules à vision thermique !

L’UE reconnaît manifestement un grand mérite au nouveau gouvernement grec : c’est sa capacité à refouler en bloc et sans ménagement -sur terre et en mer- les milliers de réfugiés syriens, irakiens ou afghans, victimes de la guerre puis du cynisme sans limite du leader turc !  Et tant pis si les autorités d’Athènes poussent leur zèle jusqu’à à suspendre (en toute illégalité) l’examen de toute demande d’asile ! Pour une fois, tous les 27 Etats membres sont sur la même ligne : « ceux qui cherchent à tester l’unité de l’Europe seront déçus » a fièrement lancé la Présidente de la Commission, symboliquement entourée pour l’occasion par le Président du Conseil européen, représentant les Chefs d’Etat et de gouvernement, Charles Michel, ainsi que le Président du Parlement européen, David Sassoli. Mieux : le « groupe de Visegrad » (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) , jusqu’ici champion de la contestation de la politique migratoire de l’UE, s’est dit, cette fois, »prêt à envoyer de l’aide » à la Grèce…pour consolider la frontière et repousser les intrus.

C’est d’une solidarité vraie que le peuple grec -et les migrants qui vivent un enfer à Lesbos et ailleurs- ont un besoin pressant ! Pourquoi ne pas abolir enfin le règlement pervers dit « de Dublin » qui est un piège kafkaïen pour les migrants et créé des situations inextricables pour un pays comme la Grèce ? Pourquoi ne pas retravailler l’idée d’un plan de relocalisation des réfugiés arrivés en Europe par la Grèce vers d’autres pays de l’UE, en tenant compte des choix et des situations particulières des personnes concernées ? Pourquoi ne pas placer les États récalcitrants devant leurs responsabilités en conditionnant le bénéfice des « Fonds de cohésion » à la participation à cette relocalisation des migrants ?

Au lieu de cela, l’UE, prisonnière de son accord indigne avec le maître-chanteur d’Ankara, pousse la fuite en avant immorale jusqu’à reprendre à son compte le principe et la méthode de ceux qu’elle accusait naguère de fouler aux pieds les « valeurs européennes » ! Malheur à ceux qui s’imaginent contrer les poussées de l’extrême-droite en s’alignant sur ses dogmes ! Le choix est aujourd’hui entre le sursaut et la barbarie.

13 mars 2020 at 10:17 Laisser un commentaire

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