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SOMMET « ENERGIE » L’URGENCE D’UN DEBAT

Ce 4 février, pour la première fois de son histoire, l’Union européenne réunit un sommet de ses Chefs d’Etat et de gouvernement sur la question de l’énergie.  Cela mérite qu’on s’y arrête.  D’abord parce qu’il s’agit d’enjeux absolument colossaux à tous égards.  Ensuite parce que le sujet illustre bien la nécessaire articulation entre ce qui relève de la souveraineté de chaque nation et ce qui appelle une étroite coopération européenne et internationale.  Enfin parce que la simple évocation des choix à effectuer en la matière donne à voir l’ampleur et la gravité des carences démocratiques de cette construction européenne – les premiers responsables de ces carences étant, en l’occurrence, les Etats membres qui ne font strictement rien pour impliquer les citoyennes et les citoyens dans les débats de portée stratégique qui sont à l’ordre du jour.  Exemples. 

         Les enjeux. Trois chiffres suffisent à en prendre la mesure: les chercheurs de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) évaluent à…25 000 milliards de dollars (soit environ 10 fois les richesses produites en France chaque année!) la somme d’argent à investir d’ici 2030 dans les infrastructures d’offre d’énergie dans le monde.  La Fondation Gabriel Péri rappelait récemment, quant à elle, que deux milliards (!) d’êtres humains n’ont aujourd’hui accès à l’énergie que par…le bois de chauffe.  Rappelons enfin l’engagement pris par l’Union européenne – d’ici 2020 – de diminuer de 20 à 30% les émissions de gaz à effet de serre; de porter à 20% la part des énergies renouvelables et de gagner 20% en matière d’efficacité énergétique (dans les transports et le bâtiment: on est très loin du compte!) 

         Souveraineté et coopérations.  En France, la mise en place d’un pôle public de l’énergie nous paraît indispensable au vu de l’importance des enjeux, encore renforcée par le poids du nucléaire.  Un bilan des déréglementations dans ce secteur devrait être établi et tous les enseignements devraient en être tirés dans une optique de service public.  Les représentants français n’en seraient que plus forts pour intervenir dans le même esprit dans le cadre européen.  En mars, ils auront à déterminer la stratégie européenne pour les dix ans à venir; puis en mai à fixer une « Feuille de route » d’ici 2050 pour assurer la transition vers une économie à très faible teneur en carbone.  Dès ce 4 février, ils traitent des coopérations à mettre en place avec les pays producteurs et les pays de transit.  Hyperdépendants des approvisionnements étrangers, les principaux Etats de l’UE se livrent à de grandes manœuvres plus concurrentes que coopératives: L’Allemagne construit avec la Russie le pipe-line dit « corridor Nord » sous la Baltique (en contournant la Pologne), tandis qu’un autre projet dit « corridor Sud » doit acheminer le gaz de Russie vers l’Italie (en contournant l’Ukraine), lui même concurrent du gazoduc Nabucco, soutenu par l’Union européenne et les Etats-Unis (mais excluant de fait…la France).  D’une façon générale, d’immenses chantiers vont être ouverts, à propos desquels des décisions communes ou du moins convergentes et cohérentes devront être prises dans les mois et les années à venir. 

         Démocratie: la simple lecture de ce qui précède montre l’urgence d’un débat citoyen sur le sujet, dans toutes ces dimensions!  Les occasions ne vont pas manquer pour en créer les conditions.

3 février 2011 at 4:31 Laisser un commentaire

Comment créer une dynamique du Front de gauche ?

Au-delà du soutien, être partie prenante

Appel (*)

«Membres ou non de partis ou d’autres organisations démocratiques» une soixantaine de personnalités manifestent leur souhait d’«aller au-delà d’un soutien au Front de gauche pour en devenir pleinement parties prenantes».

Il faut chasser la droite du pouvoir en 2012. Massivement présente dans les mobilisations contre la réforme des retraites, cette exigence lance à la gauche un défi auquel elle ne peut se dérober : elle doit se rassembler pour lutter contre les effets de la crise dans laquelle nous plonge un capitalisme dépassé par sa propre cupidité et son aveuglement, et ouvrir une véritable alternative politique.

Ce ne sera pas facile. La désespérance et la colère ont creusé un fossé profond entre les couches populaires et la gauche, nourrissant l’abstention et la protestation sans perspectives politiques. Impossible de surmonter cet obstacle sans s’engager sur des mesures qui s’attaquent énergiquement à l’accumulation des richesses et des pouvoirs entre les mains de quelques-uns et restaurent concrètement les valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité et de justice sociale. La création du Front de gauche a fait naître un espoir qui s’est manifesté aux élections européennes et régionales. Que cet espoir grandisse, et il marquera le paysage politique.

Il remettra les attentes populaires au centre d’une véritable alternative de gauche dont la construction dépasse sa forme actuelle pour mobiliser des millions de femmes et d’hommes dans la perspective d’un véritable Front citoyen et populaire.

C’est pourquoi, membres ou non de partis ou d’autres organisations démocratiques, nous souhaitons aller au-delà d’un soutien au Front de gauche pour en devenir pleinement partie prenante. Nous avons des idées, de l’énergie, des liens avec des milliers de femmes et d’hommes dans notre pays. Rassemblons nos forces avec pour projet de construire et de gagner ensemble. En nous engageant personnellement, nous pouvons donner naissance à une véritable dynamique 
politique et citoyenne.

Les responsabilités des partis constitutifs du Front de gauche sont essentielles. L’une d’elles, à notre sens, est de faire en sorte que soit créé le cadre qui nous permettra de nous lancer dans la bataille. Un cadre auquel il sera possible d’adhérer directement sans autre condition que de partager les objectifs fondamentaux du Front de gauche. Un cadre dans lequel nous pourrons faire valoir nos idées et démultiplier sur tout le territoire des milliers d’initiatives citoyennes de rassemblement pour faire vivre un nouvel espoir à gauche et l’enraciner.

(*) Gérard Alezard (syndicaliste), Nils Anderson (militant associatif), Ariane Ascaride (comédienne),
François Asensi (député-maire de Tremblay-en-France), Gérard Aschiéri (syndicaliste), Jacques Blin (militant associatif), Bernard Bloch (comédien, metteur en scène), Gérard Boulanger (Avocat), Magyd Cherfi (artiste), Patrice Cohen-Séat (président d’Espaces-Marx), Pierre Concialdi (économiste), Jacques Cossart (économiste), Claude Debons (syndicaliste), Bernard Defaix (militant pour les services publics),
Sophie de La Rochefoucauld
(comédienne), Valérie de Saint Do (journaliste), Christian Digne (journaliste), Jean-Michel Drevon (syndicaliste), Jean-Michel Ducomte (avocat), Helène Franco (magistrate),
Robert Guédiguian
(cinéaste), Jeannette Habel (Universitaire), Alain Hayot (sociologue, conseiller régional PACA), André Jaeglé (scientifique), Madeleine Jaeglé (cadre de soins), Gisèle Jean (syndicaliste),
François Labroille
(conseiller régional IdF), Richard Lagache (éditeur), Frédéric Lebaron (sociologue), Didier Le Reste (Syndicaliste), Philippe Maingault (militant associatif), Roger Martelli (historien),
Anne Mesliand
(syndicaliste universitaire, conseillère régionale PACA), Claude Michel (syndicaliste),
Gérard Mordillat
(écrivain), Dominique Noguères (militante associative), Jacques Lerichomme (syndicaliste, Conseiller régional PACA), Claude Mazauric (historien, professeur émérite), Simone Mazauric (philosophe et historienne des sciences, professeure émérite), Alain Obadia (membre du Conseil économique, social et environnemental), Laurence Paché (Conseillère régionale du Limousin), Michel Pinçon (sociologue), Monique Pinçon-Charlot (sociologue), Sophie Ponthieux (économiste), Jacques Ralite (sénateur),
Jacques Rigaudiat (économiste), Michel Rousseau (militant associatif), Jean-Louis Sagot-Duvauroux philosophe, homme de théâtre), Marie-Jean Sauret (psychanaliste), Georges Séguy (syndicaliste), Jean-Christophe Sellin Conseiller municipal de Toulouse), Evelyne Sire-Marin (magistrat, militante associative), Francis Sitel (responsable de revue), Juliette Triicot (juriste), Marcel Trillat (journaliste, réalisateur), Louis Viannet (syndicaliste), Marie-Christine Vergiat (députée européenne), Marie-Pierre Vieu (éditrice), Louis Weber (syndicaliste), Serge Wolikow (historien), Francis Wurtz (député européen honoraire), Malika Zédiri (militante associative).

 

Pour se joindre à cet appel : le site dynamique-frontdegauche.fr ou par mail contact@dynamique-frontdegauche.fr

2 février 2011 at 10:16 Laisser un commentaire

Une nouvelle approche du développement

L’Interview paru le  25 janvier 2010 dans l’Humanité

Pour le député européen honoraire (GUE-GVN) au Parlement de Strasbourg, 
la Tunisie aura besoin d’une «véritable solidarité sur le fond et dans la durée».

En marquant le début de la présidence française du G20, Nicolas Sarkozy n’a pas annoncé d’infléchissement de la politique française à l’égard de la Tunisie. Une erreur, selon vous ?

Francis Wurtz. Comme tous les dirigeants occidentaux, il est évidemment très mal à l’aise, pris au dépourvu par la révolution tunisienne. Le fond de l’affaire, c’est que les relations, aussi bien entre la Tunisie et la France que plus généralement entre l’UE et la Tunisie, reposent fondamentalement sur un accord de libre-échange. Et autant dire un accord entre le pot de fer et le pot de terre, qui contribue à une relation très précaire, avec des conditions offertes aux « investisseurs » de bas salaires, de docilité, pour des délocalisations d’emplois peu qualifiés qui sont en opposition complète avec les attentes et les exigences du peuple tunisien.

Craignez-vous qu’on ne leur 
«vole» leur révolution ?

Francis Wurtz. Il faut rester vigilant car il y a un risque de bras de fer, de menace, voire de chantage de la part des dirigeants occidentaux et des dirigeants économiques dans la prochaine période, quand l’attention internationale sera retombée. Il faudra faire vivre une véritable solidarité sur le fond et dans la durée, car ce que les Tunisiens sont en train d’exiger, c’est la promotion des capacités humaines, l’éducation, la formation, la recherche. Ce sont des vrais emplois pour tous, alors qu’il y a un chômage et une précarité massifs. Ils réclament des services publics, une économie du développement et, évidemment, la démocratie. Toutes choses qui sont à contre-courant du type structurel de relation établie dans le cadre de ce que l’on appelle le partenariat euroméditerranéen. Partenariat dans lequel la France joue un rôle central. Il faut non pas une simple adaptation du langage mais des changements structurels.

De quelle nature ?

Francis Wurtz. Une nouvelle approche du développement, ce que, par exemple, Paul Sindic, dans son ouvrage sur les Urgences planétaires, appelle un « développement humain durable ». C’est-à-dire la promotion des capacités humaines, la défense de l’environnement, la régulation des échanges, des financements les moins dépendants possible des marchés financiers… Il faut, par exemple, reconnaître à ces pays du sud de la Méditerranée un « droit à la protection », comme cela fut le cas pour d’autres pays qui sont devenus depuis des pays émergents. C’est-à-dire qu’une part notable de leur marché intérieur puisse être réservée aux productions nationales, afin de pouvoir se développer sans être immédiatement déstructuré par la concurrence du Nord. Il faudrait en outre assurer à ces pays une garantie d’accès à une part limitée, mais réelle, du marché des pays développés, parce qu’ils ont besoin de devises pour leur développement. Et puis il faut une aide publique au développement rénovée, entièrement axée sur la réponse aux besoins populaires, et transparente, contrôlée. Plus généralement, se repose la question des financements qui échappent à la domination des marchés financiers. Ce qui rejoint une idée que nous développons souvent, y compris pour les besoins de pays européens, d’une monnaie commune mondiale, à partir des droits de tirage spéciaux aujourd’hui inutilisés par le FMI.

La relance de l’Union pour 
la Méditerranée par Sarkozy 
répond-elle au moins partiellement 
à ces besoins ?

Francis Wurtz. Au moment où elle a été proposée par Nicolas Sarkozy sur la base d’un constat indéniable qui était l’impasse du processus de Barcelone, lancé en 1995, nous avons dénoncé le fait que les mêmes fondements pervers étaient repris : maintien du libre-échange d’abord, mise en concurrence des peuples des deux rives, discriminations et chasse aux migrants ensuite, 
ce qui est à l’opposé de la logique 
de coopération euroméditerranéenne. Enfin, la question du Proche-Orient est éludée, alors qu’elle est très structurante pour l’ensemble des peuples arabes. À partir du moment où l’UE reste inerte sur le plan politique et accorde l’impunité aux dirigeants israéliens en matière d’occupation de la Palestine, elle n’est pas crédible aux yeux des peuples du Maghreb. Le nouveau cours auquel aspirent les Tunisiens ne passe donc pas par une nouvelle étape dite « avancée » de ce type de relation. Il y a réellement une situation exceptionnelle où un peuple rebat les cartes, exige une réorientation profonde de la politique menée jusqu’ici. Chacun pourra montrer s’il se situe effectivement à l’écoute des peuples, et cela en acceptant des ruptures nettes avec le modèle de relation actuellement en œuvre.

30 janvier 2011 at 5:54 Laisser un commentaire

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