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LES FONDEMENTS DE CLASSE DE L’ACTUELLE « EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimanche          Face à l’exaspération suscitée par les politiques, tout comme les pratiques, des dirigeants européens , la question est de plus en plus posée: comment nourrir une dynamique visant à « refonder l’Europe », autrement dit encourager les citoyens à contester les fondements de classe qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est progressivement devenue. Cela suppose d’abord de désigner clairement les orientations et les structures avec lesquelles il faut absolument arriver à romHD-1306pre.

Ainsi, il est essentiel de mettre en cause la mise en concurrence généralisée: « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée ». Nombre de règles ravageuses se rapportent à ce principe cardinal de l’ « Europe » actuelle: la « libre circulation » sans « entrave » (des biens,des services,des capitaux); l’obligation d’ouvrir les entreprises publiques de service public à la concurrence; le dumping social et fiscal; l’obsession de la « compétitivité » et du libre-échange…Refuser cette logique est nécessaire pour ouvrir la voie aux politiques coopératives sur le plan économique (coproductions,politique industrielle concertée ,réduction coordonnée des inégalités de développement …) et aux stratégies solidaires sur le plan social (sécurisation de l’emploi et de la formation pour chacune et chacun, priorité commune à la promotion des capacités humaines , salaire minimum adapté à chaque pays,harmonisation fiscale…)

Autre tendance lourde de l’ « Europe » actuelle à contrecarrer:  la financiarisation galopante de l’économie, d’où découlent tant de plaies (austérité , précarité,  chômage , asphyxie des services publics…) Refuser cette logique de soumission aux exigences des « investisseurs » sur le marché financier permet d’ aborder la question décisive des nouvelles missions à confier à la Banque centrale européenne (BCE) et d’un rôle radicalement nouveau pour l’euro; de demander la suppression du pacte de stabilité et la remise en cause du traité budgétaire comme des directives ou règlements qui s’y apparentent; d’ exiger une véritable chasse aux paradis fiscaux , l’instauration d’une taxe effective sur les transactions financières et le vote d’une réforme fiscale fondée sur la justice sociale et l’efficacité économique; bref de demander que tous les moyens soient mobilisés pour créer de la monnaie et utiliser l’argent en faveur de l’emploi, de la formation, des services publics, de la transition écologique .

Enfin, il faut s’attaquer à la verticalité des pouvoirs dans l’actuelle construction européenne : les traités (qui prétendent imposer définitivement un modèle libéral ); la BCE (« indépendante »); la Commission (et son arrogante « gouvernance économique »); la Cour (aux pouvoirs exorbitants et sans recours ); sans oublier la concentration de leviers de commande de fait au niveau des États dominants, à commencer par l’Allemagne de Madame Merkel…Refuser cette logique veut dire agir pour impliquer les citoyens dans l’élaboration des grands choix politiques européens, le contrôle des décisions et l’évaluation de leurs effets; obtenir des droits d’intervention pour les salariés sur la gestion des entreprises; faire respecter les prérogatives des assemblées élues, à commencer par les parlements; en un mot pour faire vivre la démocratie et la souveraineté populaire.

Chacun comprend que toute avancée sur cette voie suppose de faire converger dans la réflexion comme dans l’action des forces nombreuses et diverses aspirant au changement . C’est dire si l’ambition de « refonder l’Europe » suppose un grand effort de pédagogie politique et une stratégie de rassemblement bannissant résolument toute étroitesse!

15 juin 2013 at 5:23 4 commentaires

MONTI : DE « SUPER MARIO » AU SUPER FIASCO

wurtz-l-humanite-dimanche      La contre-performance électorale du Chef du gouvernement italien sortant est tout sauf anecdotique. Elle offre de multiples sujets de méditation à tous les dirigeants européens qui avaient vu en Mario Monti  le « sauveur » de l’Italie et dans sa trajectoire politique atypique un modèle pour l’Europe « postdémocratique ». Ils ne peuvent que constater aujourd’hui que, dans leur laboratoire politique italien,  l’opération   « Super Mario » vient de déboucher sur un super fiasco.FW

Pourtant, jusqu’à une période récente, il n’y avait chez eux aucune place aux doutes. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy, assurait il y a peu qu’ « il n’y a pas d’alternative à M. Monti pour l’Italie ». Pour le grand argentier allemand, Wolgang Schäuble, Mario Monti était « le bon dirigeant, au bon endroit,au bon moment ». Quant à François Hollande, il lui paraissait incontestable qu’il avait « permis à l’Italie de se redresser ». Vraiment?

Le chômage y a bondi au-delà de 11% sans compter un sous-emploi colossal.114 000 entreprises y ont fermé pour la seule année 2012. Des milliers de jeunes diplômés s’exilent . Tout le pays s’est appauvri et le Sud du pays s’enfonce dans la misère. Aux 200 milliards d’euros d’ « économies » déjà décidées sous Berlusconi, le sauveur Monti a rajouté une purge de 100 milliards au prix de nouvelles réductions drastiques de dépenses publiques et d’une lourde taxe sur le logement. L’âge de la retraite a été repoussé à 66 ans et l’indexation des pensions sur l’inflation supprimée. Le marché du travail a été fortement « flexibilisé » et les licenciements facilités. « Ce qu’il a fait -souligne le directeur-adjoint de campagne de M. Monti…pour louer son courage- c’est Thatcher multiplié par mille »! Et pourquoi tous ses sacrifices? A la place de la croissance annoncée, l’économie plonge dans la récession. Quant à l’écrasante dette publique, loin d’amorcer sa décrue, elle a…augmenté de quelque 120 milliards d’euros! On marche sur la tête. Des révisions déchirantes s’imposent aux croisés de l’austérité. Telle est la première exigence qui émerge du bilan des quinze mois de régime expérimental Monti.

Mais il faut aller plus loin, en éclairant la nature de la mission confiée par les principaux dirigeants européens à leur ancien Commissaire: rassurer à n’importe quel prix les marchés financiers vis-à-vis de la troisième économie de la zone euro. Une responsable de l’Union bancaire privée , à Genève, Mme Christel Rendu de Lint (citée par l’Expansion), résume bien l’enjeu de l’opération Monti: « Ce que veulent les marchés, c’est un gouvernement stable qui applique à la lettre les exigences de l’Union européenne, et au final de l’Allemagne. C’est ce que M.Monti a fait à la lettre. « Ce qui l’a fait trébucher. De là, une deuxième leçon d’envergure pour qui veut regarder en face l’avenir de l’UE: même avec un « homme providentiel » et le soutien résolu de Bruxelles, la loi des marchés, ça ne passe pas. Donc, pas d’échappatoire à une profonde réforme de la Banque centrale européenne, propre à donner aux Etats de la zone euro les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers.

Enfin,l’avenir de la démocratie en Europe est le troisième enjeu mis au jour par l’expérience Monti. Au plus haut niveau de l’UE, on a cru que le fait de propulser l’un des leurs -qui plus est un ancien de Goldman Sachs- sans élection à la tête d’un gouvenement « technique » grâce aux pressions des « investisseurs » sur les taux d’intérêts, était la solution idéale pour se libérer des contraintes de la démocratie élective. Une sorte de tutelle, en somme. Eh bien, c’est  raté!

28 février 2013 at 8:37 Laisser un commentaire

2013: L’ANNEE DES REVOLTES POPULAIRES ?

Wurtz-L-humanité-dimanche« L’euro est sauvé! » Tel est le dernier cri de victoire des dirigeants européens.On souhaiterait pouvoir se réjouir de ce type d’annonce et de l’espoir qu’il véhicule.Nous  n’avons,en effet,jamais sous-estimé les risques immenses que ferait courir aux peuples un éclatement de la zone euro: déchainement des spéculateurs; hyper-concurrence entre les travailleurs des pays de l’ex-zone; « dévaluations compétitives » en séries; sans oublier la flambée des nationalismes et des populismes de tout poil…

Pour autant,le message officiel sur la « fin de la crise » est à la fois cynique et inquiétant.
Il est cynique en ce qu’il banalise les souffrances inouïes que ces mêmes dirigeants sont décidés à continuer d’imposer aux Européens au nom de ce « sauvetage » qu’ils prétendent réussi. Les Grecs?La cure d’austérité délirante qui vient encore de faire plonger leurs revenus de 22,6% en un an (!) et prive 40% de la population d’assurance-maladie (!) se poursuit en 2013.Les Portugais?Eux aussi à bout ,à force d’ « économies » et de « réformes » ,vont,en 2013,voir alourdir encore leurs impôts tandis que les sociétés espèrent voir le leur s’alléger de 25% aujourd’hui à 10% demain -un record!Les  Irlandais ?Bruxelles les félicite vivement pour la sévérité du « choc de compétitivité » enduré depuis plus de quatre ans…mais les enjoint fermement à poursuivre ce plongeon social cette année.Les Chypriotes?Ils payent au prix fort l’exposition des banques du pays à la dette de la Grèce si proche et subissent à leur tour le coup de massue exigé par la « troïka »,tout en attendant dans la douleur depuis juillet dernier le premier euro d’ « aide »européenne.Plus près de nous,les Espagnols et les Italiens voient-ils s’éloigner le spectre de la crise? Les premiers viennent de qualifier leur loi de finances 2013 de « budget le plus austère depuis le retour de la démocratie ». Les seconds font le bilan de l’action du « sauveur  de l’Italie »(Mario Monti) qui a placé son pays « à l’épreuve de la survie » (titre d’un rapport qui fait grand bruit à Rome) .Or le voeu le plus cher de ses pairs européens est qu’il puisse continuer son œuvre cette année.Quant aux Français,le Président les a lui-même prévenus que,du fait de ses « choix pas faciles pour la compétitivité », « ça va être très dur » en 2013.

Oser parler de « sortie de crise » dans ce contexte révèle le peu de considération de ces dirigeants européens pour la dimension humaine et sociale de la crise de leur système. Désormais tranquilisés sur le sort de l’euro,ils risquent même de se montrer plus insensibles encore à l’enfer que leur « thérapie » fait subir aux peuples,plus sourds encore aux grondements qui montent des sociétés. C’est cette faute qui risque de changer la donne, en faisant de 2013 l’année des révoltes populaires.
Cette perspective confère aux forces de gauche une responsabilité essentielle:faire tout ce qui dépend d’elles pour que ces révoltes ne se traduisent pas par des émeutes du désespoir mais par des « insurrections » politiques,démocratiques,citoyennes et porteuses d’exigences claires de transformations sociales.A mesurer la mutation très prometteuse de la Confédération européenne des syndicats,la percée de formations progressistes clairement attachées au changement en Europe,les convergences à l’œuvre contre les politiques d’austérité,y compris parmi des économistes réputés « modérés »,l’élévation sans précédent du débat d’idées sur les transformations à opérer à la Banque centrale européenne pour contrer la domination des marchés financiers,la force des exigences démocratiques …,il est permis d’espérer .Bonne année 2013 !

5 janvier 2013 at 12:00 Laisser un commentaire

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