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CHYPRE : UNE PRESIDENCE ATYPIQUE DE L’UE

Le 1er juillet prochain,celui qui deviendra pour six mois le « Président du Conseil européen », Demetris Christofias,Chef de l’État chypriote,n’est autre que la principale figure communiste de l’île.Ce fait -inédit!- suffirait à faire de ce second semestre 2012 celui d’une présidence atypique de l’Union européenne.

De là à rêver d’une période de mutation progressiste accélérée de la construction européenne,il y a un pas qu’il serait déraisonnable de franchir.D’abord,parce que Chypre,dont le poids tant démographique qu’économique est très relatif,ne peut prétendre bousculer les rapports de force qui régissent les institutions européennes actuelles.Ensuite,du fait que ce pays souffre d’un double handicap que les plus puissants des « 27 » ne se priveront pas,le cas échéant,d’exploiter à leur profit: l’occupation de toute la partie nord de l’île par la Turquie (un Etat qui compte dans la région!) et une situation financière critique due à une très forte exposition du secteur bancaire chypriote à la dette du voisin grec.Enfin,parce que l’accès à la présidence tournante du Conseil européen n’est pas la prise du Palais d’hiver! Le pays concerné peut imprimer sa marque,pas « renverser la table ».Pour changer l’Europe,il n’y a ni miracle ni raccourci. C’est d’abord un combat politique constant des peuples et des citoyens,relayé par des élus -et si possible des gouvernements, notamment des pays les plus influents-  décidés à prendre le taureau par les cornes.

Pour autant,cette « présidence chypriote » n’est pas banale et appelle toute notre attention.Voilà,en effet,un pays qui cumule plus de spécificités géographiques,culturelles,historiques et politiques que tout autre pays membre et dont le sort devrait à ce titre beaucoup plus fortement impliquer l’UE.

Qu’on en juge:c’est une île située à un jet de pierre de…Beyrouth,donc au coeur de la Méditerrannée -aujourd’hui zone de crise aigüe,mais potentiellement,demain,espace de coopération exceptionnel entre l’UE et le Moyen Orient.C’est aussi l’un des rares pays de l’UE non membres de l’OTAN dans une  région où les armes s’accumulent dangereusement (y compris des éléments du « bouclier antimissile » que l’OTAN,y compris la France,vient d’approuver).

Par ailleurs,la population de Chypre est composée de communautés très diverses,en particulier gréco-chypriote et turco-chypriote: créer les conditions d’un « vivre ensemble » durable et de leur égalité de droits est une exigence fondamentale.Elle se heurte pourtant à l’obstacle crucial que l’on sait:l’île est divisée depuis 38 ans,sa partie septentrionale (où vit l’essentiel de la communauté turco-chypriote) est occupée par 40 000 soldats turcs.Ankara y entretient une « république » d’opérette qu’il est seul à reconnaitre.Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sont foulées au pied. On imagine les plaies vives que représentent les problèmes liés à cette tragédie.Un terrain fertile pour le nationalisme et le populisme,qui plus est par ces temps de crise…

Dans ce contexte,l’existence d’un parti  démocratique et responsable comme AKEL (communiste),profondément ancré dans le peuple,et qui doit son autorité à son engagement constant aussi bien contre le nationalisme grec que l’occupation turque et pour la réunification de l’île,est une grande chance pour ce pays et  pour l’Europe. Puisse la visibilité  qu’offre cette présidence de l’UE aux enjeux chypriotes contribuer à leur solution!

28 juin 2012 at 10:07 Laisser un commentaire

Le gouvernement et « l’Europe solidaire »

« La culture de la solidarité se répand dans la zone euro » s’est félicité le ministre de l’économie, Pierre Moscovici, en saluant la décision de l’Eurogroupe d’accorder une « aide » de 100 milliards d’euros à l’Espagne pour sauver ses banques. « C’est la solidarité sans austérité » a-t-il même ajouté.  Le ton du PS a sensiblement changé depuis les promesses de son candidat de « réorienter l’Europe » en commençant par la « renégociation » du traité sur la discipline budgétaire! Solidaire,l’Europe de Merkel et de Draghi (BCE)? Vraiment?En vérité,la mariée est trop belle…

L’Espagne est la troisième économie de la zone euro. Elle « pèse » à elle seule le double des trois autres pays sous assistance financière (Grèce,Portugal,Irlande) réunis!Or, son secteur bancaire a accumulé 184 milliards(!) d’euros de créances vraisemblablement non recouvrables. Ces pertes représentent 60% de ses actifs. Le risque d’écroulement , avec des conséquences potentiellement ravageuses sur tout le système financier européen et au-delà, était donc pris très au sérieux.

Voilà pourquoi les dirigeants européens trépignaient d’impatience d’obtenir du Chef de gouvernement espagnol qu’il accepte de demander cette aide « solidaire »… dont il ne voulait à aucun prix. Comment comprendre que ce conservateur ,libéral à tout crin,ait tant résisté à ses amis européens avant de céder à ce que le quotidien madrilène a aussitôt qualifié de « coup dur »?

D’abord,il s’agit d’un prêt équivalant à 10% des richesses nationales.Il va donc falloir le rembourser rubis sur l’ongle .En attendant, il va alourdir d’autant la dette espagnole et,par voie de conséquence, les contraintes drastiques liées à l’obligation de réduire celle-ci dans des délais déjà intenables.Ensuite, l’Eurogroupe a,sans surprise,annoncé qu’elle « surveillerait de très près,et réguliérement,les réformes structurelles  » à réaliser.Enfin, les Espagnols,pour ces raisons même, sont légitimement meurtris de devoir se soumettre à cette tutelle, eux qui subissent déjà le coût social exorbitant des précédentes « réformes » que le très dur ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble,avait lui-même qualifiées d’ « impressionnantes ».Où Pierre Moscovici voit-il se répandre une culture de solidarité dans les sphères dirigeantes européennes?

Il faut d’autant plus se poser la question qu’au même moment vient de débuter au Parlement européen et au Conseil (les représentants des 27 gouvernements) l’examen,en séance pléinière,de deux nouveaux règlements (le « two-pack ») s’ajoutant à l’imposant arsenal « austéritaire » dont la clé de voûte est le traité budgétaire. Le premier de ces textes est destiné à renforcer encore « le suivi et l’évaluation des projets budgétaires » de tous les Etats de la zone euro.Le second texte vise,quant à lui, à placer « sous surveillance poussée » les Etats qui bénéficient de ces fameuses « aides »,ainsi que ceux… »risquant de connaitre de sérieuses difficultés »-étant précisé que « l’intensité de la surveillance (…) peut aller (jusqu’) à un programme complet d’ajustement macroéconomique assortie de conditions strictes en matière de politique économique. »

On le voit, « la culture de la solidarité se répand dans la zone euro » comme une trainée de poudre! Le nouveau langage du gouvernement français sur les enjeux européens prépare-t-il un recentrage post-électoral? Il devrait en tout cas inciter quiconque attaché à la réussite du changement à faire tout le possible pour permettre au Front de Gauche d’exercer son influence vigilante et constructive tant dans les assemblées élues que dans le pays.

14 juin 2012 at 1:36 Laisser un commentaire

« PLUS D’ EUROPE » ? LAQUELLE ?

« J’ai toujours dit que nous avons besoin de plus d’Europe et que cela signifie que plus de compétences doivent être attribuées à la Commission »,quitte à apporter des changements au traité de Lisbonne,vient de déclarer Angela Merkel, ajoutant qu’ « il ne faut pas qu’il y ait de tabous. » De quoi parle-t-on au juste?

On en a une petite idée avec les « recommandations » que l’institution bruxelloise vient d’adresser à la France (30/5/2012).D’abord,il faut,juge-t-elle,combler « l’écart considérable » qui sépare les économies budgétaires réalisées par Nicolas Sarkozy de celles qui sont réellement nécessaires pour atteindre l’objectif de 3% de déficits publics en 2013. Cela suppose selon elle « des efforts additionnels »,par exemple des coupes supplémentaires dans les dépenses de santé. Ensuite,la Commission somme la France de doper ses exportations « incapables de faire face à la demande mondiale » . Elle préconise pour ce faire des « réformes structurelles » telles que:la modération des salaires (dont « l’augmentation relativement rapide au cours de la dernière décennie » pose problème); le renforcement de la concurrence (en particulier dans les domaines de l’électricité et du transport ferroviaire); l’assouplissement du marché du travail (pour corriger sa « segmentation » dû au « haut degré de protection légale » des contrats de travail);la poursuite de l’allongement de l’âge de la retraite ( car la réforme-Sarkozy, »positive »,ne suffit pas pour équilibrer le régime des retraites à moyen terme); la possibilité pour les entreprises de procéder à des licenciements économiques (afin d’améliorer leur rentabilité et leur compétitivité),etc… Bref, Sarkozy est mort, vive Sarkozy-plus!

En jouant ainsi au maître d’école de la doctrine libérale, ignorant délibérément le message très clair que les citoyens viennent d’adresser à ses nouveaux dirigeants,la Commission européenne applique les pouvoirs accrus que les gouvernements et la majorité du Parlement européen lui ont attribués en décembre dernier – pouvoirs qui sont appelés à être encore complétés et aggravés ce mois-ci par deux règlements supplémentaires. Désormais,non contente d’être,depuis peu,habilitée à contrôler le budget des Etats, la Commission surveille leur politique économique et sociale,jusqu’à pouvoir les sanctionner financièrement s’ils ne respectent pas les objectifs fixés (chaque Etat conserve le choix des moyens,sauf si ceux-ci sont suspectés de représenter un risque pour la « stabilité de la zone euro »).

Et pourtant, tout cet arsenal législatif  a paru insuffisant à la Chancelière allemande puisqu’elle a exigé ,en plus,de graver ces dispositions (et d’autres)  dans le marbre d’un traité!C’est dire s’il est crucial de le rejeter pour réussir « le changement maintenant »!

Enfin,la vigilance est de mise par rapport aux nombreux ballons-sondes lancés (par la BCE, la Commission ou tel dirigeant national) pour tester,à la faveur de la crise,leur acceptabilité par les citoyens européens.Le dernier exemple en date est l’idée de transférer à l’échelon européen le contrôle des banques,ce qui viderait la souveraineté nationale et populaire de toute maîtrise du « nerf de la guerre ».

Comment réagira la France de gauche à cette fuite en avant vers un fédéralisme libéral ? Rappelons qu’il existe une alternative qui nous libèrerait de la dépendance des marchés financiers et permettrait de financer ensemble le développement commun: puisque Madame Merkel elle-même déclare qu’ « il ne faut pas de tabou » et n’exclut pas de changer le traité de Lisbonne,le moment n’est-il pas venu d’ouvrir en grand le débat sur la transformation des missions et des statuts de la Banque centrale européenne? Oui à « plus d’Europe »…sociale,écologique et solidaire!

7 juin 2012 at 10:55 Laisser un commentaire

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