Posts filed under ‘George W. Bush’

LES FONDEMENTS DE CLASSE DE L’ACTUELLE « EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimanche          Face à l’exaspération suscitée par les politiques, tout comme les pratiques, des dirigeants européens , la question est de plus en plus posée: comment nourrir une dynamique visant à « refonder l’Europe », autrement dit encourager les citoyens à contester les fondements de classe qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est progressivement devenue. Cela suppose d’abord de désigner clairement les orientations et les structures avec lesquelles il faut absolument arriver à romHD-1306pre.

Ainsi, il est essentiel de mettre en cause la mise en concurrence généralisée: « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée ». Nombre de règles ravageuses se rapportent à ce principe cardinal de l’ « Europe » actuelle: la « libre circulation » sans « entrave » (des biens,des services,des capitaux); l’obligation d’ouvrir les entreprises publiques de service public à la concurrence; le dumping social et fiscal; l’obsession de la « compétitivité » et du libre-échange…Refuser cette logique est nécessaire pour ouvrir la voie aux politiques coopératives sur le plan économique (coproductions,politique industrielle concertée ,réduction coordonnée des inégalités de développement …) et aux stratégies solidaires sur le plan social (sécurisation de l’emploi et de la formation pour chacune et chacun, priorité commune à la promotion des capacités humaines , salaire minimum adapté à chaque pays,harmonisation fiscale…)

Autre tendance lourde de l’ « Europe » actuelle à contrecarrer:  la financiarisation galopante de l’économie, d’où découlent tant de plaies (austérité , précarité,  chômage , asphyxie des services publics…) Refuser cette logique de soumission aux exigences des « investisseurs » sur le marché financier permet d’ aborder la question décisive des nouvelles missions à confier à la Banque centrale européenne (BCE) et d’un rôle radicalement nouveau pour l’euro; de demander la suppression du pacte de stabilité et la remise en cause du traité budgétaire comme des directives ou règlements qui s’y apparentent; d’ exiger une véritable chasse aux paradis fiscaux , l’instauration d’une taxe effective sur les transactions financières et le vote d’une réforme fiscale fondée sur la justice sociale et l’efficacité économique; bref de demander que tous les moyens soient mobilisés pour créer de la monnaie et utiliser l’argent en faveur de l’emploi, de la formation, des services publics, de la transition écologique .

Enfin, il faut s’attaquer à la verticalité des pouvoirs dans l’actuelle construction européenne : les traités (qui prétendent imposer définitivement un modèle libéral ); la BCE (« indépendante »); la Commission (et son arrogante « gouvernance économique »); la Cour (aux pouvoirs exorbitants et sans recours ); sans oublier la concentration de leviers de commande de fait au niveau des États dominants, à commencer par l’Allemagne de Madame Merkel…Refuser cette logique veut dire agir pour impliquer les citoyens dans l’élaboration des grands choix politiques européens, le contrôle des décisions et l’évaluation de leurs effets; obtenir des droits d’intervention pour les salariés sur la gestion des entreprises; faire respecter les prérogatives des assemblées élues, à commencer par les parlements; en un mot pour faire vivre la démocratie et la souveraineté populaire.

Chacun comprend que toute avancée sur cette voie suppose de faire converger dans la réflexion comme dans l’action des forces nombreuses et diverses aspirant au changement . C’est dire si l’ambition de « refonder l’Europe » suppose un grand effort de pédagogie politique et une stratégie de rassemblement bannissant résolument toute étroitesse!

15 juin 2013 at 5:23 4 commentaires

L’EUROPE ET CHAVEZ : QUELQUES EXPÉRIENCES VECUES

wurtz-l-humanite-dimanche                Ma première expérience européenne de l’ère Chavez se situe un an après l’élection du « Commandante », en décembre 1998. L’effondrement simultané et spectaculaire, lors de ce scrutin, des deux forces politiques qui s’étaient , trente ans durant, partagé le pouvoir (la démocratie chrétienne et la social-démocratie) laisse deviner le degré de sympathie que nourrissaient les dirigeants des principaux partis européens à l’égard du nouveau leader de Caracas…Prôner devant eux une initiative de solidarité européenne en direction du Vénézuéla revenait à leur suggérer d’attribuer le Prix Sakharov à Fidel Castro !
Ils ont pourtant dû faire contre mauvaise fortune bon coeur au moment où le nouveau gouvernement vénézuélien a eu à affronter sa première et très douloureuse épreuve. Le 15 décembre 1999, des pluies torrentielles venaient de provoquer non loin de la capitale de gigantesques glissements de terrain,entraînant dans les éboulements les innombrables habitations ultra-précaires des favélas de cette région sinistrée. Le bilan de ce drame de la misère -15 000 morts! – imposait à l’Europe de réagir. Nous avions donc proposé à la Conférence des présidents de groupe l’envoi d’une délégation officielle du Parlement européen, porteuse d’une mission de solidarité humaine et matérielle. La proposition fut, bon gré, mal gré, acceptée à l’unanimité. Nous nous rendirent sur les lieux de la catastrophe avant d’avoir un entretien approfondi avec le Président Chavez, dont l’engagement dans une action résolue contre la pauvreté massive dans ce pays riche de ses hydrocarbures  impressionna toute la délégation. L’espace d’une rencontre, le climat ne fut plus à la confrontation , mais à la coopération.

La deuxième expérience que je tiens à relater fut mois glorieuse pour l’Europe…Le 11 avril 2002, un coup d’Etat éclata à Caracas à l’initiative de quelques généraux félons , du chef du patronat et des propriétaires de grands media, avec le soutien de l’administration Bush. La totale !  Et l’Union européenne, cette championne de l’Etat de droit ? Elle…avalisa immédiatement le putsch par une Déclaration officielle de sa Présidence (espagnole). Son ambassadeur à Caracas rendit visite dès le lendemain – en compagnie de son homologue américain-  à l’imposteur, Pedro Carmono. Celui-ci héritera du surnom de « Pierre-le-Bref », car il dut prendre la fuite quelques heures plus tard, quand la formidable mobilisation populaire permit le retour du Président légitime. Chavez rappellera cette forfaiture aux dirigeants espagnols, tout en réitérant à l’Union européenne son offre de coopération. En vain.

Un troisième épisode illustre parfaitement cette incapacité de l’UE telle qu’elle est à saisir l’opportunité de construire de nouvelles relations avec les jeunes démocraties qui, depuis la brèche historique ouverte par Chavez, ont émergé dans cette région. Il s’agit du quatrième sommet Europe-Amérique latine qui s’est réuni à Vienne en mai 2006. A l’attente d’un « nouveau partenariat » axé sur les droits des populations défavorisées, les Européens ont répondu « libre-échange » conformément à « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre. » Au « sommet alternatif » des mouvements sociaux qui se tint en marge de la rencontre officielle, Hugo Chavez tira devant nous la leçon de ce blocage: « Notre tâche est d’être des multiplicateurs de conscience, car de la conscience nait la volonté, et de cette volonté nait le projet ».
Chavez est mort,mais ce combat continue.

14 mars 2013 at 9:52 Laisser un commentaire

Arrogance et décadence du New Labour

La récente défaite du Parti travailliste a une portée politique qui dépasse de loin celle d’un échec électoral. Quelques rappels ne sont pas superflus. Nous sommes en juin 2005, tout l’establishment européen est en émoi après le rejet du traité constitutionnel. L’Europe libérale est sur la sellette. Hasard du calendrier : nous sommes également à la veille du semestre de présidence britannique de l’Union européenne. Tony Blair, fringant et sûr de lui, prend la parole devant l’hémicycle bondé du Parlement européen. D’emblée, il fait la leçon à tout le monde : « Quelle est la signification du “non” ? Cela veut-il dire que les citoyens ont lu le traité et qu’ils ne sont pas d’accord avec tel ou tel article ? » Puis, plaçant les mains sur ses hanches : « Qui peut le croire ? » Non, il nous l’assure, les orientations politiques européennes ne sont pas en cause. Tout n’est qu’une question de « leader-ship ». À l’appui de sa thèse, il nous invite, sans se départir de son perpétuel optimisme, à mesurer les changements remarquables intervenus en Grande-Bretagne sous sa direction.

Notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) décide aussitôt de se rendre à Londres, à la rencontre des principaux syndicats et d’observateurs progressistes de la « troisième voie ». Nous leur demandons leur propre vision du modèle social « modernisé », vanté par leur premier ministre. Les réactions reflètent une très sérieuse érosion de l’aura initiale du New Labour… Huit ans d’ « ère nouvelle » ont manifestement suffi pour décevoir les plus confiants et conforter les plus sceptiques. Certes, ils ne nient pas les mesures de rattrapage des pires séquelles de 18 ans de règne conservateur, dont 11 ans de thatchérisme pur et dur, comme les augmentations des dépenses de santé et d’éducation, ou les aides aux enfants les plus pauvres. Mais la rupture attendue avec la logique profonde de la politique de la Dame de fer n’est pas venue : inégalités cruelles, retraites de misère, médiocrité (et cherté) des services publics, hyperprécarité, appel aux solutions individuelles, mépris des syndicats… se poursuivent, nous ont-ils laissé entendre. De même que le culte de la privatisation : les fameux « partenariats public-privé » (importés depuis en France) prolifèrent. Cinq ans plus tard, malgré le départ forcé de Tony Blair et son remplacement par Gordon Brown, qui passait alors pour le héraut de l’aile sociale du New Labour, le même modèle a prévalu. Avec les résultats que l’on sait.  

On comprend mieux, dès lors, qu’on puisse lire sous la plume d’un Jose Maria Aznar, figure de la droite espagnole, que « Tony Blair est un des rares dirigeants de gauche qui a su comprendre la mondialisation et y apporter une réponse intelligente. « La complicité des deux hommes ne s’est d’ailleurs pas limitée au champ économique et social. On les vit, côte à côte, dans toutes les aventures militaires menées par George W. Bush, de Bagdad à Kaboul. En guise de récompense, l’ex- Premier ministre se vit proposer, en quittant le « 10, Downing Street », de représenter le « Quartet » – ensemble composé des USA, de l’UE, de la Russie et de l’ONU – pour le suivi et la prise d’initiatives communes en Palestine. L’absence notoire, à ce jour, de tout investissement politique digne de ce nom dans cette tâche potentiellement si importante achève à mes yeux de déconsidérer cet ancien prétendant à la rénovation de la gauche et de l’Europe. La défaite du New Labour est d’abord la sienne.

Par association d’idées, la « reconversion » d’autres dirigeants européens de la même période me revient à l’esprit. Madame Ferrero-Waldner dirigeait le secteur des relations extérieures de la Commission européenne. Elle exerce à présent ses talents auprès du réassureur allemand Munich Re. L’ancien puissant vice-président de la Commission, en charge du portefeuille de l’Industrie, M. Günter Verheugen, est passé à la banque britannique BBS. Quant à l’ancien commissaire ultralibéral au Marché intérieur, M. McCreevy, il vient d’être autorisé à rejoindre le conseil d’administration de la compagnie Ryanair, où il a été invité à éviter les conflits d’intérêts…

13 mai 2010 at 3:17 Laisser un commentaire

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