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Le 25 janvier prochain, les Grecs voteront. La perspective d’une victoire de Syrisa provoque un véritable branle-bas de combat dans les milieux dirigeants européens. Le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, et son associé français, Pierre Moscovici, ainsi que le lugubre ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, avaient ouvert le ban en multipliant « conseils » et menaces pour tenter d’impressionner les citoyens de ce pays martyr, dans l’espoir de les dissuader de porter au pouvoir une force décidée à tenir tête à la « troïka » (1). A présent, c’est Angela Merkel en personne qui entonne l’air favori de son électorat le plus réactionnaire en agitant le bâton d’une expulsion de la Grèce de la zone euro si son futur gouvernement refusait de payer la « dette » -un fardeau , en vérité, largement illégitime et devenu irrécouvrable du fait même des purges drastiques qui ont étouffé l’économie et déstabilisé la société. C’est dire combien ce scrutin concerne tous les Européens qui aspirent à de vraies ruptures avec l’obsession « austéritaire » et les pratiques autoritaires de l’ « Europe » actuelle!
La -désormais probable- accession de notre ami Alexis Tsipras aux plus hautes responsabilités à Athènes et donc jusqu’au Conseil européen créerait une situation radicalement nouvelle. Le souffle nouveau que susciterait, selon toute vraisemblance, cette brèche dans le système européen aujourd’hui verrouillé ouvrirait un peu partout aux forces de progrès une perspective enthousiasmante. Dans le même temps, il serait irresponsable d’ignorer la complexité de la situation du fait du rapport des forces. C’est donc le moment ou jamais de pousser la réflexion sur les changements à promouvoir et de confronter les idées sur les initiatives à prendre pour en créer les conditions. La solidarité, cela se construit !
C’est dans ce contexte que va se tenir, le samedi 17 janvier prochain -à huit jours du vote grec- une série de débats réunissant des invités de marque (d’origine et de sensibilité diverses, mais à l’expérience reconnue), des animateurs clairement à gauche, et le public (qui aura la parole) (2). Outre la situation propre à la Grèce avec la funeste « troïka », les thèmes qui y seront abordés sont ceux qui font débat dans notre pays comme ailleurs : l’euro; l’emploi et la politique industrielle; la « libre circulation des personnes » dans sa double dimension -positive, avec le rapprochement des peuples, et négative, avec la mise en concurrence des travailleurs, comme les fameux « travailleurs détachés ». La désastreuse politique migratoire de l’Union européenne sera également à l’ordre du jour.
En outre, l’enjeu politique fondamental de la période -« Quelle réponse au séisme politique européen : « assouplissements »? , « réformes »? , « reconstruction »?- fera l’objet d’une confrontation d’idées cruciale. Enfin, les enjeux internationaux seront traités sous trois angles: l’ Europe et la crise ukrainienne; son action face au réchauffement climatique; et le « Grand marché transatlantique ».
Si les animateurs et les animatrices de ces débats sont toutes et tous liés à la Fondation Gabriel Péri (Marine Roussillon, Dominique Bari, Daniel Cirera et votre serviteur), les invités seront clairement pluralistes! Ainsi se succèderont des responsables syndicaux bien connus (Denis Durand, de la Banque de France; Marie-Claude Caillebaud,de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT; Francine Blanche, de la Direction confédérale de la CGT) ; la représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne, Natasa Theodoracopoulou; le directeur de l’Institut Jacques Delors, Yves Bertoncini; une journaliste grecque, rédactrice en chef de la revue Alètheia, Vicky Skoumbi; un Ambassadeur de France et ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Loïc Hennekine; un membre du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) et membre de l’Académie des Sciences, Hervé Le Treut; le directeur de la Fondation Madariaga- Collège d’Europe, de Bruxelles, Pierre Defraigne.
C’est ce qui s’appelle bien commencer une année 2015 aux si lourds défis européens. Rendez-vous
le 17 janvier !
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(1) Voir « Les hontes de l’Europe à affronter en 2015 » – Humanité Dimanche du 23/12/2014
(2) « Europe: une crise existentielle. Et maintenant ? »Ce colloque, sous l’égide de la Fondation Gabriel Péri, se déroulera à l’Université de Paris 8-St Denis (Métro : Saint-Denis Université) le 17/1/2015 , de 9h30 à 17h30 et sera ouvert à tous. Pour s’inscrire : fondation@gabrielperi.fr
7 janvier 2015 at 12:42
« L’Union européenne est submergée par une avalanche de scepticisme et de mécontentement, aussi bien parmi ses citoyens qu’à l’extérieur: tous déçus et tous critiques. Le Pape aussi ! » constate avec amertume un observateur de longue date de cette vieille construction aujourd’hui en crise existentielle. (1) Le Pape François, en effet, n’avait pas mâché ses mots dans son Discours devant l’Hémicycle de l’Assemblée de Strasbourg , il y a tout juste un mois (25/11/2014). D’abord pour fustiger le fait qu’on puisse « tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière » . Il s’était déjà précédemment indigné avec force devant l’accoutumance à l’inacceptable, lors du terrible naufrage d’une embarcation de migrants venus chercher refuge en Europe, en s’écriant : »Un seul mot me vient à l’esprit: la honte ! » Mais, cette fois-ci, son interpellation des responsables européens visait plus largement à attirer l’attention sur une valeur que la Charte des Droits Fondamentaux ( intégrée dans le Traité de Lisbonne depuis 2007 et ayant en principe force juridique contraignante ) consacre comme le premier des droits : la dignité. (2) « Promouvoir la dignité de la personne -rappela François avec pertinence- signifie reconnaitre qu’elle possède des droits inaliénables dont elle ne peut être privée au gré de certains. Et encore moins au bénéfice d’intérêts économiques ».
Or, à cet égard, ce n’est plus d’une honte qu’il faut, hélas, parler dans l’Europe d’aujourd’hui, mais d’une succession de hontes. Limitons-nous en à trois illustrations particulièrement scandaleuses de cette dérive qui ont marqué 2014 et qu’il est vital d’affronter en 2015 au nom de la simple éthique humaine.
L’humiliation du peuple grec mis sous tutelle par la « troïka » (Commission européenne, Banque Centrale Européenne, Fonds Monétaire International) entre parfaitement dans cette catégorie! Et elle aborde en ce moment même une nouvelle étape. Paniqués par la perspective d’une probable victoire de nos amis de Syrisa (et de son très populaire leader, Alexis Tsipras ) en cas d’élections législatives anticipées (ce que prévoit la Constitution grecque si le Parlement ne trouve pas la majorité nécessaire à la désignation du Président du pays), Bruxelles s’agite avec son complice, l’actuel Premier Ministre de droite et docile exécutant des purges drastiques qui entrainent le pays dans une véritable descente aux enfers. « Je crois que les Grecs (…) savent parfaitement ce que de mauvais résultats électoraux signifieraient pour la Grèce et la zone euro » s’est permis de lancer à l’adresse des citoyens d’un pays souverain Jean-Claude Juncker, le nouveau patron de la Commission de Bruxelles -ajoutant qu’il préférait que des « têtes connues » accèdent à nouveau au pouvoir à Athènes ! Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le candidat à la présidence du pays soumis au vote des députés grecs a, lui aussi, été choisi pour être « européo-compatible » C’est …un ancien commissaire européen ! Son élection, a aussitôt précisé Bruxelles, « serait un signal fort pour l’Europe »! Ce nouveau chantage indigne, oui, c’est une honte !
Il en va de même pour le traitement des migrants : à la suite des naufrages répétés, en Méditerranée, une opération fut lancée pendant un an , qui a permis de sauver plus de 150 000 personnes en perdition. Cette opération vient d’être remplacée par un dispositif européen « plus soucieuse de protéger les frontières que les êtres humains » (Amnisty International). Encore une honte!
Enfin, comment ne pas s’indigner d’apprendre, par un rapport du Sénat américain, que 17 Etats membres de l’Union européenne ont abrité des centres de torture sous contrôle américain entre 2001 et 2008 ! La honte ! Et dire qu’au même moment, les dirigeants européens adoptaient, en 2003, de concert, une « Stratégie européenne de Sécurité » (toujours en vigueur) dans laquelle on peut lire : »Unis, l’UE et les Etats-Unis constituent une formidable force au service du Bien dans le monde »! Vous avez dit « Dignité »?
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(1) Fernando Riccardo, Directeur de l’Agence « Europe » (6/12/2014)
(2) La Grande-Bretagne, la Pologne et la République tchèque avaient demandé et obtenu , par dérogation, que cette Charte ne soit pas contraignante pour elles-mêmes…
25 décembre 2014 at 4:49
En maintenant indéfiniment le « Parti des Travailleurs du Kurdistan » (PKK) sur la liste des « organisations terroristes », l’Union européenne et ses États membres veulent-ils égaler le record de bêtise des États-Unis , qui avaient conservé Nelson Mandela et l’ANC sur la funeste « liste noire » jusqu’en …2008, soit 17 ans après l’abolition de l’apartheid ? La France peut, en prenant unilatéralement la décision de mettre un terme à toute stigmatisation de ce parti kurde, rouvrir la discussion sur le plan européen au sujet de ce qu’est réellement le PKK aujourd’hui. Il serait temps! L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe -qui n’est pas, que l’on sache, peuplée de suppôts du terrorisme, mais d’élus de tous les pays du continent sur les enjeux de la démocratie et des droits humains- a adopté le 23 avril 2013 par 150 voix sur 161 (!) une résolution selon laquelle le PKK ne doit pas être considéré comme une organisation terroriste.
Pourquoi est-il totalement injustifié, voire outrageant, au regard du rôle que jouent aujourd’hui celles et ceux qui se reconnaissent dans cette organisation, de maintenir le PKK sur cette liste mortifère ? Retour sur quelques points de repères.
En 2002 -alors même que le PKK observait unilatéralement un cessez le feu depuis trois ans malgré la répression féroce que subissaient les Kurdes- le pouvoir turc a demandé à ses alliés de l’OTAN de criminaliser ce parti. Les États-Unis se sont aussitôt exécutés, suivis de l’Union européenne. Cette mesure a eu des conséquences dramatiques pour des milliers de Kurdes : en Turquie bien sûr, où le Pouvoir s’est senti légitimé dans sa répression antikurde; mais aussi dans plusieurs pays de l’UE, où nombre de militants ou de sympathisants du PKK ont subi des violations graves de leurs droits (liberté d’expression et de réunion notamment), quand ils n’ont pas connu procès, prison ou expulsion. En vain. « La liste terroriste n’a pas réussi à atteindre une quelconque réduction du terrorisme » souligne une association de juristes européens. Mais, en tout état de cause, poursuit-elle, « Lorsque les circonstances concrètes sur lesquelles ( des décisions d’interdiction) étaient basées ne sont plus valides, ces décisions doivent être annulées ».(1)
Tel est le cas du PKK. Son leader, Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 15 ans, a proclamé unilatéralement à six reprises (trois avant son incarcération, trois depuis lors) un cessez-le-feu resté sans effet sur la stratégie ultra-répressive du Pouvoir turc à l’égard du mouvement kurde. En outre, le PKK a renoncé à son objectif de créer un État kurde indépendant et a opté pour une « autonomie démocratique » dans le cadre de la Turquie. S’y ajoute , depuis l’offensive des (vrais) terroristes de Daech (« État islamique »), la résistance héroïque des combattants et des combattantes du PKK ou d’organisations proches (PYD, YPG, YPJ) d’abord dans les Monts Sinjar, en Irak, où ils ont permis de sauver 200 000 Kurdes Yézidis abandonnés de tous, puis à Kobanê, en Syrie, où ils constituent le seul rempart contre la déferlante barbare des « djihâdistes ».Les soutiens aux (vrais) terroristes sont à rechercher…à Ankara ! Le pouvoir turc a pris le parti de Daech contre le PKK, au point de laisser tuer plus de…40 (!) manifestants kurdes demandant une aide militaire pour Kobanê alors très menacée (mi-octobre dernier), puis de laisser Daech attaquer Kobanê depuis le territoire turc en vue de lui permettre de briser la résistance victorieuse des combattants kurdes dans la Syrie voisine (fin novembre dernier). Enfin, le maintien du PKK sur cette liste indigne joue dangereusement en défaveur du succès du » processus de paix » engagé en toute discrétion depuis deux ans entre le Pouvoir Erdogan et Abdullah Öcalan -processus aujourd’hui gravement menacé. Mais ceci est un enjeu stratégique en soi sur lequel nous reviendrons dans une toute prochaine chronique.
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(1)Appel du 3/11/2014 de l’ Association Européenne des Avocats pour la Démocratie et les Droits Humains . L’ELDH (en Anglais) , organisée dans 18 pays, travaille notamment en partenariat avec l’Association Internationale des Juristes Démocrates .
18 décembre 2014 at 7:30
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