Posts filed under ‘GUE-NGL’
BREXIT, POPULISMES, CATALOGNE… OÙ VA L’EUROPE ?
Certains s’en réjouissent. Personnellement, je le déplore. Toujours est-il que les faits sont là : la construction européenne tend à se désintégrer sous nos yeux. Pour avoir, de longue date, fustigé des politiques et un mode de fonctionnement responsables de l’approfondissement continu de la crise politique en Europe, nous sommes un certain nombre à ne pas être surpris de la très dangereuse descente aux enfers à laquelle nous assistons depuis quelques temps. L’impression qui domine aujourd’hui est qu’un seuil critique est en train d’être franchi. On n’a jamais autant entendu parler dans l’Union européenne de faits « sans précédent » que ces derniers mois : le « Brexit »? Une sécession sans précédent depuis la création de l’UE ! L’entrée en masse de députés d’extrême droite au Bundestag allemand ? Une tache brune sans précédent depuis la victoire sur le nazisme ! Une région autonome de l’Espagne qui déclare unilatéralement son indépendance et qui est mise sous tutelle par l’Etat central ? Une épreuve de force sans précédent depuis le rétablissement de la démocratie dans ce pays ! Dans ce contexte dramatique, le risque est grand de voir se renforcer partout les tendances au repli et un recul général de l’esprit de solidarité et même du simple « vivre ensemble ». (1)
Certes, si l’on en croit les sondages, seule une minorité d’Européennes et d’Européens souhaite voir leur pays respectif quitter l’Union européenne. Ils ne seraient pas plus de 35% dans ce cas en Grèce malgré l’insoutenable calvaire que fait à ce peuple subir le quarteron de maîtres de la finance européenne. Ce chiffre tomberait à 22% en France et même à 11% en Pologne ou en Hongrie, dont les gouvernements sont pourtant en conflit ouvert avec Bruxelles. Sans doute les incertitudes économiques, les menaces sociales et le désarroi politique qui règnent chaque jour un peu plus en Grande-Bretagne depuis le vote en faveur de la « sortie » de l’UE ont-elles contribué à décrédibiliser les arguments simplistes des adeptes du « il n’y a qu’à quitter » comme solution alternative au dur combat pour changer le cours de cette « Europe ».
Encore faut-il que ce combat se renforce et s’élargisse suffisamment pour aboutir à des succès tangibles. C’est possible, comme l’illustre le regain de mobilisations dans bien des pays européens sur la révision de la directive sur le détachement des travailleurs ; l’interdiction du Glyphosate ou la remise en cause du traité CETA (libre-échange UE-Canada) qui met les dirigeants européens clairement sur la défensive. Pour les forces de progrès en Europe, c’est donc le moment où jamais de renforcer leurs actions communes pour des avancées sociales et écologiques concrètes. Pour commencer à bousculer les rapports de force. Et pour défendre l’esprit de solidarité sans lequel il n’est pas d’avenir.
——–
(1) Je ne cacherai pas ma stupéfaction de constater que Jean-Luc Mélenchon choisisse ce moment pour reprendre à son compte le mot d’ordre de Margaret Thatcher : « I want my money back ! » (« Rendez-moi mon argent ») , autrement dit pour remettre en cause le principe élémentaire de solidarité qui veut que les pays membres les plus riches financent notamment les fonds d’aide aux pays les plus en difficultés. (« Revue de la semaine » 27/10/2017)
QUE PENSER DU DISCOURS DE MACRON SUR l’ EUROPE ?
Pourquoi les discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron à Athènes, le 7 septembre dernier, puis à la Sorbonne, le 26 septembre, ont-ils impressionné positivement tant d’observateurs, y compris des hommes et des femmes authentiquement de gauche ? Et pourquoi devrait-on, à mes yeux, aider nos concitoyens à les décrypter avec soin pour en dénicher les ruses, les sous-entendus, voire les manipulations ?
C’est que nous avons affaire à un partisan déterminé d’une relance de l’Europe libérale qui dépasse en intelligence politique (certains diront : en machiavélisme…) tant ses deux prédécesseurs à l’Elysée que la classe politique bruxelloise dans son ensemble. C’est ainsi qu’il a compris que le refus de tenir compte de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel, en 2005, a laissé des traces profondes dans les esprits et que, faute de solder ce conflit démocratique majeur avec la majorité de nos concitoyens, le discours pro-européen est devenu inaudible. Cela donne : « En 2005, une page s’est tournée et nous ne l’avons pas vu tout de suite. C’est que l’Europe ne peut plus avancer à part des peuples. Elle ne peut continuer son destin que si elle est choisie, voulue ». (1) Pour avoir souvent rappelé cette évidence depuis 12 ans, nous ne pouvons qu’approuver cette -tardive-reconnaissance. Mais quelle leçon le Président en tire-t-il ? Qu’il convient de « refonder l’Europe » en inversant ses priorités comme le réclamait en 2005 -et le confirmerait sans doute aujourd’hui- la majorité des Français (« Europe libérale » vs « Europe sociale ») ? Évidemment non.
L’enseignement qu’il en tire, quant à lui, est, au contraire, qu’il lui faut désormais , pour arriver à ses fins, réussir à faire en sorte qu’une Europe encore plus libérale et aux lieux de pouvoirs encore plus concentrés au sommet…soit « choisie, voulue » par la majorité de notre peuple ! Un défi audacieux, qu’il espère relever grâce à une bataille d’idées qui soit en rapport avec le niveau de politisation du débat dans le pays. Il est manifestement convaincu -avec raison- que la lourde propagande européiste à la Juncker ou à la Moscovici n’est plus de nature à susciter l’envie d’Europe. Alors, il s’emploie, avec un certain talent, à rehausser d’un ou de deux crans la qualité de son argumentaire. A nous d’aiguiser la confrontation d’idées sur le contenu à donner à une « refondation » digne de ce nom. Disons-le d’emblée : il faudra autre chose que des slogans à l’emporte-pièce pour éclairer le plus grand nombre sur les chausses-trappes du discours macronien !
Certes, la politique ultra-régressive et autoritaire qu’il mène en France retire beaucoup de crédibilité au projet européen du Chef de l’Etat. Mais ne sous-estimons pas pour autant les illusions que peuvent engendrer a priori des formules telles que « notre génération peut choisir de refonder l’Europe aujourd’hui par une critique radicale », ou bien « l’Europe seule peut assurer une souveraineté réelle dans le monde actuel »(2) -des affirmations qui , partant d’un fond de vérité, peuvent désarmer l’esprit critique de partisans d’une « autre Europe ». Le thème-clé de la « sécurité » et de « l’Europe qui protège » est un autre mirage du discours présidentiel à dévoiler coûte que coûte, tant il est conçu pour faire taire les critiques de fond sur l’UE. Enfin, il y a lieu de passer au crible le copieux catalogue de propositions tous azimuts qu’avance Emmanuel Macron pour valider son image de « refondateur »: si certaines d’entre elles sont nouvelles et crédibles, nombre d’autres sont anciennes ou déjà réalisées de longue date, d’autres encore s’avérant en contradiction frontale avec des décisions de son propre gouvernement ! De belles luttes en perspective !
——–
(1) E Macron, Discours d’Athènes -7/9/2017
(2) E Macron, Discours de La Sorbonne -26/9/2017
MOINS DE GUERRES, PLUS DE DIPLOMATIE !
Cette semaine a débuté avec l’ouverture du débat annuel de l’Assemblée Générale des Nations-Unies et va s’achever avec, partout en France, le samedi 23 septembre, les « Marches pour la paix » à l’appel de 130 organisations ! (1) C’est l’occasion de nous arrêter sur quelques « dossiers » internationaux brûlants du moment. La gestion de la crise américano-nord-coréenne en tout premier lieu. Faute de pouvoir bombarder les sites nucléaires de Pyongyang du fait des risques incalculables qu’une telle aventure ferait peser sur la Corée du Sud, le Président des Etats-Unis s’était juré d’user du chantage à la famine de la population du Nord au moyen d’un blocus total des livraisons de pétrole indispensables à l’activité économique, même élémentaire, de ce pays. Or, celui qui se rêve toujours en shérif de la planète a dû se résoudre à ce qu’il déteste par-dessus tout : négocier un compromis , en l’occurrence avec deux autres « membres permanents » du Conseil de Sécurité : Pékin et Moscou -tous deux partisans d’une désescalade et d’une relance du dialogue. Mieux, alors que les dirigeants européens -France et Grande-Bretagne en tête- avaient d’abord soutenu Washington, les interventions des Présidents chinois et russe auprès de Paris ont permis d’isoler les jusqu’au boutistes : la Déclaration commune Poutine-Macron, tout en condamnant fermement les provocations du dictateur nord-coréen, appelle ainsi à des « négociations directes », présentées comme le moyen « exclusif » de résoudre la situation.
Ce ne sera pas le seul sujet à l’ordre du jour de ce rendez-vous diplomatique universel sans équivalent qu’est l’Assemblée Générale de l’ONU ! 193 nations, souvent représentées au plus haut niveau -le Président français s’y est rendu avec six ministres !- y échangent sur les affaires du monde. De quel côté pencheront les résultats de ces pourparlers officiels ou informels ? Cela dépendra en grande partie du climat politique que les peuples, les « opinions publiques », auront réussi à susciter sur chaque enjeu concerné. Exemple-type d’un grand sujet diplomatique sur lequel la position française a sensiblement évolué sous l’effet de l’isolement international qu’avait entraîné son attitude antérieure : l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien. Paris fut longtemps , au grand soulagement du gouvernement d’Israël ou de la pétro-monarchie d’Arabie saoudite, qui rêvent tous deux depuis toujours d’en découdre avec Téhéran, l’obstacle principal à la conclusion positive des négociations. Aujourd’hui, la France se range parmi les pays qui tentent d’empêcher l’irresponsable locataire de la Maison Blanche de torpiller le bon compromis de 2015. Autre grand accord international qui fait l’objet de discussions destinées à le sauver coûte que coûte des velléités de détricotage -pas exclusivement américaines- : l’accord de Paris sur le climat. Dans cette affaire aussi, la mise en oeuvre effective des engagements pris ne sera pas sans rapport avec l’ampleur de la mobilisation des peuples dans la lutte contre les dérèglements climatiques . Quant au terrible conflit syrien, il sera nécessairement à l’ordre du jour des entretiens onusiens, notamment pour arracher un soutien international aux négociations d’Astana ( Kazakhstan ), pilotées par la Russie, la Turquie et l’Iran, seul espoir à ce jour d’une désescalade susceptible d’ouvrir un jour la voie à une solution politique à cette tragédie. C’est avec tout cela -et bien d’autres questions encore- à l’esprit que je marcherai pour la paix, samedi prochain.
——-
(1) Parmi lesquelles le PCF, Ensemble!, EELV, la CGT, la FSU, l’Union syndicale Solidaire, Femmes Solidaires, le MJCF, la JOC, la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP, et, naturellement le Mouvement de la Paix, avec le soutien de l’Action Catholique Ouvrière et du CCFD.




Commentaires récents