Posts filed under ‘HD’
Les jours passent sans que rien ne bouge du côté des dirigeants européens pour débloquer enfin les crédits promis à la Grèce le 20 février dernier . La condition du règlement de cette mesure d’urgence était la présentation d’un programme de « réformes » à même d’augmenter les recettes de l’Etat. Or, malgré la production successive par Athènes de quatre ou cinq moutures des mesures envisagées et dont la pertinence n’est pas contestable -telles la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, la hausse des taxes sur le tabac et les jeux ou l’amélioration de la collecte de la TVA- , les négociations n’avancent pas. Il est vrai que deux « réformes » chères aux orthodoxes de l’Europe libérale ne figurent pas sur les listes produites par les responsables grecs : celle des retraites et celle du marché du travail …Faut-il rappeler à Bruxelles qu’il y a eu des élections en Grèce, qui ont exprimé une irrépressible exigence de changement ?
Le 11 mai prochain, les ministres des finances de l’ « Eurogroupe » se réunissent à nouveau. Rien ne filtre sur leurs intentions, mais elles sont aisées à deviner. Ils spéculent sur le stress qu’est censé provoquer au sein de l’équipe gouvernementale grecque le fait que, le lendemain, le Fonds monétaire international lui réclamera le remboursement de 750 millions d’euros, alors que , faute d’apports financiers indispensables, les caisses de l’Etat sont vides. Ils espèrent une fois encore que le chantage au « défaut » suffira pour amener Athènes à résipiscence. Déjà ils rappellent qu’en tout état de cause, l’actuel plan d’ « aide » s’éteindra fin juin, soit moins de trois semaines avant une lourde échéance financière : 3,5 milliards d’euros de bons du Trésor à racheter impérativement à la Banque centrale européenne. Menace de clash ou bluff ignoble ? Ce poker-menteur n’a que trop duré!
Pour certains membres de ce club de grands argentiers, les intentions semblent claires . On connaît en particulier le but poursuivi par le diabolique ministre allemand. Une récente confidence de l’un de ses partenaires nous le confirme : « Wolfgang Schäuble, qui est un vrai conservateur, dur, sans état d’âme, veut mettre ce parti (Syrisa) à genoux pour qu’il parte ». La même indiscrétion nous conforte également dans nos convictions sur un autre point : « Les socio-démocrates ne voient pas non plus d’un très bon œil des concessions à Syrisa, car on leur reprochera de ne pas avoir obtenu la même chose pour leur pays… » (1) Dont acte. Question : où se situent la présidence et le gouvernement de la France dans ce schéma ? Suivent-ils docilement le « dur sans état d’âme » ? Verraient-ils , eux aussi, d’un mauvais œil un succès des autorités grecques conforme aux attentes de leur peuple ? Le moment ultime approche où chacun est appelé à prendre ses responsabilités. Et à se préparer à rendre des comptes sur son attitude et les conséquences qui en découleront. Pour la Grèce. Pour l’autorité future de la France , notamment dans les pays du sud de l’Europe dont elle s’affirmait naguère l’ « amie ». Pour l’avenir de l’Union européenne elle-même , qui pourrait bien ne pas survivre à une expulsion de fait de la Grèce de la zone euro et au possible « krach financier » ainsi qu’à la « débâcle politique » qui pourrait en résulter (2). Monsieur le Président, il est (juste) encore temps de vous ressaisir.
————
(1) Ces propos sont attribués à Pierre Moscovici par le journaliste Jean Quatremer dans son blog (12/3/2015) . A notre connaissance, il n’y a pas eu de démenti de l’intéressé.
(2) L’expression est d’un chroniqueur peu susceptible de sympathie excessive pour Syrisa : Jean-Pierre Robin (« Le Figaro » -27/4/2015).
7 Mai 2015 at 8:26
« Certains ont dit que j’étais d’origine géorgienne. Et, encore plus déplaisant, ils ont prétendu, excusez-moi, que j’étais arménien. » L’auteur de cette saillie raciste n’est autre que le Chef de l’Etat turc, Erdogan, s’exprimant à la télévision comme candidat à l’élection présidentielle, en août dernier. C’est également lui et son régime qui s’insurgent avec véhémence contre quiconque pousse le culot jusqu’à reconnaître l’existence, entre 1915 et 1917, sous l’Empire ottoman, du génocide arménien. Nier des faits établis de cette gravité extrême -massacre ou déportation de plus d’un million deux cents mille personnes sur la base de leur origine ethnique et selon un plan d’extermination !- porte un nom: le négationnisme.
Pourtant, 100 ans après le crime, le ministre des affaires étrangères d’Ankara continue d’affirmer que « qualifier les événements de 1915 de génocide (…) reste une calomnie. » En, effet, argue-t-il, « Il n’y a pas de décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ) ». Et pour cause ! Seul un État peut saisir la CIJ et aucun d’entre eux ne veut prendre le risque d’une crise ouverte avec la Turquie. Ni les Etats-Unis ou la Grande Bretagne , naturellement conciliants à l’égard de leur important allié de l’OTAN. Ni la Russie, que les sanctions occidentales ont poussé à faire d’Erdogan un partenaire stratégique par défaut. Ni la France , qui a elle-même beaucoup de mal à assumer ses responsabilités passées, tant en Algérie qu’au Rwanda…La Commission européenne ne fait pas preuve de davantage de courage politique: sa vice-présidente, Kristalina Georgiéva, vient de saluer à sa manière le vote très majoritaire du Parlement européen en faveur de la reconnaissance du génocide arménien, en soulignant que… »quel que soit le mot utilisé (…) , il ne pouvait y avoir de déni de cette affreuse réalité ». Erdogan avait répondu à l’avance à ce type d’interpellation parfaitement hypocrite en exprimant l’an dernier ses « regrets pour tous les morts de la (première) guerre (mondiale), y compris les Arméniens » !
C’est l’honneur de la gauche européenne d’avoir, de longue date, refusé de céder à la banalisation du génocide arménien. Sans jamais -est-il besoin de le rappeler !- se prêter à l’instrumentalisation de la cause arménienne contre le peuple turc ! C’est ainsi que notre groupe de la « Gauche Unitaire Européenne » accueillit au Parlement européen, en 2004, la première Convention des Arméniens d’Europe et organisa parallèlement , à partir de la même année, la tenue annuelle d’une grande Conférence principalement animée par des forces démocratiques de Turquie. Certes, l’objet de ces rencontres est la recherche d’une solution politique de la question kurde. Mais les forces en question, et tout particulièrement le HDP, l’un des quatre partis représentés au Parlement d’Ankara, ont explicitement reconnu le génocide arménien. En Turquie même , malgré l’intense pression nationaliste qui y sévit présentement, une minorité de l’ordre de 10% se prononce en faveur de la reconnaissance du génocide arménien. C’est la voie de l’avenir : la vérité historique au service d’une réconciliation durable entre les peuples turc et arménien !
23 avril 2015 at 9:52
Le colloque organisé samedi dernier à Paris par la Fondation Gabriel Péri (« Europe : une crise existentielle. Et maintenant ? ») a tenu ses promesses. (1) Les intervenants étaient brillants et les thèmes abordés passionnants. Chacun d’eux mériterait amplement qu’on y revienne. Commençons aujourd’hui par l’un d’entre eux : « Que serait une bonne Politique Agricole Commune (PAC) ? » La question mérite d’être posée au moment où celle en vigueur se libéralise sous nos yeux ! Avons-nous tous pleinement mesuré la signification et la portée de la suppression des quotas laitiers le 1er avril dernier? « La filière laitière française basculera dans un univers de concurrence rimant avec volatilité, mondialisation, industrialisation, économies d’échelle et prises de risque (…) La révolution qui s’annonce fera des gagnants mais aussi incontestablement des perdants. » avertissent les libéraux eux-mêmes (2) Encore la fin des quotas n’est-elle qu’un pas de plus sur la longue voie de la dérégulation de ce secteur emblématique. À cet égard, il est clairement apparu au cours des débats du week-end dernier évoqués plus haut combien le type d’agriculture choisi -agriculture paysanne ou agro-business- constitue le marqueur d’un modèle de société.
Pour l’un des intervenants, le journaliste-expert Gérard Lepuill, toujours concret et pédagogue, une bonne PAC doit « nourrir la population sans manger dans l’assiette des autres (exemple: le poisson); rémunérer correctement le travail des paysans et réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Il faut, souligne-t-il, maintenir des droits de douane -à l’opposé d’une tendance poussée à l’extrême par le projet de « grand marché transatlantique »- si l’on veut encourager de bonnes pratiques agricoles telles que la rotation des cultures , la réintroduction de l’élevage là où règne le tout-céréales, ainsi que la relance de l’agroforesterie -l’arbre , en plus de contribuer le cas échéant à l’alimentation , étant un « puits de carbone »(réservoir naturel absorbant le CO2). Dans le même esprit, le redéveloppement de ceintures vertes est, selon lui, souhaitable autour des grandes villes comme en Ile de France. « Une production laitière de qualité et au faible bilan carbone suppose de donner aux vaches de l’herbe et du foin et non du maïs pauvre en protéines et du soja importé des États-Unis ». Et de citer en exemple le mode de fabrication du Comté, au cahier des charges très strict garantissant la qualité du lait et du fromage, seul moyen de justifier un prix rémunérateur dans le grand vent de la concurrence que va provoquer la suppression des quotas laitiers.
Même son de cloche de la part d’Aurélie Trouvé, parlant comme agroéconomiste. Elle aussi fustige la disparition de cet instrument de régulation et met en garde contre ses conséquences. La production de lait va se concentrer là où elle revient moins cher au risque de désertifier par exemple les zones de montagne. Elle aussi plaide pour les circuits courts, la restauration des droits de douane et le rejet du grand marché transatlantique « qui serait catastrophique, notamment pour la viande bovine ». Elle en appelle en outre avec passion au développement du bio. Très critique à l’encontre d’une PAC conçue pour favoriser le capital foncier et non le petit producteur, elle sait aussi reconnaître des mérites à la Commission lorsque Bruxelles se montre plus soucieuse de l’environnement que les États membres. Au final, on retiendra une conviction partagée: les enjeux agricoles appellent un débat de civilisation !
————
(1) voir HD No 21643 : « N’oublions pas les dossiers chauds de l’Europe ».
(2) Les Échos (31/3/2015)
16 avril 2015 at 12:17
Older Posts
Newer Posts
Commentaires récents