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2016 : UNE ANNÉE QUI VA COMPTER POUR L’EUROPE !
L’ année qui débute interpelle fortement le « peuple de gauche » dans toute l’Europe ! Nombre de défis vont s’exacerber dans les prochains mois . Petit rappel de l’état des lieux.
A tout seigneur tout honneur : commençons par la bonne surprise que nous ont réservée les forces démocratiques du Portugal et de l’Espagne ! Dans le premier cas, une chance existe que l’alliance inattendue entre le Parti socialiste, le Parti communiste et le Bloc de gauche enraye la logique « austéritaire » dont ce pays était l’un des laboratoires européens. Dans le second, l’irruption de Podémos dans le paysage politique est la preuve que le coup de force européen contre la Grèce n’a pas tué la volonté de changement dans les pays voisins. L’Europe du sud fait renaître l’espoir !
Il n’en va pas de même de l’autre défi majeur de la prochaine période : celui de l’accueil des réfugiés, chassés de leur pays par la misère, l’oppression et les ravages de la guerre. Tandis qu’un peu partout, les frontières se referment et des murs s’érigent ( Adieu Schengen ?) les dirigeants européens recherchent le salut dans le marché indigne passé avec le dictateur turc et massacreur du peuple kurde : argent et caution politique contre rétention des réfugiés ! De dures batailles en perspective !
Par ailleurs, la question de l’euro et de son utilisation restera au cœur du débat européen. La Banque centrale européenne (BCE) a beau créer de toutes pièces 60 milliards d’euros par mois (!) et prêter ces sommes colossales aux banques quasi gratuitement ( à…0,05% ! ), cela ne relance ni l’économie ni l’emploi, mais nourrit au contraire les opérations financières. Même des observateurs peu axés sur la critique des politiques européennes sont conduits à le reconnaître : « Les liquidités injectées par la BCE alimentent la hausse des Bourses et des marchés financiers » (1) Et pour cause : l’idéologie libérale qui guide l’euro depuis sa création s’oppose radicalement à ce que l’argent crée par la BCE aille aux Etats pour les libérer des pressions des marchés de capitaux et que ses taux quasi-nuls soient strictement réservés à des investissements créateurs d’emplois de qualité et de richesses utiles à la société -en particulier des services publics. Faire de ce type de transformation un objectif de luttes populaires massives : voilà qui ouvrirait des perspectives !
Mais il y a encore nombre d’autres questions d’envergure qui vont se poser avec force et qui appellent des débats de fond et des interventions citoyennes. Ainsi : gare aux concessions de Bruxelles à l’ultra-conservateur Cameron pour tenter de retenir les Britanniques dans l’UE ! Attention à la dérive à la fois sécuritaire et militariste en cours en Europe -France en tête- au nom de la « guerre au terrorisme »! Quelles suites vont-elles être réservées à la COP 21pour concrétiser les ambitions affichées à Paris ? N’oublions pas le TAFTA , dont les négociations entrent dans une phase cruciale . Et que dire de ce cri d’alarme pas banal : plusieurs Commissaires européens évoquent depuis peu le risque de « désintégration » de l’UE (2) ! De fait, la libre circulation des personnes est remise en cause; les pays d’Europe centrale et orientale se replient sur eux-mêmes; les courants d’extrême droite progressent partout…Quelles leçons tirer de cette crise existentielle de l’actuel modèle européen ? Quant aux relations de l’UE avec ses voisins, outre le pacte diabolique passé avec l’actuel pouvoir turc, la prolongation des sanctions économiques contre la Russie , sans régler aucun problème, bride les indispensables coopérations politiques avec ce partenaire incontournable. Or, fin juin prochain se redécidera la politique des dites sanctions. 2016 : une année qui va compter !
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(1) Le Monde (3/12/2015)
(2) Federica Mogherini, Günther Öttinger ainsi que l’ex-Commissaire Michel Barnier. Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a tenu des propos semblables.
TROIS SUCCES DE 2015 A CONFORTER EN 2016 !
2015 restera dans les mémoires comme une année noire . La vie internationale a vu se succéder les pires traumatismes : les monstruosités de « Daech » ( groupe « Etat islamique » ) ; la tragédie syrienne et l’embrasement du Moyen Orient; le drame des réfugiés ; la folie répressive du dictateur turc contre le peuple kurde ; la prolongation de la dangereuse crise ukrainienne; l’acharnement des institutions européennes et occidentales contre le peuple grec…
Il y a eu, pourtant, durant cette même année, quelques avancées qu’on peut légitimement qualifier d’ historiques -comme l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien ; l’accord de Paris sur le climat ; ou encore, à mes yeux, l’annonce par l’Organisation Mondiale de la Santé de l’éradication , hautement symbolique , de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest . Il convient d’autant moins de négliger ces espoirs qu’ils appellent beaucoup de persévérance -en 2016 et après- pour être pleinement et durablement concrétisés .
Ainsi, l’aboutissement de douze années de négociations difficiles (en raison des obstacles accumulés de part et d’autre ) entre les représentants de la communauté internationale et l’Iran constitue-t-il en soi un succès très prometteur. Il montre que la résolution des crises internationales les plus complexes passe plus que jamais par la voie de la diplomatie , alors que toutes les aventures militaires menées par ailleurs, durant la même période, ont conduit sous nos yeux à l’échec et au chaos. Mieux, le fait que l’Iran soit à présent associé aux pourparlers sur la Syrie -avec l’accord du grand rival saoudien- laisse espérer l’amorce d’un tournant positif dans la recherche d’une solution politique à ce terrible conflit. Mais, pour autant, fait-on tout ce qu’il faut pour aider l’actuel Président iranien à asseoir son autorité face à ses adversaires ultra-conservateurs, plus que réticents à la politique d’ouverture de Hassan Rohani ? D’importantes élections ont lieu en Iran d’ici trois mois : or, cinq mois après l’accord de Vienne, les sanctions internationales contre Téhéran ne sont toujours pas levées et le peuple n’a toujours rien vu des changements tant espérés. Attention: danger !
La même vigilance s’impose à propos de la COP 21. On ne peut que se réjouir que, pour la toute première fois, 195 pays si différents aient réussi à s’accorder sur un objectif ambitieux et des principes essentiels en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ! Mais le revers de la médaille de cette universalité, c’est l’étendue des compromis qu’il a fallu accepter pour l’obtenir. Le résultat final dépendra donc des rapports de force que les mobilisations multiformes réussiront à construire pas à pas. Il faut y veiller !
Enfin, il était émouvant de voir l’explosion de joie provoquée dans les pays les plus touchés par Ebola par la confirmation que cette épidémie, qui a causé plus de 12 000 morts , avait été « vaincue ». Et de fait, il s’agit d’un espoir considérable! Mais , à supposer que le virus d’Ebola s’avère effectivement terrassé, on ne sera sûr d’en avoir fini avec ce type de pandémie que lorsque l’Afrique sera libérée de la grande pauvreté et bénéficiera partout de systèmes de santé dignes de ce nom. On en est loin. Beaucoup d’actions en vue, donc, pour que les fruits tiennent la promesse des fleurs !
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J’AI APPRIS AVEC TRISTESSE LE DÉCÈS BRUTAL DE DENIS PIETTON, DIPLOMATE EXEMPLAIRE, QUE REGRETTERONT TOUS LES AMIS DU PEUPLE PALESTINIEN QUI ONT PU APPRECIER SA DROITURE ET SON COURAGE POLITIQUE COMME CONSUL GENERAL DE FRANCE A JERUSALEM DANS LES ANNEES 2000. IL A FAIT HONNEUR A SON PAYS.
SYRISA ET LA « RÉNOVATION DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE »
On peut être « Directeur de recherche émérite à Science-Po » et se livrer à des analyses abracadabrantesques ! C’est ce que vient d’illustrer Gérard Grunberg sur une demi-page du « Figaro » (1) . A ses yeux, « La victoire de Tsipras est une catastrophe pour la gauche radicale en France ». Rien de moins ! Il y a d’ailleurs des masochistes parmi ces « radicaux » puisque, note-t-il : « C’est une nouvelle désastreuse, même si le Parti communiste français s’en est réjoui ». Le raisonnement de l’universitaire est simple et sans appel : en réélisant Alexis Tsipras, « le peuple grec (…) a exprimé clairement sa volonté que son pays reste dans la zone euro tout en sachant que le prix à payer serait lourd » . Or, « Puisque le PCF s’est prononcé pour le maintien de la France dans l’euro, au nom de quoi pourfendra-t-il encore la politique du pouvoir socialiste à l’égard de l’Europe ? » Une telle accumulation de sottises en si peu de mots tient de la prouesse ! Revue de détail :
D’abord, pour exprimer leur volonté -réelle- de rester dans la zone euro, les électeurs et les électrices grecs décidés à aller voter avaient l’embarras du choix des candidats. Si près de 36% d’entre eux se sont prononcés pour Tsipras et son parti, c’est donc qu’ils leur reconnaissent une spécificité majeure, prouvée par l’expérience de l’impitoyable confrontation entre le pôt de fer européen et le pôt de terre grec : ils se battent jusqu’au bout du possible, avec comme seule limite le refus du chaos pour leur pays, et ils sont d’une loyauté exemplaire vis à vis de leur peuple. En confiant à nouveau à Tsipras la direction des affaires publiques, les électeurs de Syrisa ont voulu se donner les moyens de continuer le combat aussi loin que les rapports de force le permettront. Et ces derniers ne dépendent pas des seuls Grecs mais de tous les Européens !
Ensuite, le PCF ne se prononce pas simplement « pour le maintien de la France dans l’euro » , autrement dit pour le statu quo ! Il insiste au contraire sur « l’exigence de transformations radicales (de l’euro) rompant avec l’austérité », telles qu’ « une création monétaire par la Banque centrale européenne favorisant l’emploi, les salaires, les services publics, la production réelle efficace » (2). Dans l’immédiat, il agit pour la création -possible sans même changer les traités !- d’un Fonds de développement social et écologique européen : une proposition d’ailleurs reprise par le Parti de la Gauche Européenne (PGE) dont le président est Pierre Laurent et le vice-président…Alexis Tsipras.
Enfin, la politique européenne de la France n’a rien à voir avec celle du nouveau gouvernement grec ! Athènes subit un diktat, tandis que Paris le co-organise ! La Grèce a été marginalisée par le pouvoir allemand , que la France courtise ! Tsipras a été brutalement empêché de tenir ses promesses de campagne, alors que Hollande les a délibérément trahies ! En quoi la solidarité avec Syriza serait-elle contradictoire avec la critique fondamentale de la politique du gouvernement français ?
La vérité est que certains , amers de la victoire de Tsipras malgré les rudes coups qu’ils lui ont assénés ou laissé asséner, tentent de l’instrumentaliser en louant son « réalisme » et en faisant mine d’y voir les prémices d’ une « rénovation de la social-démocratie » ! Invitons-les à méditer l’image de la tribune du dernier meeting géant , à Athènes, à la veille des élections du 20 septembre : en y voit , entourant Alexis Tsipras, l’Espagnol Pablo Iglesias, leader de Podémos; le Français Pierre Laurent, président du PGE ; l’Allemand Gregor Gysi, figure emblématique de « Die Linke », auxquels s’est jointe la jeune Allemande Ska Keller, vice-présidente des Verts au Parlement européen, qui fut la porte-parole de sa famille politique lors des dernières élections européennes de 2014. Elle est là, la rénovation de la gauche !
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(1) » La victoire de Tsipras est une catastrophe pour la gauche radicale en France » (23/9/2015)
(2) « Refonder l’Europe » PCF – Front de gauche (15/11/2013)




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