SYRISA ET LA « RÉNOVATION DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE »

1 octobre 2015 at 6:51 Laisser un commentaire

wurtz-l-humanite-dimancheOn peut être « Directeur de recherche émérite à Science-Po » et se livrer à des analyses abracadabrantesques ! C’est ce que vient d’illustrer Gérard Grunberg sur une demi-page du « Figaro » (1) . A ses yeux, « La victoire de Tsipras est une catastrophe pour la gauche radicale en France ». Rien de moins ! Il y a d’ailleurs des masochistes parmi ces « radicaux » puisque, note-t-il : « C’est une nouvelle désastreuse, même si le Parti communiste français s’en est réjoui ». Le raisonnement de l’universitaire est simple et sans appel : en réélisant Alexis Tsipras, « le peuple grec (…) a exprimé clairement sa volonté que son pays reste dans la zone euro tout en sachant que le prix à payer serait lourd » . Or, « Puisque le PCF s’est prononcé pour le maintien de la France dans l’euro, au nom de quoi pourfendra-t-il encore la politique du pouvoir socialiste à l’égard de l’Europe ?  » Une telle accumulation de sottises en si peu de mots tient de la prouesse ! Revue de détail :

D’abord, pour exprimer leur volonté -réelle- de rester dans la zone euro, les électeurs et les électrices grecs décidés à aller voter avaient l’embarras du choix des candidats. Si près de 36% d’entre eux se sont prononcés pour Tsipras et son parti, c’est donc qu’ils leur reconnaissent une spécificité majeure, prouvée par l’expérience de l’impitoyable confrontation entre le pôt de fer européen et le pôt de terre grec : ils se battent jusqu’au bout du possible, avec comme seule limite le refus du chaos pour leur pays, et ils sont d’une loyauté exemplaire vis à vis de leur peuple. En confiant à nouveau à Tsipras la direction des affaires publiques, les électeurs de Syrisa ont voulu se donner les moyens de continuer le combat aussi loin que les rapports de force le permettront. Et ces derniers ne dépendent pas des seuls Grecs mais de tous les Européens !

Ensuite, le PCF ne se prononce pas simplement « pour le maintien de la France dans l’euro » , autrement dit pour le statu quo ! Il insiste au contraire sur « l’exigence de transformations radicales (de l’euro) rompant avec l’austérité », telles qu’ « une création monétaire par la Banque centrale européenne favorisant l’emploi, les salaires, les services publics, la production réelle efficace » (2). Dans l’immédiat, il agit pour la création -possible sans même changer les traités !- d’un Fonds de développement social et écologique européen : une proposition d’ailleurs reprise par le Parti de la Gauche Européenne (PGE) dont le président est Pierre Laurent et le vice-président…Alexis Tsipras.

Enfin, la politique européenne de la France n’a rien à voir avec celle du nouveau gouvernement grec ! Athènes subit un diktat, tandis que Paris le co-organise ! La Grèce a été marginalisée par le pouvoir allemand , que la France courtise ! Tsipras a été brutalement empêché de tenir ses promesses de campagne, alors que Hollande les a délibérément trahies ! En quoi la solidarité avec Syriza serait-elle contradictoire avec la critique fondamentale de la politique du gouvernement français ?

La vérité est que certains , amers de la victoire de Tsipras malgré les rudes coups qu’ils lui ont assénés ou laissé asséner, tentent de l’instrumentaliser en louant son « réalisme » et en faisant mine d’y voir les prémices d’ une « rénovation de la social-démocratie » ! Invitons-les à méditer l’image de la tribune du dernier meeting géant , à Athènes, à la veille des élections du 20 septembre : en y voit , entourant Alexis Tsipras, l’Espagnol Pablo Iglesias, leader de Podémos; le Français Pierre Laurent, président du PGE ; l’Allemand Gregor Gysi, figure emblématique de « Die Linke », auxquels s’est jointe la jeune Allemande Ska Keller, vice-présidente des Verts au Parlement européen, qui fut la porte-parole de sa famille politique lors des dernières élections européennes de 2014. Elle est là, la rénovation de la gauche !

———–
(1)  » La victoire de Tsipras est une catastrophe pour la gauche radicale en France » (23/9/2015)
(2) « Refonder l’Europe » PCF – Front de gauche (15/11/2013)

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Entry filed under: Actualité, Allemagne, Angela Merkel, Autriche, Barcelone, BCE, Berlin, Chroniques de l' "Humanité-Dimanche, Europe, France, Francis Wurtz, Grèce, GUE-NGL, Guy Verhofstadt, Hongrie, Parlement européen, PCF, PGE, Syriza, Tsipras, UE.

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