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DES ESPOIRS FRAGILES, MAIS DES ESPOIRS !

wurtz-l-humanite-dimancheQui l’eût cru : c’est du pays dont le leader est une source infinie de malheur pour tous les peuples de la région que nous arrive un espoir inattendu. Un espoir fragile, mais un espoir ! Il se peut que les élections législatives anticipées provoquées par Benjamin Nétanyahou en Israël le mois prochain nous réservent une bonne surprise…

Non seulement la réélection du pire gouvernement de l’histoire de ce pays est loin d’être évidente, mais il y a des chances sérieuses que ce soit une liste commune réunissant pour la première fois le Parti communiste israélien, ses alliés traditionnels du « Hadash » et les deux partis arabes d’Israël qui devienne la troisième force de la future Knesset ! Si cette prévision -crédible- des enquêtes d’opinion se réalise, ce sera un « tremblement de terre politique en Israël » souligne notre ami Ephraïm Davidi, l’un des dirigeants de ce parti admirable de droiture et de courage !

Faut-il que quelque chose (re)commence à bouger en profondeur dans cette société à nulle autre pareille pour qu’un ancien Président de la Knesset -et religieux affirmé- vienne publiquement apporter son soutien aux communistes , laïques, et alliés pour la circonstance à deux formations arabes ! Il est vrai qu’Avraham Burg, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait preuve depuis longtemps d’un grand attachement à la paix dans la justice et la dignité avec le peuple palestinien. Mais quand même : quel signe ! Ce n’est pas le seul. Ephraïm Davidi, de passage en France, nous a parlé d’événements tout aussi prometteurs sur le plan social : une puissante vague de syndicalisation, notamment parmi les jeunes travailleurs qualifiés; d’impressionnantes manifestations et de mouvements sociaux ,y compris à l’Université; une opposition farouche -et victorieuse- à la privatisation de l’eau, des chemins de fer ou de l’électricité…D’autres indices ne trompent pas: d’anciens officiers se sont rassemblés en nombre, la semaine dernière, à Hebron, pour protester contre l’occupation, tandis que des jeunes prennent le risque de subir 27 mois de prison plutôt que de partir à l’armée. Tout cela ne fait pas encore LE changement, mais on se remet bel et bien à espérer DES changements.

Le même sentiment se lisait sur le visage des Kurdes qui ont afflué en masse le week-end dernier devant le siège du Conseil de l’Europe, à Strasbourg, porteurs de plus de dix millions de signatures demandant la libération de leur leader Abdullah Ocalan, emprisonné en Turquie depuis 16 ans. C’est que la cause kurde vient de gagner la reconnaissance et la sympathie de l’opinion publique internationale ! Le monde entier a salué la résistance acharnée et finalement victorieuse des combattants et des combattantes de Kobané, en Syrie, contre les troupes criminelles, obscurantistes et fanatisées de Daech. Auparavant, ces mêmes forces avaient déjà conquis l’admiration générale en se portant au secours des 200 000 femmes Yézidis directement menacées par le groupe « État islamique » dans le Sinjar irakien. Or ces combattants et ces combattantes kurdes -reçues avec les honneurs, il y a quelques jours, à l’Elysée !- se reconnaissent dans le PKK d’Ocalan ! Il est donc permis d’imaginer que l’Union européenne finisse par retirer ce parti de la liste des « organisations terroristes », voire que le Président turc Erdogan consente enfin à passer des « pourparlers de paix » avec le leader kurde, qui s’enlisent depuis deux ans, à des actes concrets annonçant sa libération prochaine ! Là encore, il existe un fragile espoir .

A l’heure où ces lignes sont écrites, on ne sait s’il est possible d’en dire autant à propos de la recherche d’une solution durable à l’épouvantable conflit ukrainien, ou encore au sujet des difficiles mais décisives négociations de nos amis grecs avec les parrains de la « troïka »…

19 février 2015 at 5:48 Laisser un commentaire

« LA FRANCE DOIT CHANGER DE POLITIQUE INTERNATIONALE »

wurtz-l-humanite-dimanche« La mondialisation, on peut en faire une bonne ou une mauvaise (…) La réponse de la gauche à la mondialisation libérale, ce n’est pas de prêcher la démondialisation, c’est de changer de politique internationale ». Les arguments de Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, sont percutants et convaincants. Il l’a prouvé une fois encore samedi dernier en clôturant une passionnante journée de débats qu’il avait co-organisée -une « première »- avec une structure d’échanges créée par le Parti communiste français et dirigée par Michel Laurent, le LEM (1).

La thèse avancée a la force de l’évidence: le monde a changé. D’abord, il n’est plus limité géographiquement comme du temps des colonies ou divisé comme durant la guerre froide. Il faut donc se situer par rapport à l’humanité et à la planète toutes entières. Ensuite, malgré les rapports de force impitoyables qui s’y exercent, il existe un niveau d’interdépendance sans précédent : aucun État, même le plus puissant, ne peut plus ignorer totalement les autres ni leur imposer toutes ses volontés. Au point que le Président Obama se demande si le leadership américain à encore un sens. Cette interdépendance offre une chance : ce que l’un gagne n’est plus nécessairement le résultat d’une perte pour l’autre. Par exemple, la Chine n’a rien à gagner à l’effondrement des États-Unis ou de l’Europe, et vice-versa !

Dans ce monde, les enjeux de sécurité ont changé. « Les États-Unis n’ont pas gagné une seule guerre depuis 1945…à l’exception de celle menée contre Grenade et sa poignée de soldats ! » souligne l’universitaire progressiste. Plus généralement, pas une intervention politico-militaire n’a réussi -y compris « en Libye, en République Centrafricaine ou même au Mali », précise Badie à propos des initiatives françaises. L’instrument militaire n’est plus adapté. « Ce n’est pas l’OTAN qui résoudra les frustrations des sunnites provoquées par la guerre civile en Irak et qui sont à l’origine du soutien populaire à Daech ! » Et si aucun des conflits existants au moment de la chute du Mur n’a été réglé depuis lors -Palestine, RDC, Somalie, Yémen,Érythrée, Soudan, Afghanistan…- c’est « parce qu’on n’a pas progressé en matière de gestion des biens communs de l’humanité. » Les violences qui « préparent les volcans de demain », ce sont avant tout les terribles inégalités qui sévissent dans le monde. Y compris entre les États . Il faut affronter ces problèmes et, pour y parvenir, dépasser « la diplomatie de la tasse de thé », c’est à dire les discussions entre amis et entre semblables. Refuser de négocier avec tous ceux que nous n’aimons pas nous conduit dans l’impasse.

Il est donc temps que les citoyens se mêlent de ces enjeux et deviennent des acteurs de la mondialisation . Et il est crucial de définir les axes d’une nouvelle politique internationale de la France. Bertrand Badie en verse quatre principaux au débat de la gauche. La solidarité : elle n’est pas caritative; elle est utile à celui qui l’exerce car elle consolide sa propre sécurité. Le multilatéralisme : il faut s’ouvrir à tous , aux Chinois, aux Russes, aux pays arabes, et y compris aux acteurs non étatiques. L’ « intersocialité »: c’est à dire les échanges entre les sociétés et pas seulement entre les États. L’ « altérité »: autrement dit la reconnaissance de l’autre dans sa différence. « La négation de l’altérité est à la base de la violence internationale de demain. À l’inverse, le respect, c’est la la plus belle des libertés, celle qu’on offre à l’autre ». Merci, Bertrand Badie !

——–
(1) Rencontre publique sur le thème : »Une réponse de gauche à la mondialisation », avec la participation (outre Bertrand Badie et Michel Laurent) de Leila Shahid, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union européenne; Natassa Théodoradopoulou, représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne; Liêm Hoang-Ngoc, économiste, ancien parlementaire européen et animateur du collectif des « socialistes affligés »; Jean-Pierre Dubois, Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme; Dominique Vidal, journaliste; Noël Mamère, député; Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International-France; Adem Uzum, dirigeant politique kurde; Francis Wurtz, député honoraire du Parlement Européen. Six heures de débats animées par Anne Sabourin, représentante du PCF au PGE et Dominique Bari, journaliste. (Sénat, 31/1/2015)

5 février 2015 at 10:17 Laisser un commentaire

LE CRÉPUSCULE DES « VALEURS » DE L’ OCCIDENT

wurtz-l-humanite-dimanche« Nous avons le même rêve, celui (…) de créer un monde plus juste, plus sûr, plus humain » récitait , avec la conviction qu’on lui connaît , François Hollande devant Barack Obama , en février dernier à Washington. Cinq ans plus tôt, Angela Merkel avait, dans des termes voisins, entretenu le même rituel de la « gouvernance mondiale » sous l’égide de l’Occident, en glorifiant devant le Congrès des États-Unis la « base commune des valeurs (qui) rapproche et soude Européens et Américains : une vision commune de l’homme et de sa dignité inaliénable ». Il y a belle lurette que cette phraséologie convenue sonne creux. Mais l’état révulsant du monde en cette fin d’été la rend carrément insupportable . Retour sur quelques postures de dirigeants occidentaux dans la dernière période.

Face à l’effroyable agression israélienne contre Gaza, tout d’abord. Le soutien sans nuance à Nétanyahou du début devint rapidement intenable . »La situation ressemble un peu à ce que nous avons connu en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale » rapporta le coordinateur général pour la Palestine de « Médecins du Monde », Owen Breuil ! (1) De son côté, la Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme, Navy Pillay, alertait dès fin juillet sur la « forte possibilité » que les frappes aériennes israéliennes constituent des « crimes de guerre ». Quelle fut alors la réaction des puissances occidentales face à la décision du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU d’envoyer sur place une commission indépendante chargée d’enquêter sur « toutes les violations » du droit international commises ? Les États-Unis ont voté contre et les pays membres de l’Union européenne (France comprise) se sont abstenus ! On imagine l’avalanche de pressions exercées en sous-main sur le Président palestinien pour le dissuader de saisir la Cour pénale internationale au risque d’y faire condamner « la seule démocratie au Proche-Orient qui agit en toute légitimité pour protéger ses citoyens du terrorisme meurtrier » ( Benjamin Nétanyahou à propos de la Commission d’enquête de l’ONU )! Entretemps, le nombre des victimes civiles a quadruplé et 133 (!) écoles de l’ONU ont été endommagées par les bombes de la « démocratie » en question. Ce qui n’a empêché ni les États-Unis ni la Grande Bretagne de continuer à livrer des armes à Tel Aviv, comme l’a rappelé la Secrétaire d’Etat britannique démissionnaire, Sayeeda Warsi.

Plus généralement , ces mêmes puissances portent une terrible responsabilité dans la descente aux enfers de tout le Proche Orient . L’Irak connaît sa quatrième guerre en l’espace d’une génération. L’Occident a soutenu Saddam Hussein dans la première (contre l’Iran) avant de l’écraser puis de le supprimer dans les deux suivantes. Il a imposé au peuple irakien un embargo criminel avant de le « libérer » en 2003, jouant sur les communautarismes, détruisant l’Etat et plongeant le pays dans un épouvantable chaos dont nul ne connaît l’issue. Chez les « libérateurs », c’est le désarroi: le Premier Ministre , hier adoubé par Washington , est destitué; l’ Iran, naguère ennemi No 1 , est à présent sollicité pour prêter main forte aux combattants opposés aux « djihâdistes » qui prospèrent dans ce contexte. Quant à la Libye, trois ans après la « victoire de la démocratie » arrachée par la guerre franco-anglo-américaine , elle est livrée aux milices armées, tandis que les ex-champions de la « responsabilité de protéger les populations » (résolution du Conseil de sécurité d’ août 2011 autorisant la guerre ) déguerpissent en hâte, laissant le peuple sans défense face aux pilleurs et aux violeurs.

Heureusement pour l’image de tous ces apprentis-sorciers de l’ordre euro-atlantique , il y a l’Ukraine, où l’on retrouve à nouveau, comme au début de chaque conflit, les bons ( Ukrainiens loyalistes) et les méchants ( Russes et « pro-russes »)…Jusqu’où ? Un citoyen averti en vaut deux !

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(1) « Le pire conflit que j’aie vu » (Journal du Dimanche – 10/8/2014).

28 août 2014 at 6:42 Laisser un commentaire

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