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A Nagoya, un peu de répit pour la biodiversité
La Conférence qui vient de réunir 193 pays à Nagoya, au Japon, sous l’égide des Nations Unies, sur l’avenir de la biodiversité (18-29 octobre 2010),est un événement suffisamment important pour qu’on s’y arrête.
D’abord, c’est quoi, au juste, la biodiversité, et en quoi s’agit-il, avec les changements climatiques, de l’autre grande priorité environnementale de notre époque ? La diversité biologique, c’est toute la variété du monde vivant. Or, quelque 25000 espèces sont aujourd’hui menacées et l’érosion de cette diversité s’accélère à un rythme vertigineux, notamment du fait de la déforestation -20 millions d’hectares de forêts et de sols disparaissent chaque année et avec eux d’innombrables formes de vie animale ou végétale-, de l’agriculture productiviste, de la surexploitation, de la surpêche industrielle…
Cette perte ne représente pas seulement un immense gâchis écologique. Elle affecte profondément les conditions de vie des humains. » Car, derrière la myriade de fleurs, d’oiseaux, d’insectes ou de poissons qui s’évanouissent (…),ce sont de précieux biens et services assurés par les écosystèmes de la planète qui se dégradent : fertilité des sols, dépollution des eaux et des airs, production de matière vivante et recyclage des déchets, pollinisation des fleurs à l’origine de nos fruits et légumes, stockage de carbone, régulation des ravageurs potentiels… »(1).Les enjeux de la préservation de la biodiversité sont encore plus cruciaux pour les peuples des pays du Sud: »L’alimentation en eau potable ; la sécurité alimentaire ; la santé humaine, animale, végétale ; la production énergétique ; l’adaptation au changement climatique(…)ainsi que la lutte contre la pauvreté sont toutes des questions liées directement à la biodiversité « , déclarait récemment une Conférence panafricaine réunissant 28 Etats du continent.(2)
C’est pour prendre à bras le corps cet enjeu de civilisation qu’un Sommet mondial avait été réuni à Johannesburg, en Afrique du Sud, dès 2002. 193 pays -à la notable exception des Etats-Unis ! – s’y étaient engagés à freiner, voire à « enrayer » (Union européenne) le déclin de la biodiversité d’ici…2010, sacré « année de la biodiversité » ! Le moment était donc venu d’évaluer le chemin parcouru et -devant le constat d’échec général- d’aboutir coûte que coûte à un accord solide pour les dix prochaines années. On a pourtant craint le pire à Nagoya! Les 193 Etats à nouveau réunis ont sû,in extremis, l’éviter. Il n’y a pas eu de Copenhague-bis ! On ne peut que s’en réjouir !
En premier lieu, un « Plan stratégique » a été adopté. Il prévoit en particulier la protection d’ici à 2020 de 17% des superficies terrestres (au lieu de 13 aujourd’hui) et de 10% des superficies marines et côtières (contre moins de 1% aujourd’hui). En deuxième lieu -et c’est sans doute le point essentiel-, un « protocole » traite de la question ultrasensible de l’appropriation des ressources génétiques et des savoirs traditionnels des pays du Sud par les géants industriels du Nord. Il reconnait « le droit souverain des Etats sur leurs ressources naturelles » et aborde « le partage des avantages tirés de leur exploitation ». Les pays du Sud useront sans nul doute à l’avenir de cet instrument dans leur combat légitime et même vital contre le biopiratage, c’est à dire le vol du vivant et le brevetage de celui- ci, dont ils sont les grandes victimes. En troisième lieu, en revanche, les engagements financiers pris par les pays industrialisés pour soutenir les efforts des pays en développement en faveur de la conservation de la biodiversité sont restés modestes et flous. Bref, Nagoya a accouché d’un accord à bien des égards fragile et insuffisant, mais sa seule existence crée une dynamique dont il y a tout à gagner.
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(1)Robert Barbault,Directeur du Département Ecologie et Biodiversité du Muséum national d’histoire naturelle.
(2) Déclaration de Libreville, septembre 2010.
Afghanistan : Il faut tirer enfin toutes les leçons de ce fiasco
L’Interview paru le 5 Août 2010 dans l’Humanité
Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen, dénonce l’impasse d’une guerre décidée par les États-Unis qui, aujourd’hui, veulent remettre en selle les talibans au nom d’une prétendue «réconciliation nationale».
Pour quelles raisons la France doit-elle cesser de participer à la guerre en Afghanistan ?![afgha[1]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/08/afgha1.jpg?w=300&h=150)
Francis Wurtz. Cette guerre est un fiasco de toutes les stratégies successives mises en œuvre par l’Otan. C’est une guerre américaine où l’Europe et les autres participants sont des suivistes. L’évaluation de cette stratégie globale est terrible. On le savait, mais ce bilan a été confirmé de façon spectaculaire par les révélations des archives militaires secrètes du Pentagone (voir page3). Le bilan des victimes civiles, c’est-à-dire dans la population afghane, a été délibérément sous-estimé. Il y a également des allégations de crimes de guerre commis, notamment, par les troupes américaines. C’est extrêmement grave. D’autre part, le pays connaît un regain d’influence des talibans. Pis encore, la coalition, engagée avec les hommes forts du Pakistan, qui hébergent des chefs talibans, ambitionne une «grande réconciliation nationale» avec «les ennemis d’hier», comme le dit Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères. Cette réconciliation annonce le retour en force de ceux-là mêmes que la coalition voulait chasser pour libérer le peuple afghan. Voilà pourquoi il faut mettre fin à ce fiasco et en tirer toutes les leçons pour ne pas ajouter de l’abandon aux maux que l’on a déjà imposés au peuple afghan.
Comment ce retrait pourrait-il s’organiser ?
Francis Wurtz. Depuis le début, nous demandons que s’instaure un dialogue avec les forces démocratiques afghanes et les pays de la région pour prendre en compte leurs exigences. Ces forces sont persécutées et contraintes de s’exiler en raison d’un pouvoir corrompu, soutenu par la coalition de l’Otan. Ces persécutions ne sont pas que le seul fait du président Karzai mais également des chefs de guerre de l’Alliance du Nord. Si l’on veut réellement être solidaire du peuple afghan, il faut parler avec ces forces et recueillir leur avis sur ce qu’il convient d’entreprendre. C’est-à-dire trouver les solutions et les moyens qui permettent à la fois de développer le pays, qui est l’un des plus pauvres au monde même si son sous-sol regorge de richesses, et de créer les conditions pour mettre en place un État digne de ce nom. Un véritable État dont l’objectif est d’assurer une vie décente et sûre à sa population. Il faut un investissement financier considérable qui aide à construire et non à détruire le pays. Il faut également des moyens sécuritaires, mais à discuter avec les forces démocratiques, et mis en œuvre sous l’égide de l’ONU. Il s’agit de créer les conditions favorables au développement réel de l’Afghanistan, de ses potentialités et de son État.
Que peut-on attendre du sommet européen de septembre prochain consacré à la politique étrangère des Vingt-Sept ?
Francis Wurtz. À ce stade on a hélas toutes les chances d’avoir la confirmation de l’épilogue scandaleux d’une guerre dévastatrice, avec le retour des forces moyenâgeuses talibanes. Les États-Unis ont désigné comme interlocuteur privilégié l’homme fort du Pakistan, qui est un de leurs alliés dit incontournables. Le général Kayani, chef de l’armée et des services secrets, est même présenté comme un médiateur de la « réconciliation » ! Cet homme, qui offre un sanctuaire aux chefs talibans, est surtout obsédé par l’ambition de mettre en place à Kaboul un pouvoir soumis au Pakistan dans sa rivalité avec l’Inde. C’est dire si l’on est vraiment aux antipodes d’une approche humaine et éthique de développement et d’avenir pour le peuple afghan. C’est pourquoi je n’attends rien du sommet européen. En revanche, il faut mettre en garde la partie de l’opinion publique qui a longtemps estimé que la guerre d’Afghanistan était différente de celles de l’Irak ou du Vietnam. Car les véritables buts poursuivis par les États européens ont été déclarés. On a entendu le président allemand, Horst Köhler, qui a d’ailleurs dû démissionner depuis, parler de défense de « nos intérêts économiques ». Quant au président polonais, il a, lui, évoqué l’exigence de prouver « la crédibilité » de la Pologne en tant qu’«alliée » des États-Unis. Tout cela montre que les motivations initialement présentées pour justifier cette guerre, c’est-à-dire la libération du peuple afghan de la tyrannie des talibans, n’ont rien à voir avec la réalité des actions de la coalition de l’Otan, qui a mené le pays au désastre, et avec, la région.
Entretien réalisé par Cathy Ceïbe
Arrogance et décadence du New Labour
La récente défaite du Parti travailliste a une portée politique qui dépasse de loin celle d’un échec électoral. Quelques rappels ne sont pas superflus. Nous sommes en juin 2005, tout l’establishment européen est en émoi après le rejet du traité constitutionnel. L’Europe libérale est sur la sellette. Hasard du calendrier : nous sommes également à la veille du semestre de présidence britannique de l’Union européenne. Tony Blair, fringant et sûr de lui, prend la parole devant l’hémicycle bondé du Parlement européen. D’emblée, il fait la leçon à tout le monde : « Quelle est la signification du “non” ? Cela veut-il dire que les citoyens ont lu le traité et qu’ils ne sont pas d’accord avec tel ou tel article ? » Puis, plaçant les mains sur ses hanches : « Qui peut le croire ? » Non, il nous l’assure, les orientations politiques européennes ne sont pas en cause. Tout n’est qu’une question de « leader-ship ». À l’appui de sa thèse, il nous invite, sans se départir de son perpétuel optimisme, à mesurer les changements remarquables intervenus en Grande-Bretagne sous sa direction.
Notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) décide aussitôt de se rendre à Londres, à la rencontre des principaux syndicats et d’observateurs progressistes de la « troisième voie ». Nous leur demandons leur propre vision du modèle social « modernisé », vanté par leur premier ministre. Les réactions reflètent une très sérieuse érosion de l’aura initiale du New Labour… Huit ans d’ « ère nouvelle » ont manifestement suffi pour décevoir les plus confiants et conforter les plus sceptiques. Certes, ils ne nient pas les mesures de rattrapage des pires séquelles de 18 ans de règne conservateur, dont 11 ans de thatchérisme pur et dur, comme les augmentations des dépenses de santé et d’éducation, ou les aides aux enfants les plus pauvres. Mais la rupture attendue avec la logique profonde de la politique de la Dame de fer n’est pas venue : inégalités cruelles, retraites de misère, médiocrité (et cherté) des services publics, hyperprécarité, appel aux solutions individuelles, mépris des syndicats… se poursuivent, nous ont-ils laissé entendre. De même que le culte de la privatisation : les fameux « partenariats public-privé » (importés depuis en France) prolifèrent. Cinq ans plus tard, malgré le départ forcé de Tony Blair et son remplacement par Gordon Brown, qui passait alors pour le héraut de l’aile sociale du New Labour, le même modèle a prévalu. Avec les résultats que l’on sait.
On comprend mieux, dès lors, qu’on puisse lire sous la plume d’un Jose Maria Aznar, figure de la droite espagnole, que « Tony Blair est un des rares dirigeants de gauche qui a su comprendre la mondialisation et y apporter une réponse intelligente. « La complicité des deux hommes ne s’est d’ailleurs pas limitée au champ économique et social. On les vit, côte à côte, dans toutes les aventures militaires menées par George W. Bush, de Bagdad à Kaboul. En guise de récompense, l’ex- Premier ministre se vit proposer, en quittant le « 10, Downing Street », de représenter le « Quartet » – ensemble composé des USA, de l’UE, de la Russie et de l’ONU – pour le suivi et la prise d’initiatives communes en Palestine. L’absence notoire, à ce jour, de tout investissement politique digne de ce nom dans cette tâche potentiellement si importante achève à mes yeux de déconsidérer cet ancien prétendant à la rénovation de la gauche et de l’Europe. La défaite du New Labour est d’abord la sienne.
Par association d’idées, la « reconversion » d’autres dirigeants européens de la même période me revient à l’esprit. Madame Ferrero-Waldner dirigeait le secteur des relations extérieures de la Commission européenne. Elle exerce à présent ses talents auprès du réassureur allemand Munich Re. L’ancien puissant vice-président de la Commission, en charge du portefeuille de l’Industrie, M. Günter Verheugen, est passé à la banque britannique BBS. Quant à l’ancien commissaire ultralibéral au Marché intérieur, M. McCreevy, il vient d’être autorisé à rejoindre le conseil d’administration de la compagnie Ryanair, où il a été invité à éviter les conflits d’intérêts…




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