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KOSOVO : LE FIASCO

wurtz-l-humanite-dimancheL’énorme scandale qui vient d’éclabousser la mission de l’Union européenne au Kosovo n’est pas un « fait divers » parmi d’autres. Il est à replacer dans le contexte de la stratégie peu glorieuse conduite par « l’Occident » depuis quinze ans dans cette ancienne province serbe : une aventure qui semble bien s’achever sur un fiasco.

Pour qui n’aurait pas suivi « l’affaire EULEX » -sur laquelle les média se montrent discrets- bref retour sur les faits en question. En décembre 2008, le Conseil européen unanime (les Chefs d’Etat et de gouvernement) décide de déployer au Kosovo la plus imposante mission civile jamais lancée dans le cadre de la « Politique européenne de sécurité et de défense ». Plus de 1500 personnes sont mobilisées en vue d’aider « les institutions du Kosovo, les autorités judiciaires et les organismes chargés de l’application des lois » à promouvoir l’Etat de droit et la lutte contre la corruption . D’où le nom de la mission : « EULEX » (Europe-Loi). Or, six ans -et un milliard d’euros- plus tard, non seulement le crime organisé continue d’y proliférer, mais , selon des révélations de membres importants de la mission, la procureure en chef d’EULEX-Kosovo, la Tchèque Jaroslava Novotna et deux autres juristes auraient accepté des pôts-de-vin de la maffia kosovare afin de passer l’éponge sur des dossiers compromettant le « milieu »…

Pour mesurer le désastre politique que représente cette affaire, il faut la replacer dans son contexte historique. Après avoir participé à une guerre totalement illégale contre l’ex-Yougoslavie; puis décidé -sous pression américaine- d’accorder unilatéralement l’indépendance au Kosovo (quitte à violer la résolution 1244 de l’ONU (1), l’Acte final de la Conférence d’Helsinki et la Charte des Nations Unies; à ouvrir une crise avec Moscou et à créer un dangereux précédent dans les relations internationales; et même à passer outre l’opposition explicite de cinq États membres de l’UE ! ), les principaux dirigeants européens avaient une obligation de résultats au Kosovo : celle d’y faire la démonstration que l’Union européenne était capable de gérer une crise grave dans son voisinage.

Or, avant même que n’explose la bombe EULEX, le bilan de l’ Union européenne dans ce « nouvel État » n’était pas vraiment au niveau des attentes…Non seulement, la situation économique et sociale y est effrayante (43% de chômeurs : taux officiel ! ) et la cohésion nationale inexistante ( la partition ethnique entre la région serbe du Nord -près d’un quart du territoire- et le reste du « pays » signe l’échec de la stratégie de « normalisation » du Kosovo que s’était fixée l’UE), mais l’ « État de droit » y connaît de sérieuses éclipses. Les rapports dénonçant les trafics d’organes, le trafic de drogue ou la traite d’êtres humains au Kosovo abondent. Circonstance aggravante : le Conseil de l’Europe et même l’OTAN (document interne qui a fuité) estiment que l’une des principales figures du crime organisé dans cet « État » n’est autre que…le Premier Ministre, « l’incontournable » mais encombrant allié des Occidentaux, Hashim Thaçi, ex-chef de l’UCK , l’armée de libération du Kosovo !

Faut-il voir dans ce constat d’échec de l’UE dans la gestion de la crise au Kosovo la raison de la « révision stratégique » de la mission EULEX décidée par Bruxelles en 2012 ? Quoiqu’il en soit, c’est en pleine « nouvelle (?) étape dans les relations entre l’UE et le Kosovo » (2) qu’a éclaté l’affaire relatée plus haut. Comment va réagir l’UE ? Dans l’immédiat, la nouvelle responsable de la diplomatie européenne , Federica Mogherini, a , selon le quotidien bruxellois « Le Soir », « annoncé la désignation imminente d’une sorte de « super flic » (…) chargé d’un vaste audit et de mettre son nez dans les magouilles potentielles ».C’est la moindre des choses ! Mais au-delà ? Quelles leçons vont-elles être tirées de l’expérience calamiteuse de la construction unilatérale , et de l’extérieur, d’un « nouvel État » dans les Balkans ? L’Europe tout entière risque de payer encore longtemps le prix d’une faute stratégique des « élites » occidentales du début du siècle.

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(1) « Le Kosovo pourra jouir d’une autonomie substantielle AU SEIN de la République fédérale de Yougoslavie  » (Aujourd’hui Serbie). Conseil de Sécurité -10/6/1999.
(2) Stefan Füle, alors commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage (27/3/2012)

27 novembre 2014 at 12:03 Laisser un commentaire

ROSETTA : UN AUTRE VISAGE DE L’EUROPE !

wurtz-l-humanite-dimancheÀ notre époque hyper-mercantiliste, où l’horizon des milieux dirigeants est borné par des considérations étroitement comptables et des calculs à court-terme, ce fut une revigorante bouffée d’air pur que de constater, le 12 novembre dernier, l’écho exceptionnel suscité, tant dans la communauté scientifique que parmi les citoyens en général, par le succès -certes pas total, mais néanmoins historique- de la mission de la sonde européenne Rosetta. Ce ne fut pas la stupéfaction universelle provoquée en son temps (1957) par le bip-bip du premier Spoutnik, ni l’émotion planétaire engendrée par les premiers pas de l’Homme sur la Lune (1969), mais l’événement du 12 novembre a positivement marqué les esprits -et, par les temps qui courent, c’est déjà un petit miracle. D’autant qu’il s’agit d’un événement européen ! Il est vrai que l’Agence Spatiale Européenne (ESA en Anglais) -dont relève la mission Rosetta- offre un tout autre visage de l’Europe que les institutions de Bruxelles…

D’abord, le maître-mot à l’ESA est : coopération – et non concurrence à tout va. Créée en 1975, l’Agence Spatiale Européenne entretient avec l’Union européenne (UE) des rapports étroits, mais sans dépendre de ses institutions. 18 États de l’UE en sont membres, auxquels s’ajoutent la Suisse et la Norvège . Huit autres pays de l’UE en sont « membres associés », c’est à dire qu’ils ont choisi de ne participer qu’occasionnellement à des programmes spatiaux. Pour certains projets, cette coopération s’étend à d’autres agences spatiales nationales : notamment celle des États-Unis (la fameuse NASA), du Japon, de la Chine, de la Russie, de l’Inde…À noter encore que l’ESA est dirigée par un Conseil régi selon la règle : un pays = une voix ; que la contribution de chaque État membre au budget de l’ESA pour financer les projets communs est fixée au prorata de sa richesse (PIB), mais qu’en retour, le montant des travaux confiés aux entreprises et aux laboratoires de chaque pays est proportionnel à sa contribution au budget. Enfin, chaque État est libre de développer, par ailleurs, ses propres programmes spatiaux s’il le souhaite. Dire que cette organisation strictement intergouvernementale évite toute tension entre partenaires serait très exagéré. Cependant, le bilan de cette coopération est éloquent: le lanceur Ariane 5 assure 60% du marché mondial des satellites commerciaux (en orbite géostationnaire); le programme Galiléo va offrir à l’Europe un système de navigation par satellite performant , et ses déboires ne sont pas imputables à l’ESA; grâce à elle, l’Europe participe à la Station spatiale internationale; ses sondes réalisent des prouesses dans l’observation de la Terre, notamment en liaison avec la lutte contre les dérèglements climatiques,etc…Or, ces programmes sont depuis plusieurs années sous la menace permanente de coupes budgétaires. C’est dire l’importance d’une prise de conscience de leur importance par nos concitoyens!

Ajoutons à ce portrait deux autres traits marquants de l’ESA . La première est la vision d’avenir. Rappelons que la mission Rosetta a été approuvée il y a 20 ans et que le voyage lui-même a duré plus de dix années! L’Agence européenne a mené son projet ambitieux jusqu’à son terme là où la NASA américaine a abandonné la partie en cours de route. L’autre marque de fabrique de l’ESA est l’indépendance à l’égard du « grand frère » américain, dont les visées stratégiques; la course éperdue à la rentabilité et le choix mortel du privé; et, par voie de conséquence, les nombreuses volte-face, sont incompatibles avec une ambition spatiale européenne. Défendons donc l’Agence Spatiale Européenne, et , sans en faire un modèle transposable à l’Union européenne, réfléchissons aux enseignements positifs qu’il est possible de tirer de cette expérience originale pour refonder une construction européenne à la dérive.

20 novembre 2014 at 8:11 Laisser un commentaire

« DERNIERE CHANCE » POUR LE PROJET EUROPEEN ?

wurtz-l-humanite-dimanche« Cette Commission sera celle de la dernière chance » a lancé Jean-Claude Juncker, le successeur (depuis le 1er novembre dernier) de l’ultra-libéral et médiocre Barroso à la tête de l’exécutif européen. Jamais encore un dirigeant européen n’avait reconnu aussi crûment la profondeur de la crise dans laquelle s’enfonce la construction européenne. C’est dire si la maison brûle ! Pour tenter de conjurer cette menace existentielle, M. Juncker pointe trois exigences à satisfaire coûte que coûte durant les cinq années de son mandat: viser un « triple A social » afin de « rapprocher les citoyens de l’Europe »; « réduire spectaculairement le chômage »; redonner une perspective aux jeunes » (1). Banco!

Le problème est que cette feuille de route suppose de rompre avec des règles de fond du traité de Lisbonne et M. Juncker s’est jusqu’ici mis en travers de la route de celles et de ceux qui, au nom d’une « autre Europe », se sont engagés dans cette voie. Il lui arrive de faire des diagnostics avisés, mais c’est pour s’aligner aussitôt, sans état d’âme, sur le modèle dominant. « Il n’y a pas de plan B »…

Nous sommes quelques uns à nous rappeler, à cet égard, les propos décoiffants de l’ex-Premier Ministre luxembourgeois (alors Président en exercice du Conseil européen) en 2005, deux jours avant le référendum français sur le projet de traité constitutionnel européen. C’est un morceau d’anthologie qui mérite d’être rappelé alors que son auteur est appelé à gérer la « dernière chance » de l’Union européenne.

« La perspective du référendum a déclenché en France un débat vertueux dont la qualité impressionne »-écrivit alors M. Juncker, avant de poursuivre: « L’Europe a cessé d’être l’affaire des seules « élites ». Le peuple français investit les lieux du débat, fait savoir que c’est de lui qu’émane tout pouvoir, que c’est lui qui décide et qu’il n’est pas près -au-delà du 29 mai- de se dessaisir du sujet qui désormais le passionne (…) Une fois de plus, le peuple français donne un exemple à suivre; une fois de plus, il prouve sa maturité démocratique. Il ne faut pas s’en plaindre. » (2) Vous avez bien lu: « débat vertueux dont la qualité impressionne »; « c’est le peuple qui décide »; « un exemple à suivre »; « maturité démocratique » !

Or, que décida ce peuple démocratiquement mûr à l’issue de ce débat vertueux et exemplaire ? Qu’il ne voulait pas de l’Europe libérale, autoritaire et bureaucratique institutionnalisée par le traité soumis à son vote. Exprimant tout haut ce à quoi la plupart des Européennes et des Européens aspiraient en silence, il se prononçait pour une « Europe sociale » et démocratique dans laquelle il puisse se reconnaitre et s’investir. Moyennant quoi, on lui imposa la copie conforme de ce qu’il venait de rejeter, rebaptisée Traité de Lisbonne. Avec la bénédiction publique de Monsieur Juncker. Cet incroyable mépris pour l’expression démocratique et l’arrogance avec laquelle des aspirations largement partagées en Europe furent tout simplement ignorées sans autre forme de procès : voilà le genre de pratiques qui a conduit l’ Union européenne à l’heure de la « dernière chance ».

Les responsables de cet immense gâchis et de l’inexorable montée de toutes les formes de désillusion, de ressentiment, voire de désespoir qu’ils ont nourries, particulièrement durant ces dernières années, sont à présent au pied du mur: au point où en est la construction européenne, l’homéopathie ne sauvera plus le malade; seule une chirurgie lourde peut espérer faire renaitre l’espoir. Pour cela, mieux vaut ne pas compter sur ces « élites » naguère montrées du doigt par M. Juncker. Rouvrons plutôt un « débat vertueux » parmi les citoyens.

———
(1) JC Juncker: Discours d’investiture de la nouvelle Commission devant le Parlement européen (22/10/2014)
(2) JC Juncker ( Le Figaro- 27/5/2005)

6 novembre 2014 at 7:38 Laisser un commentaire

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