Posts filed under ‘PCF’

LES NOUVEAUX ÉLUS EUROPÉENS AU PIED DU MUR

wurtz-l-humanite-dimancheLe Parlement européen issu des élections du 25 mai vient d’entamer, avec la nouvelle législature 2014-2019, une épreuve de vérité sans précédent : cinq années potentiellement explosives, tant le seuil de tolérance du modèle libéral et autoritaire qu’incarne « Bruxelles » est aujourd’hui dépassé !Tous ou presque en ont conscience. Rares sont ceux qui ne promettent pas, la main sur le cœur, d’en tirer pleinement les leçons. Mais qu’entendent-ils par là ?

Nombreux sont ceux, par exemple, à droite comme à gauche, qui ne sont pas loin de penser que la « victoire » qu’ils viennent de remporter sur les Chefs d’Etat et de gouvernement en optant pour un Président de la Commission européenne « choisi par les électeurs » -Jean-Claude Juncker était le candidat des Chrétiens-Démocrates, qui sont arrivés en tête lors du dernier scrutin- est de nature à satisfaire l’exigence d’une implication effective des citoyens dans l’élaboration des politiques européennes, le contrôle de leur mise en œuvre et l’évaluation de leurs effets ! Il faudra aider ces élus à sortir de leur bulle , sans quoi le réveil promet d’être douloureux!

Le même constat vaut pour l’autre demande pressante de dizaines de millions d’Européennes et d’Européens: le choix d’une nouvelle politique tournant résolument le dos à l’austérité, au profit de nouvelles priorités en matière d’emploi et de dépenses sociales. Dans ce domaine aussi, les « ambitions réformatrices » de bien des parlementaires européens sont loin du compte. C’est le cas d’un certain nombre d’élus du groupe des « Socialistes et Démocrates ».

Les uns comptent sur le « contrat de gouvernement » négocié avec Monsieur Juncker en échange de leur soutien à l’élection du Luxembourgeois au poste laissé vacant par Manuel Barroso. L’ancien Président de l’eurogroupe ne nous a pourtant pas habitués à une rébellion décoiffante envers la Chancelière allemande ou le Président de la Banque centrale européenne…Tout pas en avant sera le bienvenu, et nul ne regrettera son prédécesseur , mais de là à en attendre le « changement »…

Les autres attendent beaucoup de Matteo Renzi, l’entreprenant Président du Conseil Italien, qui a promis de « changer les mentalités » , et que même la puissante Angela Merkel a publiquement appelé « le matador » -c’est dire ! Pourtant, hormis son style ,alerte, et son sens de la communication, indéniable, ses priorités pour la présidence italienne de l’Union européenne (juillet à décembre 2014) ne sont pas particulièrement innovantes : » faire des réformes structurelles le pilier d’un nouvel agenda politique européen » fait plus frémir que sourire…Là aussi, toute mesure positive méritera notre soutien, mais gardons les yeux ouverts !

D’autres encore se satisfont plus modestement de la volonté réaffirmée par François Hollande devant les leaders sociaux-démocrates réunis à Paris, d’agir en faveur de « la croissance » et d’une lecture « plus flexible » du Pacte de stabilité…Hé ho, revenez sur Terre, s’il vous plait ! La maison brûle !

Je leur propose de se soumettre à un petit test pour jauger eux-mêmes leur capacité à se remettre en cause : le 4 juillet 2013, autrement dit il y a tout juste un an, leurs groupes ( Droite comme « socialistes et démocrates ») adoptaient une résolution approuvant « l’ouverture des négociations ( entre l’UE, les États-Unis et une vingtaine d’autres États industrialisés) sur un accord multilatéral sur les services » dont un dirigeant de « l’Internationale des services publics », David Boys, disait l’autre jour qu’ « il menace l’existence même des services publics » (1) Question : quelle est, aujourd’hui, votre position sur ces négociations ( au contenu maintenu strictement secret à l’exception des révélations de Wikileaks ) , et, le cas échéant, quelles actions êtes-vous prêts à engager pour alerter les citoyens sur le danger que représente ce projet et faire barrage à sa réalisation ? La même démarche est applicable aux négociations en cours sur le « Grand Marché Transatlantique », à la directive sur le détachement des travailleurs, comme, vraisemblablement à nombre de propositions de la feuille de route de la prochaine Commission. Les occasions vont être nombreuses d’en débattre au grand jour. Ce ne sera pas un luxe.

———–
(1) Interview dans l’Humanité (26/6/2014)

3 juillet 2014 at 6:33 Laisser un commentaire

ET MAINTENANT ?

wurtz-l-humanite-dimancheIl faut espérer que l’analyse fine des résultats des élections européennes nous apporte des éclaircissements sur l’état d’esprit du « peuple de gauche » . En particulier sur un point crucial: quels ont été les différents choix électoraux des déçus , des révoltés, des écoeurés de François Hollande et de sa politique « bruxello-compatible ». Constituent-ils les gros bataillons des abstentionnistes , dans l’attente d’une offre politique en phase avec leurs attentes? Puissent ces femmes et ces hommes ne pas tirer de la pseudo-campagne électorale qui vient de s’achever et du paysage politique ahurissant auquel elle a abouti la conclusion que, quoiqu’on dise ou fasse, l’Europe ne peut nous apporter que des malheurs , et que par conséquent le mieux serait de s’en détourner.

Comme d’autres, j’ai eu l’opportunité de participer, durant toute cette période, à une multitude de rencontres , certes aux dimensions modestes -disons de plusieurs dizaines jusqu’à 200 personnes- mais au contenu politique et humain qui rappelait les plus belles heures du grand débat citoyen de 2005 sur le projet de traité constitutionnel. L’échantillonnage de cette trentaine de réunions publiques est suffisamment varié pour autoriser quelques extrapolations. Diversité géographique, tout d’abord : Pyrénées Orientales, Indre et Loire, Nord, Côte d’Or, Ariège, Ardèche, Loire, Landes, Meurthe et Moselle, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Manche, Drôme, Alpes de Haute Provence, Oise, Ile-et-Vilaine, Dordogne ainsi que Paris et cinq départements d’Ile-de-France . Diversité des organisateurs également : PCF et Front de Gauche, collectifs citoyens, groupe d’élus, associations, organisme officiel ou semi-officiel. Diversité de forme, enfin : débat avec un seul invité, débat pluraliste, débat contradictoire.

Or, la première chose qui frappe , c’est une volonté de comprendre cette machinerie lointaine et suspecte , pour peser : Quels sont les pouvoirs respectifs du Parlement européen et de la Commission ? En quoi consiste le travail de nos élus? Comment peut-on intervenir dans ce processus? Où en sont les rapports de force politiques dans les autres pays ?…Tel participant s’est dit « sidéré par le décalage entre le travail effectué et ce qui en est perçu ».

Quelques enjeux légitimement perçus comme « lourds » alimentent particulièrement les échanges. Ainsi, l’exigence d’en finir avec les politiques d’austérité et, partant, la nécessité de reprendre le pouvoir sur l’argent et son utilisation sont-elles souvent abordées : exceptionnellement sous l’angle de la « sortie de l’euro » , généralement à partir de tout ce qui touche à la Banque centrale européenne et à la refonte de ses missions et de son fonctionnement . La situation en Grèce figure également parmi les thèmes favoris , de même que Syrisa et son leader Alexis Tsipras, plébiscité ! Les questions liées à l’actualité sont naturellement prisées: l’énergie, à propos d’Alstom; les « travailleurs détachés » en rapport avec les nombreux cas de dumping social; la politique extérieure de l’UE, en liaison avec la crise ukrainienne; l’action -ou plutôt l’inaction- de l’Europe contre le réchauffement climatique , en prévision de la Conférence internationale de Paris en 2015. Et naturellement, le dossier brûlant du « grand marché transatlantique »…

Enfin, les questions relevant de la « stratégie » à mettre en œuvre pour passer d’une simple posture rhétorique à un réel processus de luttes visant à transformer l’Europe tiennent toute leur place : il existe une soif pour des débats de fond sur l’Europe et une impressionnante expertise de terrain qui ne demande qu’à nourrir la réflexion et l’action politiques. Tous apprécient qu’on tourne le dos aux jeux politiciens pour faire résolument appel à l’intelligence et à l’intervention citoyenne .Tous disent se retrouver dans la démarche alliant l’opposition à la proposition -« refuser, rassembler, reconstruire »- . Ainsi conçue, « L’Europe,c’est passionnant! » a commenté sur son blog une élue de Saint-Gratien , dans le Val d’Oise. Avis au Front de gauche dont la vocation est de répondre aux espoirs anéantis du peuple de gauche.

29 Mai 2014 at 7:26 Laisser un commentaire

EUROPE : ETAT DES LIEUX AVANT TRAVAUX…

wurtz-l-humanite-dimancheVoici un aperçu des principaux enjeux européens que les pouvoirs publics et les grands media auraient dû, en bonne démocratie, mettre en débat dans la société avant l’échéance électorale majeure de dimanche prochain. Chacune et chacun aurait alors pu prendre sa décision en connaissance de cause.

D’abord, faut-il poursuivre ou rompre avec les politiques d’austérité? Pour le Premier Ministre grec, c’est … »une success story »! Pour le peuple et le pays, c’est une chute de 26% des richesses produites (par rapport à 2008); une dette passée de 113 à…175% ! ; un chômage qui a explosé de 7,6% il y a cinq ans à 27,3% (plus du double pour les jeunes); des salaires qui ont baissé de 13,8% en trois ans, sans parler de la dilapidation du patrimoine public et du traumatisme des humiliations subies. Quant à la zone euro dans son ensemble, les politiques d’austérité l’ont plongée dans la déflation et la stagnation durable:non seulement la France est à 0,0% de croissance et l’Italie à -0,1 (or,ensemble,ces deux pays représentent 40% des richesses produites dans la zone euro!), mais des pays réputés « vertueux »  comme la Finlande et les Pays-Bas replongent dans la récession (-0,4 % pour le premier; -1,4 % pour le second).

Ensuite, où en sommes-nous de la « régulation »des marchés financiers censée nous garantir contre un nouvel accès de folie des « investisseurs »? « Nous avons maitrisé la finance » nous a assuré, le 5 mai dernier, François Hollande, manifestement aussi fiable sur ce terrain que sur celui de l’inversion de la courbe du chômage. « La finance s’emballe, alors que rien n’est réglé » titrait , à l’inverse, le quotidien économique « Les Echos » une semaine plus tard (12 mai 2014), mettant en garde contre le « retour frénétique » d’ une finance qui « flambe à nouveau » tandis que « les problèmes de fond révélés par la crise n’ont pas été réglés »! Symptomatique de l’extrême « timidité » des mesures prises ou envisagées, la fameuse « taxe Tobin » sur les transactions financières se limiterait à une dizaine de pays, serait ridiculement faible, mais surtout éviterait de toucher les « produits (financiers) dérivés » -spéculations sur les cours futurs d’actions,de devises,de taux…-. Or,ces « produits » ,souvent qualifiés d’ « armes de destruction massive », représentent pour la seule Union européenne la bagatelle de …370 000 milliards de dollars (1), soit 125 fois la production de richesses annuelle de la France ! Problème: notre gouvernement est de ceux qui s’opposent vent debout à la taxation des transactions concernant ces « produits dérivés », sensible qu’il est aux pressions du Medef et de son homologue allemand BDI , pour qui « accroitre leurs coûts porterait un préjudice grave à la compétitivité. »

 
D’une façon générale, la liste est longue des choix cruciaux à effectuer dans la prochaine période pour faire évoluer l’Union européenne , soit dans une fuite en avant explosive, soit dans un processus de rupture avec ses « fondamentaux » actuels et de reconstruction sur des bases coopératives et solidaires. Quiconque peut en citer maints exemples: les missions de la Banque centrale européenne afin d’orienter l’argent crée vers les opérations financières, ou à l’inverse vers les investissements publics créateurs d’emplois et les services publics; la « concurrence libre et non faussée » ( y compris le « détachement des travailleurs » qui vise à mettre en concurrence les modèles sociaux), ou à l’inverse l’aide à la réduction des écarts de productivité entre pays membres et l’effort d’harmonisation des législations sociales vers le haut;une politique énergétique chaotique (voir l’Allemagne!) ou un programme conséquent de transition écologique et de « décarbonisation » des énergies; la répétition des tragédies insoutenables de l’émigration de survie ou à l’inverse une révision en profondeur des relations (tant économiques qu’humaines) avec nos partenaires du sud; la poursuite des négociations pour un grand marché transatlantique ou à l’inverse l’ambition de porter un modèle – social,écologique, culturel- avancé dans la mondialisation avec tous les alliés qui le souhaitent dans le monde…Et pour tout cela, une centralisation toujours plus poussée des décisions ou à l’inverse une implication résolue des citoyens dans les affaires européennes. Le chantier est ouvert: rendez-vous dimanche prochain!
 
 
——–
(1) Chiffre de la Banque des règlements internationaux.

22 Mai 2014 at 5:20 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

mars 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Archives

Catégories

Pages

Pages