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COMBATS POUR LES DROITS : L’AUTRE DÉFI EUROPÉEN
Sous le titre « Pour une Europe de l’égalité et de la citoyenneté », notre amie Marie-Christine Vergiat, députée européenne sortante du Front de gauche, nous offre un petit livre très éclairant sur des enjeux majeurs : les luttes pour l’égalité entre les femmes et les hommes; les actions pour s’opposer aux discriminations racistes , singulièrement à l’encontre des roms; les mobilisations contre l’ « Europe forteresse » et l’idéologie sécuritaire; les solidarités avec les autres peuples du monde…Autant de « fronts » essentiels pour une gauche digne de ce nom, mais que l’urgence sociale tend , hélàs,parfois à reléguer .Raison de plus pour se saisir de ce « digest » particulièrement bienvenu, car , comme le note fort justement Aurélie Trouvé, responsable du Conseil scientifique d’ATTAC, dans sa préface : « Face au néolibéralisme, mais aussi à l’extrême droite qui ne cesse de monter, l’ouvrage met en garde contre le piège des divisions entre les peuples ».(1)
Un autre mérite du livre est d’illustrer , dans le domaine de prédilection de l’auteure – droits fondamentaux; asile et immigration; justice civile et pénale;protection des données à caractère personnel…- les pouvoirs non négligeables du Parlement européen. En effet, dans chacun de ces domaines (entre autres !),il co-décide à égalité avec le Conseil (les représentants des 28 gouvernements). Sans son accord majoritaire,aucune directive n’entre en vigueur. Et, même dans sa composition actuelle, l’Assemblée de Strasbourg a, dans un contexte de fortes mobilisations citoyennes, émis à l’occasion, des votes surprenants ! Marie-Christine Vergiat cite notamment le cas du rejet spectaculaire , en 2012, de l’emblématique « Traité ACTA » qui, « sous couvert de lutte contre la contrefaçon , menaçait entre autres la liberté d’expression sur le net, les droits de propriété intellectuelle et les médicaments génériques ».
Un autre exemple qui mérite réflexion est celui du vote, en 2010, sur le projet de directive sur le congé maternité. La majorité des députés , pour une fois sensibles aux attentes de leurs électrices, s’étaient prononcé pour en porter la durée à 20 semaines dans toute l’Union européenne (contre 14 au minimum,dans la législation actuelle.) Mais c’est le Conseil, en particulier à l’initiative de l’Allemagne,de la Grande Bretagne et de la France, soucieuses de préserver la « compétitivité » de leurs entreprises, qui a refusé. Chassez le naturel… :cette année, le même Parlement européen a rejeté l’excellent rapport sur l’égalité entre les femmes et les hommes qu’avait présenté une députée du Parti communiste portugais. Problème: sur les 87 abstentions qui ont permis à la droite de l’emporter dans ce vote figuraient 25 députés verts ! Ils reprochaient au texte « un paragraphe ne distinguant pas prostitution volontaire et prostitution forcée » rappelle Marié-Christine Vergiat ! Preuve que , pour arracher des avancées, les citoyens gagneraient tout à la fois à se mobiliser face à leur gouvernement et à s’intéresser de près à leurs parlementaires européens… Merci pour cette publication qui a le mérite de traiter avec dignité et efficacité de combats pour les droits: l’autre défi européen.
Je tiens ici à rendre hommage à Gerry Adams, leader historique du Sinn Féin , artisan inlassable du combat politique pour l’unification de l’Irlande , sans qui l’Accord de paix dit « du Vendredi Saint » (10 avril 1998 ) n’aurait pu voir le jour. J’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer à plusieurs reprises ce dirigeant charismatique dont le courage et l’intelligence politiques impressionnent. Je lui souhaite, ainsi qu’à son parti (membre éminent de notre groupe GUE au Parlement européen) de remporter le grand succès que les enquêtes d’opinion leur prédisent au nord comme au Sud et qui n’est pas pour rien dans la cabale malveillante ourdie contre eux.
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(1)Marie-Christine Vergiat : « Pour une Europe de l’égalité et de la citoyenneté ».Éditions Arcane 17 ( mai 2014 )
LE DERNIER SURVIVANT DU CNR PARLE
Comment mieux célébrer le 8 mai dans cette chronique qu’en rendant compte d’un passionnant livre d’entretiens avec le dernier survivant du Conseil National de la Résistance, qui vient de paraître ! (1) Notre ami, Robert Chambeiron -c’est naturellement de lui qu’il s’agit- , va entamer, le 22 mai prochain, sa…centième année. Il avait entre 25 et 30 ans et assumait déjà la lourde et périlleuse responsabilité de Secrétaire général adjoint du CNR quand se sont déroulés les événements dramatiques et les actions héroïques qu’il relate ici avec une vivacité d’esprit et une précision inouïes. Rien de grandiloquent dans les propos de ce proche compagnon de Jean Moulin, mais un cheminement vivant et éclairant à travers les étapes marquantes qui ont conduit de la trahison de Pétain – et des partis qui lui ont confié les pleins pouvoirs le 10 Juillet 1940- à la défaite finale du nazisme et à la libération de la France.
Parmi les thèmes les plus cruciaux qui émergent de ces entretiens, conduits avec une intelligente complicité par une amie du grand Résistant, Marie-Françoise Bechtel, on citera tout d’abord les motivations qui ont présidé à l’engagement du jeune Robert dans un combat qui imprégnera profondément toute son existence: » La guerre d’Espagne a marqué un tournant décisif », dit-il en citant à ce propos la belle formule de l’historien Maurice Voutey : » la résistance avant la Résistance ». Autrement dit, c’est la solidarité internationale qui a éveillé au combat pour libérer la France. On est aux antipodes de la démagogie nationaliste qui tente aujourd’hui d’embrouiller les esprits.
Un autre sujet majeur évoqué au travers d’une multitude de faits historiques ou d’anecdotes vécues est la délicate et patiente construction de l’unité de la Résistance. Entre les gaullistes, les communistes, les chrétiens…, les différences d’approche étaient réelles. Au-delà, si les principaux représentants des classes dirigeantes avaient massivement choisi le camp de la collaboration, il y avait néanmoins des éléments franchement conservateurs au sein de tel ou tel mouvement de la Résistance: « Ils étaient anticommunistes et ça ne les dérangeait pas outre mesure de mal se conduire avec des gens qu’on supposait être des rouges » témoigne ainsi un ancien lieutenant proche de Raymond Aubrac. Certains d’entre eux n’entendaient pas reconnaître à Jean Moulin la qualité de chef de la Résistance intérieure car ils » lui reprochaient son engagement dans le Front populaire » souligne Chambeiron. C’est à surmonter ces différences et ces oppositions dans un élan commun pour chasser l’occupant et « mettre en place toutes les structures économiques et administratives qui se substitueront à Vichy »que s’est employé le CNR. Comment ce rassemblement a-t-il finalement pu s’effectuer sur une base clairement progressiste? En particulier grâce à l’entrée en masse de la classe ouvrière dans la Résistance. Robert Chambeiron rend à cet égard un hommage appuyé à l’action de la CGT réunifiée et du Parti communiste. »Les classes dites conservatrices finiront même par rallier le mouvement parce qu’il n’est pas d’autre voie que de s’entendre si l’on veut s’organiser pour contrer les Allemands » note-t-il.Quant à De Gaulle, il « sent bien cette poussée à gauche », lui qui déclare, à Londres,en 1942: « C’est une révolution(…) que la France, trahie par ses élites dirigeantes et par ses privilégiés, a commencé d’accomplir » !
Le programme du CNR – qui reste aujourd’hui encore une référence pour les forces de progrès et un repoussoir pour les nantis- est le reflet de ce rassemblement à dominante progressiste. Sa mise au point -à l’unanimité, ce qui explique certaines lacunes,comme le doit de vote des femmes ou la référence à la laïcité…- demanda quatre mois. Sur la base d’un projet préparé par Pierre Villon, une des figures communistes, avec Rol-Tanguy, de la Résistance, les représentants des différents mouvements rédigèrent le texte définitif , qui sera adopté le 15 mars 1944 -il y a tout juste 70 ans. « Pour moi, conclut Robert Chambeiron, l’honneur de la Résistance aura été d’agir afin de libérer le pays tout en définissant l’avenir ».
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(1) »Résistant », de Robert Chambeiron.Entretiens avec Marie-Françoise Bechtel (Fayard,2014).




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