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DES « FRAPPES CIBLEES », C’EST LA GUERRE !

wurtz-l-humanite-dimanche     La presse alsacienne rappelait fort opportunément, ces jours-ci, une page d’histoire peu connue (mais dont j’ai personnellement entendu maintes fois le récit durant mon enfance par celles et ceux qui l’ont vécue dans leur chair). (1)   Il y a 70 ans,presque jour pour jour, le 6 septembre 1943, les habitants d’un faubourg de Strasbourg proche de la frontière allemande, le quartier de Neudorf, ont eu la stupéfaction de constater qu’au martyre de l’occupation militaire nazie et au traumatisme de l’annexion au troisième Reich venait subitement de s’ajouter le choc d’un intense bombardement…par l’aviation américaine. 574 bombes, dont certaines à fragmentation, furent larguées sur un petit périmètre, tuant 194 personnes et détruisant 175 immeubles. Certains crurent à une « bavure ». Hélas,durant toute une année, d’autres bombardements américains – quatre exactement- ont terrifié la population strasbourgeoise, faisant au total plus de 1000 victimes et anéantissant un cinquième des immeubles de l’agglomération. Comment expliquer ce dramatique paradoxe: une armée occidentale terrorisant une population victime de l’agression hitlérienne ?fw

Les forces américaines ne projetaient évidemment pas de s’en prendre à des innocents, qu’elles avaient, au contraire, pour mission d’arracher aux griffes des nazis. Leurs « frappes ciblées » – sur des voies ferrées, des dépôts de pétrole, des usines stratégiques…- devaient affaiblir l’ennemi et, par là même hâter le retour à la paix dans la liberté. Ce n’est pourtant pas ainsi qu’elles furent vécues par la population. D’abord, parce qu’aucune cible visée n’est « hors sol »: il s’ensuit les tristement fameux « dégâts collatéraux ». Mais il y a plus grave encore: très au-delà des victimes directes de telles « frappes », c’est toute une population qui en est meurtrie et en conserve une blessure durable. Dans le cas déjà cité, les témoins de ces épreuves se rappellent encore avec émotion au soir de leur vie « la violence du choc, le sifflement des bombes, les cratères profonds comme des lacs, les débris de verre, les cadavres jonchant le sol, les cercueils de fortune, la poussière dense du ciment qui s’engouffre dans les bouches et a raison du soleil… »(2) Il y a, dans ces souvenirs douloureux, une leçon de vie à méditer. Y compris en ce moment même où il est tant question d’ « intervention militaire limitée » (John Kerry) ou de « riposte proportionnée, limitée, ciblée »(François Hollande) pour « punir » un tyran et venir en aide au peuple…

On objectera que comparaison n’est pas raison. C’est parfaitement vrai: 2013 n’est en rien 1943! Des actes peut-être difficiles à éviter hier quand il s’agissait de terrasser coûte que coûte le nazisme ne peuvent se justifier aujourd’hui face à une guerre civile qui n’a pas de solution militaire. On croit « punir » un despote cynique et cruel, mais on risque d’ envenimer encore les souffrances du peuple, voire d’embraser la région. On sait trop bien de nos jours dans quels engrenages immaitrisables peut nous entrainer une intervention prétendument « limitée » pour ne pas proscrire sa banalisation.
Appelons donc les choses par leur nom: des « frappes ciblées », c’est la guerre !

(1)Valérie Walch (DNA 6/9/2013) présentant le livre de Richard Seiler: »Objectif Strasbourg »(Editions de la Nuée Bleue.)

(2) ibidem

12 septembre 2013 at 4:17 1 commentaire

68 ANS APRES HIROSHIMA: « ARRETEZ LA BOMBE ! »

Quand des acteurs de la « société civile » du monde entier s’engage pour un enjeu de civilisation comme le désarmement nucléaire, ils méritent qu’on les salue! C’est le cas du réseau international des « Maires pour la paix » , présidé par le premier magistrat de la ville-martyr d’Hiroshima, Kazumi Matsui. Sa ville vient d’accueillir, à l’occasion du 68ème anniversaire de la tragédie des 6 et 9 août 1945 (1), la huitième Conférence organisée par l’association depuis sa création en 1985. Une initiative heureuse à plus d’un titre.

D’abord, il n’est pas indifférent qu’un événement de cette nature ait lieu au Japon en ce moment. Le nouveau Chef du gouvernement de Tokyo, le très conservateur , Shinzo Abe,  a, en effet, décidé de flatter les milieux les plus nationalistes de l’empire du soleil levant en annonçant sa volonté de réviser la Constitution du pays jugée trop pacifiste. De fait, la loi fondamentale d’après-guerre impose au Japon de « renoncer à jamais à la guerre ainsi qu’à la menace ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux ». On mesure la portée politique et symbolique de l’amendement de cet « article 9 » tant honni des milieux militaristes nippons ! Le vice-Premier ministre en a du reste illustré les dérives possibles en déclarant incidemment: « La Constitution de l’Allemagne de Weimar a été discrètement remplacée par celle de l’Allemagne nazie. Pourquoi ne pas s’inspirer de leur tactique ? « …Un grand rendez-vous international pour la paix à Hiroshima est, dans ce contexte, particulièrement bienvenu.

Ensuite, cette Conférence a pour mérite de rappeler solennellement l’incommensurable danger que représente,dans un monde aussi instable, la persistance de ces armes nucléaires dont la puissance cumulée représente aujourd’hui des centaines de milliers de fois celle qui suffit hier à anéantir Hiroshima ou Nagasaki, et dont la détention anachronique par une dizaine de pays favorise inévitablement la prolifération.

Aussi est-il hautement salutaire que des élus des cinq continents fassent leurs les cris d’alarme répétés au sujet de la terrifiante spécificité de ces armes « du fait de leur pouvoir de destruction, des souffrances humaines indicibles qu’elles causent,de l’impossibilité de maitriser leurs effets dans l’espace ou le temps, des risques d’escalade qu’elles comportent et de la menace qu’elles constituent pour l’environnement, les générations futures et de la survie même de l’humanité » (2) et relaient auprès des citoyennes et des citoyens cette exigence à faire grandir à tout prix auprès des dirigeants concernés: « arrêtez la bombe! » (3) C’est naturellement là l’intérêt direct de la récente rencontre d’Hiroshima:  encourager le développement de cette coopération inédite entre plus de 5600 villes et communes de 156 pays sur un sujet de dimension hautement politique, voire anthropologique. La France -puissance nucléaire, donc directement concernée- est présente dans ce réseau depuis 1997, avec une bonne centaine de collectivités. Nombre de villes d’autres pays européens -Allemagne, Belgique, Italie, Espagne, République tchèque…- y tiennent également leur place. Mais on peut mieux faire !

Dans le prolongement des « lanceurs d’alerte » lucides et courageux que furent les Einstein, Oppenheimer ou Joliot-Curie, et à l’instar d’un Albert Camus qui écrivit deux jours après le bombardement d’Hiroshima : « la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie », souhaitons que beaucoup d’autres maires viennent renforcer cette chaîne généreuse et responsable pour le désarmement nucléaire et pour la paix.

———–
(1) Les bombardements atomiques des villes d’Hiroshima et de Nagasaki par l’armée des Etats-Unis. Le site du réseau est:  http://www.afcdrp.com
(2) Déclaration du Comité International de la Croix-Rouge (Oslo-mars 2013)
(3) Titre d’un ouvrage de Paul Quilès, du Général Norlain et de Jean-Marie Collin sur le désarmement nucléaire. (Cherche-Midi éditeur 2013)

8 août 2013 at 5:43 3 commentaires

QUEL PROJET EUROPEEN ? A VOS PLUMES !

wurtz-l-humanite-dimanche    Le Parti communiste français vient d’annoncer la tenue, à la mi-novembre, d’une « convention nationale » sur le thème : « Quel projet européen? « Le Parti socialiste avait fait de même à la mi-juin. « De même »?  Ces deux événements promettent, en fait, de se différencier sensiblement, tant sur le fond que dans la forme.

Au PS, l’objectif était -en vue des élections européennes de mai 2014- de produire un texte reprenant un certain nombre d’aspirations du « peuple de gauche » tout en cautionnant la politique européenne du Président de la République: un exercice difficile par les temps qui courent…La motion adoptée traduit cette contradiction fondamentale: les constats d’évidence (« L’Europe connait une crise économique et sociale d’une ampleur inédite ») ou les voeux pieux (« Les socialistes européens doivent porter un modèle de développement nouveau, porteur de croissance économique pérenne, de progrès social et respectueux de l’environnement ») y côtoient les silences assourdissants sur des transformations indispensables à un projet réellement nouveau ( Pas un mot, par exemple, sur la Banque centrale européenne !). Dès lors, aucun débat libre et public n’était possible sur ce document: la direction toléra tout juste l’intégration de quelques amendements durement négociés avec les représentants de son aile gauche. On peut légitimement douter, dans le contexte actuel, que les citoyens de gauche , y compris parmi celles et ceux qui se reconnaissent habituellement dans le Parti socialiste, se satisfassent d’un tel projet, dont les débats à venir feront apparaitre le manque de cohérence, de crédibilité et d’ambition.

D’où l’importance de l’existence d’une autre « offre » à gauche! En particulier pour ces pans entiers de la gauche de plus en plus pressés de tourner la page de l’actuelle Europe. Ce que se propose d’élaborer la Convention du PCF, c’est toute une stratégie de « refondation » de la construction européenne. Non une alternative utopique, abstraite et inaccessible. Non un nouveau « Grand soir », dangereusement illusoire. La volonté est d’aider à orienter les débats et le combat vers les ruptures concrètes à opérer progressivement avec les orientations et les structures actuelles; à populariser des propositions réellement transformatrices; à construire des rassemblements suffisamment larges -y compris en coopération avec d’autres forces progressistes européennes- pour faire bouger les rapports de force, dans les consciences comme sur le terrain, seul moyen de rendre effectivement possible le changement radical de cap auquel nous aspirons en grand nombre.

Le mode de préparation de cette convention- là est en rapport avec sa finalité. Ses organisateurs ont décidé de publier dès maintenant une liste indicative de questions que se posent nos concitoyens, militants politiques ou non, y compris les « questions qui fâchent », afin d’encourager sans attendre les confrontations d’idées . Ils ont même lancé un « Appel à contribution » pour alimenter l’échange d’opinions sur les enjeux en question. Début octobre, un projet de texte, apportant des propositions de réponses à ces questions sera mis en circulation et en débat pour préparer les assises de la mi-novembre. Voilà une démarche à saluer! Naturellement, le PCF s’adresse ainsi prioritairement à ses adhérents et sympathisants. Gageons cependant que tous les apports d’amis du Front de gauche dans son ensemble, et même de la gauche en général, seront les bienvenus.
A vos plumes!

25 juillet 2013 at 5:50 1 commentaire

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