Posts filed under ‘Poutine’

LA RUSSIE, CENT ANS APRÈS « OCTOBRE ».

 

A l’occasion du Centenaire de la Révolution d’Octobre, j’ai eu l’honneur d’être convié par « l’Humanité » à participer comme « conférencier » à un voyage de lecteurs du journal en Russie. Aujourd’hui comme hier, un séjour dans ce grand pays ne laisse pas indifférent. Parmi les impressions que je retiens de ce regard bref et limité mais intense, je voudrais m’arrêter sur celle qui m’a d’autant plus frappé que nous nous trouvions à la veille d’une commémoration inévitablement complexe, alors qu’une génération entière de Russes n’a pas connu l’Union soviétique : en perte de repères, le pays se cherche, comme en témoignent de nombreux et éloquents paradoxes.

Ainsi, une forme passablement sauvage de capitalisme règne sur le pays, avec son cortège d’inégalités criantes et de rapports sociaux impitoyables : le témoignage poignant d’une militante d’une association d’aide aux personnes sans abri fut, à cet égard, particulièrement édifiant. Pourtant, aucun dirigeant n’a jusqu’ici osé s’en prendre à des symboles synonymes d’idéaux aux antipodes du système actuel : le mausolée de Lénine est toujours sur la place Rouge à Moscou et le croiseur « Aurore » à nouveau amarré (après restauration) à la rive droite de la Néva , face au Palais d’hiver, à Saint Pétersbourg. Le premier est gardé par des soldats chargés d’imposer aux visiteurs, toujours nombreux, le respect dû à la plus grande figure de la Révolution. Sur le second, un ancien marin du célèbre bâtiment de combat montre fièrement « le canon d’où est parti le coup à blanc qui a changé le cours de l’Histoire de notre pays ».

Un contraste de même nature a frappé les participants à un tour de ville de la « Venise du Nord » : une jeune guide formée aux nouvelles normes touristiques se montrait intarissable sur la dynastie des Romanov, tandis qu’à ses côtés, le chauffeur du car avait tapissé sa cabine de souvenirs de l’Union soviétique. Un lapsus de la jeune prosélyte de la Sainte Russie, rebaptisant involontairement la place de l’Insurrection « place de la Résurrection », compléta le tableau…Ce type de choc des repères fut trop fréquent pour être fortuit. Certains Russes semblent guettés par la nostalgie de l’Empire -tel cet admirateur des « exploits de nos ancêtres » durant la Première guerre mondiale à laquelle les Bolcheviks mirent fin en 1917-; d’autres paraissent se réfugier dans leur identité orthodoxe. Quant aux communistes, s’ils conviennent que tout retour en arrière est irréaliste -telle cette élue de Saint Pétersbourg soulignant qu’ « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »-, ils peinent pour le moment à ouvrir une perspective nouvelle.

Pour autant, des exemples de saines révoltes contre l’ inhumanité de l’ultra-libéralisme ambiant ainsi que de sursauts de solidarité émergeant de la société nous ont été rapportés, qui traduisent d’évidentes attentes de changements. L’histoire tout à la fois glorieuse et dramatique de ce peuple (notre séjour coïncidait également avec l’anniversaire du début du terrible siège de Leningrad -8 septembre 1941-27 janvier 1944; 620 000 morts- ); les souvenirs traumatisants de la terreur stalinienne qui se transmettent de génération en génération; les frustrations de la période brejnévienne (dont beaucoup semblent en même temps regretter la stabilité et la sécurité de l’existence…) ; l’expérience brutale et humiliante de la décennie Eltsine; le populisme de Poutine sont autant d’obstacles qui ne facilitent pas le mûrissement d’une nouvelle et nécessaire révolution de notre temps. Mais, ici comme ailleurs, l’avenir n’est pas écrit. Ce peuple complexe mais attachant mérite -et souhaite- l’attention et l’amitié du nôtre. Merci à « l’Humanité » de nous avoir permis de le vivre en direct.

15 septembre 2017 at 6:15 Laisser un commentaire

L’UKRAINE ENTRE ESPOIR TENU ET PROVOCATION IRRESPONSABLE

Deux informations -très peu commentées- concernant le conflit en Ukraine viennent de tomber à deux jours d’intervalle. La première, le 23 août : « Les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays du format Normandie (France, Allemagne, Russie, Ukraine) ont apporté, mardi 22 août, lors d’un entretien téléphonique, leur soutien à un nouvel accord de cessez-le-feu dans l’Est de l’Ukraine » (1). Dans une Déclaration commune -événement suffisamment rare par les temps qui courent pour retenir l’attention- , Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Emmanuel Macron et Angela Merkel soulignent qu’ils resteront engagés dans la mise en oeuvre des Accords de Minsk conclus en février 2015.

Malgré l’extrême fragilité de ce type de mesure dans le contexte actuel, on veut y voir l’espoir d’une amorce d’une nouvelle dynamique de paix…quand tombe, le 24 août, la seconde dépêche : premier Chef du Pentagone à visiter l’Ukraine de puis une décennie, Jim Mattis, Secrétaire américain à la Défense, a déclaré à Kiev « étudier de manière active » la possibilité de livrer les armes létales (susceptibles de provoquer la mort) réclamées par le Président Porochenko , quitte à torpiller d’emblée le cessez-le-feu et à provoquer une nouvelle escalade ! (2) On reste confondu devant pareille irresponsabilité.

Le terrible bilan de ces trois ans de guerre -plus de 10 000 morts, un pays plus divisé que jamais, une société minée par le ressentiment, la haine et l’esprit de revanche- rend l’illusion d’une « solution » militaire  totalement  absurde . La seule référence en matière de règlement politique du désastre russo-ukrainien reste à ce jour les accords de paix dit « de Minsk », encore rappelés par les « 4 » dirigeants politiques du format Normandie. Or, si les responsabilités des insurgés du Donbass et de Moscou dans le blocage du processus de « Minsk » sont légitimement dénoncées, celles de Kiev sont quasi-systématiquement passées sous silence. Rappelons donc les termes de ces accords : cessez-le-feu ; retrait des armes lourdes par les deux parties; libération et échange des prisonniers; amnistie et instauration d’un dialogue pour la tenue d’élections locales et la définition du futur statut des régions rebelles de l’Est du pays; rétablissement des liens économiques et sociaux entre Kiev et le Donbass; restitution aux forces de Kiev du contrôle des frontières dans toute la zone du conflit après la tenue d’élections locales; mise en place d’une nouvelle Constitution prévoyant une « décentralisation » des régions rebelles de l’Est, en accord avec les représentants de ces régions. Pourtant, que l’on sache, il n’a été question à Kiev jusqu’ici -pour ne citer que les points les plus névralgiques- ni du futur statut du Donbass ni des élections locales, ni de la réforme constitutionnelle. Même des observateurs peu enclins à la sévérité à l’égard des autorités ukrainiennes le reconnaissaient pourtant à l’occasion du premier anniversaire des Accords de Minsk : « C’est désormais l’Ukraine, jusqu’à présent attachée à tenir le rôle du bon élève, qui se retrouve dans le collimateur », notait alors « Le Monde » qui précisait même que , « selon un diplomate français », « La situation à Kiev constitue notre principale inquiétude ». Rien n’a bougé depuis, à cet égard.  Raison de plus pour ne rien entreprendre, en plein cessez-le-feu, qui puisse encourager les va-t-en guerre à jeter de l’huile sur le feu. Cap sur « Minsk », mais sans œillères !
——
(1) Agence Europe -23/8/2017. L’appellation « format Normandie » fait référence à la rencontre informelle entre les dirigeants des quatre pays, le 6 juin 2014, en Normandie, à l’occasion des célébrations du Débarquement de 1944.
(2) RFI avec l’AFP -24/8/2017
(3) Le Monde.fr -12/2/2016

31 août 2017 at 10:59 Laisser un commentaire

POUTINE EST NOTRE ADVERSAIRE, PAS LA RUSSIE !

En recevant la cheffe de l’extrême-droite française au Kremlin, et en gratifiant ses sinistres alliés européens de paroles flatteuses, Vladimir Poutine vient, à son corps défendant, de clarifier les termes du débat sur les relations France-Russie, et, plus généralement, Union européenne-Russie. Poutine est l’une des cibles privilégiées de tant de dirigeants occidentaux ( à commencer par les jusqu’au boutistes de l’OTAN, contre-références absolues pour des progressistes européens ) qu’il suscitait parfois des réactions de complaisance à gauche. Eh bien, non : les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis ! Poutine est notre adversaire. Mais pas la Russie !

Gardons les yeux grands ouverts pour ne pas tomber d’un schématisme dans un autre. Par exemple, en hissant un homme comme Alexeï Navalny -l’organisateur de la récente mobilisation populaire réussie contre le pouvoir russe- sur un piédestal moral pour la seule raison qu’il se présente comme « l’opposant No 1 », voire « le rival » de Vladimir Poutine ! Certes, le système de corruption dont il dénonce l’existence en Russie est, depuis fort longtemps, une triste réalité. Mais ce constat ne fait pas de celui qui s’en sert habilement un parangon de démocratie. « Le juriste anti-corruption » Navalny est avant tout un nationaliste notoire, dont le discours anti-immigrés ne déparerait pas un tract lepéniste !

Ce qui interpelle aussi bien dans le « phénomène-Poutine » que dans le « cas-Navalny », c’est le soutien -massif dans le premier cas; relatif mais surprenant dans le second- dont ils bénéficient dans la population. Si le Président russe est (encore) si populaire dans son pays, malgré l’autoritarisme de son régime, les inégalités effrayantes de son « modèle » social et la brutalité de son armée, c’est qu’il a su, aux yeux de la grande majorité de ses concitoyens, recouvrer l’autorité et la dignité de la Russie face aux humiliations subies de la part d’un « Occident » par trop arrogant. Au début de l’ère Poutine, note un analyste proche de l’UE, « le Kremlin n’entend pas s’affirmer contre l’Europe mais avec elle. Vouloir « faire jeu égal avec l’UE » (…) se traduit en appels et attentes de coopérations, formalisés selon certains impératifs politiques et/ou économiques » (1) On connaît la suite. Faute de tirer les enseignements de cette réalité, nos dirigeants s’avèrent des promoteurs hors pair du nationalisme russe en général et de la popularité de Poutine en particulier. Inversement, si les récentes manifestations anti-corruption pilotées par Navalny, ont obtenu un réel succès, notamment parmi les très jeunes, de Moscou jusqu’à Vladivostok, c’est au chef du Kremlin qu’elles devraient donner à réfléchir : la génération montante réclame plus que la fierté nationale. Elle veut la justice et semble de plus en plus décidée à faire ce qu’il faut pour l’obtenir.

Le temps est venu, dans les deux grands ensembles -tous deux en crise- qui structurent notre continent, l’Union européenne et la Russie, de passer du face-à-face au côte-à-côte. Certes, il ne faut pas rêver : avec tout le passif accumulé de part et d’autre, et considérant la faible propension des pouvoirs en place des deux côtés à l’auto-critique, il est présentement utopique d’imaginer revenir à la belle idée gorbatchévienne de « Maison commune européenne » ! Puisse au moins le réalisme laisser une chance à nos intérêts communs.

——
(1) « Les relations UE-Russie : Moscou pose ses conditions ». Laurent Vinatier (Institut Jacques Delors -mars 2006).

6 avril 2017 at 7:09 Laisser un commentaire

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