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LE CONTRE-EXEMPLE BRITANNIQUE

wurtz-l-humanite-dimancheLes citoyens britanniques ont voté. Il faut naturellement respecter leur décision souveraine. D’ailleurs, nous toutes et tous qui , à gauche, dénonçons depuis des lustres le mépris dans lequel les dirigeants européens tiennent l’expression de la volonté de changement des peuples, nous ne pouvons que partager la volonté d’en finir avec ce système . Or, aux yeux de millions de laissés-pour-compte de l’ultra libéralisme en Grande-Bretagne, le Brexit était assimilé à l’espoir que soit mis fin à la brutale politique d’austérité qu’ils subissent quelque soit le gouvernement en place. Malheureusement, tout indique que la voie choisie pour exprimer cette colère et cette frustration risque fort d’enfoncer encore plus le peuple britannique dans l’impasse dont il souhaitait sortir : les hérauts du Brexit ont trompé les travailleurs et les familles populaires . C’est pourquoi j’affirmerai, pour ma part, sans détour : à mes yeux, le type de campagne qui vient d’avoir lieu outre-Manche est un contre-exemple. Voici pourquoi .

Je continue de tenir pour un modèle inégalé de démocratie citoyenne la campagne du « NON de gauche » au projet de traité constitutionnel en 2005. Or, si l’on compare cette campagne à celle des pro-Brexit , on peut parler de deux expériences politiques aux antipodes l’une de l’autre. Trois illustrations.

D’abord, en France, le « leadership » du mouvement était incontestablement à gauche, au point que le FN y était sinon inexistant du moins inaudible. En tout cas marginal. En Grande-Bretagne, ce sont les populistes d’extrême droite de l’UKIP qui ont fourni les slogans; l’ultra-libéral sans scrupule Boris Johnson qui a animé le spectacle; et la presse de caniveau qui s’est chargée de distiller leurs mensonges auprès de leurs millions de lecteurs. Quant à Cameron, son soutien au « in »( maintien dans l’UE ) a dû passablement nourrir le « out » ( la sortie de l’UE ) , tant sa politique est un repoussoir pour les familles populaires. Cette cacophonie démagogique a réussi à couvrir la voix du seul haut responsable authentiquement de gauche dans cette campagne, Jérémy Corbyn, dont le message -partagé par les principaux syndicats- était : « rester dans l’Union européenne ET changer l’Europe » en coopérant avec les progressistes des autres pays membres.

Il y a une deuxième différence de taille avec notre campagne de 2005 : nous avions fait appel à l’intelligence et à la réflexion des citoyens. En Grande-Bretagne, les partisans du Brexit ont caché leurs choix économiques ultra libéraux, spéculé sur la peur des réfugiés et multiplié les mensonges éhontés, comme celui des fameux « 350 millions de Livres » prétendument versées chaque semaine par le Royaume-Uni à l’UE et qui iraient en cas de Brexit à la Sécurité sociale britannique -fausse promesse démentie dès le lendemain du référendum !

Enfin, tandis qu’en France en 2005, nous insistions sur l’esprit de solidarité avec les autres peuples -invitant de nombreux progressistes européens à nos meetings- les figures dominantes du camp du Brexit ont flatté les tendances étroites, nationalistes et même franchement racistes. La palme revient à l’ex-maire de Londres , …potentiel chef du futur gouvernement, qui n’a pas hésité à traiter Barak Obama , coupable d’avoir critiqué le Brexit, de « demi-Kényan »! Pour toutes ces raisons, décidément oui : « on vaut mieux que ça ! »

30 juin 2016 at 7:36 1 commentaire

JOUER SUR LA PEUR POUR RELANCER L’EUROPE ?

wurtz-l-humanite-dimancheJ’ai lu et relu la phrase pour m’assurer d’avoir bien lu, tant la formule est sidérante : « La construction européenne a pu être initiée parce que les Européens avaient peur pour leur sécurité(…) C’est à nouveau sur l’air de « l’hymne à la peur » qu’elle doit aujourd’hui être relancée ». Les auteurs de cette assertion choquante ne sont pas des commentateurs fantaisistes , mais des voix internationalement écoutées -qu’on les approuve ou qu’on les critique- sur les enjeux européens. Ils s’appellent…Jacques Delors ; Pascal Lamy; Antonio Vitorino (ex-Commissaire européen portugais); Enrico Letta (ex-Président du Conseil italien); Yves Bertoncini ( Directeur de l’Institut Jacques Delors) ! (1)

Faut-il que les têtes pensantes de l’actuelle construction européenne se sentent démunies d’arguments susceptibles de regagner la confiance des citoyens pour en être réduites à un stratagème aussi peu reluisant ! Tremblez, paniquez, chers compatriotes, face à l’accumulation de périls qui vous entourent ! Pensez donc au contexte dans lequel vous vivez : il est « marqué par les craintes du changement climatique; de la finance folle; d’un afflux migratoire anarchique (sic); mais aussi et surtout par les menaces contre la sécurité des personnes et des biens ». Brrr! Heureusement pour les millions de femmes et d’hommes ainsi pris dans la nasse, la « sécurité collective » qui leur manque sera au coeur de « cette relance de la construction européenne ». D’ailleurs, cela tombe bien : « l’agenda européen des prochaines semaines offre de nombreuses opportunités » de commencer à mettre en oeuvre la relance en question : l’adoption d’ une « nouvelle stratégie européenne de sécurité »; « la révision de la stratégie de l’OTAN et « le projet d’un « Livre blanc » sur la défense ». Et comme ces éminentes personnalités savent pertinemment que le « sursaut militaire » qu’elles appellent de leur voeux ne correspond pas spontanément aux priorités des gens en matière de changement des politiques européennes, j’imagine qu’elles et leurs semblables envisagent de faire ce qu’il faut pour attiser les « peurs » autant que de besoin…

Est-ce ainsi qu’il faut comprendre le ton volontairement alarmiste d’un autre document , lui tout droit sorti du laboratoire d’idées de la Commission européenne et opportunément intitulé « En défense de l’Europe » ? (2) Sa première phrase fait froid dans le dos : « Si la menace d’une guerre en Europe était inconcevable jusqu’il y a peu, il n’est pas difficile d’en imaginer une aujourd’hui » ! Tout cela pour justifier une « intégration de défense européenne plus poussée », le « développement des capacités militaires », la « surveillance maritime et du contrôle des frontières », mais aussi le renforcement de « la contribution européenne au sein de l’OTAN ». Bref : que du bonheur ! Il serait temps que l’on ouvre un grand débat public sur la sécurité collective en Europe et dans le monde. Quand tirerons-nous enfin un bilan lucide du fiasco sécuritaire auquel nous ont conduits les aventures militaires aux quatre coins de la planète, tout comme l’idéologie de guerre froide sur le continent européen ? Relancer la construction européenne : oui ! Mais par le sursaut social et démocratique , pas le « sursaut militaire »! Par la résolution politique des problèmes, pas par la militarisation des esprits ! Par une nouvelle espérance, pas par la peur !

——-
(1) Tribune publiée le 17/6/2016 par l’Institut Jacques Delors.
(2) « Notes stratégiques de l’EPSC »

23 juin 2016 at 7:42 Laisser un commentaire

10 HEURES POUR LA SOLIDARITE ET LA PAIX

wurtz-l-humanite-dimanche« Merci ! Faites une réunion comme celle-là chaque mois ! » lança un invité africain à la fin de la « Conférence mondiale pour la paix et le progrès » organisé par le Parti communiste français le 1er juin dernier sous la coupole d’Oscar Niemeyer. A en juger par la réaction spontanée de tous ceux qui ont entendu ce cri du coeur en quittant la salle , le sentiment était largement partagé. C’est peu dire que nous-mêmes, comme les progressistes des cinq continents en général, nous avons tous un besoin vital de telles bouffées d’oxygène dans le moment difficile que traverse notre combat. En réussissant à faire se rencontrer aujourd’hui des acteurs au profil aussi divers et pourtant aux objectifs aussi convergents, ces 10 heures dédiées à la solidarité et à la paix constituent à mes yeux un acte politique exemplaire . Pour en mesurer l’intérêt, voici quelques brèves pépites de la mine d’expériences, de sensibilités et d’espoirs que nous ont offertes les 80 invités d’un jour.

« Le processus de paix (1) a transformé la société irlandaise. La réconciliation doit devenir la nouvelle dynamique, en prenant en compte l’héritage de souffrances de notre peuple » a déclaré l’éminent dirigeant du Sinn Fein, Pat Doherthy, précisant au passage sa position face au « Brexit » : « il faut changer l’Europe, pas en sortir ! » Retenu en Turquie, c’est par vidéo que Sélahattin Demirtas, le courageux leader progressiste du HDP, devenu la bête noire du tyran Erdogan, a exhorté les forces de paix à se rassembler : « être aussi unis que les tenants de la guerre est un défi primordial ! » nous a-t-il lancé. Côte à côte, la représentante du Parti du peuple palestinien et le Secrétaire général du Parti communiste israélien ont placé leur « confiance dans la solidarité internationale » (PPP) car, « sans pression internationale, le gouvernement Nétanyahou n’acceptera aucune solution de paix » (PCI). Militant de longue date de la cause des droits de l’homme en Syrie, Haytam Manna a fustigé le choix de la violence, tant de la part du régime de Damas que de celle de la Turquie, des pays du Golfe et de l’Iran. Il regretta que « la France (se soit) exclue d’elle-même » de tout règlement politique du conflit lorsque Laurent Fabius a déclaré que « les gens d’Al Nosra ( Al Qaeda ! ) font du bon boulot » sur le terrain ! Le même rejet de l’illusion des « solutions » militaires aux conflits fut exprimé par Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali et figure progressiste internationalement reconnue, pour qui « la crise au Mali est la conséquence de l’agression contre la Libye ». Elle attire l’attention sur la contradiction des dirigeants européens qui disent à Verdun : « Plus jamais ça ! », mais font la guerre en Afrique, tout en rejetant les migrants qui meurent par milliers en Méditerranée. »

Des convergences prometteuses se sont également faites entendre parmi les invités français : depuis Françoise Dumont, la Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, prônant « la solidarité contre la pratique des boucs-émissaires » jusqu’à Claire Fehrenbach, la Directrice générale d’OXFAM-France, mettant en cause « le capitalisme sauvage » responsable du « fossé qui se creuse » entre riches et pauvres, en passant par Paul Quilès, ancien ministre de La Défense devenu un militant acharné et convaincant du désarmement nucléaire , ou encore Nicolas Hulot, Président de la Fondation pour l’homme et la nature, appelant à « redonner du sens au progrès ».

Laissons néanmoins le mot de la fin à la porte-parole du Maire d’Hiroshima appelant à renforcer « le réseau des Maires pour la Paix » déjà riche de 7000 villes du monde. Au total, une belle illustration du nécessaire « travail entre courants progressistes de plus en plus divers » auquel appela Pierre Laurent car « le monde solidaire est notre combat à tous ».

——-
(1) Accord de 1998 entre les Républicains et les « Unionistes » d’Irlande du Nord ainsi que la Grande-Bretagne et la République d’Irlande pour une solution politique du conflit.

9 juin 2016 at 6:26 Laisser un commentaire

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