AVEC TRUMP, QUELLES RELATIONS TRANSATLANTIQUES ?

wurtz-l-humanite-dimancheDonald Trump a choisi comme marque de fabrique, durant sa campagne, la multiplication de proclamations fracassantes . Deux d’entre elles ont semé un vent de panique parmi les dirigeants européens . La première concerne l’avenir de l’OTAN : cette organisation « obsolète et coûteuse » ne devrait plus, aux dires du « Président-élu », garantir inconditionnellement la protection mutuelle de ses membres. En clair, l’armée américaine ne volerait plus automatiquement au secours d’un autre Etat de l’Alliance atlantique en cas d’agression par un tiers. La seconde annonce qui a bouleversé l’UE a trait aux accords de libre-échange impliquant les Etats-Unis : le futur locataire de la Maison-Blanche envisage, en effet, de rejeter le TAFTA en cours de négociation depuis 2013 entre Washington et Bruxelles. Voilà deux pierres angulaires des relations transatlantiques traditionnelles qui semblent s’écrouler d’un coup !

Cette tête-à-queue inattendue constitue-t-elle une bonne nouvelle pour les progressistes ? J’en doute fort. Sur l’OTAN, gageons que la seule « révolution » à venir soit le fait que le roi du business qui va accéder au pouvoir à Washington fasse monter les enchères pour réussir à vendre plus cher que ses prédécesseurs la « protection » de ses alliés. Il en résulterait une augmentation substantielle des dépenses militaires des Etats de l’UE, à la fois pour « retenir » à tout prix le protecteur américain et en vue de renforcer le « pilier européen » de ce « club » occidental hérité de la guerre froide. Cette fuite en avant militariste nous éloignerait encore plus de la vision alternative de la sécurité européenne qui nous fait tant défaut : négocier un traité paneuropéen de sécurité avec tous les Etats du continent, un « Helsinki 2 » en quelque sorte, 40 ans après cette grande Conférence de paix et de coopération, entrée dans l’Histoire des relations internationales comme une référence des rapports à établir entre pays à vision stratégique différente, voire antagonique. Rappelons une fois de plus qu’un tel projet -au demeurant ouvert à tout Etat ou organisation de l’espace euro-atlantique et eurasiatique- avait été officiellement proposé à l’Union européenne en 2008 puis à nouveau en 2009 par le Président russe, Dimitri Medvedev. C’est le moment d’y consacrer la réflexion que l’UE n’a, jusqu’ici, pas daigné lui accorder ! Et d’y associer les esprits ouverts qui, aux Etats-Unis mêmes, cherchent à asseoir la sécurité internationale davantage sur la coopération que sur la force.

Le cas du TAFTA mérite lui aussi d’être traité avec vigilance et lucidité. . Certes, l’impressionnante montée des contestations de ce dangereux projet à travers l’Europe avait déjà compromis son avenir avant l’élection américaine -ce qui reste un précieux acquis. A présent, Trump semble lui avoir asséné le coup de grâce. Alléluia ? Non ! Car, l’opposition de Trump au TAFTA n’est pas du tout la nôtre ! Le vrai programme du futur Président, c’est « America first ! » Loin d’en rabattre sur les ambitions hégémoniques, « l’Amérique d’abord! » annonce une guerre commerciale et monétaire sans pitié avec le reste du monde, Europe comprise ! Le but de la campagne « Stop TAFTA ! », c’est, à l’opposé, un « développement humain durable » , seule alternative à une mondialisation sauvage de plus en plus rejetée par les peuples et dévastatrice pour les biens communs de l’humanité. C’est aussi l’aspiration qu’ont exprimée les innombrables soutiens de Bernie Sanders.

Aussi , concernant tant la sécurité internationale que les échanges commerciaux, l’heure est, de part et d’autre de l’Atlantique, à des actions solidaires pour contenir autant que possible « l’aventure Trump » et rapprocher les forces d’avenir.

17 novembre 2016 at 7:44 Laisser un commentaire

HONTEUSE INERTIE DE L’UE FACE AU COUP DE FORCE D’ERDOGAN !

wurtz-l-humanite-dimancheDepuis le calamiteux accord de mars dernier entre Angela Merkel et Recep Tayyp Erdogan, les dirigeants européens sont plus paralysés que jamais face aux dérives dictatoriales, nationalistes et criminelles du maître d’Ankara. Faute de se montrer capables d’accueillir sur leur vaste territoire une ( petite ) partie des réfugiés fuyant la guerre et la misère  ( rappelons qu’un million de demandeurs d’asile représente…0,2% de la population de l’Union européenne ! ), les Etats de l’UE sont  tétanisés par la peur de voir le maître-chanteur du Bosphore relacher ces « intrus » à la moindre incartade de leur part à son égard. Dès lors, le tyran mégalomane a beau s’employer à liquider méthodiquement les fondements de la démocratie en Turquie : ils adoptent un honteux « profil bas », se contentant jusqu’ici de se déclarer « extrêmement inquiète » ( Moghérini, en charge des affaires étrangères pour les 28″ ) ; « alarmée » ( Merkel ) ; ou « vivement préoccupé » ( Ayrault ) , sans autre initiative commune voire internationale à la hauteur du coup de force en cours.

Avant même la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, ce potentat néo-ottoman avait pourtant déjà ordonné les massacres de civils kurdes à Cizre et organisé de véritables pogroms contre ce peuple martyr : silence assourdissant en Occident ! Et ce malgré les preuves accablantes de ce forfait, fournies par des ONG, publiées et même déposées au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ! L’honneur fut sauvé par les manifestations de solidarité des forces progressistes dans toute l’Europe et par des parlementaires allemands ( de Die Linke ) qui ont déposé plainte pour crimes de guerre devant le parquet fédéral de leur pays.

Un mois après le putsch raté, la même complaisance coupable s’est manifestée en Europe lorsqu’Erdogan entreprit de « nettoyer » -comme il le déclara- le nord de la Syrie des forces kurdes du PYD , dont la courageuse et efficace offensive contre Daech contrecarrait sa volonté d’empêcher à tout prix l’émergence d’une entité kurde à la frontière de la Turquie. Depuis l’été , l’inertie des gouvernements européens s’est poursuivie tandis que le putsch raté fournissait à l’aspirant-sultan un prétexte en or pour engager l’éradication de toute opposition en Turquie même, et singulièrement de celle qui fait obstacle à la réalisation de son obsession hégémoniste : conquérir une majorité suffisante au parlement pour changer la Constitution et instituer un régime ultra-présidentiel lui conférant les pleins-pouvoirs. Cette suprématie, le parti HDP et son remarquable leader Selahattin Demirtas l’ont empêché de la conquérir par les urnes en 2015, en le privant pour la toute première fois de majorité absolue et en faisant, à l’inverse, émerger une nouvelle et prometteuse force progressiste. Ce qu’il n’a pu conquérir par les élections, Erdogan se l’est accordé par la force en instaurant l’état d’urgence. On connaît la suite : arrestations massives d’élus notamment du HDP, de journalistes, de syndicalistes, d’intellectuels, de magistrats; purge systématique des opposants dans l’administration ; réécriture réactionnaire de l’Histoire; annonce du rétablissement de la peine de mort…Et , comme un point d’orgue, incarcération de la figure emblématique du renouveau démocratique : Selahattin Demirtas ! La Turquie bascule vers une dictature obscurantiste où tout devient possible. L’heure n’est plus à l’expression de son « inquiétude » mais à l’action politique pour sauver la démocratie.

10 novembre 2016 at 8:04 Laisser un commentaire

CETA : MERCI ( QUAND MÊME ) A NOS AMIS WALLONS !

Wurtz-L-humanité-dimancheAinsi, le traité UE-Canada (CETA) a-t-il finalement été signé par les 28 Etats membres -y compris, donc, la Belgique après l’accord arraché aux autorités de la région wallonne par le gouvernement fédéral de ce pays. Nous regrettons tous ce revirement, fruit des pressions inouïes exercées sur les récalcitrants . Faut-il, pour autant, après avoir dit « Bravo aux courageux députés » wallons, fustiger le lendemain ces mêmes « socio-démocrates qui, quoiqu’ils vous disent, finissent toujours par céder » -comme on l’a entendu dire ici ou là, à gauche ? Je ne le pense pas.

Tout d’abord, la messe est loin d’être dite. Après la signature des Etats va venir le temps de la ratification des parlements : européen, nationaux, et même régionaux dans les pays à structure fédérale comme la Belgique. Or, les députés du parlement de Wallonie ont conditionné leur future vote en faveur du traité à l’obtention de changements, au premier rang desquels figure le fameux « système de règlement des différends » entre les multinationales et les Etats (tribunaux d’arbitrage) -question centrale s’il en est. Voilà un sacré caillou dans la chaussure pour les  dirigeants européens -à commencer par le gouvernement et la majorité des parlementaires français !

Ensuite, j’estime que les Wallons -les citoyens en grand nombre, les forces de gauche les plus avancées, et, grâce à eux, la majorité socialiste de la région- ont, en tout état de cause, rendu un immense service à tous ceux qui, dans l’UE, cherchent à sensibiliser les gens aux dangers que recèle ce traité CETA. En France, comme ailleurs, tout avait été fait pour faire passer « en douceur » ce cheval de Troie du TAFTA, le traité UE-USA, dont les négociations doivent reprendre après l’installation de la future administration américaine. En focalisant toute l’attention sur le TAFTA pendant cette pause, on espérait en haut lieu faire avaliser l’autre « traité commercial de nouvelle génération » dans l’indifférence générale. Grâce à nos amis wallons, c’est raté ! De plus, le fait que les critiques du CETA aient été exprimées, cette fois-ci,  par des élus connus non pour leur opposition à l’Union européenne mais pour leur attachement traditionnel à celle-ci n’a fait qu’élargir l’espace de la contestation de la dérive libérale et autoritaire de l’UE. C’est essentiel !

Enfin, l’extrême brutalité des réactions de toute la classe dirigeante de l’UE à l’exercice, par les représentants des citoyens de Wallonie, de leurs droits constitutionnels est, aux yeux d’innombrables Européens, une nouvelle leçon de choses sur les ruptures à opérer pour avancer dans le sens d’une démocratisation de la construction européenne. Ainsi du mépris hautain à l’égard de cette quantité négligeable de « 3,6 millions » d’habitants qui osent défier le demi-milliard d’Européens ! Quand on sait qu’un pays membre sur quatre est moins peuplé que la Wallonie, on a une idée de l’égalité entre les nations au sein de cette « Union » ! Curieusement, personne ne s’était ému lorsque -fort légitimement d’ailleurs- , le 13 octobre dernier, la Cour constitutionnelle allemande a exigé la garantie que Berlin pourra à l’avenir quitter l’accord sur le CETA si elle le demandait : selon que vous serez puissant ou misérable…Pas étonnant qu’ « En 10 ans, la confiance dans la capacité de l’UE à traiter les problèmes a diminué de moitié » (1). Aussi, plutôt que de jeter la pierre aux Wallons, attachons-nous à faire converger, dans le respect de nos différences, les aspirations à une « Europe » nouvelle.

——–

(1) Pascal Lamy lui-même (Ex-commissaire européen et ex-Directeur général de l’OMC). « L’Express-L’Expansion » 27/10/2016

3 novembre 2016 at 10:26 Laisser un commentaire

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