LA GAUCHE ET L’EUROPE : L’HEURE EST A DES CHOIX CLAIRS

wurtz-l-humanite-dimancheLes débats de la primaire socialiste ont eu un mérite : celui de contribuer, à leur manière, à sensibiliser plusieurs millions de Françaises et de Français qui se sentent de gauche à quelques grands enjeux politiques. Certains sujets, notamment environnementaux, y ont bénéficié d’échanges suffisamment éclairants pour aider utilement celles et ceux qui les ont suivis à se forger une opinion sur les choix à opérer à l’occasion des prochaines échéances, présidentielles et législatives.

Sur l’ Europe, en revanche, l’on ne peut, hélas, pas en dire autant ! Ne parlons pas des positions de Manuel Valls : la politique qu’il a menée à Matignon le disqualifiait d’emblée aux yeux des partisans de véritables changements. Mais Benoît Hamon lui-même -qui représente réellement une sensibilité de gauche- en est resté, sur les questions européennes, à des propositions trop générales pour être convaincantes. Ainsi, sur la question si sensible de la dette publique, on regrettera une affirmation du type : « La mutualisation de la dette européenne sera une question sur laquelle, vous verrez, les dirigeants allemands évolueront rapidement » ? Suggère-t-il, pour sortir du cercle vicieux des déficits publics et de la dette, de compter sur une prochaine conversion de Madame Merkel à la solidarité financière vis-à-vis de ses partenaires européens ?

Ma conviction est qu’il n’existe pas, sur ce point, d’échappatoire à une bataille d’idées de grande ampleur, de concert avec les forces progressistes du plus grand nombre de pays de l’UE possible, pour un changement radical des missions de la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci doit mobiliser son pouvoir de création monétaire de façon très sélective : à savoir en faveur des projets les plus créateurs d’emplois et les plus orientés vers l’élévation des qualifications des salariés. Et j’ajoute : les plus favorables au développement des nouvelles technologies dans cette même optique. Elle aidera ainsi les pays concernés à créer des richesses réelles qui leur permettront de rembourser ces emprunts (à taux très faibles) sans gonfler leur dette et sans avoir à se plier aux exigences des « investisseurs » du marché aux capitaux. Sans attendre, même dans le cadre des traités actuels, il est possible d’engager cette inversion des politiques de financement : la BCE peut parfaitement, dès à présent, financer un « Fonds européen de développement social et environnemental » qui, à son tour, prêtera aux Etats qui respectent les conditions évoquées ci-dessus. C’est uniquement une affaire de volonté politique, donc de rapports de force. C’est pourquoi il faut en faire l’objet d’une bataille populaire d’envergure. Pas seulement franco-françaises, mais, dans toute la mesure du possible, à l’échelle européenne.

C’est aussi pourquoi je ne trouve pas très heureuses des formulations ambiguës, comme « sortir des traités européens » (Jean-Luc Mélenchon). Je crains que les forces authentiquement de gauche n’aient -surtout dans le contexte actuel- rien à gagner à instiller dans leur discours cette idée de « sortir », propice à toutes sortes d’interprétations. Parlons plutôt de « rupture » avec la logique des traités actuels. Ainsi, il sera clair pour toutes et pour tous que notre choix n’est pas de nous retirer du cadre européen, mais d’agir en son sein pour sa transformation en une construction démocratique et solidaire. Un ensemble fondé sur des coopérations librement décidées par ses membres. Ce que les communistes appellent une « Union de nations et de peuples souverains et associés » répondant aux aspirations souvent convergentes , mais parfois spécifiques, de ses composantes. Bref, nous gagnerions tous, à gauche, à confronter nos points de vue.

Pierre Laurent a raison lorsqu’il appelle à « poursuivre le débat de propositions » à gauche pour nourrir une dynamique constructive, rassembleuse et gagnante.

2 février 2017 at 10:27 Laisser un commentaire

FACE À L’ EFFET TRUMP, « FAIRE BLOC » NE SUFFIT PAS !

wurtz-l-humanite-dimancheLes milieux dirigeants européens sont littéralement abasourdis par les déclarations de Donald Trump, hostiles à l’UE ou en contradiction avec certaines de leurs « vaches sacrées ». Leur désarroi, voire leur panique, sont à la mesure de l’allégeance qu’ils vouaient jusqu’ici au grand frère américain, qui leur garantissait, en retour, de jouer le rôle de « protecteur » de la « famille occidentale ».

La seule parade qu’ils aient trouvée jusqu’ici face aux attaques et aux menaces du nouveau locataire de la Maison Blanche est d’appeler les Européens à « faire bloc », selon l’expression de notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Mais faire bloc autour de quelles positions ? Il est illusoire d’imaginer faire « l’unité des Européens » simplement en prenant le contre-pied systématique des affirmations -au demeurant aussi floues que paradoxales- du nouvel homme fort de Washington ! Certes, il faut espérer qu’une majorité d’Européens ne nourrisse aucune sympathie pour ce milliardaire raciste, xénophobe, sexiste, et foncièrement démagogue, dont le programme tient en deux mots : « L’Amérique d’abord » ! Le problème est que, pour galvaniser ses partisans et déstabiliser ses adversaires, ce bateleur malin appuie là où ça fait mal. Or, c’est là que le bât blesse pour l’Union européenne : elle a de nombreuses plaies ouvertes sur lesquelles il est facile à Trump de jeter du sel ! Elle a perdu la confiance de la majorité de ses citoyens , ce qui la rend très vulnérable au discours du démagogue américain.

Exemple : l’obsession de l’UE pour le libre-échange, souvent synonyme de concurrence sauvage, de chômage et de reculs sociaux. Trump dit vouloir s’y opposer. Il semble donc en accord avec des millions d’Européens -même si, en réalité, son projet de guerre commerciale à outrance risque de conduire à des résultats tout aussi désastreux pour les peuples des deux rives de l’Atlantique. Il en va de même lorsqu’il pointe le caractère « obsolète » de l’OTAN. C’est, en soi, pour beaucoup d’Européens, un constat indéniable -même si, dans l’esprit de Trump, il s’agit vraisemblablement surtout de soutirer plus d’argent aux membres de l’Alliance. On peut encore citer son intention supposée de lever les sanctions contre la Russie, en échange -si l’on comprend bien la logorrhée confuse du personnage- d’une négociation sur la réduction de l’armement nucléaire. Dit ainsi, difficile d’y voir un danger pour la sécurité du continent -même si Trump ajoute, énigmatique, qu’il fera « confiance à Vladimir Poutine ( et à….Angela Merkel ), mais peut-être pas pour longtemps »!

En clair : oui, l’UE serait dans son rôle en travaillant aux convergences les plus larges possibles contre les politiques probablement ultra-régressives du nouveau Président américain ( capitalisme sauvage; dérégulation maximale; unilatéralisme dominateur; chasse aux migrants; provocations contre la Chine; non respect de la COP 21…) Elle serait dans son rôle en allant à la rencontre d’alliés dans les autres régions du monde, à commencer par l’Amérique qui résiste et se mobilise -celle qui s’était reconnue dans le combat de Bernie Sanders. Le problème est qu’elle n’est plus crédible pour mener ce combat. C’est plus que jamais aux forces de progrès attachées à un projet européen coopératif et solidaire de prendre l’initiative . Maintenant.

26 janvier 2017 at 9:24 1 commentaire

CHYPRE : DES PAS EN AVANT…SUR UN LONG CHEMIN.

wurtz-l-humanite-dimancheLa reprise des négociations sur la réunification de Chypre, à Genève, la semaine dernière, a relancé l’espoir d’une solution à un problème vieux de plus de 42 ans. Le médiateur de l’ONU chargé de ce dossier y a vu « un moment historique » . Comment, en effet, ne pas se réjouir de voir se rencontrer, aux côtés des représentants des deux principales communautés de ce pays -les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs- , les ministres des Affaires étrangères des trois Etats officiellement « garants » de la sécurité de l’île ( La Grèce, la Turquie et la Grande-Bretagne ) ; le Secrétaire général des Nations-Unies; le Président de la Commission européenne et la responsable de la diplomatie de l’UE ? Mieux : pour la première fois, les deux parties ont accepté d’échanger des cartes de l’île représentant leur vision respective du tracé des deux composantes du futur Etat de Chypre réunifié ! Qui plus est : bien qu’elles soient, pour l’instant, confidentielles, on croit savoir que les deux propositions sont relativement proches ( un peu moins de 30% du territoire seraient administrés par la communauté chypriote-turque ). Ce pas en avant est de bon augure, même si, souvent, le diable est dans les détails…

Des avancées sont également à noter -sans que l’on puisse encore parler d’accord- sur d’autres points très litigieux. C’est le cas du droit des réfugiés des deux communautés à recouvrer leurs propriétés d’origine. Est également sur la table la question du mode de gouvernement du futur Etat : ce sera une Fédération dont la Présidence et la vice-présidence pourraient être alternativement exercées par chacune des deux principales composantes de la population. Reste à déterminer la représentation la plus équitable de chaque communauté dans les rouages de cet Etat. Enfin -là encore, pour la première fois- un débat a été lancé sur la question cruciale des garanties de sécurité du futur Etat réunifié. C’est là l’une des questions les plus délicates. C’est vrai pour les Chypriotes eux-mêmes : aux yeux des uns, la Turquie constitue le principal danger ; du point de vue des autres, Ankara est synonyme de protecteur de dernier ressort. La même contradiction oppose les Etats censés être les « garants » de la sécurité de l’île depuis son indépendance en 1960 : la Grèce de Tsipras estime que Chypre doit être un Etat souverain et considère comme anachronique la notion de « garant » ; pour Erdogan, au contraire, « la Turquie comme garant (doit) rester là pour toujours ». Or, si personne n’imagine voir les 30 à 40 000 soldats turcs occupant le nord de l’île depuis 1974 quitter d’un coup le pays, leur retrait progressif est une exigence évidente pour la communauté chypriote-grecque.

C’est dire si le chemin sera encore long vers une solution globale du problème chypriote. Cela étant, pour qui a suivi les efforts déployés -en particulier pendant la présidence du ( communiste ) Demetris Christofias ( 2008-2013 )- pour créer les conditions d’une dynamique de confiance réciproque et d’avancées concrètes, il est clair que l’on vient d’en recueillir quelques fruits et de franchir un palier. L’optimisme mesuré qui en résulte est notamment dû à la volonté constructive du nouveau leader de la communauté chypriote turque, Mustafa Akinci, qui, élu pour relancer les négociations, a repris à son compte l’essentiel des acquis des pourparlers de l’ère Christofias , comme point de départ de nouvelles discussions. Le véritable obstacle à une avancée décisive n’est pas à Chypre-même, mais au sommet de l’Etat de la puissance occupante. Ce qui place tant l’Union européenne -dont la République de Chypre est membre- que la « Communauté internationale » devant leurs responsabilités.

19 janvier 2017 at 12:03 Laisser un commentaire

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