QUAND L’IMPUNITÉ GARANTIE À ISRAEL DEVIENT INTENABLE      

« Qui aurait pu imaginer que cela prendrait plus de 18 mois, pendant lesquelles Israël massacrait et affamait les enfants de Gaza, pour qu’apparaissent les premières fissures dans le mur de soutien de « l’establishment » occidental à Israël ! » Comment ne pas partager l’indignation sinon l’écoeurement du journaliste anglo-israélien Jonathan Cook, connu pour son engagement en faveur des droits humains, face à l’interminable silence complice de la plupart des gouvernements, notamment européens, face à l’avalanche de crimes de guerre de leur allié privilégié !(1) 

Si c’en est, semble-t-il, fini du soutien inconditionnel à Israël dans les chancelleries, c’est dû avant tout à la crainte de perdre toute autorité morale auprès des opinions publiques, même modérées, le « risque de génocide », pointé dès janvier 2024 par la Cour Internationale de Justice, se confirmant chaque jour davantage à Gaza ! Si aujourd’hui, Emmanuel Macron envisage enfin de reconnaître l’Etat palestinien, si le Premier Ministre britannique suspend ses négociations commerciales avec Israël, si l’Union européenne se résout, pour la première fois en 30 ans, à suspendre, au moins partiellement, l’accord d’association qui la lie étroitement à Israël, c’est parce que leur immobilisme obstiné est devenu un boulet politique et qu’ils se sentent contraints de « faire quelque chose ». L’impunité garantie même au pire gouvernement que ce pays ait connu devenait intenable : « Les démocraties occidentales et l’Union européenne (…) sont en train de sacrifier à Gaza les fondations morales sur lesquelles leur projet repose », soulignait fort justement, il y a quelques jours, l’ancien chef du bureau juridique de l’UNRWA à Gaza (2). 

Espérons qu’on n’entendra plus, désormais, dans nos pays, des politiciens ou des media reprendre à leur compte les insultes habituelles de Netanyahu qualifiant d’ «  antisémite » toute remise en cause de sa politique ! Pour libérer une bonne fois pour toutes nos concitoyennes et concitoyens de ces pressions ignobles, le rappel des prises de positions lucides et courageuses qui se multiplient de la part de personnalités non suspectes d’hostilité envers les juifs ni à l’égard de l’Etat d’Israël est bienvenue.

Ainsi, la Rabbine Delphine Horvilleur déclare-t-elle qu’  « Israël s’égare dans une déroute politique et une faillite morale ». En Israël même, se multiplient les initiatives prometteuses qui méritent d’être relayées, tel le « sommet populaire pour la paix » qui a réuni 5000 personnes, le 9 mai dernier, à Jérusalem, ou des faits hautement significatifs qui gagnent à être connus, comme le phénomène de masse de réservistes refusant de servir, au risque d’être sanctionnés comme « déserteurs ». D’autres indicateurs des débats internes à la société israélienne sont à signaler. C’est le cas de cet ancien ministre de la défense, Moshe Ya’alon, accusant le Chef d’Etat-major des armées de son pays de « cautionner des crimes de guerre », ou de cet historien israélien, Amos Goldberg, professeur de l’Holocauste au département d’histoire juive, qui souligne que les tueries indiscriminées (…), la destruction (…) de presque tous les hôpitaux et universités, les déplacements de masse, la famine organisée, l’écrasement des élites et la déshumanisation étendue des Palestiniens, dessinent l’image globale d’un génocide ». Et que dire du désespoir de ce jeune soldat face aux atrocités infligées sans raison par son commandant à un petit garçon gazaoui de quatre ans, qui témoigne au quotidien « Haaretz » : « On aurait dit que nous étions les nazis et qu’ils étaient les juifs » ! (3) Si l’on veut que le début de la fin de l’impunité conduise à des mesures suffisantes pour arrêter le bras des assassins, il faut propager la vérité. Que les bouchent s’ouvrent ! 

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(1) Middle East Eye, 16 mai 2025

(2) Johann Soufi, par ailleurs avocat très expérimenté en droit pénal international .

(3) Les deux derniers témoignages sont repris dans le dernier livre de Pascal Boniface : « Permis de tuer » (Max Milo, 2025)

29 Mai 2025 at 6:29 Laisser un commentaire

ON ASSASSINE UN PEUPLE ET ILS VOUDRAIENT QU’ON SE TAISE ! 

« Honte à ces pays qui se prétendent démocratiques et pour la paix, mais soutiennent Israël coupable quotidiennement de crimes de guerre ! Nous ne sommes pas des animaux ! » (Hamdan Ballal, co-réalisateur palestinien de « No other Land », documentaire oscarisé en 2024, œuvre d’un collectif palestino-israélien comme acte de résistance). « Nos enquêtes le confirment : en plus de l’entrave systématique à l’acheminement de l’aide humanitaire et des déplacements forcés des populations, l’armée israélienne détruit systématiquement tout ce qui est nécessaire à la vie: terres arables, structures d’adduction d’eau, écoles, hôpitaux »  C’est la définition même d’un crime de génocide  (Aymeric Elluin, Amnesty International) . « J’ai peur pour mes parents à Gaza. Ils étouffent. Les mots ne sortent plus. Tout ce qu’ils arrivent à dire, c’est « on est toujours en vie ». Il n’y existe plus d’humanité. Et ce silence international ! »  (Rana, une jeune Gazaouie du camp de Jabalya, réfugiée en France) . « Votre accueil montre qu’il y a encore des pays sur Terre qui sont solidaires et reconnaissent nos droits (…) Un seul mot de réconfort nous donne de l’espoir (…) Nous sommes touchés par votre courage » (Des réfugiés et réfugiées de camps palestiniens, invités à Paris). « Ce que vous pouvez faire ? Une chose simple : parlez partout de la cause palestinienne ! Nous avons besoin de votre soutien moral » (Mohamed, responsable des réfugiés palestiniens au sein de l’OLP)…

Ces paroles, parmi tant d’autres de même teneur, sont celles de participantes et de participants à une Conférence, exceptionnelle à tous égards, qui a réuni, toute une journée durant, le 17 mai dernier, à Paris, des réfugiés de camps palestiniens et d’autres acteurs concernés avec plusieurs centaines d’élus et de militantes et militants de la cause palestinienne français (1). Cette expérience, aussi émouvante qu’éclairante, est entrée en résonance avec le dernier ouvrage de Pascal Boniface, « Permis de tuer » (*) que je venais de découvrir. Le directeur de l’IRIS s’y insurge légitimement contre la trop longue invisibilisation du massacre du peuple de Gaza, tant par les « médias mainstream » que par nombre de responsables politiques français et européens. La sauvagerie de l’armée israélienne rend également insupportable « l’impunité » garantie par la plupart des dirigeants occidentaux à leur allié privilégié. Le mandat d’arrêt de la CPI est jugé normal s’il concerne  Poutine, pas s’il vise Netanyahou. Plus généralement , « Pourquoi des sanctions contre la Russie et la poursuite de livraisons d’armes à Israël ? » Les institutions internationales habituellement louées tout comme de grandes ONG généralement tenues en haute estime sont subitement ignorées ou critiquées lorsqu’elles multiplient les alertes sur les exactions israéliennes dans les territoires palestiniens. Pire: des politiciens français sont prêts à instrumentaliser  l’antisémitisme pour « diaboliser ceux qui critiquent le gouvernement israélien ». L’auteur ne se contente pas d’affirmer ses convictions. Comme à son habitude, il énumère faits et citations, souvent très pertinentes, telle celle, qui fait froid dans le dos, de Netanyahu, il y a un an, sur une chaîne française : « Notre victoire, c’est votre victoire! C’est la victoire de la civilisation judéo-chrétienne contre la barbarie. C’est la victoire de la France! » (2) L’un des mérites du livre est l’hommage rendu aux « Israéliens (qui) ont conservé leur humanité ». Laissons l’un d’eux conclure : « Pour nous, Israël n’a pas d’avenir sûr à moins d’être étroitement lié à un avenir sûr pour les Palestiniens dans un État indépendant et séparé » (3).

——-

(*) Pascal Boniface, « Permis de tuer », chez Max Milo, 2025.

(1) Conférence à l’initiative de l’Association pour le jumelage entre des villes françaises et des camps de réfugiés palestiniens (AJPF), théâtre Traversière, Paris 12.

(2) LCI, mai 2024

(3) Ilran Baruch, ancien ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud et ancien secrétaire général de ministère israélien des Affaires étrangères.

22 Mai 2025 at 9:11 Laisser un commentaire

CACHEZ CES ALERTES RÉPÉTÉES QUE JE NE SAURAIS VOIR…

En l’espace de quelques jours, dans des pays connaissant des situations politiques apparemment  aussi différentes que l’Allemagne du très réactionnaire Chancelier Merz, la Grande-Bretagne du travailliste Starmer et la Roumanie du conservateur Iohannis (à la présidence) et du social-démocrate Ciolacu (au gouvernement), se sont successivement produits des chocs politiques inédits, sur lesquels il est opportun de revenir. 

5 mai, coup de théâtre au Parlement d’Allemagne : pour la première fois depuis la fondation de la République fédérale d’Allemagne, un Chancelier désigné, bénéficiant officiellement d’une majorité de députés, ne réussit pas à se faire élire au 1er tour. 18 membres issus de sa coalition ont décidé de transformer une pure formalité en camouflet politique retentissant. Pourquoi ?Rappelons que le contrat de législature conclu entre la CDU (droite) et le SPD (sociaux-démocrates) avait suscité un profond malaise chez une partie de ces derniers -notamment les jeunes- en raison de son orientation profondément inégalitaire, de sa fuite en avant militariste et de ses clins d’œil à l’extrême-droite en matière d’immigration. Certains de leurs représentants ont voulu agir en lanceurs d’alerte : réveillez-vous ! Il ne suffit pas de classer l’AfD « groupe extrémiste de droite avéré » pour enrayer la peste brune !

2 mai, séisme politique en Grande-Bretagne : les premières élections (partielles) depuis le retour au pouvoir des travaillistes, en juillet dernier, se sont soldées par un raz-de-marée d’extrême-droite, le parti « Reform UK » de Farage raflant la majorité des postes de conseillers locaux en jeu, s’emparant d’une agglomération de plus d’un million d’habitants et arrachant au Labour un poste de député  malgré un mode de scrutin très favorable aux grands partis. Les raisons de cette désillusion manifeste de l’électorat populaire vis-à-vis du pouvoir ne sont que trop évidentes. Après 14 ans de politique conservatrice impitoyable, il attendait autre chose des travaillistes que des coupes budgétaires massives dans les aides aux plus vulnérables, compensées par « la plus forte augmentation du budget militaire depuis le fin de la guerre froide » (Starmer) ! Au feu ! 

4 mai, panique en Roumanie : cinq mois après l’annulation du premier tour de l’élection présidentielle et de l’interdiction faite au candidat, d’extrême-droite, arrivé en tête, de se présenter à nouveau, un autre candidat d’extrême-droite triomphe à sa place. Pourtant, sur les points mis en avant par la plupart des responsables politiques roumains et européens pour expliquer ce vote, les deux nationalistes ne tiennent pas le même discours : le premier admirait Poutine, le second l’a qualifié de « criminel de guerre »; l’un combattait l’OTAN et l’UE, l’autre dit « ne pas voir l’avenir de (son) pays en dehors de cette alliance militaire » et ses élus européens siègent aux côtés de la « pro-européenne » Meloni…C’est qu’en fait, c’est avant tout la politique subie par la population roumaine qui fournit aux démagogues leurs arguments les plus convaincants. Avec un salaire moyen de 500 euros et des services publics plus que défaillants, « le risque de pauvreté et d’exclusion (est, en Roumanie) le plus important d’Europe » (Eurostat), tandis que l’ultra-militarisation du pays ( un bataillon multinational sous commandement français y est déployé  ) lasse les habitants qui aspirent à vivre en paix. L’absence d’un vrai débat politique fait le reste. Gare au second tour, le 18 mai ! 

Puissent les forces de gauche permettre à notre propre pays d’échapper à ce funeste destin, en faisant enfin la démonstration qu’elles ont pris la mesure de l’enjeu. 

19 Mai 2025 at 10:55 Laisser un commentaire

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