LES GAGNANTS ET LES PERDANTS DU « RÉARMEMENT » DE L’EUROPE
2370 milliards d’euros, soit plus de 7 fois le budget 2024 de la France, ou bien 11 fois le montant de l’aide publique mondiale au développement, ou encore…36 fois le budget de tout le système des Nations Unies et de ses 43 entités (OMS, FAO, UNESCO, UNICEF, OIT…) : tel est le montant délirant des dépenses militaires mondiales durant l’année écoulée(1). En augmentation constante depuis 10 ans, elles viennent d’enregistrer la plus forte progression depuis la fin de la guerre froide.
Le cas de l’Union européenne mérite une attention particulière, le plan de « réarmement » de 800 milliards d’euros (d’ici 2030), adopté le 6 mars dernier par les Chefs d’Etat ou de gouvernement, devant se traduire par une nouvelle explosion, encore plus insensée, des dépenses militaires au fil des cinq prochaines années. À cet égard, plusieurs projets en cours doivent nous alerter. Concernant la France, tout d’abord: Emmanuel Macron a annoncé son intention de s’inscrire dans cette fuite en avant, en évoquant une augmentation progressive de…50% de la part des richesses produites consacrée à cette gabegie ! (2) L’Allemagne ensuite : le nouveau Chancelier, Friedrich Merz, entend affirmer le leadership européen de son pays en ambitionnant de porter ses dépenses militaires de quelque 80 milliards d’euros en 2025 (déjà en augmentation de 28% en un an !) à un niveau-record se situant entre…200 et 400 milliards d’euros d’ici 2035 ! (3). La Grande-Bretagne, enfin : un « Sommet UE-Royaume uni » doit se tenir le 19 mai prochain, à Londres, censé aboutir à un « partenariat stratégique », officiellement fondé sur « la prospérité de tous les citoyens du Royaume uni et de l’UE » ! Sauf qu’au cœur de ce « New Deal » post-Brexit figure un projet de « Pacte de défense et de sécurité » qui permettrait aux entreprises britanniques de défense d’accéder au pactole de 150 milliards d’euros que l’Union européenne a décidé de consacrer au financement des investissements de défense…
Si les marchands d’armes sont, sans surprise, les grands gagnants de cette folle course aux engins de mort, qu’en est-il des perdants ? Il y a, naturellement, en tout premier lieu, les travailleurs, qui ont tout à craindre de « l’économie de guerre » dont rêvent d’irresponsables politiciens et dont se gargarisent des commentateurs à l’abri du besoin. Comme le souligne sans gêne le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, il faudra bien utiliser « une petite fraction » des dépenses sociales pour augmenter les dépenses de défense…Mais ce n’est pas tout. D’autres priorités vont pâtir de cette militarisation à outrance. Ainsi des objectifs du « Pacte vert » européen en matière de lutte contre le dérèglement climatique, appelés à être en partie sacrifiés : « Nous serons plus flexibles et pragmatiques pour les atteindre » vient d’annoncer la Présidente de la Commission, Von der Leyen, provoquant une vive réaction d’Ana Toni, directrice générale de la prochaine Conférence sur le climat de l’ONU, qui a qualifié ce recul européen d’ « extrêmement décevant ». Autre abandon inacceptable : on évoque une baisse à venir de…35% de l’aide européenne au développement dans le cadre du budget pluriannuel 2028-2034, en cours de discussion ! La démocratie elle-même, subit des attaques significatives dans ce contexte : le matraquage évince le débat et la dramatisation étouffe l’analyse responsable. Le social, l’humanisme, l’esprit de responsabilité : tout nous commande de refuser cette dérive toxique !
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(1) Rapport de l’Institut international de recherche sur la paix (SIPRI)
(2) Figaro, 2/3/2025
(3) Site « Toute l’Europe » (28/4/2025)
POUR LE CONGO AUSSI : AGIR POUR LA PAIX !
« Quelque 11 000 spectateurs sur les gradins et dans la fosse de l’Accor Arena et une trentaine d’artistes sur scène pour lever des fonds pour les enfants de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) » relatait RFI le 23 avril dernier ! Par-delà son objectif direct, cette belle initiative de solidarité a eu le mérite d’attirer l’attention sur l’incommensurable tragédie dans laquelle est plongée la population de la région congolaise du Kivu depuis plusieurs décennies, et ce, jusqu’il y a peu, dans l’indifférence quasi-générale.
A la base, il y a le terrifiant génocide des populations tutsies au Rwanda voisin en 1994 et la fuite massive vers le Zaïre (future RDC) aussi bien de Tutsis voulant échapper aux massacres que de Hutus par peur des représailles. C’est dans ce contexte incandescent, auquel s’ajoutent l’héritage colonial et l’extrême faiblesse de l’Etat de la RDC, que la région du Kivu -par ailleurs riche de ressources minières très convoitées- est devenue, depuis plusieurs décennies, le théâtre de conflits effroyables impliquant des groupes armés, avec le soutien actif du Rwanda de Paul Kagamé. Le bilan humain de ces guerres sans fin est insoutenable : des millions (!) de morts et des millions de personnes déplacées.
La dernière phase de ce drame a commencé il y a plus de trois ans quand le groupe armé M23 , qui avait déjà sévi en 2012-2013 avant d’être défait par l’armée congolaise et la force de maintien de la paix des Nations unies (MONUSCO), a recommencé à semer la terreur et le chaos dans cette région. En janvier dernier, la grande ville de Goma, au Nord du lac Kivu, puis, en février, celle de Bukavu, au Sud -deux villes stratégiques- sont tombées aux mains du groupe rebelle M23, puissamment appuyé par l’armée rwandaise : ce désastre a fait franchir au conflit congolais un nouveau et dangereux palier.
« Derrière ces conflits complexes où s’entremêlent de nombreux acteurs et intérêts, une victime reste constante : la population congolaise », notent très justement deux chercheurs belges présents sur le terrain (1). Ils décrivent un « quotidien pavé d’humiliations constantes et d’un traitement dégradant » et rappellent : « Après l’entrée des rebelles, la ville de Goma était jonchée de cadavres. Peur et souffrance se mêlaient au chaos ambiant et à une dégradation économique fulgurante (…) La population, déjà fragilisée, a sombré dans une panique totale ».
Il aura fallu ce nouveau drame, qui risque de conduire à un nouvel embrasement régional, pour que réagissent -mollement- les fervents alliés du régime rwandais. Cela vaut notamment pour l’Europe. Le 19 février 2024, avait même été signé un protocole d’accord entre l’Union européenne et le Rwanda visant à « favoriser le développement de chaînes de valeur durables et résilientes pour les matières premières critiques »…des territoires congolais occupés ! Dans un communiqué publié le même jour, il était clairement mentionné que l’objectif de cet accord était « de renforcer le rôle du Rwanda dans la promotion du développement durable et des chaînes de valeur résilientes en Afrique »!
Habituellement prompte à décider des sanctions contre des pays violant le droit international, l’UE a attendu…le mois dernier pour prendre les premières mesures concernant le Rwanda. Faut-il le rappeler : Agir pour la paix, cela vaut aussi pour le Congo !
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(1) Héritier Mesa (Université libre de Bruxelles) et Ramazani K. Lucien (Université catholique de Louvain).
NUCLÉAIRE IRANIEN : LA DIPLOMATIE OU LA GUERRE ?
Samedi prochain, 26 avril, auront lieu des pourparlers cruciaux entre les Etats-Unis et l’Iran, sous la médiation du Sultanat d’Oman, pour tenter de trouver un accord mutuellement acceptable sur le programme nucléaire de Téhéran. Il s’agira, en l’espace de trois semaines, de la troisième rencontre entre les deux pays, qui n’ont plus de relations diplomatiques depuis 46 ans. En ce sens, ces négociations méritent attention. En outre, le fait que Washington ait évoqué jusqu’ici des discussions « très positives » et Téhéran une « atmosphère constructive et de respect mutuel » nourrit l’espoir que l’on puisse enfin revenir à la seule voie responsable susceptible de parvenir à éviter que l’Iran n’acquière des armes nucléaires.
Rappelons, en effet, qu’il y a dix ans, un accord historique avait pu être conclu avec Téhéran après des années d’efforts d’une large coalition d’Etats comprenant -excusez du peu- les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne et France), auxquels s’étaient joints l’Allemagne ainsi que l’Union européenne comme telle ! Cet emblématique « Accord de Vienne » de 2015 permettait le contrôle du programme nucléaire iranien par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et prévoyait, en retour, la levée progressive des sanctions économiques internationales qui frappaient durement l’Iran. Le monde entier salua cette performance diplomatique… jusqu’à l’élection d’un certain Donald Trump, en 2016. Celui-ci torpilla cet accord en en retirant la signature de son pays et rétablit unilatéralement de très lourdes sanctions contre Téhéran. Le résultat de cette violation imbécile du droit international fut, comme attendu, la reprise par l’Iran de l’enrichissement d’uranium au-delà des limites autorisées. Au point que, selon le directeur général de l’AIEA, le pays n’est, aujourd’hui, « pas loin » de disposer de la bombe atomique.
Dés lors, que faire ? Pour Netanyahu , enhardi par le sérieux affaiblissement de l’Iran, privé de ses principaux alliés -notamment le Hezbollah, très diminué- , l’heure est plus que jamais au bombardement des sites iraniens concernés, fussent-ils profondément enterrés et protégés, et donc atteignables que par des bombes très lourdes, quitte à provoquer l’embrasement général du Moyen-Orient. Devant la difficulté de l’aventure et les risques de représailles, le criminel de guerre en chef israélien fit, au début du mois d’avril, le voyage de Washington pour s’assurer du concours de la Maison Blanche. En vain, à ce stade, les conseillers de Trump étant conscients du prix à payer en cas d’implication directe de l’armée américaine dans ce bourbier. En outre, l’Arabie saoudite -dont Trump entend se faire le second grand allié de la région (à côté d’Israël)- , a renoué avec l’Iran (sous l’égide de la Chine) en 2023 et voit d’un très mauvais œil pour son propre développement le spectre d’une nouvelle guerre dévastatrice. D’où, jusqu’ici, le choix d’une nouvelle tentative de solution diplomatique du problème du nucléaire iranien.
Aussi assiste-t-on, ces derniers jours, à un « ballet diplomatique tous azimuts » (« L’Orient-Le-Jour »), impliquant -séparément- les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, la France, l’Italie et, naturellement, l’Iran, au plus haut niveau. Du côté de l’Iran, un accord est visiblement souhaité, à la condition que l’enrichissement d’uranium dans les limites correspondant à une industrie nucléaire civile ne soit pas prohibé – ce que l’émissaire de Trump avait accepté…avant de se raviser ! Manifestement, les pressions de Netanyahu sur la Maison Blanche ne sont pas sans effet. Espérons que la sagesse prévaudra ! L’alternative est dramatiquement simple : la diplomatie ou la guerre !




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