Une pseudo-stabilité au prix de la démocratie
Signe des temps : c’est en pleine grève générale en Belgique que s’est tenue,lundi dernier,à Bruxelles,la réunion informelle des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne.Entre autres points à son ordre du jour,il y avait celui d’entériner le traité instituant le « Mécanisme Européen de Stabilité » (MES). De quoi s’agit-il? De tout sauf d’une simple formalité! On connait les effets pervers de l’actuel « Fonds européen de stabilité financière »(par lequel les Etats empruntent sur les marchés financiers pour accorder des prêts d’urgence à des pays de la zone euro n’ayant plus accès eux-mêmes aux marchés,en leur imposant en contrepartie des plans d’austérité draconiens). En fait, le MES,c’est la pérénisation de ce système,dans des conditions qui posent d’énormes problèmes financiers,sociaux et démocratiques.
Mesurons tout d’abord la portée de l’engagement financier DURABLE que représente la création de cet organisme pour chaque Etat membre de la zone euro.Le MES est doté d’un capital initial de 80 milliards d’euros (16,3 milliards à verser par la France sur cinq ans) auquel s’ajoute un capital mobilisable selon les besoins de 620 milliards (126,4 pour la France).Chaque fois que le MES jugera que la « préservation de la stabilité de la zone euro » exige de mobiliser un montant donné pour financer un Etat ,chaque autre membre devra impérativement fournir sa part de la somme nécessaire ( environ 20% en ce qui concerne la France). Cette part pouvant augmenter si certains Etats s’avèrent dans l’incapacité de verser la leur. Il faut savoir, en effet ,que plus du tiers du capital social du MES est censé provenir de pays d’ores et déjà confrontés eux-mêmes à de graves difficultés financières! Dans un cas extrême, ces contributions nationales peuvent être exigées dans un délai de 7 jours…
On pourrait se dire que telle est la rançon de la solidarité d’une même zone monétaire. Hélàs,le sort des peuples est le cadet des soucis du MES! Seule importe la sauvegarde de la « stabilité de la zone »! Quant à « l’octroi de toute assistance financière »,il sera « soumis à une conditionnalité stricte » précisent les textes.(voir la Grèce).De plus,un rôle essentiel est confié au Fonds monétaire international depuis l’évaluation du risque jusqu’au contrôle de la mise en oeuvre des « plans d’ajustements macroéconomiques »…
Que devient enfin la démocratie dans tout cela?Qu’on en juge: depuis le lancement du projet,tout est préparé en catimini. Demain,ce seraient les ministres des finances qui dirigeraient le MES. Son Conseil d’Administration, nommé,n’aurait de compte à rendre à aucun parlement. Le pouvoir de chaque pays y serait fonction de sa part dans le capital de l’organisme. Enfin, le MES et son personnel bénéficieraient d’une immunité juridique totale. Reste un verrou,un seul: pour que le MES puisse entrer en vigueur en juillet prochain,le traité l’instituant doit être ratifié par le parlement de chaque pays.C’est l’occasion de rappeler des options alternatives (refonte des missions de la BCE,création d’un Fonds européen de développement social et de solidarité…) et de placer chacun(e) devant ses responsabilités.
Ce que nous dit le « Oui » croate
Le « oui » l’a donc emporté, comme prévu, en Croatie, où les citoyens avaient à se prononcer, dimanche dernier par référendum, sur l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. Il appartient à présent aux 27 parlements nationaux de l’UE de se prononcer à leur tour. En cas d’accord unanime les « 27 » deviendront les « 28 » le 1er juillet 2013.
On peut s’étonner de voir un pays choisir de devenir membre d’une « Union » en pleine crise existentielle, et dont l’ambition semble désormais se borner à faire régner partout l’austérité et la discipline budgétaire ! Ce choix contredirait-il ce que nous affirmons par ailleurs, à savoir qu’un vent de contestation du modèle européen actuel se lève un peu partout ? Pas du tout. D’abord, il faut noter qu’au fil des huit années qu’a duré la négociation entre les autorités de Zagreb et la Commission de Bruxelles, l’appui populaire au projet d’adhésion a littéralement fondu, passant de 80% de l’ensemble de la population en 2003 à 67% des 43% de participants au scrutin du 22 janvier dernier. En outre, les deux principaux partis, de droite et socio-démocrate, qui viennent de se succéder au pouvoir, ont tous deux milité pour le oui, tandis que la campagne antieuropéenne des groupes ultranationalistes a freiné des citoyens démocrates dans leur intention de voter non. Enfin, tout a été fait par les pouvoirs publics pour escamoter un véritable débat sur les enjeux du vote, de peur que le puissant mouvement citoyen qui s’était manifesté l’an passé en défendant une orientation très critique envers le néolibéralisme en général et celui de l’UE en particulier ne reprenne vigueur et ne fasse tache d’huile le jour du référendum .
Au-delà, il faut avoir à l’esprit le poids de l’histoire récente du pays dans les consciences. Il y a vingt à peine,à la suite du démantèlement de la Yousgoslavie, puis plus récemment encore (jusqu’en 2001 !) se sont déroulés ici les conflits les plus meurtriers d’Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Sous la conduite de chefs nationalistes criminels, des peuples naguère réunis et mêlés ont fait couler le sang, au prix d’innombrables victimes, de destructions et de souffrances morales indescriptibles. Quant aux terribles bombardements de l’OTAN – eux aussi sans précédent en Europe depuis la Libération de 1945 – ils ont encore ajouté au traumatisme que cette période noire a produit sur plusieurs générations. Dans ce contexte, l’aspiration à s’extraire à tout prix de l’atmosphère lourde attachée de fait à la région des « Balkans » est forte chez tous ces peuples et s’est traduite très tôt par de multiples candidatures à l’ Union européenne ,longtemps vue comme un havre de stabilité, de démocratie et de paix.
C’est cette image qui s’est singulièrement écornée depuis quelque temps. L’UE n’a pas sorti les voisins roumains ou bulgares de la misère ni empêché le populisme autoritaire en Hongrie. En ira-t-il autrement avec les 18% de chômage en Croatie, alors que Bruxelles a déjà prévenu qu’il serait intraitable en ce qui concerne le respect des règles de concurrence, qui interdisent les aides d’Etat aux entreprises en difficulté, comme par exemple les chantiers navals déficitaires qui font vivre des milliers de familles grâce aux soutiens publics ? Les quelques centaines de millions d’euros de fonds structurels promis à la Croatie seront les bienvenus, mais l’expérience montre que ces aides sont souvent de peu de poids face aux ravages de « l’économie de marché ouverte ou la concurrence est libre ». Ce nouvel élargissement nous rappelle une fois encore l’urgence d’une refondation de l’Union européenne, si nous voulons en finir avec le cycle infernal : illusions-désillusions-populisme antieuropéen.
LES TROIS « AXES DE BATAILLE » DU PARTI DE LA GAUCHE EUROPEENNE
Mais dans quel monde vivent les dirigeants de l’Union européenne!La Commission Barroso tout d’abord:le déficit public de la Belgique risquant d’être cette année de…3,1% (des richesses produites),soit de 0,1% supérieur à la limite imposée par le pacte de stabilité, le gouvernement a été sommé de geler immédiatement 1,2 milliard de dépenses publiques, mesure qui s’ajoute à la baisse des allocations-chômage,à la réforme du système des retraites et à une série de privatisations!
Le Conseil (représentant les gouvernements),ensuite: sa nouvelle présidente par rotation (de janvier à juillet 2012),la Première ministre ,social-démocrate,danoise,a décrété, à peine arrivée,que la crise actuelle était avant tout une « crise de discipline ». Son pays, bien qu’il n’ait pas adopté l’euro,soutiendra donc à fond le projet de nouveau traité de « discipline
budgétaire »!
La Banque centrale européenne (BCE), enfin: elle vient de prêter près de 500 milliards aux banques de la zone euro au taux de 1% sans aucune condition d’utilisation. Résultat: cette manne colossale n’a pas servi à relancer l’économie ni à promouvoir l’emploi. Les banques l’ont tout simplement déposée en lieu sûr…auprès de la BCE pour assurer leur propre avenir! Rappelons que celle-ci se refuse toujours à prêter de l’argent, dans les mêmes conditions, directement aux Etats eux-mêmes pour les libérer de la domination des usuriers du marché financier.
Ce fossé entre les dogmes de l’Europe actuelle et les réalités vécues par les peuples est aujourd’hui si béant que des voix s’élèvent, y compris parmi les hommes du sérail,pour alerter qui de droit sur l’exaspération des populations et crier au feu. Ces jours-ci, Mario Monti lui-même,l’ancien commissaire européen libéral devenu Président du Conseil italien pour « rassurer les marchés »,s’est fendu d’une mise en garde publique à son amie Angela Merckel et à son compatriote Mario Draghi,le nouveau président de la BCE: » Si les Italiens ne voient pas,dans un avenir proche,de résultats tangibles (des lourds sacrifices qu’il leur impose)-a-t-il déclaré au quotidien allemand « Die Zeit » (11/1/2012)- un mouvement de protestation contre l’Europe va voir le jour en Italie, dirigé aussi contre l’Allemagne vue comme l’instigatrice de l’intolérance de l’Union européenne, et contre la Banque centrale européenne. »Qu’en dit le fidèle second de la Chancelière de fer?
C’est dans ce contexte explosif que le Parti de la Gauche Européenne (PGE) s’est réuni le week-end dernier à Berlin sous la présidence de Pierre Laurent et a défini trois « axes de bataille » pour toute la prochaine période.
En premier lieu, des initiatives d’information et de mobilisation seront engagées contre la ratification du nouveau traité européen en cours d’élaboration. En deuxième lieu,une « convention européenne pour l’alternative » sera organisée fin mars.Elle visera à faire converger le plus de forces possibles pour opposer à la politique européenne actuelle une logique profondément nouvelle.En troisième lieu, le lancement d’une « initiative citoyenne européenne » visant à collecter un million de signatures (en faveur de la création d’une sorte de banque publique européenne dont la mission exclusive soit de prêter de l’argent aux Etats à un taux très faible,à la CONDITION EXPRESSE que ces crédits servent au financement de projets précis de développement social et de solidarité) va pouvoir se concrétiser dès que cette nouvelle disposition entrera en vigueur, vraisemblablement au mois de mai. Travailleurs de tous les pays…




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