LES LECONS DU « PROBLEME » HONGROIS

« Il y a un problème aujourd’hui en Hongrie » vient de reconnaître fort tardivement Alain Juppé.  C’est le moins que l’on puisse dire! Revenu triomphalement au pouvoir en avril 2010 (après une première expérience malheureuse en 2002-2003), Viktor Orban n’a cessé, depuis, de faire voter des lois soumettant les medias, la justice et le parlement lui-même au parti qu’il dirige en autocrate, le FIDESZ.  Cela n’a pas empêché cet apprenti-dictateur de présider, avec tous les honneurs dus à cette fonction, le Conseil européen pendant tout le premier semestre 2011.  C’est que M. Orban n’est pas n’importe qui.  Vice-président du PPE (principal parti de droite européen, qui compte notamment la CDU de Mme Merkel et l’UMP parmi ses membres), il fut, il y a un peu plus de vingt ans, l’une des principales figures de l’opposition anticommuniste au régime précédent.  En outre, sa politique d’austérité, d’une brutalité inouïe (TVA à …27%; impôt sur le revenu à 16% pour tous; guerre aux pauvres…) n’est pas faite pour émouvoir les dirigeants européens.

Ce qui a surtout fait « problème » pour ces derniers a été la décision du maître de Budapest de remettre en cause la sacro-sainte indépendance de la Banque centrale  ou de nationaliser des fonds de pension.  Pris à la gorge par une lourde dette publique, l’effondrement de la monnaie nationale, le Forint, et la difficulté croissante à lever des fonds, même à un taux de plus de 10%, sur les marchés financiers, Orban a, en effet, brisé quelques tabous libéraux.  C’est cela, d’abord, qui ne passe pas à Bruxelles, et non la dérive autoritaire du régime.  Beaucoup de voix s’élèvent donc légitimement pour demander à l’Union européenne, toujours prompte à glorifier les « valeurs » de l’Europe », d’exercer toutes les pressions possibles sur ce gouvernement pour l’amener à annuler les mesures liberticides, y compris, sa récente révision constitutionnelle qui (entre autres) enterre symboliquement la notion de « République » au profit d’une référence appuyée à Dieu!  Seulement voilà…

« Gare à l’ingérence! » avertit, à l’inverse, mais tout aussi légitimement, un ancien « dissident » de premier plan de l’ex-régime socialiste, aujourd’hui proche du Parti de la Gauche européenne (PGE), Tamas Gaspar-Miklos.  En effet, la désillusion et le ressentiment de la majorité de la population vis à vis de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) sont tels que des « leçons de Bruxelles » auraient sans nul doute un effet dangereusement contre-productif!  Viktor Orban a appris à saisir cet atout pour se maintenir au pouvoir malgré son bilan désastreux.  Il surfe allègrement sur le souvenir cuisant laissé par les politiques libérales impitoyables de ses prédécesseurs « socialistes » et de droite; par leur soumission zélée aux injonctions européennes; par les multiples humiliations et les frustrations rentrées; par l’insupportable sentiment d’impuissance.  Cocktail potentiellement dévastateur!

 

Comment aider, dans ces conditions, le peuple hongrois à se libérer du piège mortel dans lequel tous les gouvernements qui se sont succédé depuis deux décennies l’ont jeté?  Et comment éviter, à la faveur de la crise, l’apparition d’autres « Hongries » dans les pays européens économiquement les plus éprouvés et politiquement les plus fragiles?  Bref, comment rendre à l’idée et à la parole européenne une légitimité aujourd’hui perdue? Comment, sinon en crédibilisant un projet européen en rupture avec le modèle actuel et en permettant au plus grand nombre de citoyens de se l’approprier?  Tel est notamment l’ambition du Front de Gauche en France et du PGE à l’échelle européenne.

 

12 janvier 2012 at 2:31 Laisser un commentaire

CE QUE NOUS APPREND L’EXPERIENCE DU CERN

Pour cette première chronique de l’année,je souhaitais relater l’un des événements heureux qui se sont produits en Europe ou l’un des actes marquants ayant honoré un grand Européen durant l’année écoulée. Autant dire que ce n’est pas du côté de Bruxelles que je l’ai trouvé…Je me suis,  en revanche,d’emblée rappelé le courage et la dignité d’Irina Bokova,la directrice générale -bulgare- de l’UNESCO,accueillant chaleureusement la Palestine comme nouveau membre,malgré les très lourdes sanctions financières américaines que ce geste entrainait contre son organisation. Je me suis également souvenu de l’engagement du remarquable leader du Sinn Fein irlandais, Gerry Adams, dans des initiatives politiques visant à garantir que l’ETA basque dépose définitivement les armes. Je n’ai pas oublié non plus l’exposition décapante de Lilian Thuram au musée parisien du quai Branly sur les « zoos humains » : véritable cri antiraciste et anticolonialiste qui interpelle l’Europe entière.Mais c’est sur une expérience collective très particulière dont on a (re)parlé récemment que je veux m’arrêter: celle du … »boson de Higgs ». C’est ainsi que les chercheurs du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) appellent la particule élémentaire qu’il reste à découvrir pour tenter de percer le mystère des débuts de l’univers… Vaste programme,aux retombées indirectes considérables,qui mobilise d’innombrables équipes dans ce haut lieu de la recherche fondamentale (et exclusivement civile),situé à cheval sur le département de l’Ain et le canton de Genève. Pourquoi diable évoquer ce type d’expérience dans une chronique en principe consacrée à l’Europe?

C’est que le CERN représente à mes yeux toute une conception de l’Europe,qui est à bien des égards aux antipodes de celle incarnée par les Sarkozy-Merkel,Trichet,Draghi,Juncker ou autre Barroso. Certes, cette expérience n’est pas transposable,mais il n’est pas interdit de méditer ses règles et son éthique lorsqu’on réfléchit à la refondation de la construction européenne qu’appelle son actuelle descente aux enfers.

Ainsi,au CERN,l’aiguillon du travail accompli n’est pas le profit financier mais l’avancée des connaissances pour le progrès de l’humanité. Les chercheurs appartiennent à plus de vingt nationalités européennes sans hiérarchie ni discrimination.Leur rayonnement  est tel que les plus grandes nations du monde ont décidé d’associer la crême de leurs scientifiques à cette expérience. Nul conflit géopolitique ou ethnique ne vient troubler leurs relations de coopération. Ici, la  » règle d’or », c’est le partage des informations entre tous les chercheurs. C’est à cette fin qu’ils ont inventé il y a vingt ans un instrument devenu,depuis,indispensable à nous tous:le web.La mission du CERN est d’encourager contacts et echanges,de dispenser des formations,d’opérer des transferts de technologies. Elle n’est pas de dominer,mais d’associer. Une vraie approche alternative de la coopération européenne!

Pendant ce temps,à Bruxelles,on travaille sur un traité visant à faire rêgner la discipline budgétaire, à sanctionner les récalcitrants,à rassurer les marchés, dans une économie ouverte où la concurrence est libre.

5 janvier 2012 at 8:43 4 commentaires

INSURRECTIONS POPULAIRES ET CITOYENNES, AN I

Que retenir en particulier d’une année aussi tumultueuse?Quel fil rouge dégager d’événements aussi disparates et contradictoires?Quels enseignements pour l’action tirer d’expériences aussi diverses ?

On pense tout d’abord à des événements qui vous ont profondément réjouis: j’ai pour ma part à l’esprit l’admission de la Palestine à l’Unesco,avec le soutien d’une majorité écrasante de nations du monde; la chute de Ben Ali en Tunisie puis de Moubarak en Egypte sous la pression des insurrections populaires; ou la vague impressionnante des « indignés » ,depuis la Puerta del sol à Madrid jusqu’à Wall street,en passant par Athènes,Tel Aviv ou Moscou -une sorte d’insurrection citoyenne pacifique mais très exigeante,dont l’esprit se retrouve également dans un certain nombre de mobilisations sociales récentes qu’on peut qualifier d’historiques,comme la grève de deux millions de salariés des services publics britanniques ou la puissante contestation étudiante au Chili,neuf mois durant!Chacun de ces mouvements proclame que « les choses telles qu’elles sont doivent être tenues pour inacceptables » ,selon la formule d’Alain Badiou,qui parle fort justement de « réveil de l’Histoire » ,en écho au dogme prétentieux et stupide de la « fin de l’histoire » qui fit florès après la chute du mur de Berlin puis la disparition de l’Union soviétique, il y a tout juste vingt ans.

Mais 2011 ne s’est pas résumée à ces événements heureux!D’abord,la guerre s’est poursuivie en Irak et en Afghanistan.Et même si l’armée américaine se retire à présent du premier de ces pays et promet d’en faire (partiellement) autant pour le second dans un avenir proche,c’est en laissant derrière elle un désastre humanitaire et un fiasco politique -auxquels sont associés ses alliés,parmi lesquels,dans le deuxième cas,la France.

L’affaire libyenne,de son côté,laisse un goût amer: une libération de l’oppression, mais à quel prix et avec quels risques pour demain! Rappelons que l’OTAN reconnait y avoir perdu toute trace de…10 000 missiles sol-air,qui pourraient parvenir à al Qaida au Maghreb islamique (AQMI)! Souvenons-nous aussi des conditions atroces dans lesquelles a été « libérée » la ville de Syrte puis de l’indigne lynchage de Kadhafi,fût-il lui-même un tyran sans pitié.On n’oubliera pas non plus l’itinéraire plus que douteux de certains des nouveaux chefs militaires.

Les contradictions de la situation en Tunisie,les violences et les blocages en Egypte,et surtout la répression effroyable en Syrie constituent d’autres sujets de préoccupation.Il y a plus de deux mois et demie que le grand écrivain progressiste syrien,Farouk Mardam-Bey,interrogeait: »Qu’attend l’Europe? »en en appelant à des sanctions économiques,financières,diplomatiqueset judiciaires contre « le clan Al-Assad ». Les choses ont avancé depuis.Il y a urgence.

Dans le même temps,la tragédie de la faim dans la Corne de l’Afrique nous a rappelé que le monde était encore à la merci d’une grave crise alimentaire en 2011.Encore ne s’agit-il là que de la partie visible de l’iceberg du mal développement,autrement dit du sacrifice des potentialités d’émancipation de centaines de millions d’hommes,de femmes et d’enfants.La même irresponsabilité des puissants se vérifie sur le plan de la préservation de la planête elle-même, comme en témoigne le piètre résultat auquel vient d’aboutir la Conférence de Durban sur le climat.

Bref: un monde à changer! C’est dire si les « insurrections populaires ou citoyennes » qui ont marqué cette année nous mettent du baume au coeur!Le grand magazine américain Time vient de faire de la figure du « manifestant » la « personne de l’année »,car,y lit-on,ces mouvements « ont déjà changé l’histoire et la changeront à l’avenir ».Telle est aussi notre conviction.C’est dans cet esprit que nous affrontons la « crise de l’euro » et les « solutions » redoutables que les dirigeants européens voudraient noue faire accepter par le biais de leur nouveau traité.L’An I des insurrections citoyennes s’achève. La prochaine commence sous peu. Le journal « Le Monde » ,peu connu comme chantre de la transformation sociale, vient d’éditer un « hors série » intitulé « Karl Marx,l’irréductible » Un signe ?

22 décembre 2011 at 3:34 3 commentaires

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