LA FRANCE SONNÉE, L’EUROPE DÉSTABILISÉE 

Après les résultats catastrophiques aux élections européennes enregistrés en France, suivis du coup de « roulette russe » d’Emmanuel Macron, nombreux sont les dirigeants européens à être déstabilisés à l’idée que l’un de ses principaux pays fondateurs , l’un de ses poids lourds politiques,   économiques, démographiques, diplomatiques et militaires puisse basculer à brève échéance dans le camp de l’extrême-droite ! Après l’Italie de Meloni et la Hongrie d’Orban, sans oublier les gouvernements finlandais, suédois, slovaque, néerlandais…auxquels participent ou que soutiennent des forces brunes, non seulement l’AfD allemande dépasse chacun des trois partis de la coalition au pouvoir dans la plus grande nation européenne, mais voilà qu’après l’humiliante défaite de « Macron l’Européen », la France menace de plonger à son tour dans le déshonneur et l’inconnu. Les « élites » européennes sauront-elles enfin, le couteau sur la gorge, tirer les enseignements de ce fiasco annoncé qu’elles refusaient de voir ? On peut, hélas, en douter.

Il était prévu que, les 27 et 28 juin prochains,  se tienne un « Conseil européen » réunissant les 27 Chefs d’Etat ou de gouvernement, avec, à son ordre du jour des sujets majeurs, tels que la guerre russo-ukrainienne; les questions liées à la sécurité et à la défense européennes; les mesures à rendre pour stimuler la « compétitivité » de l’économie européenne (sic); les relations internationales et le « prochain cycle institutionnel »,  autrement dit les négociations sur les nominations à venir à la tête du Conseil européen, de la Commission européenne et de la diplomatie européenne. Les choix majoritaires des 27 gouvernements dans ces différents domaines devaient constituer le « programme stratégique » pour les cinq prochaines années. Le séisme politique du 9 juin bouleversera à coup sûr, sinon l’ordre du jour, du moins les discussions restreintes menées en coulisses.

Problème : les enjeux internationaux ne connaissent, eux, aucune trêve. Sur ce point, les 27 poursuivront leur agenda prévisionnel. On observera tout d’abord que le désastre au Proche-Orient (Gaza, Cisjordanie, Liban) n’y figure pas, malgré les liens étroits et privilégiés qu’entretient l’Union européenne avec l’Etat d’Israël, dont la poursuite de l’occupation , de la colonisation et des guerres contredit sans relâche, en toute impunité, le droit international ! Encore et toujours cet insupportable parti-pris du « deux poids-deux mesures » que seul un petit nombre d’Etats membres (mais pas la France) a commencé à remettre en cause en reconnaissant l’Etat de Palestine. 

Par ailleurs, sur l’attitude à adopter pour tenter de mettre fin à la cruelle et meurtrière agression russe contre l’Ukraine, l’impasse est totale. Le choix de la recherche d’une « victoire » par l’escalade militaire n’offre aucune perspective crédible d’une issue rapide et juste à cette catastrophe, jour après jour plus dévastatrice et plus dangereuse. 

Travailler vraiment à une solution politique juste et durable des conflits hideux qui nous traumatisent et enlaidissent le monde permettrait en outre, à l’inverse de l’actuelle militarisation des esprits, de réorienter les regards et les attentes vers les urgences sociales et climatiques, la promotion des biens publics, des biens communs, des biens collectifs, et, ce faisant,  de contribuer à tarir les sources des courants d’opinion réactionnaires qui ont atteint le seuil d’alerte en France comme sur tout le continent. 

13 juin 2024 at 9:19 Laisser un commentaire

6 JUIN 1944-6 JUIN 2024 : LA PAIX, URGENCE VITALE ! 

Les commémorations du 80ème anniversaire du Débarquement nous rappellent l’un des événements les plus glorieux de notre histoire contemporaine. Le souvenir du sacrifice inouï consenti par des milliers de soldats alliés sur les plages de Normandie pour la libération de notre pays mérite assurément un hommage renouvelé à ces héros et notre profond respect pour leur éminente contribution à la paix. 

Pour cette raison même, ces cérémonies doivent se prolonger par une réflexion lucide et sans concession sur les raisons qui ont, peu à peu, conduit le monde dans une situation que les contemporains du 6 Juin 1944 espéraient définitivement révolue. En Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et jusqu’en Europe, la guerre est de retour et le droit international -symbolisé par les Nations unies et leur Charte, issues de la Libération- est bafoué au point d’être menacé dans son existence même.

La vérité oblige à dire que les principales puissances de l’après-guerre n’ont pas tardé à tourner la belle page de l’alliance anti-hitlérienne : 14 mois, jour pour jour, après le « D-day », ce fut l’horreur d’Hiroshima, suivi de celle de Nagasaki, avant tout conçues par le Président Truman comme l’affirmation de la suprématie de l’Amérique, au prix de plus de 200 000 morts ! Puis ce fut la « guerre froide », avec la remilitarisation forcenée des relations entre les anciens alliés : création de l’OTAN suivie de celle du Traité de Varsovie, course à l’armement nucléaire; crise des missiles de Cuba; crise des euromissiles; sans parler des multiples conflits indirects entre Ouest et Est, tels la guerre de Corée; l’expédition de Suez; la guerre du Vietnam ; la guerre d’Afghanistan…

La fin de la « guerre froide » a-t-elle mis fin aux méfaits du vertige de la « puissance », l’un des deux anciens ennemis ayant disparu ? C’est le contraire qui est vrai, comme l’illustre le choix stratégique de l’élargissement de l’OTAN jusqu’au quasi-encerclement de la Russie . Et ce malgré de nombreuses mises en garde lancées par de hauts responsables américains à l’adresse de leur Président. L’un d’entre eux, George Kennan -pourtant ancien théoricien de la « guerre froide »- fut, dès 1997, très explicite à cet égard : « L’élargissement de l’OTAN serait l’erreur la plus fatale de la politique américaine de toute l’ère de l’après-guerre froide. On peut s’attendre à ce qu’une telle décision enflamme les tendances nationalistes, anti-occidentales et militaristes de l’opinion russe (…), qu’elle rétablisse l’atmosphère de la guerre froide dans les relations Est-Ouest et qu’elle oriente la politique étrangère russe dans des directions qui ne nous conviennent pas » (1). À méditer par les va-t-en-guerre qui ne voient de salut, face à l’agression russe contre l’Ukraine, que dans l’escalade militaire et l’extension de l’OTAN…

Parallèlement à cette dangereuse fuite en avant, Washington et ses alliés jettent depuis une trentaine d’années de l’huile sur le feu au Moyen-Orient en garantissant aux dirigeants israéliens l’armement et l’impunité dont ils ont besoin pour poursuivre occupation, colonisation et guerres, jusqu’à l’apocalypse de Gaza.

Quant à l’insécurité humaine -alimentaire, sanitaire, climatique…- encore bien plus meurtrière que les guerres, elle passe, dans ce contexte, par pertes et profits. Après les discours de paix de ce 6 Juin, il est d’une urgence vitale de passer aux actes. 

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(1) New-York Times, 5/2/1997

6 juin 2024 at 6:12 Laisser un commentaire

QU’ATTEND LA FRANCE POUR RECONNAÎTRE L’ÉTAT DE PALESTINE ?

Depuis le début de la guerre, d’une sauvagerie sans précédent, que livre l’armée israélienne à la population, en grande majorité civile, de Gaza, deux pays de l’Union européenne -l’Espagne et l’Irlande- se sont distingués par leur engagement en faveur d’une position de l’UE à l’égard d’Israël qui soit ni plus ni moins que conforme au droit international. Sans succès. Rappelons que les « 27 » avaient, bien entendu, unanimement condamné, en termes très clairs, les massacres et les prises d’otages du Hamas, le 7 octobre 2023. La suite fut, en revanche très chaotique : la Présidente de la Commission se précipita chez Netanyahu sans même mentionner l’exigence de respecter le droit humanitaire; un commissaire décida sans concertation de couper les aides à…l’Autorité palestinienne (pourtant frontalement opposée au Hamas) avant d’être rappelé à l’ordre par le Chef de la diplomatie européenne; la ministre de la défense  de la République tchèque avait même proposé à son gouvernement de quitter l’ONU, qualifiée d’ « organisation qui soutient les terroristes » parce que son Assemblée générale avait appelé à une « trêve humanitaire immédiate », tandis que le Chancelier allemand, mettait en avant « le droit et même le devoir d’Israël de défendre ses habitants ».

Face à ce spectacle déplorable, qui s’est traduit, à chaque vote aux Nations unies sur cette guerre, par un éclatement de l’UE entre « pour », « contre » et « abstentions », l’Espagne et l’Irlande, rejoints par la Slovénie et Malte  se sont rencontrés en marge d’un Sommet à Bruxelles, le 22 mars dernier, pour  affirmer ensemble une position claire et juste sur la situation au Proche-Orient. « Nous sommes d’accord pour dire que le seul moyen de parvenir à une paix durable et à la stabilité dans la région est de mettre en œuvre une solution à deux Etats, israélien et palestinien vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité » ont-ils souligné, en annonçant leur décision de reconnaître l’Etat de Palestine.

Pour quelle raison la France n’en fait-elle pas autant, elle qui fut, dans le passé, le fer de lance de la solidarité avec le peuple palestinien en Europe? Serait-ce parce qu’ « aucune grande puissance occidentale ou membre du G7 ne l’a fait » (Le Monde) ? Aujourd’hui que l’Espagne, l’Irlande et la Norvège (non membre de l’UE) ont franchi le pas et que la Slovénie et Malte s’apprêtent à faire de même, la France est dans le carré de queue de la communauté internationale (aux côtés des Etats-Unis, du Canada, du Japon, de l’Australie, de la Grande Bretagne et de la majorité des membres de l’UE) sur ce dossier ô combien emblématique ! 

Alors que « la solution à deux Etats » (qui n’a officiellement jamais cessé d’être la position de Paris) fait son retour sur le devant de la scène internationale; alors que l’Assemblée générale de l’ONU vient de constater (à 143 voix pour -dont la France !-  contre 9 et 25 abstentions) que « l’Etat de Palestine remplit les conditions requises pour devenir membre »de l’ONU  et « devrait donc être admis à l’Organisation »;  et alors que le Procureur de la Cour pénale internationale a déposé des requêtes aux fins de délivrance de mandats d’arrêts « concernant l’Etat de Palestine », la France privilégie son allégeance à la « famille occidentale » sur sa fidélité à la cause d’une paix juste et durable au Proche Orient, qui passe aujourd’hui par un engagement concret, fort et immédiat pour un État palestinien. Ce « Jupiter » est décidément petit. 

30 Mai 2024 at 12:11 Laisser un commentaire

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