UNE  BOUFFÉE  D’OXYGÈNE  DE  LA  GAUCHE  EUROPÉENNE

On a connu des temps plus cléments pour « le peuple de gauche » en Europe. Tandis que la récession menace la zone euro, sur fond d’inflation galopante, les propositions d’action contre les profiteurs de la crise énergétique et autres spéculateurs sur le prix des matières premières, notamment alimentaires, sont, pour l’essentiel, ignorées. La guerre fait rage aux portes de l’Union européenne sans que n’y émerge la moindre tentative de médiation, au contraire. Lauréate, il y a dix ans, du Prix Nobel de la Paix, l’Union européenne, loin de mettre en garde contre la folle course aux armements des Etats membres -Allemagne en tête !- , se militarise elle-même. Les « post-fascistes » au pouvoir à Rome sont banalisés à Bruxelles comme dans toutes les capitales. Depuis les  ultra-conservateurs polonais jusqu’aux sociaux-démocrates suédois, la chasse aux migrants devient la norme dans l’UE. Quant à l’alerte de l’Organisation météorologique mondiale, constatant que le continent connaît un réchauffement climatique deux fois plus élevé que la moyenne mondiale, elle ne semble guère émouvoir les décideurs européens…

C’est dans ce contexte insoutenable que vient de se tenir (du 21 au 23 octobre dernier)  à Athènes le « Forum progressiste européen »,  un rendez-vous annuel , initié et coordonné par Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris. Un événement qui mérite qu’on s’y arrête. Ces journées viennent ainsi de réunir pas moins de 350 participants et participantes représentant tout le spectre progressiste européen, qu’il s’agisse de sa dimension politique, syndicale ou ONG. Des interlocuteurs proches de beaucoup d’entre nous, comme Alexis Tsipras ou le Secrétaire général du parti AKEL de Chypre ou encore des élus NUPES au Parlement européen y ont côtoyé des élus verts européens dont le Vice-président de leur groupe ; des élus socialistes parmi lesquels l’ex-Chef de file social-démocrate allemand au Parlement européen, mais aussi des responsables syndicaux dont la No 2 de la Confédération syndicale européenne, des chercheurs des fondations respectives des trois grandes familles de la gauche européenne, ou des animateurs et animatrices de la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN, lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2017). Pour sa part, la très emblématique Présidente du Sinn Fein irlandais, Mary-Lou Mc Donald, a apporté son témoignage dans un message-vidéo, etc…La teneur des échanges -sur les enjeux sociaux, écologiques, féministes, comme sur ceux de la sécurité humaine et de la paix- fut à l’aune de cette représentation, large et de qualité : ils furent souvent convergents, parfois divergents, toujours constructifs. 

Il ne faut naturellement pas faire dire à cette initiative plus que ce qu’elle représente : une hirondelle ne fait pas le printemps. Convenons cependant que ce type de rencontre et de confrontation progressistes nous offre une bouffée d’oxygène bienvenue pour amplifier notre engagement. 

11 novembre 2022 at 7:56 Laisser un commentaire

L’ESPRIT CRITIQUE APPLIQUÉ À LA GUERRE EN UKRAINE

« Nous vous appelons à redoubler d’efforts pour chercher un cadre réaliste pour un cessez-le-feu » : 35 parlementaires américains, figures de l’aile progressiste du parti Démocrate, avaient appelé, le 24 octobre dernier, Joe Biden à « déployer de vigoureux efforts diplomatiques en soutien à un règlement négocié et à un cessez-le-feu, à engager des pourparlers directs avec la Russie (et) à explorer les perspectives pour un nouvel accord de sécurité européen acceptable par toutes les parties ». C’était la première fois qu’un appel de cette teneur émanait du parti du Président. Les intéressés avaient clairement souligné dans leur déclaration leur opposition à l’invasion « illégale et scandaleuse » de l’Ukraine par la Russie. Il n’empêche : leur prise de position fut assimilée à celle des Républicains pro-Poutine, et ce à la veille des élections stratégiques du 8 novembre. Mis sous pression, les auteurs de la lettre à Biden se sont finalement résolus à retirer leur appel. La guerre, elle, se poursuit de plus belle au risque de basculer brusquement dans l’irréparable…

La France n’est pas l’Amérique. Pourtant, force est de constater qu’ici aussi, sur ce même sujet, la parole libre et l’esprit critique ont du mal à se frayer un chemin, notamment dans les grands media . Même émanant de personnalités respectées et dont le rejet de l’agression russe ne souffre aucune ambiguïté, une prise de position s’écartant du discours « politiquement correct » fait courir à son auteur le risque de l’amalgame infamant. Il faut donc rendre hommage aux quelques voix courageuses -experts en relations internationales ou anciens généraux, notamment- qui osent braver ce danger en esquissant qui un doute (sur le prolongement indéfini de la guerre au nom de l’objectif de la « gagner ») , qui une proposition ( d’ouvrir « une porte de sortie » à l’envahisseur en espérant rendre possible une issue au conflit par la voie politique et non militaire). Et voici qu’un autre spécialiste souvent consulté sur la tragédie ukrainienne, l’ex-ambassadeur Michel Duclos, non suspect de faiblesse à l’égard du Kremlin,  vient d’exprimer à son tour des propos qui auront sans doute dérangé plus d’un commentateur attitré : dans la phase critique où est désormais entré le conflit, « On ne peut laisser aux seuls Ukrainiens la responsabilité de définir les buts de guerre et le calendrier d’une éventuelle négociation » (1) Puisse cette analyse responsable faire son chemin parmi les dirigeants européens ! Puissent-ils se poser, comme le diplomate, la terrible question de savoir « si nous ne sommes pas entrés dans une spirale qui rend presqu’inévitable un choc frontal entre la Russie et l’OTAN » et en tirer les conclusions qui s’imposent ! Le pire est que nombre d’observateurs, sinon de responsables politiques, partagent cette conviction, mais n’osent l’exprimer de peur de s’exposer aux préjugés et aux anathèmes. Faut-il leur rappeler que le défaut d’esprit critique finit toujours par se payer cher ? Cela vaut pour la guerre en Ukraine.

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(1) Le Monde (24/10/2022)

3 novembre 2022 at 10:34 Laisser un commentaire

VERS UNE REDOUTABLE RECOMPOSITION STRATÉGIQUE DE L’EUROPE !

Le mal que fait la guerre de Poutine, par-delà l’Ukraine, à toute l’Europe s’annonce incommensurable . En témoignent en particulier le déplacement du centre de gravité de l’UE vers l’Est et la redoutable recomposition stratégique qui s’y dessine en ce moment. L’actuelle brouille entre Paris et Berlin en est une parfaite illustration. Beaucoup de commentaires ont accompagné l’annonce de l’annulation-surprise du Conseil des ministres franco-allemand qui devait se tenir le 26 octobre au Château de Fontainebleau . On sait que l’un des désaccords concerne les réponses, différentes de part et d’autre du Rhin, apportées à la crise énergétique. Il s’agit là, certes, d’un problème sérieux mais surmontable par la négociation. 

Beaucoup plus problématique est l’autre grand sujet de discorde : la défense, ou, plus exactement, la conduite de la militarisation effrénée en cours en Europe, Berlin espérant ravir à Paris le « leadership » en la matière. L’Allemagne doit devenir « la force armée la mieux équipée d’Europe » a annoncé le Chancelier Scholz. Grâce au fameux « fonds spécial » de 100 milliards d’euros, auquel s’ajouteront  « 70 à 80 milliards d’euros par an pour la défense », précisa-t-il avec gourmandise, « la plus grande armée conventionnelle en Europe dans le cadre de l’OTAN est en train de se constituer (…) Nous montrons clairement et de manière crédible que l’Allemagne est prête à assumer une responsabilité de premier plan pour la sécurité de notre continent » ! Joignant le geste à la parole, le chef de la coalition SPD-Verts-Libéraux s’est allié à …14 pays -essentiellement d’Europe de l’Est et du Nord auxquels s’ajoute la Grande-Bretagne- pour installer, dans le cadre de l’OTAN, avec des équipements israéliens et américains, un « bouclier antimissile et antiaérien ». Un virage historique et un défi lancé, notamment à Paris. 

Un défi que la France, voyant ainsi s’affaiblir tant son industrie d’armements que son « rang » en Europe voudra relever…en accroissant encore ses propres dépenses militaires et en accentuant la croisade de l’Elysée sur « le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective » (européenne). La spirale diabolique ne s’arrêtera pas là.  Un autre pays affiche, dans ce contexte toxique, une ambition militaire démesurée : la Pologne de l’ultra-atlantiste Kaczynski, devenue incontournable grâce à la désastreuse stratégie du Kremlin. Portant son budget des armées non à 2% de ses ressources, comme l’exige l’OTAN, mais à 3%, Varsovie s’est lancé dans l’acquisition de  1200 chars de combat, 500 lance-roquettes ultra-performants, 600 obusiers, 32 avions de chasse, en plus d’une commande-surprise à la Corée du Sud pour un montant astronomique de 15 milliards d’euros, qui devrait être, en partie, payée grâce aux remboursements européens pour les armements livrés à l’Ukraine ! Il n’en faut pas plus pour que des voix se lèvent pour préconiser la constitution d’un « axe franco-polonais »…(1). On nage en plein délire. Il est plus que temps que cette sale guerre aux conséquences incalculables s’arrête ! Qui pour faire de la rupture de cet engrenage fatal son objectif stratégique No 1 ?

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(1) Voir J.R Potocki ( le Figaro, 21/10/2022 ).

28 octobre 2022 at 11:37 Laisser un commentaire

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