L’ESPRIT DE COOPÉRATION PLÉBISCITÉ PAR L’OPINION



Il y a (quand même) quelque chose de rassurant dans le chaos actuel des relations internationales : à savoir le fait que, dans tous les pays où la question lui est posée, l’opinion publique plébiscite l’esprit de coopération. C’est ce qui ressort d’une enquête menée dans 24 pays auprès de 22 000 citoyennes et citoyens. Pas moins de 86% des personnes interrogées expriment la conviction que la coopération internationale est « indispensable à la création d’un avenir meilleur et plus durable pour tous » (1). 
Il faudrait d’ailleurs, et de plus en plus, parler de « coopération mondiale », tant le niveau atteint par l’interdépendance à l’échelle de la planète tend à rendre illusoires les « solutions » aux grands enjeux limitées à un groupe de pays, dès lors qu’elles négligent voire méprisent le reste de l’humanité. La multiplication des catastrophes dites « naturelles » et des crises sanitaires, tant au Nord qu’au Sud, sont la rançon du refus de reconnaitre que « Nous ne sommes plus seuls au monde » (Bertrand Badie), et d’en tirer les conséquences en pratiquant des coopérations réellement mondiales pour la gestion des biens communs de l’humanité. 
Ces derniers ne se limitent pas aux ressources naturelles. Il convient d’y intégrer notamment les connaissances scientifiques aujourd’hui trop souvent soumises à la « gouvernance » des grands intérêts économiques et financiers. Il est significatif que, dans le méga-sondage évoqué plus haut, le domaine où l’essor des coopérations apparaît particulièrement « crucial » aux yeux de 56% des sondés, est le partage du savoir. Et pour cause : les inégalités en la matière entre régions du monde sont particulièrement discriminantes et entraînent des conséquences en cascade. 
Qu’en est-il, à présent, des espoirs de ces mêmes personnes de voir réalisées leurs aspirations à « un avenir meilleur et plus durable pour tous » grâce  aux coopérations ? Si moins d’un tiers des personnes interrogées se déclarent optimistes quant à la capacité de la communauté internationale de lutter efficacement contre le changement climatique, une majorité absolue d’entre elles est confiante dans les progrès réalisés au cours des dix années à venir en matière de diversité et de tolérance dans le monde.
Cet optimisme peut surprendre, tant il tranche avec le regain dramatique de manifestations de repli et d’intolérance observé dans maintes occasions. En fait, il nous rappelle fort opportunément qu’une majorité de nos contemporains croient en l’action solidaire, pour peu que les sirènes du nationalisme et du cynisme individualiste ou communautariste ne viennent pas les manipuler pour les diviser. L’actualité nous en fournit une belle illustration : face à la tragédie humaine en cours en Afghanistan, 54% des Français se sont spontanément déclarés en faveur de l’accueil de réfugiés de ce pays, déclenchant immédiatement les contrefeux que l’on sait .
L’altérité, la solidarité, l’esprit de coopération : un même combat. 

———–(1) Enquête effectuée par YouGov en vue de la prochaine Exposition universelle (Dubaï : octobre 2021-mars 2022), dont les résultats viennent d’être dévoilés par le site Euractiv.

2 septembre 2021 at 11:17 Laisser un commentaire

AFGHANISTAN : APRÈS LA SIDÉRATION, LES QUESTIONS !


Le monde entier a été sidéré par la foudroyante victoire des talibans dans tout l’Afghanistan avant même que les derniers soldats américains n’aient tourné les talons ! Cette (nouvelle) débâcle militaire et politique de la première puissance du monde mérite réflexion. 
On est avant tout révulsé à l’idée que tous ceux, et à plus forte raison toutes celles, qui, dans ce pays meurtri, avaient commencé à entrevoir une vie plus libre, retombent à nouveau sous la coupe moyenâgeuse des fondamentalistes. Et d’autant plus indigné devant le cynisme d’un Biden face au triste sort que son manque d’anticipation réserve aux anciens protégés des Occidentaux, tout comme devant l’insupportable hypocrisie d’un Macron annonçant, après force références à « nos valeurs », vouloir faire barrage aux « flux migratoires irréguliers » en provenance d’Afghanistan ! La solidarité active avec ces innombrables victimes est naturellement notre priorité. 
L’heure est, cependant, aussi aux enseignements à tirer de cette lamentable expérience. Nous étions nombreux à partager de longue date la conviction que la « guerre libératrice » déclenchée il y a vingt ans par les Etats-Unis en Afghanistan et le déploiement de la force internationale de l’OTAN dans ce pays ne pouvaient aboutir, tôt ou tard, qu’à un fiasco.
Qui n’a gardé à l’esprit l’issue désastreuse des aventures militaires occidentales qui se sont succédé au cours du demi-siècle écoulé -de la guerre du Vietnam à celle d’Irak- , tout comme l’impasse dramatique de l’intervention soviétique à Kaboul ?
S’ajoute cette fois-ci l’extraordinaire rapidité de l’effondrement final de ce « grand dessein » aux proportions hors normes : la construction, de l’extérieur et par une débauche d’armes et de dollars, d’un État démocratique et d’une société progressiste en Afghanistan . 
C’est que l’ambitieux projet vendu à foison par les « libérateurs » à l’opinion internationale n’était qu’un château de cartes. Dès 2004, la « démocratie » importée était censée éclore en pleine guerre et dans un pays occupé, grâce à l’organisation d’une élection présidentielle au suffrage universel ! Quant à l’armée afghane, dès lors qu’elle était abondamment armée et généreusement financée par ses parrains, elle prendrait tout naturellement le relai des forces étrangères…La société afghane, si complexe à travers ses 34 provinces, aux traditions si profondément ancrées, si divisée entre influences rivales, elle, passait au second plan dans les évaluations des stratèges du Pentagone et de l’OTAN. À la soif de sécurité et de paix, comme au besoin d’un État au service de la population ont répondu les effets ravageurs d’une guerre sans fin, de l’omniprésence de l’armada occidentale, de ses innombrables « bavures » et humiliations,  du choc brutal des cultures et, par-dessus tout, de l’incommensurable corruption des nouvelles « élites »…
Toutes ces évidences laissaient peu de doute sur la déroute finale.
Cette leçon de vaut pas que pour l’Afghanistan ni pour les seuls Américains.

26 août 2021 at 6:13 Laisser un commentaire

125 MILLIONS D’EUROPÉENS  PRIVÉS DE VACANCES !


En plein chassé-croisé entre « juillettistes » et « aoûtiens », la Confédération Européenne des Syndicats (CES) a publié une étude édifiante sur les Européens et Européennes privés de vacances en 2021 . « L’Humanité » lui avait consacré à juste titre une large place. On y apprenait que près de 30 %  des citoyennes et citoyens de l’UE -soit quelque 125 millions de personnes !- n’ont pas les moyens de passer une semaine de vacances en dehors de chez eux. Circonstance aggravante pour le système économique en vigueur dans l’UE : nombre de ces victimes travaillent, mais leur salaire de misère ne leur permet pas de s’offrir une escapade de quelques jours, par exemple dans la famille ou chez des amis ! L’enquête de la CES précisait que cette discrimination particulièrement révoltante touchait la grande majorité -35 millions !- des travailleurs et travailleuses dont le revenu est inférieur au « seuil de risque de pauvreté »(1) .
Arrêtons-nous sur le cas de ces derniers.
Si les travailleurs pauvres privés de vacances sont particulièrement nombreux dans les pays d’Europe centrale et orientale, cette cruelle injustice est présente, voire s’accentue, dans chacun des 27 États membres de l’Union européenne.
La situation la plus dramatique est, sans surprise, celle de la Grèce -saignée à blanc par ses créanciers de « l’euro-groupe- , mais elle est également alarmante dans un grand pays fondateur de l’UE comme l’Italie, où 7 millions de travailleurs pauvres sont concernées !
Même la riche Allemagne, avec 4,3 millions de victimes, et la France, où elles sont au nombre de  3,6 millions, ne font pas exception à cette règle maudite ! Voilà une réalité concrète à opposer aux laudateurs immodestes du « modèle social européen »…qui sont souvent ceux ou celles qui voient dans les restes de cet héritage des « 30 glorieuses » un boulet dans il est urgent de se libérer à l’heure de la mondialisation néolibérale et du pouvoir triomphant des marchés financiers.
Rappelons-nous, à cet égard, le fameux « théorème Merkel » : « L’Europe représente aujourd’hui à peine plus de 7% de la population mondiale, produit environ 25% du produit intérieur brut (PIB) mondial et doit financer 50% des dépenses sociales mondiales », se lamentait la Chancelière en 2012 dans les colonnes du bien nommé Financial Times. La même année, Mario Draghi, alors Président de la Banque centrale européenne, rassurait les « investisseurs » dans le Wall Street Journal, autre bible de la finance internationale, en soulignant que « Le modèle social européen est mort ». Si ni l’une ni l’autre n’ont pu pousser jusqu’au bout le démantèlement des conquêtes sociales d’une partie des pays européens par rapport à d’autres régions du monde, les inégalités les plus révoltantes s’accroissent sous nos yeux .
« L’Europe sociale » est un combat.

———-(1) Le seuil dit de « risque de pauvreté » est fixé dans les statistiques de l’UE à 60 % du revenu médian (« revenu médian » signifie que la moitié des habitants du pays concerné a un revenu supérieur à ce montant , l’autre moitié un revenu inférieur). 

20 août 2021 at 5:45 Laisser un commentaire

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