ÉCONOMIE, CLIMAT : LA CHINE EST UN PARTENAIRE OBLIGÉ
« Le spectre d’un ralentissement de la Chine pèse sur l’économie mondiale » titrait récemment « Le Monde ». Evoquant une prévision de croissance en baisse par rapport aux 8% initialement envisagés à Pékin pour 2022, l’un des experts cités par le quotidien notait à ce propos : « Le monde s’est tellement habitué à ce rythme élevé qu’il en a oublié les bénéfices qu’il en retirait », tandis qu’un autre prévenait « Personne ne peut prendre le relais de la Chine, car aucun pays n’a sa taille » (1).
Trois semaines plus tôt, le quotidien économique « Les Echos » évoquait déjà le « risque » que « le monde s’enrhume » quand « la Chine éternue » (2). C’est particulièrement vrai pour l’Europe. Voilà qui devrait suffire à mesurer combien il serait contre-productif de suivre Biden dans sa guerre économique et sa croisade politique contre Pékin.
Mais il y a plus, car le raisonnement vaut tout autant pour la lutte, vitale, contre le dérèglement climatique. Sans une étroite coopération avec la Chine sur ce terrain crucial, les Européens peuvent dire adieu aux espoirs nés à la Conférence de Paris de 2015.
A quoi rime, dès lors, la campagne de dénigrement menée contre Pékin à ce sujet ? De fait, l’image de la Chine qu’on délivre au « grand public » à ce propos tient en deux formules : la Chine est « le premier pollueur de la planète, loin devant les Etats-Unis » et « à rebours des appels de la communauté internationale à décarbonner , la Chine rouvre de mines de charbon ». C’est ce qui s’appelle des mensonges par omission.
En effet, on « oublie » de rappeler que l’on compare ainsi deux pays de dimension sensiblement différente. En effet, si l’on se réfère aux émissions de gaz à effet de serre par habitant, ce sont les États-Unis qui polluent plus de deux fois plus que la Chine !
Par ailleurs, s’il est exact que, pour des raisons conjoncturelles (pénurie d’électricité), Pékin -historiquement très dépendant au charbon- a bien repris l’exploitation de mines à l’arrêt , pourquoi taire ses efforts gigantesques déployés parallèlement dans les énergies renouvelables qui font aujourd’hui de la Chine -comme pays- le No 1 mondial dans l’éolien, le solaire et l’hydroélectricité, et de loin !
De même, faut-il rappeler que l’engagement de Pékin d’atteindre la neutralité carbone avant 2060 et un pic d’émissions avant 2030, minimisé par certains commentateurs en marge de la COP 26, avait été qualifié -dans les conditions propres à la Chine- de « tournant historique » par de nombreuses ONG (3).
Autant il ne s’agit pas de s’auto-censurer sur les critiques légitimes à formuler vis-à-vis de la Chine comme de tout autre pays, autant rien ne justifie de jeter le discrédit sur un pays dont nous sommes, qui plus est, durablement, un partenaire obligé.
(1) Le Monde (7/11/2021)
(2) Les Échos (18/10/2021)
(3) La Tribune (22/9/2021)
« EUROPE DE LA SANTÉ »: PEUT (BEAUCOUP) MIEUX FAIRE !
Tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que « l’Europe est à nouveau à l’épicentre de la pandémie », mais souligne qu’ « aujourd’hui , nous en savons plus et que nous pouvons en faire plus », où en est « l’Union européenne pour la santé » (UE4HEALTH) dont l’idée fut lancée en mai 2020 par la Présidente de la Commission, suite à une initiative franco-allemande ?
Sur la base de l’expérience affligeante du « chacun pour soi » au début de la crise sanitaire, il s’agissait d’obtenir des Etats membres -jaloux de leurs prérogatives en la matière- qu’ils acceptent d’assumer en commun quelques missions essentielles comme : la constitution de réserves stratégiques de fournitures médicales disponibles à un coût abordable , la formation de professionnels de la santé déployables dans toute l’UE, le renforcement de la surveillance des menaces sanitaires, l’amélioration des systèmes de santé afin d’améliorer l’accès aux soins, un surcroît de recherche sur les maladies transmissibles …et bien d’autres tâches à plus long terme.
Bref, il fallait se donner, ensemble, les moyens d’être plus réactifs et plus efficaces face aux futures crises sanitaires.
Cette louable ambition se heurta tout d’abord au mur de l’argent. Il y eut une bataille homérique sur le budget à accorder à ce nouveau programme : la Commission proposait de l’ordre de 10 milliards d’euros pour les 7 prochaines années, les gouvernements ne voulaient lâcher qu’ 1,7 milliard ! Le Parlement européen arracha de haute lutte un compromis à 5,1 milliards pour la période 2021-2027. Un montant qui, bien que plus de 10 fois supérieur au budget-santé européen des 7 dernières années, reste évidemment insuffisant…
L’autre critique récurrente que s’attire l’UE, dans ce domaine comme dans d’autres, tient à son fonctionnement.
Ainsi, 19 organisations européennes de santé viennent-elles de se plaindre du manque de transparence de la toute nouvelle « Autorité de préparation et de réaction aux urgences sanitaires » (HERA, lancée en septembre dernier). Celle-ci doit œuvrer pour « l’intérêt public », axer la recherche sur les « besoins de santé publique » et être exemplaire dans l’action pour « un accès équitable et abordable aux outils médicaux », plaident ces acteurs de la société civile, qui appellent à un « débat démocratique et participatif » associant institutions et citoyens (1).
Cette action salutaire intervient quelques semaines après un précédent conflit entre quatre grandes ONG de la santé et la Commission européenne, qui leur avait coupé les subventions de fonctionnement, avant de se rétracter.
Après ce démarrage chaotique, souhaitons que « l’Europe de la santé » émerge enfin concrètement ! L’actualité nous rappelle combien nous en avons besoin.
———-(1) Euractiv ( 3/11/2021 )
NUCLÉAIRE: POURQUOI LE DÉBAT EST RELANCÉ DANS L’UE
Les traités européens reconnaissent à tout État membre « le droit de déterminer les conditions d’exploitation de ses ressources énergétiques, le choix entre différentes sources d’énergie et la structure générale de son approvisionnement énergétique ».
Pourquoi alors ce regain de polémiques entre les gouvernements désireux de conserver durablement une part, plus ou moins grande, de nucléaire dans le mix énergétique, et ceux qui sont partisans du tout-renouvelables ?
La réponse à cette question tient en deux mots : « taxonomie verte ». Il s’agit d’un règlement européen récemment adopté, et qui classe les activités économiques de chaque État membre selon leur contribution aux objectifs environnementaux de l’UE, au premier rang desquels la lutte pour le climat. Les activités considérées comme « durables » (c’est à dire répondant à ces critères) bénéficieront d’un éco-label susceptible d’orienter vers elles les investissements futurs.
La question est de savoir si les activités utilisant le nucléaire auront, ou non, droit à ce label.
Elles ne doivent pas pouvoir y prétendre, ont plaidé les uns -l’Allemagne, l’Espagne, l’Autriche, le Danemark et le Luxembourg- dans une missive adressée à la Commission européenne en juillet dernier.
Au contraire, viennent de répliquer, à la mi-octobre, 10 autres Etats membres, dans un texte insistant sur la contribution du nucléaire à la réduction des émissions de CO2, à l’indépendance de l’UE pour les sources de production énergétique, ou encore à la stabilité des prix pour les usagers. Il s’agit de la France, de la Finlande et de 8 pays d’Europe centrale, entre-temps rejoints par les Pays-Bas.
Il y a longtemps que l’on n’avait plus observé une attitude aussi offensive des Etats partisans de l’option nucléaire , quelle que soit, par ailleurs, la part de cette énergie prévue dans le mix énergétique des pays concernés.
La situation et les perspectives de l’UE en matière d’énergie ne sont pas pour rien dans cette évolution . Elle est le troisième plus gros consommateur d’énergie au monde, après la Chine et les Etats-Unis. Sa dépendance aux importations dépasse 60% dans 15 des 27 pays, et atteint même 90% pour sa consommation de gaz. Les 3/4 de ses émissions de CO2 proviennent de la production et de la consommation d’énergie. Or, l’UE s’est engagée à atteindre la neutralité carbone (qui signifie de limiter les émissions à la quantité que l’on est capable de retirer de l’atmosphère) en 2050, avec un premier palier en 2030. À quoi s’ajoute la flambée des prix de l’énergie…
C’est dans ce contexte peu favorable à une confrontation d’idées sereine et rationnelle sur les atouts indéniables, tout comme sur les risques réels du nucléaire et les moyens de les prévenir que doit être tranchée la question épineuse de la taxonomie verte.
C’est l’attente imminente de cette décision qui fait monter la fièvre dans les chancelleries européennes.




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