Posts tagged ‘banque centrale’

LA TROÏKA ET LE KAPO

wurtz-l-humanite-dimanche      Jusqu’à quelles extrémités laissera-t-on dériver les sinistres apprentis-sorciers qui ont accaparé les principaux leviers de commande de l’Union européenne en général et ceux de la zone euro en particulier ! Avec la fermeture brutale de la télévision publique grecque – fait sans précédent en Europe – leur fuite en avant vient de franchir un seuil d’alerte qui interpelle tout citoyen , toute citoyenne attachés à la démocratie, à plus forte raison à une construction européenne respectueuse des peuples et des nations. Certes,loin de moi la tentation de minimiser la responsabilité – écrasante – du chef du gouvernement d’Athènes, ce petit Thatcher grec, dans l’inqualifiable coup de force du 11 juin 2013 ! La mise à mort, en l’espace de quelques heures, de cinq chaînes de télévision , de sept radios nationales, de dix-neuf radios régionales couvrant jusqu’à la dernière île du pays, d’une radio internationale, de plusieurs orchestres et des archives audiovisuelles, c’est lui! Le licenciement sans préavis des quelque 2700 salariés, dont 680 journalistes, qui ont fait vivre une institution publique que même la dictature des colonels n’avait pas osé éliminer , c’est lui! Et il faut espérer qu’il ait un jour à répondre de cet attentat contre la démocratie devant la justice de son pays.fw

Mais si le chef de la droite grecque est l’exécuteur zélé des basses œuvres , les commanditaires siègent à Bruxelles (La Commission), à Francfort (La Banque centrale européenne ) et à Washington (Le Fonds monétaire international). La troïka a besoin de kapos pour parvenir à ses fins. C’est elle qui, après avoir épuisé le peuple et le pays en leur imposant , à coup de chantages financiers à répétition , une cascade infernale de régressions sociales, de bradage du patrimoine public et d’humiliations nationales, leur avait fixé au début de cette année un nouvel ultimatum : supprimer 150 000 postes dans le secteur public (sur un total de 700 000) d’ici 2015 et limoger en 2013 quatre mille fonctionnaires « ne donnant pas satisfaction  » – le cas échéant remplacés par d’autres- dont 2000 avant fin juin, preuve nominative à l’appui ! Le pouvoir en place – aussi soumis aux puissants qu’impitoyable envers les faibles – a donc sans doute jugé qu’il fallait frapper un grand coup prouvant que la Grèce appliquait bien « tout ce à quoi elle s’est engagé », pour reprendre les termes raffinés d’un membre de l’eurogroupe (ministres des finances de la zone euro). La troïka venait justement d’arriver à Athènes pour vérifier si le contrat était bien respecté…Le méprisable Samaras s’est finalement montré à la hauteur des attentes de sa tutelle! « Cette décision doit être considérée dans le contexte des efforts considérables et nécessaires que les autorités ont faits pour moderniser l’économie grecque » a commenté la Commission européenne ! Le bon élève a reçu un satisfecit de son maître.

A vrai dire, on n’attendait pas d’autre réaction de la part de l’exécutif bruxellois. Il y a belle lurette que les surabondantes références de M. Barroso aux « valeurs » (une bonne douzaine dans son dernier discours sur « L’état de l’Union ») ne font plus illusion!  Mais la France? Il y a peu, François Hollande avait réitéré sa vision décalée de la situation en déclarant que « L’Europe à sauvé la Grèce », puis que « La crise de l’euro est finie ». Peut-on en rester là? On aimerait voir une « France de gauche » plus solidaire du peuple grec et plus responsable quant au devenir de cette « Union » européenne , que la petite caste dirigeante actuelle et son orientation désastreuse conduisent obstinément au chaos.
Vivement que le peuple de gauche se fasse entendre!

20 juin 2013 at 9:14 Laisser un commentaire

LE REVELATEUR CHYPRIOTE

wurtz-l-humanite-dimanche     L’attitude ignoble -et totalement irresponsable- des principaux dirigeants européens vis-à-vis de Chypre aura des conséquences politiques lourdes et durables, non seulement sur l’île elle-même, mais dans toute la zone euro comme dans l’Union européenne en général.
Elle sert, en effet, pour des millions d’ Européennes et d’ Européens, d’incroyable révélateur de la nature profonde de ce qu’est progressivement devenue l’Union européenne.

Tous les efforts déployés par Bruxelles pour accréditer l’image d’une Europe solidaire, fondée sur des « valeurs », régie par une « économie sociale de marché », promotrice des droits de l’homme, attachée à assurer la « cohésion sociale » … sont ruinés par cette expérience concrète vécue en direct dans chaque foyer européen: ils ont osé envisager de spolier tous les petits épargnants d’un pays membre (contrairement aux engagements les plus solennels des autorités de l’UE), puis,devant le refus spectaculaire d’ obtempérer du parlement de Nicosie (0 voix en faveur du plan de la « troïka »!), le président de la Banque centrale européenne est allé jusqu’à menacer d’organiser le blocus financier du pays, faute , pour ce minuscule Etat de 800 000 habitants, d’avoir dégagé 5,8 milliards d’euros (le tiers de la richesse nationale, soit l’équivalent de 700 milliards dans le cas de la France!) dans les quatre jours ! De la folie furieuse. Et cela alors même que les Chypriotes ne sont pour rien dans la crise de leurs banques. C’est l’annulation d’une partie de la dette de l’Etat grec ,dont les banques chypriotes étaient de gros créanciers, qui rend vitale depuis…juin 2012 la recapitalisation de ces établissements financiers pour éviter l’effondrement de toute l’économie du pays.

En fait, le très influent ministre allemand des finances, Wolfgang Schauble, avait « mangé le morceau » dès le mois dernier. Pour expliquer ses interminables tergiversations devant les appels à l’aide de plus en plus pressants des responsables chypriotes, il avait lâché ce terrible aveu: « Il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble. C’est l’une des conditions pour que le Mécanisme européen de stabilité (l’instrument de « sauvetage » des pays en grande difficulté financière) puisse être utilisé. » (L’autre condition étant l’application d’un plan d’austérité écrasant, des privatisations massives et une mise sous tutelle du pays.) Autrement dit, puisque Chypre ne « pèse » que 0,2% de la richesse de l’UE, il peut faire banqueroute. Ce n’est pas notre problème. Et ils appellent cela « l’Union »…

Quelle conclusion tirer de ce constat révoltant ? On peut comprendre que des personnes, légitimement exaspérées par tant de cynisme, n’aient qu’une envie: quitter ce « navire pourri » et qui prend l’eau. Ce n’est pourtant pas la solution. En l’ occurrence , si Chypre n’avait pas été dans la zone euro, il aurait dû s’adresser au Fonds monétaire international -autrement dit… à l’un des trois affameurs de la « troïka » (BCE, Commission, FMI). La réponse aurait été exactement la même que celle de Bruxelles et Francfort. Il n’y a, en vérité, aucun raccourci possible: il faut changer l’euro et l’Europe en profondeur ! Cette grande bataille de classe de notre époque comporte à mon sens un triple volet: Refuser (les diktats de ce quarteron d’irresponsables qui se croient les patrons de l’Europe); Rassembler ( sans étroitesse, à gauche, toutes les forces qui aspirent à la rupture avec cette politique désastreuse); Reconstruire (un projet européen, solidaire, démocratique et pacifique avec les peuples voisins).
Voilà l’autre leçon que nombre d’Européens peuvent et doivent tirer de la tragédie chypriote.

28 mars 2013 at 9:37 1 commentaire


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 244 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

juillet 2020
L M M J V S D
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Archives

Catégories

Pages

Pages