MORALE EN TROMPE L’OEIL

28 juillet 2011 at 1:10 Laisser un commentaire

A propos du livre de Pascal Boniface

« Les intellectuels faussaires »

(Editions Jean-Claude Gawsewitch)

Nul besoin de partager toutes les idées que développe Pascal Boniface, Directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), dans son nouvel ouvrage (« Les intellectuels faussaires ») pour s’y plonger utilement. D’abord, parce que l’auteur y affronte sans faux-fuyant des points particulièrement durs de la bataille idéologique qui fait rage au sujet des grands enjeux internationaux de notre époque. Ensuite, parce que ce livre est une véritable mine de citations, plus éclairantes les unes que les autres, sur le profil réel et l’« apport » effectif de quelques ténors du petit cercle des intellectuels médiatiques. Enfin, parce qu’une lecture attentive de ces pages aide à cerner quelques lignes de force qui structurent la décennie tourmentée qui nous sépare de la tragédie du 11 septembre 2001.

Les thèmes abordés dans le livre sont familiers aux lecteurs de l’Humanité, pour une raison simple: l’on ne peut être franchement engagé à gauche sans s’y heurter brutalement. J’en évoquerai trois. « L’occidentalisme » -cette tendance détestable à considérer que « notre civilisation est supérieure », qu’elle incarne des « valeurs » si élevées que nous serions en droit de les imposer au monde entier, fût-ce par la force-; le « fascislamisme » -ce néologisme pervers lancé par George W. Bush et repris par ses disciples avoués ou honteux jusque dans des milieux « de gauche » français, qui renvoie en fait à l’islamophobie-; enfin ce que j’appellerais « l’israélomanie », autrement dit le soutien systématique et quasi obsessionnel aux dirigeants israéliens, quel qu’ils soient et quoiqu’ils fassent, hors de toute référence au droit international valable partout ailleurs, voire le soupçon d’antisémitisme jeté sur qui s’aventure à critiquer la politique d’Israël.

Les citations des gourous du « politiquement correct » sont légion dans le livre de Pascal Boniface. Certaines d’entre elles rappellent opportunément que le ton péremptoire des brillants analystes qui guident notre pensée n’est pas toujours synonyme de perspicacité. Ainsi, Alexandre Adler avait-il annoncé que la guerre d’Irak n’aurait pas lieu; que France et Allemagne allaient divorcer sous Schroeder ainsi que Etats-Unis et Grande-Bretagne sous Tony Blair; que la Russie allait adhérer à l’OTAN et qu’on apprendrait que Saddam Hussein était derrière les attentats contre le World Trade Center. La finesse d’analyse du même idéologue apparaîtra également à travers sa galerie de portraits: de Chavez « le primate », de Morales « le trafiquant de drogue », d’El Baradei (ancien Directeur général de l’Agence internationale de l’Energie atomique, opposé à la guerre d’Irak) le « pervers polymorphe » ou de Rony Brauman (ancien Président de « Médecins sans frontières », opposé à la politique d’occupation d’Israël en Palestine), le « traître juif »… D’autres citations produites dans l’ouvrage sont, pour moi, des révélations stupéfiantes, tel ce « jugement » de Philippe Val, aujourd’hui Directeur de France Inter, écrivant en 2005: « la politique arabe de la France a des racines profondes qui s’enfoncent jusqu’au régime de Vichy, dont la politique antijuive était déjà, par défaut, une politique arabe. » Le chapitre consacré à Bernard-Henri Lévy (Président du Conseil de surveillance d’Arte, membre du Conseil de surveillance du Monde, actionnaire de Libération…) est à lui seul une illustration éblouissante de la tyrannie maccarthyste à laquelle peuvent conduire la proximité des puissants et l’adulation des media. La citation de Frédéric Taddei, qui en fut victime, est éloquente à ce propos. D’autres sont, tour à tour, dramatiques ou franchement désopilantes…

D’une façon générale, on retiendra de la lecture des « Intellectuels faussaires », le rôle structurant qu’ont joué à des moments-clé de cette décennie des choix courageux comme celui de refuser la guerre d’Irak et surtout, de façon continue, les mobilisations autour de l’exigence d’une solution juste au problème palestinien. Le pouvoir des « intellectuels médiatiques » est, certes, non négligeable, mais l’expérience montre qu’ils peuvent n’avoir pas le dernier mot. « Le souci de la vérité doit être sacré » dit un auteur cité par Pascal Boniface. Voilà qui doit être notre boussole.

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