Archive for avril, 2020

CES DOGMES QUE LA CRISE FAIT VOLER EN ÉCLATS

Il y avait déjà la décision de l’Union européenne de « suspendre » le Pacte de stabilité (la règle des « 3% de déficit » etc…) : c’était en soi , pour certaines figures des cercles dirigeants de l’UE -particulièrement en Allemagne- une sorte de révolution culturelle… sous la pression des circonstances. Puis est intervenue -toujours sous la contrainte des événements- une décision doublement « hérétique » de la Banque centrale européenne (BCE) . D’une part, la création, à partir de rien, de plus de 1000 milliards d’euros (soit l’équivalent de trois fois le budget de la France !) pour financer le rachat massif de titres de dette, notamment publique, auprès des banques qui les détiennent. (Rappelons qu’une telle mesure, radicalement contraire à la doctrine des traités européens, avait déjà été prise à plusieurs reprises depuis la crise de la zone euro en 2010 ). D’autre part, la décision de faire bénéficier de cette mesure exceptionnelle les pays membres, non plus au prorata de leur richesse (comme c’était la règle jusqu’ici !), mais en fonction des difficultés qu’ils ont à affronter. En clair, l’Italie davantage que l’Allemagne : seconde rupture avec l’orthodoxie ambiante, à Francfort.

Faut-il se satisfaire de voir voler en éclats ces dogmes gravés dans le marbre des textes européens ou martelés dans les discours officiels ? Ou, au contraire, s’en désintéresser ? S’en satisfaire, non car, en l’état, ces mesures, pour hétérodoxes qu’elles soient, ne résoudront pas les problèmes colossaux qui nous attendent. Mais s’en désintéresser, certainement pas ! C’est qu’elles nous en disent long sur ce qu’il serait possible de faire si un instrument aussi incroyablement puissant que la BCE était utilisé à bon escient : libérer les Etats de la dépendance aux marchés financiers en créant gratuitement l’argent nécessaire aux biens communs et orienter ces crédits vers les besoins humains, le service public, la transition écologique, la création de richesses utiles à l’humanité.

Or, si on pouvait déplorer jusqu’ici d’avoir, apparemment, prêché dans le désert au sujet de l’urgente transformation des missions de la BCE, il semble que la gravité de la crise que nous traversons aujourd’hui bouscule bien des préventions. Des idées circulent qui, sans répondre aux critères les plus pertinents, illustrent la place prise dans les réflexions en cours par la question-clé du rôle nouveau à faire jouer à la BCE.  En témoignent, par exemple, les nombreuses références faites -notamment dans des cercles d’économistes- à la notion dite de « monnaie hélicoptère » qui consisterait à verser directement aux particuliers (et aux entreprises…) de l’argent créé par la BCE. Des idées audacieuses émergent également dans des journaux qui ne nous avaient pas habitués naguère à la remise en cause de « tabous » aussi têtus de l’UE.  « Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a désormais à son bilan le quart de la dette des Etats. Pourquoi ne pas, tout simplement l’annuler ? Après tout, il ne s’agit que d’un jeu comptable : les Etats doivent de l’argent à leur propre Banque centrale, qui peut imprimer autant d’argent qu’elle le souhaite » -pouvait-on lire récemment dans « Le Monde » (1). La vérité se fraye son chemin.

——–
(1) 4/4/2020

9 avril 2020 at 4:43 Laisser un commentaire

CES EXIGENCES DE CHANGEMENT QUI NOUS RASSEMBLENT

La douloureuse expérience que nous vivons en ce moment est en train de rendre évidentes au plus grand nombre quelques vérités essentielles sur ce qui ne peut plus durer dans le système en vigueur dans nos pays. Le grand défi politique de l’après Covid-19 sera de faire en sorte que ces désormais fortes convictions s’affirment jusqu’à devenir autant d’exigences à même de s’imposer à nos gouvernants. Encore faudra-t-il développer des arguments à même d’ éviter que la gravité de la crise, et notamment la récession sans précédent qui s’annonce, ne parviennent ni à freiner ni à dévoyer cet appétit de changement.

Parmi les exigences qui montent si fort de la société que mêmes les habituels porte-voix de l’idéologie néolibérale doivent  reconnaître leur pertinence, la première est -et pour cause !- celle d’ une profonde révision des politiques en matière de santé publique. En France, les  annonces faites à plusieurs reprises, à ce propos, par Emmanuel Macron en disent long sur la force des pressions populaires qui s’exercent sur tous ceux qui incarnent les « réformes » successives ayant conduit à l’affaissement  progressif de « l’un des meilleurs systèmes de santé du monde ». Par delà le domaine de la santé, les revendications dominantes -pas seulement en France !- sont celle d’une vraie priorité au social en général, par opposition aux politiques d’austérité, de précarité et de privatisation ; celle d’un retour aux valeurs collectives prenant le contre-pied des prétendument incontournables « lois du marché »; celle d’une vision à long terme tournant le dos à la recherche du profit immédiat sacrifiant l’avenir. On peut raisonnablement penser qu’un large rassemblement peut s’opérer autour de telles idées.

En revanche, d’autres enjeux majeurs dans la période à venir risquent de faire l’objet de controverses à la suite de l’épreuve que nous subissons. C’est notamment le cas de l’attitude à observer vis-à-vis de la mondialisation. Il ne faudrait pas que le rejet -plus que jamais légitime et nécessaire- de l’actuel désordre capitaliste mondial (dictature du néolibéralisme, financiarisation galopante, libre-échange échevelé , irresponsabilité climatique, course au moins disant social ou environmental, excès de dépendance de pays tiers…) soit si peu que ce soit confondu avec une tendance au repli cher aux « trumpo-lepenistes » !  Il est, au contraire, vital d’affermir notre conscience d’une communauté de destin planétaire pour tous les humains. L’interdépendance mondiale est économique, elle est environnementale, elle est -on ne le voit que trop aujourd’hui- sanitaire, etc…A défis communs, réponses communes : il est donc indispensable d’agir pour l’émergence d’un pilotage solidaire de ce « village global » . Appelons cela comme on veut ! Mais il faut s’ouvrir au monde, coopérer, se coordonner. C’est à cela que doivent contribuer des nations démocratiques et une « Europe refondée ».

[JE VEUX RENDRE UN FRATERNEL HOMMAGE À MON AMI JEAN-CHARLES NEGRE, DONT LA DISPARITION M’A PROFONDÉMENT ATTRISTÉ]

2 avril 2020 at 5:49 Laisser un commentaire

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