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« QU’AS-TU FAIT, BIBI ? TU AS TUÉ MA FILLE ! »

Une attaque massive contre la population civile comme celle du Hamas en Israël est inacceptable et appelle une ferme condamnation. Déroger à ce principe ouvre la porte à toutes les dérives et ne rend pas service à la cause palestinienne. Nombre de responsables politiques à travers le monde occidental vont se servir hypocritement de cette situation pour resserrer leurs liens avec un Netanyahou devenu jusqu’alors de plus en plus infréquentable. Le risque est immense que ce pouvoir d’extrême-droite tente de retourner en sa faveur l’affront subi en se lançant dans une escalade meurtrière, voire en poussant encore plus loin ses plans de reconquête de toute la Palestine -conformément à la carte récemment exhibée par le Premier Ministre aux Nations unies. 

Quiconque serait enclin, dans ce contexte dramatique, à chercher des circonstances atténuantes à ce gouvernement et à son chef, aux mains couvertes de sang, devrait méditer la leçon de dignité que donna il y a un quart de siècle une femme israélienne qui venait de perdre sa fille dans un attentat palestinien à Jérusalem. Cette femme est Madame Nurit Peled-Elhanan. À la question, qui fut souvent posée à cette combattante pour une paix juste et durable avec le peuple palestinien : « Qu’est-ce que vous diriez si votre fille ou votre fils était tué dans une opération terroriste palestinienne ? », elle répondait : « Je continuerais d’affirmer que la politique désastreuse qui réduit les Palestiniens au désespoir est la source de cette catastrophe. Un tel malheur, s’il devait tomber sur moi, me renforcerait dans ma conviction que seule la coexistence entre les deux peuples mettra fin au cycle de la violence et de la mort d’innocents » (1). Le 4 septembre 1997, ce qu’elle appellera « la plus monstrueuse des monstruosités qu’on puisse imaginer » l’a effectivement frappée : sa fille Smadar, 14 ans et son amie Sivane ont perdu la vie. 

Arrêtons-nous sur cette tragédie familiale, qui ressemble à chacune des tragédies touchant les proches des nombreuses victimes de l’attaque du Hamas du 7 octobre dernier. Sauf que Nurit Peled, fille d’un ancien général de l’armée israélienne -devenu un militant exemplaire de la paix-, était une amie d’enfance de Benjamin Netanyahou. Celui-ci, alors (déjà) Premier Ministre, et qui connaissait la jeune victime, appela Nurit pour lui présenter ses condoléances. C’est à cette occasion que cette mère éplorée lança cette réplique ayant pris valeur de symbole : « Qu’as-tu fait, Bibi ? Tu as tué ma fille ! » Un représentant de Yasser Arafat assistera aux obsèques de Smadar. Quant à Nurit, elle consacre toute sa vie à combattre la politique d’occupation, de colonisation, d’oppression et d’humiliation des dirigeants de son pays, dont résultent à ses yeux les attaques telles que celle qui lui enleva sa fille.

En 2001, le groupe politique que j’avais l’honneur de présider au Parlement européen proposa -avec succès- pour le Prix Sakharov, conjointement l’Israélienne Nurit Peled et le Palestinien Izzat Ghazzawi, dont le fils de 16 ans avait été tué par l’armée israélienne alors qu’il portait secours à un ami blessé dans la Cour de leur école. Durant leur témoignage respectif, dans un hémicycle archi-comble, un impressionnant recueillement laissa espérer que, pour le moins dans l’esprit des présents, la cause d’une paix juste au Proche Orient avançât d’un grand pas . Puisse un phénomène semblable se reproduire aujourd’hui.

(Cette chronique, destinée à l’Humanité-Magazine du 12 octobre 2023, a été rédigée le 7 octobre.)

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(1) Voir « Monde diplomatique », octobre 1997

12 octobre 2023 at 6:01 1 commentaire

UKRAINE : NON À LA STRATÉGIE DE L’HUILE SUR LE FEU !

Le gouvernement polonais n’a rien trouvé de plus utile à la cause ukrainienne que de remplacer, sur les cartes de son pays, le nom russe de la ville voisine de Kaliningrad par la version polonaise de son ancien nom allemand. Un non-événement, diront certains : pourquoi s’y arrêter ? Un petit détour historique aide à comprendre pourquoi cette décision est « certes symbolique, mais à forte connotation émotionnelle » (Les Echos). 

Le 2 août 1945, à la Conférence de Potsdam, les Etats-Unis, l’Union soviétique et la Grande-Bretagne sont réunis pour déterminer l’avenir de  l’Allemagne après la défaite du nazisme. Dans ce cadre, ils décident de partager la Prusse orientale entre la Pologne, qui en obtient les deux tiers, et la Russie, à laquelle -en dédommagement des destructions et des pertes subies durant la seconde guerre mondiale-  est rattachée le tiers restant, jusqu’alors appelé Königsberg. Moscou donnera à cette région et à sa capitale le nom de Kaliningrad. Ces nouvelles réalités furent universellement reconnues.

Depuis la chute de l’URSS, le sort de cette ville et de sa région est un enjeu d’autant plus sensible que celles-ci constituent désormais une enclave russe isolée entre deux pays hostiles: la Pologne et la Lituanie ex-soviétique. Le principal acteur de la marche de ce pays balte vers l’indépendance, le très conservateur V. Landsbergis, n’avait-il pas annoncé dès 1990 qu’en cas de dislocation de l’Union soviétique, la région de Kaliningrad aurait le choix de rejoindre l’un de ses deux voisins  -aujourd’hui membres particulièrement zélés de l’OTAN ? Il y a un an, la Lituanie n’a-t-elle pas restreint le transit de marchandises de Russie vers son territoire « exclavé »?

C’est en pleine connaissance de cause de ces réalités explosives que Varsovie a crû bon de provoquer gratuitement l’opinion russe, quitte à renforcer en son sein les courants les plus nationalistes. De fait, si l’ambassadeur russe en Pologne a tenté de minimiser la portée de l’initiative de Varsovie en soulignant que celle-ci « ne change rien d’un point de vue pratique », le porte-parole du Kremlin l’a, quant à lui, dramatisée en évoquant « un processus proche de la folie »…

Dans le contexte de cette guerre, aussi cruelle qu’absurde, jeter de l’huile sur le feu est une stratégie contre-productive qui peut s’avérer dévastatrice. 

A cet égard, que dire de la dangereuse surenchère du gouvernement britannique, prêt à livrer à l’Ukraine des missiles « Storm Shadow » d’une portée de 250 km (version bridée) , pouvant aller jusqu’à 500, voire 1000 km -autrement dit capables, sinon d’atteindre le territoire russe très en profondeur, du moins de frapper le port de Sébastopol , où stationne la flotte russe de la mer Noire…C’est précisément pour prévenir le risque de se voir entraînés vers un niveau d’escalade immaîtrisable que la Maison Blanche et le Pentagone eux-mêmes ont jusqu’ici opposé un refus net aux demandes répétées de Kiev d’armes à longue portée. En confondant solidarité et irresponsabilité, Londres pose un vrai problème à toute l’Europe et au-delà. Les puissances du G7, qui ont fait le choix symbolique de se réunir à Hiroshima, du 19 au 21 mai prochains, feraient bien de s’en saisir .

18 Mai 2023 at 3:36 Laisser un commentaire

CRISE DE TAÏWAN : SAVOIR RAISON GARDER

Par les temps qui courent, le monde n’a vraiment pas besoin d’une crise internationale de plus ! Les dirigeants européens feraient bien de rappeler cette évidence à leurs alliés américains qui s’évertuent à remuer le fer dans la plaie des relations tumultueuses entre Pékin et les autorités actuelles de Taïwan .  Non content d’être le premier fournisseur d’armements de l’île -deux livraisons massives d’armes ont eu lieu depuis l’élection du Président Biden- ,  Washington cautionne incident sur incident propre à alimenter le climat de confrontation avec Pékin sur ce dossier potentiellement explosif. Après la visite délibérément provocatrice de l’ex-Présidente démocrate de la Chambre des représentants à Taipei en août dernier, l’administration Biden n’a pas trouvé initiative plus appropriée que d’autoriser la réception aux Etats-Unis, par le successeur républicain de Nancy Pelosi, de la première responsable actuelle de l’île chinoise, clairement indépendantiste . Ces bravades successives de Washington envers son grand rival asiatique seraient puériles si elles n’attisaient de très inopportunes tensions dans une région ultra-sensible.

Loin de servir à obtenir de Pékin les nécessaires garanties d’un règlement pacifique du statut de Taïwan, ce type de harcèlement ne fait qu’exacerber les dissensions sinon les risques d’une dérive fatale. Cette attitude vise, en effet, aux yeux de Pékin, à revenir progressivement, dans les faits, sur le principe d’ « une Chine unique » (reconnu par 181 États sur 193),  qui fait de Pékin le seul représentant légal de l’île . De fait, Taïwan fait partie de la Chine depuis le 17ème siècle, hormis la période de domination japonaise qui débuta en 1895 et prit fin avec la capitulation de 1945. Taïwan est donc bien une province chinoise. Jusqu’à l’élection de l’actuelle dirigeante de l’île, en 2016, les relations avec Pékin s’étaient du reste, développées sur le plan économique et apaisées sur le plan politique . Le précédent dirigeant de Taipei   -qui se rendit en Chine continentale l’été dernier-  appela d’ailleurs à un dialogue constructif avec Pékin. 

Au lieu d’encourager cette option, excluant toute tentative de « réunification de la Chine »par la force, mais ouverte à un processus de rapprochement négocié, les Etats-Unis prennent le risque d’instrumentaliser la question taïwanaise au service de leur stratégie « Indo-Pacifique », autrement dit de leur bataille de « leadership » avec la Chine. Quel intérêt auraient les Européens à se laisser entraîner dans cette dangereuse impasse ? Quelques inconditionnels de Washington, comme les dirigeants libéraux-conservateurs de la République tchèque ou les très zélés responsables lituaniens, ne se posent pas la question : ce qui est bon pour « l’Amérique » est bon pour eux. Plus symptomatique de la confrontation entre Occident et Chine : pour la première fois depuis 26 ans, une ministre allemande s’est récemment rendue à Taïwan . Sans parler du tollé médiatique suscité en Europe par une banale assertion d’Emmanuel Macron, selon laquelle : « La pire des choses serait de penser que nous, Européens, devrions être suivistes sur ce sujet et nous adapter au rythme américain et à une surréaction chinoise ». Attention : sur Taïwan, sachons raison garder. 

20 avril 2023 at 3:58 Laisser un commentaire

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