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LE TOLLE!
Les dirigeants européens feraient bien de méditer sur les révolutions tunisienne et égyptienne. Car, au-delà des dissemblances évidentes entre ces ex-régimes autocratiques et les systèmes politiquement beaucoup plus sophistiqués qui régissent nos Etats et l’Union européenne elle-même, il y a des aspects plus universels que certains voudraient bien le penser dans les événements historiques que nous vivons en direct, depuis quelques semaines. Gare, par exemple, aux crises de légitimité qui minent peu à peu des pouvoirs coupés des citoyens. Incapables de sentir le sol se dérober sous leurs pas, ils ne prennent pas la mesure du danger et continuent de foncer tête baissée…dans le mur.
Le comportement des principaux leaders européens – en premier lieu, Angela Merkel, et son zélé chevalier servant, Nicolas Sarkozy – s’apparente de plus en plus à ce type de schéma. Obnubilés par la puissance grandissante des marchés financiers, ils semblent ne plus avoir qu’un seul objectif: leur donner des gages – toujours plus de gages – pour conserver leurs bonnes grâces (symbolisées par la fameuse note AAA des agences de notations), apparemment sans se soucier de l’acceptabilité de leurs mesures par les premiers concernés: les peuples! Ainsi viennent-ils, coup sur coup, d’instaurer dans toute l’Union européenne un régime d’hyper-austérité sans précédent; d’imposer aux pays qui sont dans le collimateur des « marchés » une régression sociale féroce et une mise sous tutelle humiliante; d’annoncer une renégociation du pacte de stabilité dans un sens encore plus contraignant; de mettre en place le mécanisme dit du « semestre européen » qui force chaque pays membre à soumettre son projet de budget à Bruxelles avant son examen par son propre parlement… Et voilà qu’ils nous préparent le bouquet: le « pacte de compétitivité » dont la mise en œuvre ferait voler en éclats ce qu’il reste du contrat social et toute une série d’acquis démocratiques sur lesquels nombre de nos sociétés se sont construites depuis la Libération! (voir chronique HD 3/2/2011)
Pas étonnant que ce projet provoque un tollé! Y compris au niveau de certains gouvernements qui, plus lucides, craignent une déstabilisation intérieure. Mais surtout parmi les acteurs sociaux et dans une partie de gauche européenne. Ainsi, pour John Monks, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats – dont le ton employé est un bon baromètre du climat social en Europe -, il s’agit d’un « pacte pervers » qui vise à aller vers « un niveau de vie plus bas, davantage d’inégalités et un travail plus précaire. » Dans une lettre publique, il a même comparé au Traité de Versailles ces nouvelles dispositions qui, à ses yeux, « réduisent les Etats membres à un statut quasi colonial ». Bien vu!
Il n’étonnera personne que le patronat, lui, applaudisse à cette fuite en avant d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy: « C’est peut-être un moment décisif pour l’avenir économique de l’Europe » s’est extasiée Laurence Parisot. Dans un certain sens, elle a raison: le moment est, en effet, décisif! Nous voilà plus clairement informés que jamais sur ce vers quoi nous conduit l’actuelle « Europe » à moins d’un changement de cap fondamental tant au niveau des orientations politiques que sur le plan des structures institutionnelles européennes. C’est le moment de favoriser l’implication des citoyennes et des citoyens dans ce débat; de mettre en lumière les transformations à imposer et de proposer dans cet esprit des actions concrètes et rassembleuses. Tel est le sens de l’initiative lancée dans toute l’Europe par le Parti de la Gauche européenne (PGE) pour la création d’un « Fonds européen de développement social et de solidarité. »
ALERTE ROUGE !
Prenons bien toute la mesure de ce qui est en train de se mettre en place au sommet de l’Union européenne -plus précisément autour d’Angela Merkel,fidèlement secondée par son faire-valoir français ! S’il était possible,sur le terrain politique comme cela se pratique sur le plan climatique,d’émettre un bulletin d’alerte à destination des Européens et des Européennes pour les mettre en garde et les inviter à se mobiliser,je choisirais,en l’occurence,l’alerte rouge!En effet,il suffit de mettre en cohérence les différentes pièces du puzzle annoncées dans la dernière période de divers côtés pour s’apercevoir qu’il s’agit non seulement d’un « saut qualitatif » de la zone euro vers son intégration,comme le reconnait l’Elysée,mais d’un projet de bouleversement des systèmes sociaux et des règles démocratiques en vigueur.L’approche choisie n’est pas loin de rappeler celle des « plans d’ajustements structurels » de sinistre mémoire,imposés naguère par le Fonds Monétaire International aux pays en voie de développement.
Ainsi,le « pacte de compétitivité » annoncé par la Chancelière allemande au Conseil européen du 4 février dernier n’a-t-il rien d’anodin! Il s’agit,ni plus ni moins, que de verrouiller au sommet les politiques nationales en matière de salaires,de temps de travail,de retraites,de fiscalité sur les entreprises, de traitement de la dette publique… C’est une caricature d’harmonisation. En effet, les objectifs avancés pour justifier une telle « coordination » -stimuler les « réformes »(libérales);accroitre la « compétitivité »;assurer la « stabilité » de la zone euro; »rassurer » les marchés financiers…- suffisent à nous indiquer dans quel sens on prétend « harmoniser » nos modèles sociaux: vers le moins disant, avec en prime la mise sous tutelle, le déni de souveraineté populaire.
Madame Merkel n’a pas caché son souhait de voir les pays de la zone euro aligner leur régime de retraite sur celui en vigueur en Allemagne (67 ans)! C’est ce que vient de faire,en Espagne, M Zapatero, aussitôt félicité par la Chancelière pour avoir « fait ses devoirs »! M Sarkozy attend sans doute ses propres lauriers s’il réussit à imiter Berlin en inscrivant dans la Constitution française l’obligation de lutter contre les déficits publics…La nouvelle « Dame de fer » a, en revanche, fustigé la Belgique coupable d’indéxer les salaires sur les prix. Les vannes étant grandes ouvertes, les idées les plus saugrenues sont déclarées « pertinentes » et promises à un examen attentif pourvu qu’elles soient orientées dans le « bon » sens – y compris celle de neuf gouvernements, principalement d’Europe centrale et orientale,réclamant un assouplissement des critères concernant la dette des Etats pour les pays appliquant… »les systèmes de retraites par capitalisation (si) cruciaux pour renforcer la stabilité à long terme des finances publiques en Europe »!
Un « plan global » d’ « Union économique » nous étant annoncé pour le Conseil européen des 24 et 25 mars prochains, nous reviendrons abondamment sur ce défi de classe, sur les premières -et encourageantes- réactions qu’il suscite et les choix politiques de fond qu’il impose à la gauche européenne.
Redonner aux États les moyens de financer un développement social
Entretien paru le 29 novembre 2010 dans l’Humanité
Francis Wurtz, ancien président du groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne, souhaite que la Banque Centrale Européenne aide au financement des dépenses sociales.
Pourquoi la régulation financière promue par l’Union européenne n’a pas d’effet?
Francis Wurtz. Le problème fondamental aujourd’hui est la dépendance absolue aux marchés financiers. Depuis le début de la crise, on a parlé de régulation. Mais les réponses ne vont pas au fond des choses. On n’a pas touché aux racines du système. Prenons les stress tests, c’est-à-dire le fait de soumettre les banques à une situation de crise pour voir si elles résistent. Parmi celles qui ont réussi le test, on trouve les deux banques irlandaises qui se sont finalement effondrées quand le choc réel est arrivé. Jean-Pierre Jouyet, le gendarme de la Bourse, le dit lui-même : « Les marchés financiers sont moins bien organisés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient avant la crise de Lehman Brothers (…) La moitié des transactions financières échappe à toute transparence. » La course à la rentabilité financière, à l’utilisation de l’argent pour faire plus d’argent, c’est reparti de plus belle. Tant que l’on en reste aux exigences des marchés, il n’y a plus de développement social possible. Les exigences imposées aux citoyens de la République d’Irlande, alors que son déficit public est dû au renflouement des banques privées en faillite, c’est de la folie pure. Mais il est une donnée qui ne fait pas partie de leur calcul : les hommes et les femmes. Les Irlandais le leur ont rappelé spectaculairement en se soulevant contre cette opération honteuse.
Pour sortir durablement de la crise, quelle nouvelle architecture financière faudrait-il?
Francis Wurtz. Il existe des propositions que les économistes communistes avancent depuis longtemps, et qui sont aujourd’hui rejointes par des idées voisines. Je pense en particulier à cette proposition d’un fonds européen de développement social avancé par l’économiste communiste Paul Boccara. L’idée est, pour dépendre de moins en moins des marchés financiers, qu’une part importante de dette des États soit achetée par la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière userait de son pouvoir de créer de l’argent pour acheter les titres publics à des taux très bas. Jusque-là, ce n’est pas révolutionnaire puisque la Réserve fédérale américaine (Fed) le fait, et que la BCE l’a fait en violant ses propres règles au cours de la crise actuelle. La différence – essentielle ! – avec notre proposition, c’est que l’argent ainsi libéré irait, via ce fonds, au financement du développement social : l’emploi, la formation, la recherche, les services publics, la défense de l’environnement.
Quel est l’enjeu ?
Francis Wurtz. La question est de redonner aux États les moyens de financer un véritable développement social. On ne serait pas libérés d’emblée des marchés financiers ni de tous les effets toxiques du système, mais ce serait le début d’un processus à prédominance publique et sociale. Ce n’est pas le grand soir, mais un processus et des luttes. Ces propositions deviennent crédibles. La preuve, en France, des mouvements émergent sur des bases convergentes avec celles que nous défendons. En Allemagne, la Confédération allemande des syndicats (DGB) avance une proposition assez voisine de celle du fonds européen de développement social. Dans le même temps, il faut sortir de l’actuel déni de souveraineté populaire, des velléités de mettre les gouvernements à l’abri de l’intervention populaire. Ainsi, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a préconisé, cette semaine, la création « d’une autorité budgétaire centralisée » en Europe, avec « une indépendance politique comparable à celle de la BCE » !
Comment les luttes peuvent-elles contribuer à réduire la dépendance aux marchés financiers?
Francis Wurtz. Les mobilisations dans les pays européens sont impressionnantes. La grande question, c’est d’arriver à créer les conditions dans le débat avec les acteurs sociaux, avec les citoyens, de la construction collective d’un projet politique à la hauteur des exigences de changement, dans chaque pays et à l’échelle de l’UE. C’est la responsabilité de la gauche européenne. De vendredi à dimanche, se tient à Paris le congrès du Parti de la gauche européenne (PGE), auquel participe le PCF. La question centrale des débats devrait être celle de la contribution à ce saut qualitatif, dont nous avons un besoin absolu.
Entretien réalisé par Gaël De Santis




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