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Israël-Palestine : pourquoi le droit international n’est-il pas appliqué ?
L’impunité et le « deux poids, deux mesures » s’explique par le poids de la culture coloniale dans la vision du monde dominante en Occident.
« Notre histoire, notre responsabilité découlant de la Shoah nous imposent le devoir permanent de défendre l’existence et la sécurité de l’État d’Israël », déclarait le chancelier Scholz, le 12 octobre. Mais, ce « devoir » n’impose ni à l’Allemagne, ni à l’Europe, ni aux États-Unis d’assurer aux dirigeants israéliens une impunité totale, quelle que soit la gravité de leurs violations du droit international, au demeurant reconnues par la plupart de ces mêmes puissances. Il faut donc chercher ailleurs la raison de leur inertie ou de leur complicité envers une politique contraire aux principes que ces mêmes États jugent incontournables partout ailleurs.
Il me semble qu’elle réside avant tout dans le poids que conserve la culture coloniale dans la vision du monde dominante en Occident. On peut parler à ce propos d’« occidentalisme », par opposition à l’« universalisme ». C’est la racine du « deux poids, deux mesures ». Ainsi, il a fallu attendre plus d’un quart de siècle après la création de l’État d’Israël pour que, à l’initiative de pays du Sud, apparaissent dans les résolutions de l’ONU les termes de « peuple de Palestine », les Palestiniens étant considérés jusqu’alors comme de simples « réfugiés » !
Ensuite, ces mêmes États se sont, à maintes reprises, abstenus de saisir des occasions d’exercer des pressions salutaires sur Israël, comme ce fut le cas lorsque la Cour internationale de justice confirma, en 2004, l’illégalité du mur édifié dans le territoire palestinien occupé et rendit un avis très sévère à l’encontre de Tel-Aviv. Les États-Unis n’ont pas réagi, eux dont le veto protège systématiquement Israël au Conseil de sécurité. Quant aux États européens – qui avaient pourtant approuvé l’avis en question –, ils ne lui ont réservé aucune suite.
En 2022, en revanche, ces mêmes États s’appuieront sur cette même Cour pour soutenir l’Ukraine contre la Russie « pour que le droit international soit respecté ». Enfin, dans la dernière période, estimant à tort que l’enjeu palestinien appartenait au passé, ils se sont ostensiblement désintéressés du sujet, se contentant de répéter, telle une formule rituelle, leur « attachement à la solution à deux États », à laquelle, de toute évidence, ils ne croyaient plus. Cette attitude fut perçue par les Palestiniens comme une forme de mépris, ce ferment de désespérance et de rage.
À l’inverse, durant toutes ces années, les mêmes ont illustré une compréhension et une proximité exceptionnelles envers les dirigeants israéliens, nonobstant leur politique prohibée par le droit international. Qui sait que, en 2000, Israël a obtenu, à l’ONU, de devenir membre à part entière… du Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, dont les États-Unis sont, par ailleurs, observateurs !
Pour sa part, Javier Solana, alors chef de la diplomatie européenne, déclara en 2009 à Jérusalem : « Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l’Union européenne sans être membre de ses institutions (…) Aucun pays hors du continent n’a le type de relations qu’Israël entretient avec l’Union européenne ! »Pourquoi voudrait-on, dès lors, que l’Occident gêne autrement qu’en paroles le projet colonial de leur si proche allié ?
Francis Wurtz
Député honoraire PCF au Parlement européen
CE QUE L’AFFAIRE DU GLYPHOSATE NOUS DIT DE L’EUROPE
La scandaleuse décision de la Commission européenne de proposer la prolongation de l’autorisation du Glyphosate pour une durée de 10 ans confirme de façon spectaculaire un triple dysfonctionnement des institutions européennes qui n’est plus tolérable.
La première anomalie -très grave !- réside dans la façon dont l’Union européenne évalue la dangerosité potentielle d’un produit -en l’occurrence les effets de l’herbicide le plus utilisé au monde sur la santé humaine. La réglementation européenne actuelle prévoit, en effet, que les seules expertises à retenir soient celles fournies par les industriels eux-mêmes, à partir de leurs propres tests, dont les détails sont tenus secrets par souci de protection de leur « propriété intellectuelle ». C’est pourquoi le Centre international de recherche du cancer, créé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a beau qualifier depuis 2015 le Glyphosate de « cancérogène probable », en se fondant sur les études de la communauté scientifique mondiale, l’exécutif européen ne se réfère qu’à ses propres agences, qui, elles, disent ne pas avoir « identifié de domaine critique de préoccupation ». Ajoutons que le groupe américain à l’origine du produit si contesté -Monsanto, racheté en 2018 pour 56 milliards de dollars par l’Allemand Bayer- avait été pris en flagrant délit de tricherie -la firme avait rémunéré des scientifiques pour qu’ils valident une étude favorable à ses thèses- et de dissimulation d’informations sensibles !
Deuxième dérèglement inacceptable : la Commission européenne viole, dans l’affaire du Glyphosate comme dans le domaine des pesticides en général, l’esprit voire la lettre des lois européennes. C’est notamment le cas de la règle dite du « principe de précaution » (article 191 du traité sur le fonctionnement de l’Union). Ce principe « permet d’empêcher la distribution ou même de retirer du marché des produits susceptibles d’être dangereux » expliquait la Commission européenne elle-même dans une communication du 30/11/2016. Or, des responsables de la Commission « ont reconnu que l’analyse de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (la fameuse EFSA qui conteste la caractère cancérogène du Glyphosate) comportait des lacunes dans les données et n’avait pas permis de tirer des conclusions sur certains aspects, notamment en ce qui concerne l’alimentation des consommateurs » (Euronews, 20/9/2023). Voilà une situation typique où le principe de précaution doit s’appliquer.
Le troisième problème que révèle ce scandale a trait au fonctionnement des institutions européennes. Ainsi, le Parlement européen -seule instance élue- avait insisté en octobre 2017 pour que l’utilisation de ce produit soit strictement interdite avant le 15 décembre 2022 et que des restrictions soient appliquées immédiatement. Si les députés européens n’ont pas pu empêcher une première prolongation du glyphosate pour un an et s’ils ne peuvent s’opposer au projet de la Commission de le ré-autoriser pour 10 ans de plus, c’est que les règles actuelles de l’UE confient aux seuls États membres le droit d’en décider (en octobre ou novembre prochains) Et s’ils ne peuvent trouver d’accord entre eux, le dernier mot reviendra à…la Commission elle-même ! Changer ces règles perverses, voilà encore un (triple) combat à inscrire à l’agenda des batailles européennes à venir.
PORTER LA GUERRE SUR LE SOL RUSSE ?
« Nous ne voulons pas qu’un équipement fabriqué aux Etats-Unis soit utilisé pour attaquer le sol russe ! » lança, tel un rappel à l’ordre à l’adresse de l’allié ukrainien, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain au lendemain de l’attaque d’envergure de deux groupes paramilitaires russes ralliés à Kiev dans la région frontalière de Belgorod. Ce qui préoccupait visiblement le conseiller de la Maison Blanche fut, en l’occurrence, la diffusion par Moscou d’images de cette incursion montrant des blindés américains en pleine action sur le territoire russe. De quoi fournir à Poutine un argument de poids justifiant auprès de son opinion publique sa rhétorique anti-occidentale, si ce n’est le franchissement d’un nouvelle étape de son « opération militaire spéciale ». Le fait que ce furent des combattants en partie connus comme sympathisants néonazis -interdits à ce titre d’accès à l’espace Schengen !- qui dirigèrent cette incursion d’une ampleur sans précédent apporta d’autant plus d’eau au moulin du Kremlin.
Soucieux de ne pas apparaître ouvertement comme des co-belligérants , les dirigeants britanniques et français usent des mêmes précautions que leurs homologues américains : lors de chaque livraison à Kiev d’armements sophistiqués à même de toucher des cibles internes à la Russie, ils demandent aux Ukrainiens de s’engager à ne pas les utiliser hors du territoire de leur pays. Ce fut encore le cas lorsque Londres annonça qu’il donnerait pour la première fois à l’Ukraine un grand nombre de missiles de longue portée, Storm Shadow, capables d’atteindre le territoire russe. Pour ce faire, le Royaume-Uni avait besoin de l’accord de la France, en tant que co-conceptrice de ce missile de croisière et donc co-responsable d’un éventuel usage abusif de cette arme. La question se pose : suffit-il, pour les dirigeants occidentaux, de prêcher la retenue auprès de l’allié ukrainien pour éviter tout dérapage aux conséquences imprévisibles ? L’exemple des blindés américains filmés près de la ville russe de Belgorod fournit une première réponse. D’autres -d’une tout autre portée s’il s’agissait de chars lourds, de missiles à longue portée, voire d’avions de chasse- pourraient suivre. « Cessons de nous faire dicter nos lignes rouges par l’agresseur ! » clament à chaque nouvelle étape les hérauts de la guerre totale. De fait, de « lignes rouges » il n’est plus question.
Pourquoi faudrait-il se gêner ? Se gênent-ils, eux, de semer la terreur sur le territoire ukrainien ? -pourraient rétorquer les uns, légitimement scandalisés par les agressions russes quasi quotidiennes, y compris contre des objectifs civils. C’est que le refus de l’engrenage guerrier repose non sur la volonté de ménager Poutine, mais sur la conviction qu’il risque d’ouvrir les portes de l’enfer pour les deux peuples concernés et bien au-delà ! De quoi avons-nous peur -peuvent penser d’autres- , à voir les spectaculaires déficiences de l’armée russe ? Justement, là est le grand danger: acculé, le pouvoir russe peut être tenté de jouer son va-tout. C’est peut-être un risque marginal -nul ne le sait- , mais, le cas échéant, si dévastateur que des dirigeants responsables n’ont pas le droit d’y exposer l’humanité.




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