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QUEL PROJET EUROPEEN ? A VOS PLUMES !
Le Parti communiste français vient d’annoncer la tenue, à la mi-novembre, d’une « convention nationale » sur le thème : « Quel projet européen? « Le Parti socialiste avait fait de même à la mi-juin. « De même »? Ces deux événements promettent, en fait, de se différencier sensiblement, tant sur le fond que dans la forme.
Au PS, l’objectif était -en vue des élections européennes de mai 2014- de produire un texte reprenant un certain nombre d’aspirations du « peuple de gauche » tout en cautionnant la politique européenne du Président de la République: un exercice difficile par les temps qui courent…La motion adoptée traduit cette contradiction fondamentale: les constats d’évidence (« L’Europe connait une crise économique et sociale d’une ampleur inédite ») ou les voeux pieux (« Les socialistes européens doivent porter un modèle de développement nouveau, porteur de croissance économique pérenne, de progrès social et respectueux de l’environnement ») y côtoient les silences assourdissants sur des transformations indispensables à un projet réellement nouveau ( Pas un mot, par exemple, sur la Banque centrale européenne !). Dès lors, aucun débat libre et public n’était possible sur ce document: la direction toléra tout juste l’intégration de quelques amendements durement négociés avec les représentants de son aile gauche. On peut légitimement douter, dans le contexte actuel, que les citoyens de gauche , y compris parmi celles et ceux qui se reconnaissent habituellement dans le Parti socialiste, se satisfassent d’un tel projet, dont les débats à venir feront apparaitre le manque de cohérence, de crédibilité et d’ambition.
D’où l’importance de l’existence d’une autre « offre » à gauche! En particulier pour ces pans entiers de la gauche de plus en plus pressés de tourner la page de l’actuelle Europe. Ce que se propose d’élaborer la Convention du PCF, c’est toute une stratégie de « refondation » de la construction européenne. Non une alternative utopique, abstraite et inaccessible. Non un nouveau « Grand soir », dangereusement illusoire. La volonté est d’aider à orienter les débats et le combat vers les ruptures concrètes à opérer progressivement avec les orientations et les structures actuelles; à populariser des propositions réellement transformatrices; à construire des rassemblements suffisamment larges -y compris en coopération avec d’autres forces progressistes européennes- pour faire bouger les rapports de force, dans les consciences comme sur le terrain, seul moyen de rendre effectivement possible le changement radical de cap auquel nous aspirons en grand nombre.
Le mode de préparation de cette convention- là est en rapport avec sa finalité. Ses organisateurs ont décidé de publier dès maintenant une liste indicative de questions que se posent nos concitoyens, militants politiques ou non, y compris les « questions qui fâchent », afin d’encourager sans attendre les confrontations d’idées . Ils ont même lancé un « Appel à contribution » pour alimenter l’échange d’opinions sur les enjeux en question. Début octobre, un projet de texte, apportant des propositions de réponses à ces questions sera mis en circulation et en débat pour préparer les assises de la mi-novembre. Voilà une démarche à saluer! Naturellement, le PCF s’adresse ainsi prioritairement à ses adhérents et sympathisants. Gageons cependant que tous les apports d’amis du Front de gauche dans son ensemble, et même de la gauche en général, seront les bienvenus.
A vos plumes!
LA TRIPLE LEÇON D’ILAN HALEVI
Notre ami Ilan Halevi vient de nous quitter, lui, le décrypteur si éclairant de l’ « Orient compliqué », alors que la région est secouée par d’inextricables bouleversements qui risquent d’émousser des repères essentiels à la compréhension des enjeux. La tragédie syrienne, le fiasco irakien, le jeu pervers des monarchies du Golfe, les espoirs et les craintes liés à la révolution égyptienne, les interrogations sur une possible nouvelle donne en Iran…retiennent toute l’attention internationale. C’est compréhensible et légitime. Pour autant, il serait dangereux de laisser reléguer au second plan le problème palestinien et, par là même, dissiper la responsabilité centrale des dirigeants israéliens dans la déstabilisation du Moyen Orient. Il faut donc s’efforcer de remettre cet enjeu, structurant s’il en est, à la place qui lui revient sur l’agenda international. Les progressistes peuvent y contribuer dans le débat d’idées en cours.
C’est dans cet esprit que je crois pertinent de saluer la mémoire d’Ilan Halevi en rappelant une triple leçon très actuelle que j’ai personnellement retenue de mes rencontres avec ce militant infatigable, qui fut,en même temps, un intellectuel très raffiné.
D’abord, n’analysons jamais le conflit israélo-palestinien en termes religieux, mais politiques, soulignait celui qui se disait à la fois « 100% juif et 100% arabe » ! Le problème à résoudre ne relève ni d’une confession ni d’une « ethnie », mais du droit international: mettre fin à l’occupation et à la colonisation. Tout le reste n’est qu’échappatoire.
Une autre idée sur laquelle insistait celui qui fut,trente ans durant, un conseiller de Yasser Arafat, est la nécessité de reconstituer une unité nationale palestinienne, afin d’organiser des élections légitimes, de « partager démocratiquement le pouvoir » et de constituer un interlocuteur international reconnu. Ce choix stratégique relève naturellement des Palestiniens eux-mêmes. Notons cependant que ce sont les dirigeants américains et européens qui, obéissant aux consignes de Tel Aviv, ont fait capoter en 2006 le seul gouvernement d’unité nationale qui ait pu voir le jour , en refusant de le reconnaitre malgré l’insistance du Président Abbas. Aussi faut-il mettre en garde contre toute reproduction d’une pareille faute si une nouvelle opportunité d’unité nationale palestinienne devait se présenter dans un avenir proche.
Cela nous conduit à une troisième idée chère à Ilan: que l’Union européenne (UE) « rompe avec sa complaisance » à l’égard des dirigeants israéliens tant qu’ils torpillent toute chance de solution juste et durable au conflit.O utre que c’est un devoir élémentaire de l’UE de défendre la stricte légalité internationale (des dizaines de résolutions des Nations Unies sont bafouées par Israël), sa pratique de l’impunité à l’égard de l’occupant des territoires palestiniens voue durablement à l’échec ses propres tentatives répétées de mettre sur pieds une « Union euro-méditerranéenne ».
Une bonne voie à suivre pour relancer le débat et le combat pour les droits du peuple palestinien est de mobiliser l’opinion en faveur de la libération des prisonniers palestiniens en Israël, et particulièrement du plus emblématique d’entre eux, Marwan Barghouti. Ilan Halevi comptait, il y a peu, se rendre à Jérusalem dans ce but. La maladie l’en a empêché. Continuons son engagement!
BRUXELLES, LA CULTURE ET LE BUSINESS
Quand il entend les mots « exception culturelle », M. Barroso sort… de ses gonds.
Il n’a manifestement pas digéré le fait de devoir exclure l’audiovisuel , les biens culturels, y compris dans les conditions nouvelles liées à l’ère numérique , de « ses »négociations avec les États-Unis sur la création d’un « grand marché transatlantique ». On le sait: il s’est permis, avec une arrogance dépassant le seuil du tolérable, de fustiger publiquement cette exigence de plusieurs États membres (à l’initiative de la France ) ainsi que du Parlement européen (à une très large majorité): ne pas traiter les œuvres de l’esprit comme de simples marchandises. À ses yeux, cette demande « fait partie de ce programme anti mondialisation (qu’il) considère comme totalement réactionnaire »! (Entretien dans l’ « International Herald Tribune » 16/6/2013 )
Il n’est pas le seul à avoir ainsi disjoncté à ce propos. Son Commissaire au Commerce, Karel de Gucht, chargé de piloter, au nom des 27 (bientôt 28) États de l’UE, ce bras de fer planétaire , est,lui aussi, complètement sorti de son rôle (qui est de respecter le mandat que lui a confié le Conseil) en affichant la même désinvolture que son « patron ». A l’entendre, l’audiovisuel n’est exclu que « provisoirement » du mandat: « Si les Américains veulent une discussion sur l’audiovisuel , nous l’aurons ! » a ajouté le Commissaire , visiblement furieux d’être bridé dans son élan libre-échangiste et sachant que seul un vote unanime de tous les gouvernements permettrait de concrétiser sa bravade. (« Le Monde » 16/6/2013)
On comprendra mieux où l’exécutif… « européen » tire pareille outrecuidance en apprenant que, quelques jours avant ces sorties intempestives, le Président …américain avait menacé en termes très vifs son homologue français de « représailles massives » si » l’exception culturelle » s’appliquait y compris au numérique -ce qui, au grand dam de ce petit monde, a bien été finalement décidé!
Je rappelle tout cela parce qu’un débat s’est instauré, à gauche, entre ceux qui estiment que toute cette bataille autour de l’ « exception culturelle » n’est en réalité qu’un « leurre » pour faire passer la capitulation du gouvernement français sur tout le reste du projet de marché euro-américain , et ceux qui, à l’inverse, entendent ne pas laisser minimiser le succès arraché (et à consolider) dans le champ culturel grâce aux luttes exemplaires menées de longue date pour atteindre cet objectif. Je me range clairement, pour ma part, aux arguments de ces derniers.
Certes, il est parfaitement juste de ne pas laisser dire que le problème du « grand marché transatlantique » serait réglé grâce à l’exclusion des biens culturels de l’agenda des négociateurs ! C’est le principe même d’un tel méga-marché qui est à proscrire, car c’est une machine à broyer les normes sociales, environnementales, sanitaires un tant soit peu avancées, à détricoter les services publics, à ouvrir les vannes aux « investisseurs » aux appétits insatiables, le tout au service d’une guerre économique exacerbée contre les hyper-concurrents des pays émergents. Mais, plutôt que de ne voir dans l’exclusion des œuvres culturelles de ce marchandage sans pitié qu’une simple bagatelle artificiellement grossie, il vaudrait beaucoup mieux , à partir de cette expérience partielle,mais significative, prendre la mesure des succès possibles, dès lors qu’une mobilisation sur le fond , suffisamment large et de longue haleine est conduite. La réaction de Bruxelles comme de Washington en dit long sur l’importance de l’enjeu. Vingt ans de luttes conséquentes contre la libéralisation de la culture et pour son épanouissement dans une Europe construite sur de nouvelles bases ont permis , une nouvelle fois, de repousser l’assaut des obsédés du tout-marché.
Pareil succès n’est pas un leurre. C’est un tremplin.




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