Posts filed under ‘Chroniques de l’ « Humanité-Dimanche’

HOLLANDE ET L’EUROPE : RETOUR SUR UNE PETITE PHRASE

wurtz-l-humanite-dimanche      Durant sa récente émission télévisée, le Président de la République a lâché une petite phrase, manifestement pas improvisée, qui mérite analyse et commentaire : « Être dans l’austérité , c’est condamner l’Europe à l’explosion « -a-t-il déclaré-  » Je ne ferai pas une politique qui conduise l’Europe à l’austérité (…)  Je ne veux pas que l’Europe soit une maison de redressement . « En entendant ces mots de la bouche du Chef de l’Etat qui bat des records d’impopularité , précisément à cause de ses mesures de « rigueur » à répétition, les téléspectateurs ont dû avoir des réactions variées. Celles et ceux qui continuent de lui témoigner leur confiance auront peut-être décelé dans ses propos la confirmation qu’il faisait ce qu’il pouvait dans un environnement européen décrit comme « conservateur ». Beaucoup d’autres auront, à l’inverse, éprouvé de la colère face à ce qu’ils auront considéré comme un monument d’hypocrisie de la part d’un dirigeant politique qui applique à la lettre les dogmes « austéritaires », qu’il contribue au demeurant lui-même, sinon à élaborer, du moins à cautionner , dans les étroites et opaques instances bruxelloises. D’autres enfin, conservateurs eux-mêmes, ne se seront vraisemblablement pas arrêtés à ce passage de l’interview, trop contents d’avoir, par ailleurs, entendu le Président reconnaître qu’il ne parviendra pas à ramener le déficit public à 3% de la richesse nationale cette année.

Je préconiserais, pour ma part, vis-à-vis de la « petite phrase » présidentielle en question, une riposte différente de ces trois options. D’abord, je ne me reconnais évidemment pas dans les critiques de droite : ce n’est pas le non respect des 3% qui nous pose problème, c’est la régression sociale et les atteintes aux droits démocratiques. Ensuite, il est malheureusement inexact d’imaginer -comme un certain nombre d’électeurs de gauche continuent de le faire…- que François Hollande « fait ce qu’il peut » dans les cercles dirigeants européens !  Il a ni cherché à renégocier le traité budgétaire ni contesté les directives et règlements inspirés par Madame Merckel qui font de l’austérité la « règle d’or » européenne . Il a validé jusqu’à ces derniers jours l’obsession absurde des 3% alors que les experts du Fonds monétaire international eux mêmes -c’est un comble!- en avaient reconnu l’effet contre-productif. Il a gravement manqué de solidarité aux pays de la zone euro écrasés par la « troïka », depuis la Grèce jusqu’à Chypre. Il a même réitéré devant David Pujadas le leitmotiv effarant des orthodoxes européens selon lequel la crise de la zone euro en général et celle de Chypre en particulier, « c’est réglé » ! Non, ce n’est pas cette attitude conciliatrice avec les pouvoirs dominants que l’on est en droit d’attendre d’une France de gauche,en Europe aujourd’hui .

C’est dire combien est légitime la colère face à la posture, si éloignée de sa politique effective, adoptée par l’hôte de l’Elysée sur France 2 . Simplement la colère seule ne suffit pas pour faire avancer les consciences sur les exigences à faire grandir à gauche . Or,  la clarification des idées est une condition indispensable pour faire bouger les rapports de force en faveur de changements véritables. Si François Hollande a évoqué le refus de l’austérité et de l’autoritarisme , c’est qu’il mesure l’étendue du rejet de cette politique au sein du « peuple de gauche » qui l’a porté au pouvoir. C’est donc avec toutes ces femmes et tous ces hommes qu’il y a lieu de mener le dialogue sur les mesures à promouvoir et les luttes politiques qui en ouvrent la voie: l’emploi, le développement social et la transition écologique comme nouvelles priorités des priorités pour l’Europe;  la transformation des missions de la Banque centrale européenne pour nous libérer de la domination des marchés financiers; la restauration de la démocratie représentative et l’épanouissement de la démocratie citoyenne pour reconstruire l’Europe à partir des peuples…
Tél est le sens de la campagne en cours, du Front de gauche: l’alternative à l’austérité , c’est possible!

4 avril 2013 at 9:39 Laisser un commentaire

LE REVELATEUR CHYPRIOTE

wurtz-l-humanite-dimanche     L’attitude ignoble -et totalement irresponsable- des principaux dirigeants européens vis-à-vis de Chypre aura des conséquences politiques lourdes et durables, non seulement sur l’île elle-même, mais dans toute la zone euro comme dans l’Union européenne en général.
Elle sert, en effet, pour des millions d’ Européennes et d’ Européens, d’incroyable révélateur de la nature profonde de ce qu’est progressivement devenue l’Union européenne.

Tous les efforts déployés par Bruxelles pour accréditer l’image d’une Europe solidaire, fondée sur des « valeurs », régie par une « économie sociale de marché », promotrice des droits de l’homme, attachée à assurer la « cohésion sociale » … sont ruinés par cette expérience concrète vécue en direct dans chaque foyer européen: ils ont osé envisager de spolier tous les petits épargnants d’un pays membre (contrairement aux engagements les plus solennels des autorités de l’UE), puis,devant le refus spectaculaire d’ obtempérer du parlement de Nicosie (0 voix en faveur du plan de la « troïka »!), le président de la Banque centrale européenne est allé jusqu’à menacer d’organiser le blocus financier du pays, faute , pour ce minuscule Etat de 800 000 habitants, d’avoir dégagé 5,8 milliards d’euros (le tiers de la richesse nationale, soit l’équivalent de 700 milliards dans le cas de la France!) dans les quatre jours ! De la folie furieuse. Et cela alors même que les Chypriotes ne sont pour rien dans la crise de leurs banques. C’est l’annulation d’une partie de la dette de l’Etat grec ,dont les banques chypriotes étaient de gros créanciers, qui rend vitale depuis…juin 2012 la recapitalisation de ces établissements financiers pour éviter l’effondrement de toute l’économie du pays.

En fait, le très influent ministre allemand des finances, Wolfgang Schauble, avait « mangé le morceau » dès le mois dernier. Pour expliquer ses interminables tergiversations devant les appels à l’aide de plus en plus pressants des responsables chypriotes, il avait lâché ce terrible aveu: « Il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble. C’est l’une des conditions pour que le Mécanisme européen de stabilité (l’instrument de « sauvetage » des pays en grande difficulté financière) puisse être utilisé. » (L’autre condition étant l’application d’un plan d’austérité écrasant, des privatisations massives et une mise sous tutelle du pays.) Autrement dit, puisque Chypre ne « pèse » que 0,2% de la richesse de l’UE, il peut faire banqueroute. Ce n’est pas notre problème. Et ils appellent cela « l’Union »…

Quelle conclusion tirer de ce constat révoltant ? On peut comprendre que des personnes, légitimement exaspérées par tant de cynisme, n’aient qu’une envie: quitter ce « navire pourri » et qui prend l’eau. Ce n’est pourtant pas la solution. En l’ occurrence , si Chypre n’avait pas été dans la zone euro, il aurait dû s’adresser au Fonds monétaire international -autrement dit… à l’un des trois affameurs de la « troïka » (BCE, Commission, FMI). La réponse aurait été exactement la même que celle de Bruxelles et Francfort. Il n’y a, en vérité, aucun raccourci possible: il faut changer l’euro et l’Europe en profondeur ! Cette grande bataille de classe de notre époque comporte à mon sens un triple volet: Refuser (les diktats de ce quarteron d’irresponsables qui se croient les patrons de l’Europe); Rassembler ( sans étroitesse, à gauche, toutes les forces qui aspirent à la rupture avec cette politique désastreuse); Reconstruire (un projet européen, solidaire, démocratique et pacifique avec les peuples voisins).
Voilà l’autre leçon que nombre d’Européens peuvent et doivent tirer de la tragédie chypriote.

28 mars 2013 at 9:37 1 commentaire

RÉVOLTE AU PARLEMENT EUROPÉEN

wurtz-l-humanite-dimanche     Ainsi, les députés européens ont, à 506 voix contre 161 (soit à plus de 75% !), adopté , le 13 mars dernier, une résolution par laquelle ils préviennent les Chefs d’Etat et de gouvernement qu’ils « rejettent sous sa forme actuelle » le projet de budget 2014-2020 sur lequel ceux-ci s’étaient laborieusement mis d’accord le mois dernier! Autrement dit , la majorité des sociaux-démocrates et de la droite elle-même (qui ont si souvent avalisé traités libéraux,directives « austéritaires » et règlements coercitifs rédigés sous la dictée d’Angela Merckel et de ses fidèles) – ont décidé cette fois de croiser le fer avec ceux-là même ainsi qu’avec leur propre parti, leur propre gouvernement , bref avec leur « Europe » ! Une telle révolte n’est pas banale et mérite qu’on s’y arrête.fw

Pour autant, il faut le savoir, cette offensive parlementaire ne remet évidemment pas en cause les orientations libérales de l’UE !
À entendre le discours du Président ( social-démocrate allemand) du Parlement européen, Martin Schultz, devant le Conseil européen au lendemain de ce vote exceptionnel , on aurait pu croire que les demandes des députés portaient pour le moins sur une augmentation sensible des dépenses de solidarité – impitoyablement sacrifiées dans le budget préparé par les dirigeants européens -.
Il tança, en effet, ces derniers avec véhémence au sujet des « politiques d’austérité  » et des « difficultés sociales » provoquées par les mesures « d’assainissement budgétaire « . En réalité , la majorité des députés n’ont pas osé porter la contestation sur l’enveloppe globale du budget ( en recul sensible sur les sept années précédentes !). Ce qu’ils réclament avant tout, c’est de pouvoir transférer des fonds non utilisés d’une année sur l’autre ou d’un chapitre budgétaire sur un autre et de prévoir , le cas échéant ,une révision du montant à mi-parcours (en 2017) si la croissance est au rendez-vous d’ici-là.

On est donc évidemment loin d’une brusque conversion politique de la majorité du Parlement européen! Les miracles n’existent pas. Il s’agit néanmoins d’un acte à la fois intéressant et hautement significatif. Intéressant car c’est enfin un exemple d’affirmation des droits démocratiques de la seule institution européenne directement élue par les citoyens face à l’hégémonie arrogante d’un quarteron de dirigeants de plus en plus insupportables . Et c’est un acte hautement significatif , car , à l’évidence , cette fronde de la majorité des élus de Strasbourg a directement à voir avec le climat explosif qui règne aujourd’hui dans nombre de sociétés vis-à-vis de la politique menée au nom de l’ « Europe ». Ils mesurent le danger: quelque chose doit bouger, et vite !

La gauche de transformation doit se sentir confortée par cette nouvelle brèche ouverte dans une Europe libérale et autoritaire qui, derrière ses airs de forteresse imprenable , se révèle plus fragilisée que jamais par ses contradictions. On ne peut que se réjouir à cet égard de la Déclaration commune – sur le besoin d’aller jusqu’au bout dans le rejet des politiques d’austérité et le combat pour une autre Europe – immédiatement publiée par Pierre Laurent, Alexis Tsipras, Jean-Luc Mélenchon et les principaux élus et dirigeants du Parti de la Gauche européenne.

21 mars 2013 at 8:15 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

avril 2026
L M M J V S D
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Archives

Catégories

Pages

Pages