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LA VICTOIRE DE CUBA SUR LA DROITE EUROPEENNE
Dans la myriade de colonnes que la presse courante vient de consacrer au « père de la révolution cubaine » -une forme d’hommage involontaire à ce personnage historique hors normes que fut Fidel Castro- , un fait a été complètement occulté : la victoire politique éclatante remportée par Cuba sur la droite européenne ( et tous ceux qui ont accepté de s’aligner sur elle…). Le rappel de vingt années de « bras de fer » entre La Havane et Bruxelles et de leur récente conclusion illustre à lui seul le mérite essentiel que même certains de ses plus virulents adversaires reconnaissent à « l’icône » qui vient de nous quitter : celui d’avoir rendu aux Cubains leur fierté. Qui ne mesure pas cela ne peut comprendre l’impressionnante résilience de ce peuple face aux épreuves qu’il subit depuis qu’il a fait le choix de son indépendance à l’égard de son puissant voisin.
A priori, l’Union européenne n’était en rien concernée par ce contentieux entre la super-puissance américaine et l’île rebelle , coupable de revendiquer sa souveraineté et accusée de narguer le « champion du monde libre » dans son « arrière-cour » latino-américaine. Cuba a toujours souhaité entretenir de bonnes relations avec l’Europe, et pour beaucoup d’Européens, la réciproque était également vraie.
Tout bascule en 1996. A Washington, le Congrès adopte cette année-là la loi Helms-Burton qui durcit et internationalise le blocus contre Cuba. Désormais, par exemple, tout bateau d’un pays tiers qui mouillerait dans un port cubain serait interdit d’accès aux ports des Etats-Unis pendant six mois. Que pensez-vous que fit l’Union européenne face à cette manifestation brutale de l’extraterritorialité des lois américaines qui menaçait à la fois la souveraineté et les intérêts des Etats européens ? A l’initiative du très réactionnaire Premier Ministre espagnol José Maria Aznar -qui présidait alors le Conseil européen- Bruxelles négocia avec Washington une exonération des sanctions américaines visant les entreprises européennes . En contrepartie, l’UE accepta de s’aligner sur la politique des Etats-Unis envers Cuba !
Cette « position commune » des Etats membres fut hypocritement justifiée par le désir des Européens de faire avancer la démocratie à Cuba…Elle ne changerait, était-il annoncé, que si Cuba réalisait « des progrès tangibles sur la voie d’une transition pacifique vers le pluralisme démocratique, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales » ! Précisons que tous les autres pays d’Amérique latine ont pu signer un accord avec l’UE….Cuba se déclara prête à la coopération et au dialogue politique, mais hors de tout diktat. L’UE ne bougea pas de sa « position commune » . En 2011, quand les autorités de Cuba libérèrent des prisonniers politiques, Bruxelles …les invitèrent à « poursuivre sur cette voie » mais sans esquisser la moindre ouverture envers La Havane. Finalement -après 18 ans de tentatives variées de chantage politique- , en avril 2014, les « 28 » acceptèrent enfin l’ouverture de négociations sur un accord de coopérations -sans conditions, cette fois- avec les autorités cubaines, en précisant que « cet accord marque la fin de la « position commune » de 1996″ .
La normalisation des relations UE-Cuba fut enfin signée à La Havane le 11 mars 2016, peu avant la visite sur l’île du Président Obama puis de celle du Pape François… L’accord de coopération -qualifié d’ « historique » par la Responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini- précise officiellement que nos relations reposent désormais « sur des bases de respect, de réciprocité et d’intérêt commun ». Les Cubains auront payé cher ce succès . La dignité d’un peuple n’a pas de prix.
AVEC TRUMP, QUELLES RELATIONS TRANSATLANTIQUES ?
Donald Trump a choisi comme marque de fabrique, durant sa campagne, la multiplication de proclamations fracassantes . Deux d’entre elles ont semé un vent de panique parmi les dirigeants européens . La première concerne l’avenir de l’OTAN : cette organisation « obsolète et coûteuse » ne devrait plus, aux dires du « Président-élu », garantir inconditionnellement la protection mutuelle de ses membres. En clair, l’armée américaine ne volerait plus automatiquement au secours d’un autre Etat de l’Alliance atlantique en cas d’agression par un tiers. La seconde annonce qui a bouleversé l’UE a trait aux accords de libre-échange impliquant les Etats-Unis : le futur locataire de la Maison-Blanche envisage, en effet, de rejeter le TAFTA en cours de négociation depuis 2013 entre Washington et Bruxelles. Voilà deux pierres angulaires des relations transatlantiques traditionnelles qui semblent s’écrouler d’un coup !
Cette tête-à-queue inattendue constitue-t-elle une bonne nouvelle pour les progressistes ? J’en doute fort. Sur l’OTAN, gageons que la seule « révolution » à venir soit le fait que le roi du business qui va accéder au pouvoir à Washington fasse monter les enchères pour réussir à vendre plus cher que ses prédécesseurs la « protection » de ses alliés. Il en résulterait une augmentation substantielle des dépenses militaires des Etats de l’UE, à la fois pour « retenir » à tout prix le protecteur américain et en vue de renforcer le « pilier européen » de ce « club » occidental hérité de la guerre froide. Cette fuite en avant militariste nous éloignerait encore plus de la vision alternative de la sécurité européenne qui nous fait tant défaut : négocier un traité paneuropéen de sécurité avec tous les Etats du continent, un « Helsinki 2 » en quelque sorte, 40 ans après cette grande Conférence de paix et de coopération, entrée dans l’Histoire des relations internationales comme une référence des rapports à établir entre pays à vision stratégique différente, voire antagonique. Rappelons une fois de plus qu’un tel projet -au demeurant ouvert à tout Etat ou organisation de l’espace euro-atlantique et eurasiatique- avait été officiellement proposé à l’Union européenne en 2008 puis à nouveau en 2009 par le Président russe, Dimitri Medvedev. C’est le moment d’y consacrer la réflexion que l’UE n’a, jusqu’ici, pas daigné lui accorder ! Et d’y associer les esprits ouverts qui, aux Etats-Unis mêmes, cherchent à asseoir la sécurité internationale davantage sur la coopération que sur la force.
Le cas du TAFTA mérite lui aussi d’être traité avec vigilance et lucidité. . Certes, l’impressionnante montée des contestations de ce dangereux projet à travers l’Europe avait déjà compromis son avenir avant l’élection américaine -ce qui reste un précieux acquis. A présent, Trump semble lui avoir asséné le coup de grâce. Alléluia ? Non ! Car, l’opposition de Trump au TAFTA n’est pas du tout la nôtre ! Le vrai programme du futur Président, c’est « America first ! » Loin d’en rabattre sur les ambitions hégémoniques, « l’Amérique d’abord! » annonce une guerre commerciale et monétaire sans pitié avec le reste du monde, Europe comprise ! Le but de la campagne « Stop TAFTA ! », c’est, à l’opposé, un « développement humain durable » , seule alternative à une mondialisation sauvage de plus en plus rejetée par les peuples et dévastatrice pour les biens communs de l’humanité. C’est aussi l’aspiration qu’ont exprimée les innombrables soutiens de Bernie Sanders.
Aussi , concernant tant la sécurité internationale que les échanges commerciaux, l’heure est, de part et d’autre de l’Atlantique, à des actions solidaires pour contenir autant que possible « l’aventure Trump » et rapprocher les forces d’avenir.




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